Hydrochoerus hydrochaeris

espèce de mammifères From Wikipedia, the free encyclopedia

Capybara (Stricto sensu), Cabiaï (Stricto sensu), Grand Hydrochère, Grand Capybara, Grand Cabiaï

Faits en bref Règne, Embranchement ...
Hydrochoerus hydrochaeris
Description de cette image, également commentée ci-après
Un capybara dans le parc Harry Malter à Heusden, Belgique.
0.129–0 Ma
22 collections
Classification MDD
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Mammalia
Ordre Rodentia
Famille Caviidae
Sous-famille Hydrochoerinae
Genre Hydrochoerus

Espèce

Hydrochoerus hydrochaeris
(Linnaeus, 1766)[1]

Statut de conservation UICN

( LC )( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Répartition géographique

Description de l'image Capybara range.svg.

Synonymes

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Le Capybara (Hydrochoerus hydrochaeris), connu localement sous le nom de Cabiaï en Guyane, ou plus spécifiquement désignés sous les noms de Grand Hydrochère, Grand Cabiaï ou Grand Capybara, est une espèce de mammifères rongeurs hystricognathes de la famille des Caviidés. Originaire d'Amérique du Sud, il est connu pour être le plus grand rongeur du monde[3].

Son corps massif est particulièrement adapté à la nage ; l'adulte mesure généralement plus de m de long, jusqu'à 1,2 m, pour environ 60 cm de haut, et son poids peut atteindre 91 kg[4]. Il vit dans les savanes, les forêts denses et à proximité immédiate de plans d'eau, comme des lacs, des rivières ou encore des marais. C'est un animal très social qui vit en groupes de 10 à 20 individus, bien que des rassemblements allant jusqu'à 100 individus puissent se former durant la saison sèche. Les adultes pratiquent un élevage coopératif pour garder les petits.

Strictement herbivore, il se nourrit de plantes aquatiques, dont la jacinthe d'eau, de feuilles, d'écorce, de fruits et de roseaux. Sur le plan taxonomique, il appartient au genre Hydrochoerus, qu'il partage avec le Capybara de Panama (H. isthmius).

Localement, à l’instar des espèces de cochons sauvages, l’espèce est largement chassée pour sa viande, sa peau, utilisée en maroquinerie, ainsi que sa graisse extraite de son derme épais[4]. Mais il est surtout connu pour son tempérament calme et placide. Docile, il s’apprivoise facilement et répond quand on l’appelle. C’est pourquoi, il est devenu très charismatique et est détenu dans de nombreux parc zoologiques dans le monde entier.

Dénominations

Étymologie

Le nom « cabiai » (ou « cabiaï ») est issu du kali'na cabiaïca, signifiant littéralement « mangeur d'herbe » (composé de cabi, l'herbe, et aïca, manger)[15].

Le terme « capybara » (parfois orthographié « capibara ») partage une origine sémantique similaire. Il provient du portugais brésilien capivara, lui-même emprunté au tupi ka'apiûara. Il s'agit d'une agglomération complexe de kaá (feuille) + píi (mince) + ú (manger) + ara (suffixe d'agent), signifiant « celui qui mange des feuilles minces » ou « mangeur d'herbe »[16].

Le nom Hydrochère issu du nom de genre, Hydrochoerus, est dérivé du grec ancien ὕδωρ (hýdor, « eau ») et χοῖρος (choíros, « porc » ou « cochon »). L'épithète spécifique, hydrochaeris, provient du grec ὕδωρ et χαίρω (chaíro, « se réjouir » ou « apprécier »)[17]. Charles Darwin, dans ses récits de voyage sur le HMS Beagle, désignait l'animal sous le nom de « cochon d'eau », notant qu'il s'agissait du plus grand rongeur au monde[18].

Taxonomie

Histoire

Illustration du « Cabiai ou Porc de rivière » dans Histoire Des Animaux, A L'Usage Des Jeunes Gens de Samuel Pitra (1786).

