Gloses de Reichenau
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Les Gloses de Reichenau sont un ensemble de gloses du Haut Moyen Âge qui traduisent, interprètent ou transcrivent des termes latins en latin médiéval et ce, à usage des moines qui lisent la Vulgate. Elles ont été retrouvées à l'abbaye de Reichenau en Allemagne dans le Land de Bade-Wurtemberg.
Origine du document
Malgré son nom et le fait qu'il soit déposé à la bibliothèque de Karlsruhe (manuscrits 86 et 115)[1], ce glossaire a été compilé dans le nord de la France, vraisemblablement en Picardie[2],[3], peut-être à la grande abbaye Saint-Pierre de Corbie[1].
Il n'est guère mis en doute qu'il a été rédigé à la fin du VIIIe siècle[2],[1] ou au tout début du IXe siècle[1], c'est-à-dire qu'il est un peu antérieur aux textes en proto-français que sont les Serments de Strasbourg (842) et surtout la Séquence de sainte Eulalie (880).
Il a été découvert en 1863 par le philologue allemand Adolf Hotzmann[2] et publiées par Friedrich Diez en 1865.
Nature du document
Description
Il contient environ 1 280 gloses interprétant des termes de la Vulgate, traduction officielle de la bible en langue latine que saint Jérôme rédigea vers 400 après J. C.[4],[1]. Ce document a pour but, non pas l'apprentissage du latin de la Vulgate, mais l'aide à sa traduction à usage des moines. En effet, certains mots d'un latin plus classique sont devenus obscurs ou ont développé une nouvelle signification dans leurs dialectes romans précoces du Haut Moyen Âge, les langues romanes ayant commencé à émerger à partir du latin vulgaire un peu avant. Chaque mot est glosé par un synonyme roman issu de la langue parlée et écrit sous une forme latine ou latinisée, c'est-à-dire pas toujours d'étymologie latine[5]. C'est le cas des termes d'origine germanique (vieux bas francique) latinisés qu'on retrouvait en ancien français et dont la plupart se perpétuent en français moderne, mais qui sont absents de la plupart des autres langues romanes (hors emprunt au français).
Remarque
Le document permet de saisir la crise intellectuelle et morale que traversent les clercs qui se rendent compte qu'ils ne sont plus en mesure de comprendre la langue originelle, le latin chrétien, qu'ils sont censés transmettre, car ce latin, c'est pour ainsi dire la parole de Dieu[1].
Exemples caractéristiques
| Terme interprété | Glose | Commentaire |
|---|---|---|
| ager | campus | > fr. champ, pic. camp |
| aper | salvaticus porcus | > anc. fr. pors salvadges > « porc sauvage, sanglier » ; salvaticus pour lat. class. silvaticus |
| arena | sabulo | > fr. sable |
| cementariis | mationibus | > fr. maçons, pic. machons. |
| clivium | montania | > fr. montagne |
| galea | helme | > fr. heaume |
| gecor | ficato | > fr. foie (lat. class. jecur ficato « foie aux figues ») |
| milites | servientes | > fr. sergeant au sens de « soldat » |
| omnes | totti | > anc. fr. tuit (cas sujet pluriel) « tous » |
| oves | berbices | > anc. fr. berbis > fr. brebis |
| pignus | wadius | > fr. gage, anc. pic. wage |
| pulchra | bella | > fr. belle |
| scabrones | wapces | > fr. guêpes, pic. wespes |
| sortilegus | sorcerus | > fr. sorcier cf. sortilège, emprunt savant au lat. |
| turbas | fulcos | > fr. foule |