Givre sur l'Aven

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Artiste
Date
Matériau
Dimensions(H × L)
92,5 × 74 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Givre sur l'Aven
Artiste
Date
Matériau
Dimensions (H × L)
92,5 × 74 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvement
No d’inventaire
2024.4.11Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation

Givre sur l'Aven est une peinture à l'huile sur toile réalisée en 1902 par Henry Moret. L'œuvre intègre en 2024 les collections du musée de Pont-Aven, situé dans le Finistère, après le legs de Marthe et Maurice Le Gaillard, collectionneurs et amateurs d’art.

Cette œuvre représente l’Aven, un fleuve côtier traversant la ville de Pont-Aven avant de se jeter dans la mer, à Port-Manec'h, dans la commune de Névez. Cette illustration de l’hiver dépeint un paysage marqué par la présence du givre, perceptible sur l’herbe et les rives du cours d’eau. Cette fine couche de glace confère du relief et de la texture au premier plan. Le ciel, de teinte pâle et froide, renforce la fraîcheur de l’atmosphère. La scène paraît animée par la rivière, qui serpente entre les arbres. Henry Moret privilégie une palette chromatique froide, composée de tons bleus, gris, mauves et blancs, afin de restituer cet environnement hivernal. Il y ajoute également quelques touches de couleurs plus chaudes, rompant l’austérité du paysage. L'œuvre est signée et datée par l’artiste, dans le coin inférieur droit.

Histoire

Né en 1856 à Cherbourg, en Normandie, Henry Moret découvre la Bretagne en 1875, alors qu’il est affecté à Lorient dans le cadre de son service militaire[1]. S’initiant dès lors au dessin auprès d’Ernest Coroller, le fils d’officier intègre l’année suivante l’École nationale des Beaux-Arts de Paris[1]. Entamant une carrière de peintre paysagiste, il fréquente les ateliers d’Henri Lehmann et de Jean-Paul Laurens, avant de rejoindre l’Académie Julian[1].

Les premiers temps bretons

Henry Moret séjourne pour la première fois au Pouldu, à Clohars-Carnoët, en 1881[1]. Toutefois, c’est en 1888 que Paul Sérusier le convainc de quitter Paris pour découvrir le « pays d’Armor » le temps de la saison estivale[2]. Il s’installe alors à la pension Gloanec, à Pont-Aven, où il côtoie d’autres artistes, parmi lesquels Charles Filiger, Jacob Meijer de Haan ou encore Paul Gauguin. Il rejoint de nouveau le groupe au Pouldu au cours des deux étés suivants. Installé dans une villa, il accueille parfois sa mère et sa sœur, tout en s’adonnant à la chasse[3]. À partir de 1891, Henry Moret adopte une vie insulaire lors de longs séjours dans les îles du Ponant. Ainsi Groix et Belle-Île-en-Mer deviennent, avec les côtes finistériennes et morbihannaises, ses principaux sujets d’inspiration[4]. Le peintre alterne entre la vie estivale bretonne à Clohars-Carnoët et l’hiver passé dans son atelier parisien, à Montmartre. Jusqu’à sa mort en 1913, Henry Moret illustre principalement, à travers ses toiles, les paysages rocheux du littoral, s’intéressant aux jeux de lumière et à l’évolution climatique de cet environnement breton[4]. C’est dans ce contexte qu’est réalisé Givre sur l’Aven en 1902, dans le pays de Pont-Aven.

Un travail singulier

Dès ses premiers passages en Bretagne, le peintre découvre le mouvement synthétiste des artistes de l’École de Pont-Aven. Il en adopte rapidement les principes, caractérisés par l’usage de larges aplats de couleurs et une délimitation nette des formes[4]. À partir de 1891, l’artiste manifeste également un intérêt pour le travail des peintres impressionnistes[4].

En 1895, Henry Moret fait la rencontre du marchand d’art Paul Durand-Ruel[5]. Ce dernier a déjà permis de révéler au public certains artistes impressionnistes. Séduit par l’originalité du style d’Henry Moret, il lui propose d’exposer ses œuvres dans ses galeries parisienne et new-yorkaise[5]. Dès lors, plus de 600 toiles d’Henry Moret sont confiées au galeriste parisien[4].