Dès le XVIIIe siècle, les naturalistes s'interrogent sur la nature de ce grand rongeur. En 1741, le naturaliste français Pierre Barrère décrit l'animal ainsi : « Sus maximus. Porcus fluviatilis, braſilienſis Jonſton. Hiſ. nat. Capybara braſilienſibus Marcg. Cabiai. Le Cabiai, qu'on nomme aussi Cabionara, est un animal amphibie qui habite ordinairement dans les marécages ; il vit de poissons, de fruits, de cannes à sucre ; il a la particularité d'être coprophage. Il est délicieux à manger. »[19].

En 1766, Carl von Linné l'intègre à la taxonomie moderne dans la 12e édition de son Systema Naturæ. En raison de son apparence, il le classe initialement parmi les porcs sous le nom de Sus hydrochaeris[20].

Le nom de genre a longtemps fait l'objet d'un débat entre les partisans de Hydrochoerus (établi par Mathurin Jacques Brisson en 1762) et ceux de Hydrochaeris (introduit par Morten Thrane Brünnich en 1772). Bien que les deux termes dérivent du grec ancien ὕδωρ (hýdōr, « eau ») et χοῖρος (choîros, « porc »), la désignation de Brisson fut initialement rejetée car elle ne respectait pas strictement la Nomenclature binominale et elle n’était associée à aucune espèce. Ce n'est qu'en 1998 que la Commission internationale de nomenclature zoologique (ICZN) a validé définitivement Hydrochoerus en raison de son usage prédominant, fixant ainsi le nom scientifique actuel : Hydrochoerus hydrochaeris[21].

Classification

Au sein de l'ordre des rongeurs, ils appartiennent à la superfamille des Cavioidea, tout comme les agoutis, les pacas (Cuniculidae) et les pacaranas.

Historiquement, le capybara et ses parents disparus étaient classés dans une famille propre, les Hydrochoeridae[22]. Cependant, les recherches en phylogénie moléculaire menées depuis 2002 ont radicalement modifié cette vision.

Les études génétiques ont démontré que le cobaye des rochers (genre Kerodon) est plus proche du capybara que des autres cobayes. Cette découverte rendait l'ancienne famille des Caviidés paraphylétique[23]. Pour corriger cela, les classifications récentes (comme Wilson & Reeder, 2005) ont rétrogradé les capybaras au rang de sous-famille (Hydrochoerinae) intégrée au sein des Caviidés[24].

Pendant un temps, on a pensé que les ancêtres fossiles du capybara étaient représentés par divers genres apparaissant dès le Miocène supérieur. Les formes les plus primitives sont classées dans la sous-famille des Cardiatheriinae (un groupe paraphylétique dont sont issus les représentants plus récents). La sous-famille des Hydrochoerinae, à laquelle appartient le genre actuel, est apparue au Pliocène supérieur. Il est à noter que l'ensemble des restes fossiles de gros rongeurs semblables proviennent exclusivement des Amériques. Toutefois, la taxonomie des spécimens fossiles a également été simplifiée. Auparavant, de nombreuses espèces étaient créées sur la base de la forme des molaires. Or, il a été prouvé que la forme des dents des capybaras change considérablement selon l'âge de l'individu. Par exemple, des fossiles autrefois attribués à sept espèces différentes sont aujourd'hui regroupés sous une seule et même espèce éteinte, Cardiatherium paranense[25].

Systématique actuelle

Aujourd'hui, le genre Hydrochoerus comprend deux espèces vivantes : le grand Capybara (H. hydrochaeris) et le Capybara du Panama (H. isthmius), ce dernier ayant longtemps été considéré comme une simple sous-espèce avant d'être élevé au rang d'espèce distincte[26].

Voici la position actuelle du capybara au sein de la famille des Caviidae d'après Rowe & Honeycutt (2002)[27] :

 Caviidae 
 Caviinae 


 Cobayes véritables (Cavia)



 Cobayes nains (Microcavia)




 Cobayes à dents jaunes (Galea)




 Hydrochoerinae 
 Capybaras (Hydrochoerus) 

 Grand Capybara (H. hydrochaeris)



 Capybara de Panama (H. isthmius)



 Kerodon 

 Cobaye des rochers



 Cobaye acrobate





 Maras (Dolichotinae)




Description

Dimensions et morphologie générale

Capybara naturalisé
Squelette
De haut en bas : spécimen naturalisé et squelette d'un capybara

