Grotte de Kitum

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Pays
Kenya
Comté
Comté de Trans-Nzoia
Massif
Grotte de Kitum
Localisation
Coordonnées
Pays
Kenya
Comté
Comté de Trans-Nzoia
Massif
Localité voisine
Voie d'accès
Parc du mont Elgon - Terrain public - Accès généralement non contrôlé
Aire protégée
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
2 400 m
Longueur connue
165 m
Période de formation
Postérieure à l'Holocène
Température
12,5 à 13,5 °C
Cours d'eau
Absence
Occupation humaine
Restes archéologiques Sabaot
Géolocalisation sur la carte : Ouganda
(Voir situation sur carte : Ouganda)
Géolocalisation sur la carte : Kenya
(Voir situation sur carte : Kenya)
Géolocalisation sur la carte : Afrique
(Voir situation sur carte : Afrique)

La grotte de Kitum est située dans le parc national du mont Elgon sur le versant kényan du volcan, non loin de la frontière avec l'Ouganda. La grotte devient célèbre dans les années 1980, quand deux visiteurs européens y auraient contracté le virus Marburg, filovirus de la famille du virus Ebola et, potentiellement aussi dangereux. C'est l'une des cinq grottes à éléphants du volcan, où les animaux (dont les éléphants) creusent la roche pour en extraire les sels minéraux.

Le parc national du mont Elgon

La grotte de Kitum se trouve dans le parc national du mont Elgon, au Kenya.

C'est une réserve naturelle montagneuse de part et d'autre de la frontière du Kenya et de l'Ouganda. La partie kényane, où se trouve la grotte de Kitum, couvre 169 km2 (protégée en 1968), l'ougandaise fait 1 110 km2 (protégée en 1992).

Le parc est situé à 140 km au nord du lac Victoria. Il recèle différents biotopes, dont les forêts d'altitude d'Afrique orientale, qui forment une écorégion unique protégée par le WWF ainsi que de nombreuses grottes.

En périphérie, le parc est bordé par une zone de population agricole très dense, qui profite de la fertilité des terres volcaniques[1].

Le mont Elgon

Le mont Elgon est un stratovolcan éteint du début du Miocène, qui culmine à 4 321 m. C'est la dix-septième plus haute montagne d'Afrique[2].

Accès et dimensions de la grotte

La grotte de Kitum est située à 2 400 m d'altitude. Elle fait une cinquantaine de mètres de large à son entrée et a une profondeur de 165 m ; elle est incluse dans des roches pyroclastiques (volcaniques) et non, comme certains l'ont présumé, dans un tube de lave.

La large entrée de la grotte paraît sortir de nulle part. La végétation luxuriante et verte qui recouvre le paysage déchiqueté du mont Elgon cache la grotte de la vue des marcheurs, jusqu'à ce que le promeneur se trouve face à elle. Les animaux n'ont en revanche aucune difficulté à la localiser et viennent pour y flâner ou s'alimenter[3].

Une petite chute d'eau tombe en rideau devant l'entrée mais ne coule pas à l'intérieur de la grotte. Elle s'infiltre entre les blocs d'effondrement et la végétation qui borde l'entrée. Dans la grotte, pas lit de rivière, ni de stalactite : c'est une grotte sèche[4].

La température constante dans la grotte est de 12,5 - 13,5 °C. L'humidité relative y est de 100 %.

Toponymie

En langue maasaï, Kitum signifie « lieu de cérémonies ».

Historique

Archéologie

Des restes archéologiques suggèrent que la communauté indigène Sabaot l'utilise durant des siècles comme abri et refuge contre les pillards. Le site avait une valeur culturelle et religieuse où étaient pratiquées la circoncision et les prières.

Le sel de la grotte était employé pour le bétail ou, parfois pour la cuisine ; il était extrait à la pioche.

Cartographie

Joseph Thomson décrit le mont Elgon et ses grottes, en 1885.

Joseph Thomson, explorateur

La première description de la grotte est donnée par Joseph Thomson, explorateur et géologue écossais, qui œuvre pour le compte de la Royal Geographical Society de Londres. Il parvient au mont Elgon fin au cours d'une mission d'exploration à travers les terres maasaï (Through Masai Land, 1885)[5]. Joseph Thomson mène une caravane qui part de la côte est de l'Afrique et rejoint les rivages septentrionaux du lac Victoria.

Sur le chemin du retour, il est informé de la présence au nord, de grottes et de mineurs sur le mont Elgon. Intrigué, il fait route vers le volcan et observe la présence d'un grand nombre de cavités sombres, disposées sur un même niveau, autour de la montagne. Les grottes sont souvent profondes et se situent toujours dans une couche d'agglomérats, bordée en partie supérieure par une couche de lave.

