Glacier des Bossons
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Glacier des Bossons | |||
Vue du glacier des Bossons (au centre) depuis Le Brévent. | |||
| Pays | |||
|---|---|---|---|
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes | ||
| Département | Haute-Savoie | ||
| Massif | Massif du Mont-Blanc (Alpes) | ||
| Vallée | Vallée de l'Arve | ||
| Cours d'eau | Torrents des Bossons, de la Creuse et de la Crosette | ||
| Type | Glacier de vallée | ||
| Longueur maximale | 7,3 km (2001[1]) | ||
| Superficie | 9,9 km2 (2001[1]) | ||
| Altitude du front glaciaire | 1 420 m (2001[1]) | ||
| Coordonnées | 45° 52′ 27″ nord, 6° 52′ 00″ est[2] | ||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie
| |||
| modifier |
|||
Le glacier des Bossons est un glacier de France situé dans les Alpes, en Haute-Savoie. Relativement court mais pentu (pente moyenne de 28°), il passe du sommet du mont Blanc (4 810 mètres) à 1 420 mètres d'altitude en seulement 7,3 km et présente de nombreux séracs et crevasses dans les pentes fortes, prenant l'aspect de cascades de glace.
Bosson est un toponyme très courant dans la région. Il pourrait s'agir de la forme graphique locale d'un mot celte composé des racines uo-[3] « sous » et -sso[4],[5] « qui se tient ». Le mot ainsi composé se rapproche du mot gaulois « serviteur » uassos[6] signifiant littéralement « qui se tient en dessous, en bas ». Les peuples traditionnels avaient une vision très hiérarchique de la société[7]. Certains lieux naturels emblématiques étaient perçus comme des divinités[8]. Il est très probable qu'ils ont perçu leur espace à travers ce filtre, les sommets étant considérés comme des « seigneurs » et les lieux proches de la vallée comme des serviteurs, des inférieurs. Dans le langage des alpinistes d'aujourd'hui perdure l'habitude de nommer certains sommets majeurs comme « le seigneur des lieux ». De nombreux lieux nommés bosson ou bossonet se situent au pied d'une montagne ou d'une colline : par exemple le lieu-dit Le Bossonet (commune de La Clusaz), Les Bossons (commune de Motz en Savoie), Les Bossons (commune de Bellevaux), Les Bossons (communes de Saint-Paul-en-Chablais et Lugrin), Les Bossonnets (commune de Châtillon-sur-Cluses) au pied du mont Orchez, la commune de Bossey au pied du Salève. Le hameau des Bossons à Chamonix et le glacier du même nom se situent au pied du mont Blanc.
Une autre hypothèse est que le nom Bosson serait une variante de Buisson (ancien français : Boisson)[9]. Le naturaliste Horace Bénédict de Saussure parle ainsi en 1787 de « glacier des Buissons » dans son journal de voyage[10],[11]. Des variantes de Buisson, Boisson, Bosson se trouvent dans la région[9].
Géographie
Situation

Même si le nom de glacier des Bossons ne concerne au sens strict que la langue glaciaire occupant la courte vallée débouchant dans la vallée de Chamonix, le glacier nait sur l'ubac du mont Blanc (4 810 mètres), du mont Maudit (4 465 mètres) et du dôme du Goûter (4 304 mètres), dans un cirque glaciaire appelé le Grand Plateau, à plus de 4 000 mètres d'altitude[2],[12]. De là, les glaces s'écoulent vers le nord en se divisant très vite au niveau des Grandes Montées, sous la pointe Bravais et le mont Maudit, en deux masses de glace séparées par le rocher de l'Heureux Retour, le pic Wilson et les Grands Mulets[2]. La masse secondaire s'écoule dans une petite vallée glaciaire peu marquée sur l'ubac du dôme du Goûter, longeant le glacier de Taconnaz situé immédiatement à l'ouest[2]. La masse principale du glacier des Bossons s'enfonce quant à elle dans une vallée glaciaire plus encaissée, dominée par les pointes Mieulet, Duriet et l'aiguille de Saussure en rive droite et les rochers la séparant de la masse secondaire en rive gauche[2]. En rive droite, le glacier des Bossons reçoit un apport en glace substantiel du glacier descendant du col Maudit entre le mont Maudit et le mont Blanc du Tacul et de celui descendant de l'ubac du mont Blanc du Tacul en direction du col du Midi dont une partie des glaces difflue pour donner naissance à la Vallée Blanche tandis que l'autre rejoint le glacier des Bossons par une cascade de glace[2].