Le capybara s'impose comme étant le plus grand rongeur au monde, affichant une silhouette massive et trapue souvent comparée à la forme d'un tonneau[28]. À l'âge adulte, sa longueur tête-corps oscille généralement entre 100 et 134 cm pour une hauteur au garrot variant de 50 à 62 cm[29],[30]. Un léger dimorphisme sexuel caractérise l'espèce, les femelles étant globalement plus imposantes que les mâles. Si la masse corporelle habituelle se situe entre 35 et 66 kg, les moyennes observées à l'état sauvage sont d'environ 50 kg pour les mâles et 61 kg pour les femelles[31]. Des records ont toutefois été documentés, jusqu’à 91 kg pour une femelle au Brésil et 73,5 kg pour un mâle en Uruguay[22],[32].

Le corps est soutenu par des membres courts et vigoureux dont l'anatomie est adaptée à un mode de vie semi-aquatique. Les pattes antérieures possèdent quatre doigts tandis que les membres postérieurs, légèrement plus longs, n'en comptent que trois, disposés de manière radiale. Ces doigts se terminent par des griffes épaisses évoquant de petits sabots, reliées entre elles par de courtes membranes palmées qui optimisent les déplacements dans l'eau[33]. Par ailleurs, l'animal est dépourvu de queue apparente, celle-ci étant réduite à un état purement vestigial[34].

La tête, particulièrement large et massive, présente un museau arrondi aux narines bien écartées. Une adaptation sensorielle majeure réside dans l'alignement des yeux, des oreilles et des narines sur la partie supérieure du crâne. Cette morphologie permet au capybara de nager en immersion presque totale tout en maintenant ses organes vitaux hors de l'eau pour respirer et surveiller son environnement[34]. Chez le mâle adulte, le sommet du museau est surmonté d'une glande odoriférante proéminente et dépourvue de poils, qui joue un rôle essentiel dans le marquage chimique du territoire[35].

Sur le plan génétique, l'espèce possède un caryotype de 2n = 66 chromosomes et un nombre fondamental de FN = 102 bras chromosomiques[24].

Pelage et peau

Le pelage est constitué de poils longs et rêches, dont la teinte varie du brun roussâtre au grisâtre sur les parties supérieures, virant au brun jaunâtre sous le ventre. L'absence de sous-poil et la faible densité de la toison laissent parfois la peau apparaître, rendant l'animal vulnérable aux insolations. Pour protéger son épiderme des rayons ultraviolets, le capybara se roule régulièrement dans la boue, l'utilisant comme un écran solaire naturel[36]. Une singularité biologique, rare chez les rongeurs, est la présence de glandes sudoripares réparties sur les zones pileuses de sa peau, ce qui facilite sa thermorégulation[22].

Denture

 v · d · m  Formule dentaire
mâchoire supérieure
3 1 0 1 1 0 1 3
3 1 0 1 1 0 1 3
mâchoire inférieure
Total : 20
Dentition du capybara.

L'anatomie dentaire se compose de vingt dents parfaitement adaptées à un régime d'herbivore strict. Les incisives sont marquées d'un sillon longitudinal, sont séparées des dents jugales par un large diastème[36]. Tant les incisives que les molaires sont hypsodontes, c'est-à-dire dépourvues de racines et soumises à une croissance continue pour compenser l'usure précoce due aux herbes abrasives[37]. Les molaires présentent une structure complexe de prismes d'émail en forme de cœur ou de rubans, soudés par des couches de cément. La troisième molaire se distingue par un développement exceptionnel, sa longueur dépassant celle des trois autres dents jugales réunies[38].

Répartition et habitat

L'aire de répartition du capybara englobe la quasi-totalité de l'Amérique du Sud à l'est de la cordillère des Andes, s'étendant de l'est du Venezuela et du Guyana jusqu'à l'Uruguay et au nord-est de l'Argentine[30]. Historiquement, deux régions distinctes étaient associées à deux formes : le Capybara de Panama (autrefois considéré comme la sous-espèce H. h. isthmius), plus petit, qui vit dans la partie nord-occidentale du continent, et H. h. hydrochaeris, qui occupe la plus vaste région à l'est des Andes.