Analyse de l’oeuvre

Un goût pour la représentation de l’hiver

Paul Gauguin, Village breton sous la neige, 1894, huile sur toile, 62 × 87 cm, musée de Pont-Aven (dépôt du musée d'Orsay).

Les artistes venant à Pont-Aven ne s’y rendent généralement que l’été. La concentration de lumière est essentielle pour ces derniers, qui peignent en extérieur. Ils travaillent lorsque le soleil est au zénith, entre la fin de la matinée et le début de l’après-midi[4]. Dès la fin des beaux jours, les peintres quittent le village finistérien pour regagner la capitale.

Henry Moret, quant à lui, décide de représenter le paysage hivernal bordant la rivière bretonne. Il offre alors une vue de la Bretagne enneigée que d’autres peintres ont également explorée. Paul Gauguin réalise notamment Village breton sous la neige vers 1894 ou 1898-1899. Ce tableau, conservé au musée d’Orsay, est actuellement en dépôt au musée de Pont-Aven. Sur celui-ci, il y représente des maisons enveloppées de neige, privilégiant des tons froids qui recouvrent les teintes chaudes[6].

Henry Moret, Neige à Ouessant, 1909, huile sur toile, 60,7 × 73,6 cm musée de Pont-Aven.

Givre sur l’Aven témoigne de l'intérêt d’Henry Moret pour la représentation du passage du temps et la succession des saisons[4]. Il y dépeint les variations de la lumière dans un paysage momentanément figé par le givre. Le thème permet à l’artiste de recourir à des nuances bleutées dans ses créations, mobilisant une palette peu présente pour les œuvres consacrées à la saison estivale. Il se rend notamment sur l’île d'Ouessant à huit reprises, été comme hiver. En 1901, il y peint Neige à Ouessant, conservé au musée de Pont-Aven. Il représente l’île sous un manteau de neige, une vision rare de cet environnement insulaire.

Une approche impressionniste

André Jolly, Neige (Pont-Aven), 1906, huile sur toile, 61 × 50 cm, musée de Pont-Aven.

À partir de 1891, Henry Moret manifeste un intérêt pour le travail des peintres impressionnistes[4]. Dès 1895, ses œuvres se caractérisent par des couleurs plus claires, révélant la luminosité atmosphérique des paysages qu’il dépeint[4]. En effet, son intérêt pour ce mouvement lui révèle des ombres colorées et animées, se démarquant ainsi du noir[2].

Givre sur l’Aven intègre ainsi la période post-impressionniste d’Henry Moret. En effet, l’hiver est un thème prisé des peintres de ce courant artistique[4]. Dans La Neige à Quimper (collection privée), réalisé quelques années plus tard, Henry Moret dépeint la ville enneigée en 1909, faisant disparaître les lignes et structures du paysage sous un manteau blanc. Les coups de pinceau réduisent la perception des volumes en arrière-plan, tandis que les personnages se fondent dans le paysage. Par ailleurs, le ciel occupe une place prépondérante dans l'œuvre, permettant d’insister sur les effets vaporeux des nuages combinés à une lumière froide[2]. Pendant l’hiver 1906, son ami André Jolly, peintre de passage à Pont-Aven, se penche également sur la représentation des paysages enneigés. Il réalise l’huile sur toile Neige (Pont-Aven), conservée au musée de Pont-Aven, illustrant le village breton sous un voile blanc[7].

Expositions

Givre sur l’Aven a été exposée à plusieurs reprises :

  • Salon d’Automne, Galerie Durand-Ruel (Paris) – au 15 nov 1904.
  • « Henry Moret, 1856-1913 », Galerie Durand-Ruel (Paris) – 5 au .
  • « L'impressionnisme d'après Pont-Aven », au musée de Pont-Aven au .
  • « Henry Moret, de Pont-Aven à l'impressionnisme en Bretagne », au musée des Beaux-Arts de Quimper au .

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

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