Greensill Capital

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Greensill Capital
logo de Greensill Capital

Création 2011
Disparition 2021
Siège social Londres
Drapeau de la Grande-Bretagne Royaume-Uni
Activité Services financiers
Produits Affacturage
Affacturage inversé
Financement de créances clients à venir
Effectif 1 000 (2021)
Site web www.greensill.comVoir et modifier les données sur Wikidata

Greensill Capital était un prestataire de services financiers actif au Royaume-Uni et en Australie. Son activité consistait à proposer des solutions de financement logistique. La société, fondée en 2011 par Lex Greensill, a déposé le bilan le [1].

Faillite

La société a été fondée en 2011, et s'est focalisée à l'origine sur le financement de la chaîne d'approvisionnement. Elle a par la suite diversifié ses sources de revenus, offrant également des services bancaires conventionnels via une filiale allemande, Greensill Bank, des obligations assises sur les dettes qu'elle rachetait, ainsi que des fonds gérés avec des organisations partenaires, dont la banque Crédit suisse[2].

Le fonds américain de capital-investissement General Atlantic a investi 250 millions de dollars dans Greensill en 2018[2]. En 2018, Greensill a bénéficié d'une large couverture médiatique, et d'une procédure d'enquête menée par Lord Myners pour son implication supposée dans un scandale en lien avec le gestionnaire d'actifs anglo-suisse GAM.[réf. nécessaire]

Début 2019, Softbank a investi 800 millions de dollars dans l'entreprise via son Vision Fund[3]. Cet investissement a permis à Greensill de se développer rapidement, augmentant son effectif de 500 employés en 2019 à près de 1000 au début de 2021[4], répartis dans 16 bureaux[5]. Grâce à l'investissement de Softbank, la société a pu éviter d'examiner d'autres manières de lever des fonds, à l'instar d'une introduction en bourse[3]. À la fin de 2020, la société avait commencé à rechercher d'autres investisseurs, dans le but de lever entre 500 et 600 millions de dollars et de réaliser ensuite une introduction en bourse dans les deux ans[6]. Afin d'atteindre cet objectif, le conseil d'administration de la société a approuvé la vente de ses quatre avions, dont un Gulfstream G650[6].

En , un groupe d'assureurs dirigé par Tokio Marine, qui assurait 4,6 milliards de dollars du fonds de roulement de Greensill, a annoncé à la société qu'il cesserait de fournir la couverture[7],[8]. Cette décision est intervenue après que Tokio Marine a découvert qu'un employé de l'une de ses filiales avait fourni une couverture qui dépassait ses limites de risque. Greensill a tenté d'obtenir une extension de la couverture, notamment en intentant une action en justice contre ses assureurs, mais en a été déboutée[8],[9]. Après cet échec, Greensill tenta d'obtenir la même assurance auprès d'autres compagnies, sans succès[5].

Fin 2020, Greensill a commencé à rechercher un nouvel auditeur après être devenu trop grand pour son auditeur de l'époque, Saffery Champness[10]. KPMG, Deloitte, les membres des Big Four et le cabinet BDO ont tous refusé de devenir le nouvel auditeur de Greensill[10].

Le , Crédit suisse gela 10 milliards de dollars de fonds investis dans les produits financiers de Greensill et détenus par ses fonds d'investissement[11]. Selon le Financial Times, "les inquiétudes de Crédit suisse concernant les fonds atteignirent leur paroxysme parce que les polices d'assurance couvrant les défaillances d'une partie de ses actifs avaient expiré au cours du week-end"[12]. Selon le Wall Street Journal, Crédit suisse était également préoccupé par la forte exposition de Greensill aux entreprises liées au magnat de l'acier Sanjeev Gupta[11].

En , Greensill envisagea de déposer le bilan après le gel des fonds de Crédit suisse[13]. Le , le Wall Street Journal révéla que Greensill avait fait appel à Grant Thornton pour l'aider lors d'un éventuel dossier de restructuration ou de faillite qui devait avoir lieu dans quelques jours[11]. Le , Greensill Capital annonça son intention de céder ses activités opérationnelles, selon un rapport de Bloomberg News, à Apollo Global Management ou à une société affiliée, Athene Holdings. Greensill Capital déclara qu'elle disposait d'une "période d'exclusivité [pour la cession] avec une institution financière mondiale de premier plan en vue de conclure une transaction avec eux cette semaine"[14]. Le , il fut annoncé que l'accord avec Athene avait échoué[15]. L'accord fut rompu en partie en raison de la faible valeur des actifs de Greensill, qui fut diminuée par un partenariat entre la société technologique Taulia, JPMorgan Chase et d'autres banques[16],[17]. Taulia facilitait les prêts de plusieurs sociétés financières à des clients, et Greensill représentait une source importante d'activité. Les activités de prêt de Greensill via Taulia ayant été reprises par JPMorgan, Athene avait d'autant moins de raisons d'acquérir Greensill.