Les capybaras fréquentent divers types d'habitats, avec une préférence marquée pour la proximité immédiate de points d'eau tels que des lacs, des étangs, des rivières, des marais ou des mangroves[30]. Ils ont également besoin d'un sol ferme pour dormir, idéalement pourvu d'une végétation dense leur servant de protection. Pour s'alimenter, ils s'aventurent volontiers dans les savanes et les prairies. Les plus fortes densités de population se rencontrent dans les vastes zones humides d'Amérique du Sud, notamment le Pantanal ou la région des Llanos, dans le bassin de l'Orénoque.

Bien qu'ils privilégient les plaines, on les trouve également à des altitudes atteignant 1 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Comparativement à d'autres espèces sud-américaines, les capybaras tolèrent relativement bien les modifications de leur habitat liées à l'activité humaine et peuvent survivre dans des zones transformées en plantations ou en pâturages.

Écologie et comportement

Activité

Si un danger survient, le capybara cherche refuge dans l'eau.

Le capybara est un animal principalement crépusculaire qui adapte son rythme biologique aux conditions thermiques et environnementales. Il passe les heures les plus chaudes de la journée dans des trous de boue ou dans des eaux peu profondes afin de réguler sa température[30]. Pour dormir, il ne construit pas de terrier mais se dissimule au sein d'une végétation dense. Dans les zones perturbées par l'activité humaine, il modifie son comportement pour adopter un mode de vie essentiellement nocturne. Son cycle quotidien inclut généralement une phase de broutage intense en fin d'après-midi, suivie d'une courte période de repos aux alentours de minuit, avant de reprendre son alimentation juste avant l'aube[22].

Face au danger, cet animal est capable de courir avec agilité sur la terre ferme, mais il privilégie systématiquement la fuite vers l'eau. Excellent nageur, il s'immerge presque totalement, ne laissant dépasser que ses yeux et ses narines. Il possède une remarquable capacité d'apnée, pouvant rester en immersion totale pendant près de 5 minutes[31]. Cette adaptation lui permet même de dormir dans l'eau, à condition de maintenir ses narines à la surface pour respirer. Bien que ses activités principales se déroulent sur la terre ferme ou en eaux peu profondes, il n'utilise le milieu aquatique que pour échapper à ses prédateurs ou se rafraîchir en se vautrant dans la boue[39].

Comportement social

Un Tyran querelleur posé sur la tête d’un capybara placide.

Les capybaras sont des animaux grégaires vivant en troupes dont la taille varie généralement entre six et vingt individus. Un groupe type se compose de deux à quatre mâles adultes et de quatre à sept femelles adultes, le reste étant constitué de juvéniles[40]. Les individus solitaires sont rares et sont presque exclusivement des mâles adultes. La structure sociale dépend étroitement des saisons : durant la saison des pluies, les ressources permettent aux individus de s'éparpiller, tandis qu'en saison sèche, des rassemblements instables de près de cent individus peuvent se former autour des derniers points d'eau disponibles[41]. Au-delà des rapports de force et de dominance, les mâles interagissent pour établir un consensus général au sein de la troupe lors des déplacements[42].

Chaque troupe est dirigée par un mâle dominant qui peut conserver sa position durant plusieurs années. La hiérarchie est strictement marquée et s'établit par des interactions parfois agressives. Le groupe défend un territoire de 5 à 17 hectares[43].

Chez le mâle, les glandes anales possèdent une particularité biologique : elles sont tapissées de poils caducs (détachables) recouverts d'une sécrétion odorante cristallisée. Ces poils se fixent sur les objets ou la végétation lors du passage de l'animal, laissant une marque olfactive durable que les autres individus peuvent identifier par le goût[44]. Outre le territoire, les mâles marquent également les femelles de leur propre groupe.

La communication au sein de la troupe repose sur une gamme complexe de vocalises. Ils émettent des aboiements semblables à ceux d'un chien en cas d'alerte ou lorsque les femelles rassemblent les petits[45]. La palette sonore comprend également des ronronnements de soumission, des sifflements, des pépiements, des soufflements et des cliquetis exprimant la satisfaction[46].