Au pied de l'aiguille du Midi et du refuge des Cosmiques situés à l'est et des Grands Mulets et de son refuge situés au sud-ouest, à Plan Glacier, une langue de glace difflue depuis la masse principale du glacier pour se réunir à la masse secondaire à la Jonction et se diriger vers le glacier de Taconnaz à l'ouest[2]. Le plus gros des glaces poursuit sa course vers le nord, descendant la vallée glaciaire en direction de la vallée de Chamonix, appuyée sur la montagne de la Côte dominée par le mont Corbeau à l'ouest[2]. Les nombreuses crevasses et séracs que présente la surface du glacier en raison de la forte déclivité dans sa partie aval le transforment en cascade de glace[2]. La fonte prononcée de la glace donne naissance à trois cours d'eau : le torrent de la Creuse en rive droite à la tête de Mimont, le torrent de la Crosette en rive droite au plateau des Pyramides et le torrent des Bossons au front glaciaire[2].
L'avancée du front glaciaire jusque dans le bas de la vallée de Chamonix, juste au-dessus du hameau des Bossons, au cours du Petit âge glaciaire a laissé dans le paysage deux imposantes moraines latérales édifiées sur le cône de déjection du torrent de la Creuse[2].
Caractéristiques physiques
La convergence des deux masses de glace provenant du mont Blanc et du mont Blanc du Tacul donne naissance à une importante moraine médiane. Sa langue terminale a désormais régressé, mais elle atteignait environ 1 200 mètres d'altitude dans les années 1980. Le bassin versant occupe 17 km2 dont 10 km2 sont englacés[13]. L'épaisseur de la glace est de vingt mètres au sommet et atteint un maximum de 170 mètres. D'un point de vue géologique, le glacier repose dans sa partie supérieure sur un granite calco-alacalin avec de grands cristaux de feldspaths pluricentimétriques. Plus en aval, il passe sur un complexe formé d'orthogneiss, de paragneiss et de micaschistes[13].
La vitesse d'écoulement peut y dépasser un mètre par jour en été. Au total, la glace s'écoule en moins de 50 ans du sommet jusqu'à la langue terminale[13].
Le glacier dispose de trois émissaires. Le torrent des Bossons est celui qui s'écoule de la langue terminale mais c'est celui dont le débit est le plus faible car il n'est alimenté que par les eaux de fonte d'une zone de 0,5 km2. L'émissaire principal est formé par les deux branches du torrent de la Creuse qui sortent d'un lobe secondaire à 2 250 m d'altitude en aval de l'aiguille du Midi. Entre les deux, le torrent de la Crosette sort lui aussi d'un lobe latéral à 1 750 m d'altitude[14].
Érosion

Le glacier étant situé sur un versant en face nord bien exposé aux précipitations, sa ligne d'équilibre, c'est-à-dire la limite entre les zones d'ablation et d'accumulation, est relativement basse et a été estimée à 2 750 ± 200 m en 2009. La zone d'accumulation forme donc 60 % de sa surface. Au-dessus de 3 300 à 3 500 m, il est constitué par des glaces froides dont la température est constamment nettement inférieure à 0 °C (−11 °C à 4 250 m d'altitude). Dans ces zones, les roches ne sont pas exposées à des cycles de gel et de regel, ce qui les protège de l'érosion (seulement 0,025 à 0,05 mm/an)[13]. Dans le bassin versant du glacier, l'érosion est la plus forte au niveau des parois rocheuses situées au-dessus du glacier (0,76 ± 0,34 mm/an) et est également forte sous le glacier, dans les zones de basses altitudes où la glace est tempérée (0 °C) et où l'eau de fonte est déjà chargée de sédiments abrasifs (partie inférieure du glacier alimentant le torrent des Bossons : 0,63 ± 0,37 mm/an). Elle est plus faible dans la partie sous-glaciaire alimentant le torrent de la Crosette (0,38 ± 0,22 mm/an) ainsi que dans la zone proglaciaire située en aval du front (0,25 ± 0,20 mm/an)[15]. Ces vitesses d'érosion sont toutefois nettement inférieures au soulèvement tectonique actuel du massif (1,5 mm/an)[16].
En 2010, le torrent des Bossons a exporté 2 361 tonnes de sédiments dont 1 100 tonnes de sable (63 μm à 2 mm), 733 tonnes de limons (< 63 μm), 318 tonnes de matière dissoute et 210 tonnes de graviers et de galets (> 2 mm)[13].