Le , Greensill se plaça sous la protection des tribunaux, car elle était incapable de rembourser un prêt de 140 millions de dollars à Crédit suisse et avait subi un défaut de paiement de GFG Alliance, l'un de ses principaux clients[1],[18].

Le , les dirigeants de Crédit suisse estimaient que les investisseurs dans ses fonds de financement de la chaîne d'approvisionnement pourraient subir des pertes pouvant atteindre 3 milliards de dollars. Avant la faillite de Greensill, les actifs de ces fonds s'élevaient à 10 milliards de dollars[19].

Poursuites judiciaires et répercussions

Le , Bluestone Resources Inc., une société d'extraction de charbon appartenant au gouverneur de Virginie-Occidentale Jim Justice, intenta une action contre Greensill pour fraude. Il soutenait que Greensill s'était écarté du financement standard de la chaîne d'approvisionnement pour s'engager dans une pratique plus spéculative, offrant des prêts non seulement basés sur des dettes que d'autres entreprises avaient déjà contractées, mais également sur la base de transactions qui devaient se produire à l'avenir[20],[21]. Le , il a été révélé que le gouverneur Justice avait personnellement garanti les prêts reçus de Greensill, pour un total de près de 700 millions de dollars[22].

Un certain nombre de villes allemandes ont retiré leur argent de petites banques privées après avoir perdu des millions d'euros du fait de la faillite de Greensill[23].

Le directeur des risques et de la conformité de Crédit suisse et le responsable de la banque d'investissement du groupe auraient aussi démissionné, en raison des pertes résultant de l'effondrement de Greensill et des 4,7 milliards de dollars de pertes associés à la chute d'Archegos Capital Management[24].

Activités

Selon les documents déposés par la société devant les tribunaux, Greensill avait trois activités principales : le financement de la chaîne d'approvisionnement (également appelé affacturage inversé ou reverse factoring[25],[26]), le financement des comptes clients (également appelé affacturage ou factoring[27]) et une pratique qu'elle désignait elle-même par la formule « financement des créances clients à venir »[28].

Dans l'affacturage traditionnel, une entreprise vend à un tiers les factures qu'elle a émis à ses clients. ce tiers collecte ensuite les sommes dues par les clients[27]. Dans l'affacturage inversé, un tiers, en l'occurrence Greensill, paie une dette due par une entreprise à ses fournisseurs avec une légère décote, mais bien plus rapidement que le délai prévu dans le contrat initial. Ce tiers se fait ensuite rembourser par l'entreprise[27]. L'activité de « financement des créances clients à venir » consiste à prêter des sommes à une entreprise avant qu'une vente soit faite, et à espérer un remboursement dans l'hypothèse où cette vente se produirait effectivement. Cette activité est considérée comme spéculative et risquée[29].

Traditionnellement, les banques jouaient un rôle majeur dans les solutions de financement logistique[30],[29], mais l'évolution de la réglementation prudentielle a rendu cette activité moins rentable. Cette tendance réglementaire a en partie conduit à l'émergence de Greensill et d'autres entreprises similaires, qui ne sont pas soumises aux mêmes exigences prudentielles[29]. Les partisans de l'affacturage inversé affirment que la pratique profite aux fournisseurs, car elle leur permet de voir leurs dettes réglés plus rapidement. Ceux qui critiquent la pratique s'y opposent généralement car elle peut permettre aux entreprises, selon les règles comptables applicables, de dissimuler des dettes[31], et encourager par ricochet les retards de paiement de la partie la plus forte dans la relation commerciale, qu'il s'agisse du client ou du fournisseur.

Pour financer ses activités, Greensill s'appuyait sur des emprunts accordés par des fonds de placement spécialisés dans la logistique et gérés par Crédit Suisse : Greensill émettait régulièrement des titres de créance qui étaient achetés par les fonds d'investissement, procurant ainsi des liquidités à Greensill[7]. Le remboursement des prêts était garanti par les droits de Greensill au remboursement des fonds versés aux fournisseurs de ses clients[32]. Or, selon Bloomberg et The Wall Street Journal, les fonds d'investissement affiliés à Crédit Suisse auraient aussi acheté des valeurs mobilières liées à l'activité dite de « financement des créances clients à venir » de Greensill : ces prêts n'étaient garantis que par des ventes futures et incertaines, et étaient donc plus risqués que ceux rattachés aux activités d'affacturage standard[32],[9].

Polémique

Articles connexes

Références

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