Alimentation et digestion

Le régime alimentaire du capybara est essentiellement composé d'herbes trouvées au sol, complétées par des plantes aquatiques. Il lui arrive de pénétrer dans les cultures pour consommer de la canne à sucre, de la pastèque ou du maïs. Contrairement à une idée reçue, il n'est pas piscivore. Son système digestif est extrêmement efficace et lui permet de subsister avec une alimentation dont 75 % repose sur seulement quatre à six espèces végétales[47]. Des stratégies de pâturage sélectif permettent aux plantes consommées de se régénérer avant que l'animal ne revienne sur la même zone[48].

Le capybara pratique la cæcotrophie, une forme de coprophagie consistant à ingérer ses propres excréments mous (feces cæcales). Ces derniers, riches en bactéries, sont fermentés dans son cæcum volumineux, ce qui lui permet d'extraire le maximum de protéines et de vitamines des fibres de cellulose difficiles à digérer[30]. Les excréments définitifs, expulsés après un second passage, sont quant à eux ovales et secs. À l'instar du cobaye, le capybara est incapable de synthétiser la vitamine C, qu'il doit impérativement trouver dans son alimentation sous peine de développer le scorbut[49].

Reproduction et développement

Les jeunes forment souvent des crèches au sein du groupe principal.
Une mère et ses petits

L'activité reproductive du capybara est marquée par des signaux olfactifs et sonores précis. Lorsqu'une femelle entre en œstrus, son odeur change subtilement, ce qui incite les mâles à la poursuivre. Elle avertit également les mâles de sa réceptivité par des sifflements nasaux caractéristiques[41]. L'accouplement a lieu exclusivement dans des eaux peu profondes. La femelle dispose d'un avantage dans le choix du partenaire : si un mâle ne lui convient pas, elle s'immerge ou quitte l'eau pour interrompre l'acte[42]. Bien que les mâles dominants surveillent étroitement les femelles, ils ne peuvent empêcher tous les subordonnés de s'accoupler, surtout dans les grands groupes[43]. Une particularité biologique de l'espèce est la longévité de ses spermatozoïdes, supérieure à celle des autres rongeurs[50].

La copulation est brève mais peut être répétée jusqu'à vingt fois en peu de temps. Bien que la reproduction survienne toute l'année, les naissances culminent durant la saison des pluies (avril-mai au Venezuela et octobre-novembre au Mato Grosso)[22]. La période de gestation dure environ 110 jours pour les populations du nord et 150 jours pour celles du sud. Une portée compte en moyenne quatre petits, mais peut varier de un à huit. Les femelles possèdent dix mamelles disposées par paires sur l'abdomen.

La mise bas se déroule sur la terre ferme et la femelle réintègre le groupe seulement quelques heures après la délivrance. Les nouveau-nés sont remarquablement précoces : pesant environ 1,5 kg, ils naissent avec un pelage complet et leur dentition permanente. Ils sont capables de brouter de l'herbe presque immédiatement après la naissance. Un comportement social remarquable, l'alloparentalité, est observé chez cette espèce : les petits peuvent téter n'importe quelle femelle allaitante du groupe[42]. Les jeunes forment souvent des « crèches » au sein de la troupe principale pour assurer leur protection. Le sevrage intervient vers seize semaines. La maturité sexuelle est atteinte entre 15 et 22 mois selon les conditions environnementales[34],[37]. L'espérance de vie est de huit à dix ans dans la nature et peut dépasser douze ans en captivité.

Prédateurs

Les principaux prédateurs naturels du capybara incluent les grands félins comme le jaguar, le puma et l'ocelot, ainsi que le chien des buissons et le caïman. Les juvéniles sont également la proie de rapaces comme la harpie et le caracara, ou de grands serpents comme l'anaconda[30].

Parasites

Plus de 80 espèces de parasites différentes ont été décrites chez le capybara. L'animal est notamment sensible à la Trypanosomiase équine (une maladie affectant normalement les chevaux, causée par des trypanosomes). On observe également la présence de ciliés du genre Cycloposthium, ainsi que deux espèces d'Eimeria[51].

Les vers parasites incluent des trématodes tels que Taxorchis stocotyle et Hippocrepis hippocrepis, ainsi que trois espèces de cestodes du genre Monoecocestus. Les nématodes (vers ronds) sont également fréquents : Cruorifilaria tuberocauda colonise souvent les vaisseaux sanguins des reins, du cœur et des poumons[52], tandis que Yatesia hydrochoerus se rencontre dans les fascias[53]. D'autres espèces comme Vianella drochoeri et Protozoophaga obesa complètent cette liste[51].

Parmi les parasites externes, plusieurs espèces de tiques parasitent le capybara, notamment Amblyomma cajennense et Amblyomma cooperi, qui sont les plus fréquentes. Enfin, le sarcopte (Sarcoptes scabiei), agent de la gale, est particulièrement présent chez les individus vivant en captivité[51].

Relations avec l'Homme

Un capybara dans la pampa bolivienne.

Traditions autochtones et mythologie

Les peuples autochtones d'Amérique du Sud chassent traditionnellement le capybara pour sa viande[54], son cuir et ses incisives, ces dernières étant utilisées à des fins décoratives. L'animal occupe également une place notable dans la mythologie de certaines cultures. Chez les Yanomami, une croyance traditionnelle veut que chaque nouveau-né possède un « double spirituel » sous la forme d'un capybara ou d'un tapir, qui lui confère sa force vitale ; la mort de cet animal totem entraînerait inévitablement celle de la personne qui lui est liée.

Chasse et utilisations commerciales

Le capybara fait l'objet d'une chasse intensive pour son pelage et sa viande[55]. Dans de nombreuses régions, des chasseurs professionnels appelés carpincheros pratiquent cette activité à des fins commerciales, bien que la chasse de subsistance demeure fréquente. Le cuir de capybara, d'un brun clair moucheté de taches plus claires, est particulièrement prisé en Argentine. Il est utilisé pour la confection de gants[56], de ceintures, de vestes, mais aussi de selles et de brides. Dans le sud du continent, une huile extraite de sa graisse sous-cutanée est employée comme remède naturel.

La consommation de sa viande ne fait pas l'unanimité en raison de sa forte odeur musquée et d'une croyance populaire selon laquelle elle pourrait provoquer des maladies cutanées. Elle est toutefois très prisée au Venezuela, où elle est séchée et mise en saumure pour être consommée durant le Carême. Une légende célèbre en Amérique du Sud soutient qu'un document ecclésiastique officiel aurait classé le capybara parmi les « poissons » en raison de son mode de vie aquatique, permettant ainsi sa consommation durant les jours de jeûne[36],[57]. Cette croyance est toutefois apocryphe, des légendes similaires existant pour d'autres animaux comme le castor. En Argentine et en Uruguay, sa viande est principalement transformée en saucisses. L'intérêt économique pour l'espèce a favorisé le développement de l'élevage commercial, notamment dans la région des Llanos.

Conflits et problèmes sanitaires

Le capybara est parfois persécuté en raison des dommages qu'il occasionne à l'agriculture, notamment dans les plantations de maïs ou de canne à sucre où il est considéré comme une espèce nuisible[58]. Les éleveurs de bétail le voient aussi comme un concurrent pour le pâturage durant la saison sèche. Sur le plan sanitaire, le capybara est un réservoir de parasites et de maladies pouvant affecter l'élevage. Il est notamment sensible à la Trypanosomiase équine (maladie des chevaux) et peut héberger plus de 80 parasites différents, dont des tiques du genre Amblyomma, vectrices de diverses pathologies pour l'homme et les animaux domestiques[51].

Car bien que le capybara soit d'un naturel docile et se laisse volontiers approcher ou nourrir par l'homme, le contact physique est généralement déconseillé pour des raisons de santé publique. En effet, l'animal est un hôte fréquent pour les tiques, lesquelles peuvent être des vecteurs de maladies graves comme la Fièvre pourprée des montagnes Rocheuses[59]. Des études ont également montré que le capybara constitue un réservoir pour une forme brésilienne de Borréliose (proche de la Maladie de Lyme), transmise par des tiques des genres Amblyomma et Rhipicephalus[60].

Plus récemment, en août 2021, le capybara a fait la une de l'actualité en Argentine lorsque des individus ont envahi Nordelta, un quartier fermé luxueux construit sur d'anciennes zones humides au nord de Buenos Aires. Cet événement a provoqué un engouement sur les réseaux sociaux, où le rongeur a été érigé avec humour en symbole de la lutte des classes face à l'urbanisation de son habitat naturel[61]. Enfin, illustrant l'attrait croissant pour cet animal, un « café à capybaras » a ouvert ses portes à St. Augustine, en Floride, en avril 2025, permettant aux visiteurs d'interagir directement avec ces rongeurs[62].

Statut de conservation et menaces

Trois capybaras en captivité au zoo de Lille.

De nombreux habitats favorables au capybara se situent dans des régions d'élevage extensif. L'activité humaine y favorise indirectement l'espèce par la création de points d'eau pour le bétail, la réduction des populations de grands prédateurs et le maintien d'une herbe rase par les bovins. Dans certaines zones des Llanos, les densités peuvent atteindre 50 et 300 individus par kilomètre carré.

Cependant, la situation est contrastée : là où la chasse commerciale est intensive, comme au Venezuela ou au Pérou, certaines populations ont drastiquement décliné. Malgré ces pressions localisées, l'espèce reste globalement abondante grâce à sa vaste aire de répartition. Le capybara est classé en « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN et n'est pas considéré comme menacé à l'échelle mondiale.

Cette espèce s'est remarquablement adaptée à l'urbanisation en Amérique du Sud, fréquentant régulièrement les parcs et les jardins publics[37]. Afin de surveiller les populations captives sur le sol européen, l'Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) a confié la gestion du registre généalogique (studbook) de l'espèce au Drusillas Park, situé à Alfriston au Royaume-Uni. Ce registre compile les données relatives aux naissances, aux décès et aux mouvements des individus pour garantir la diversité génétique[63].

Détentions

Un capybara de compagnie portant un harnais.

L'espèce fait au XXe siècle l'objet d'un début de domestication en raison de sa prolificité, de ses qualités gustatives et de la quantité importante de viande qu'elle peut fournir. Son élevage paraît rentable mais reste marginal[64].

Bien que leur taille soit imposante, les capybaras peuvent s'avérer doux et dociles lorsqu'ils sont élevés au contact de l'homme. La détention privée nécessite toutefois la stérilisation des mâles vers l'âge de six à neuf mois pour prévenir l'agressivité territoriale. À l'instar d'autres rongeurs, ils peuvent être éduqués pour répondre à des ordres simples. Ils sont décrits par leurs propriétaires comme des animaux affectueux et propres[65].

Toutefois, leur détention impose des contraintes biologiques strictes : un abri adéquat, une alimentation riche en fibres (herbe, paille) et surtout un accès permanent à un point d'eau volumineux. Sans immersion régulière, le capybara développe de graves troubles cutanés pouvant être fatals. En captivité, le sarcopte de la gale (Sarcoptes scabiei) est également un parasite fréquent nécessitant une vigilance vétérinaire accrue[51].

En captivité, le capybara peut vivre jusqu'à 12 ans, soit plus du double de son espérance de vie en milieu sauvage[37].

En 2020, le Japon ouvre son premier café à capybaras, où l'on peut les observer et les caresser en même temps que l'on consomme une boisson. Les capybaras y cohabitent avec des chats sans difficulté[66].

Dans la culture populaire

  • Au Japon, le Izu Shaboten Zoo et d'autres parcs zoologiques proposent des bains de sources chaudes aux capybaras. Les clips vidéo de ces animaux en train de se baigner cumulent des millions de vues[67]. Ce phénomène a engendré une vaste gamme de produits dérivés, tels que des peluches, et a inspiré le personnage d'anime Kapibara-san[68].
  • Les capybaras sont devenus une figure centrale de la culture des mèmes sur Internet[69] au cours des années 2020[70]. Des formats de mèmes courants associent l'animal à la chanson After Party de Don Toliver[70],[71]. De plus, une chanson sur les capybaras est devenue virale sur TikTok en 2022[72]. En raison de leur caractère perçu comme « imperturbable », les capybaras ont acquis une réputation de symbole de calme et de sérénité[73].
  • En 2021, les péronistes en Argentine ont érigé l'animal en symbole de la lutte des classes après que des capybaras sauvages ont investi le quartier fermé de Nordelta, construit sur d'anciennes zones humides[61].

Notes et références

Voir aussi

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