Certaines grottes sont habitées par les tribus Wa-Elgon et leur bétail ; ils y logent dans de petites huttes.

Joseph Thomson pressent que la vaste étendue des excavations ne peut être le seul fait du labeur des tribus locales, équipées de petites pioches. Il émet l'hypothèse qu'une civilisation très avancée a pu les creuser, à la recherche de pierres ou de métaux précieux. Mais s'il conclut que les Égyptiens ne sont pas allés aussi loin au cœur de l'Afrique, quelle autre civilisation a pu en être à l'origine ? Tous les guides locaux qu'il souhaite s'adjoindre refusent d'accompagner son groupe, en raison des conflits tribaux permanents qui perturbent la région. Par ailleurs ils doivent progresser dans une nature dense et difficile, sans chemin apparent. Joseph Thomson décide à regrets, de quitter promptement le mont Elgon, sans même s'enquérir de la richesse minérale des grottes.

Il est probable que son récit inspire Henry Rider Haggard pour son roman Les Mines du Roi Salomon, publié également en 1885[6].

Ian Redmond, biologiste

Une carte de la grotte est établie par le biologiste anglais, Ian Redmond (en), spécialiste des éléphants, ancien collaborateur de Dian Fossey (imagée dans le film Gorilles dans la Brume, au Rwanda). Il reste cinq mois à l'entrée de la grotte, en 1982, pour étudier l'activité nocturne des troupeaux de pachydermes[7]. Ce dernier émet la théorie selon laquelle l'excavation viendrait du creusement par les éléphants au rythme de quelques kilos par nuit (la roche saline est attrayante pour les troupeaux d'éléphants et autres mammifères de moyenne et grande taille) ; le besoin journalier de l'éléphant est estimé à 100 g de sel[1]. L'activité géophage reproduite génération après génération, sur des centaines de milliers d'années aurait pour conséquence la spéléogenèse par les éléphants[8].

Géologie

Composition

Mirabilite (USA), aussi appelée sel de Glauber : sulfate de sodium hydraté.

Les grottes du mont Elgon sont similaires du point de vue géologique. Elles sont souvent prises pour des tubes de lave (tunnels formés par le passage de la lave chaude sous une croûte solide dans les volcans de type effusif) mais n'en sont pas. La roche qui les constitue n'est pas de la lave; c'est un agglomérat volcanique et composite, fait de petits et gros blocs de lave, qui ont été éjectés par l'éruption du volcan, au milieu d'un amas de fines cendres qui servent de liant à la roche solide[6].

La roche de la grotte contient une faible fraction de sulfate de sodium, encore appelée sel de Glauber ou mirabilite[6].

Spéléogenèse

Plusieurs auteurs ont étudié des grottes similaires (de cinq à trente) sur le mont Elgon, sur ses faces sud et sud-est.

Facteurs naturels

Il semble que toutes les grottes aient évolué sur le même modèle. La principale cause de leur genèse est géomorphologique.

Selon Joyce Lundberg et Donald Mc Farlane, de petits courants d'eau en arrière de la cascade coulent sur une chape résistante, faite de la superposition de roches pyroclastiques et de couches d'argile. Le gonflement de l'argile par l'eau souterraine entraîne des glissements de terrain. C'est la première phase de la formation de la grotte ; elle libère l'accès au travail des animaux[9].

Géophagie

Les éléphants géophages, d'autres espèces herbivores et, dans une certaine proportion, l'activité humaine modifient significativement et élargissent les grottes[10],[9]. La géophagie joue un rôle pivot car elle accroît l'extension latérale des parois de la grotte et permet la manifestation naturelle de nouveaux éboulements de la voûte, dont le sol est dégagé par le piétinement comme la mastication des débris par les animaux.

Les phénomènes classiques de genèse d'une grotte comme la dissolution karstique ou la formation d'un canal d'écoulement d'eau sont absents des grottes observées.

En 2006, la population de pachydermes du parc est évaluée à 150 éléments mais, avant le braconnage pré-XXe siècle, elle est estimée à 1 200 éléphants.

Le calcul estimatif de la genèse de la grotte sur base de la population d'éléphants et du volume de roche déplacée et mastiquée permet de déduire une origine de la grotte postérieure à l'Holocène.

Activité minière

L'extraction humaine modérée s'arrête dans les années 1950. Elle est faite avant tout pour suppléer aux besoins du bétail[10]. Les hommes creusent la roche proche de la lumière naturelle; de fait les traces de pioches se trouvent à l'entrée des grottes, alors que les éléphants sont actifs tout le long de celles-ci. Les hommes emportent la cendre plutôt que les larges blocs de lave, qui sont trop durs pour être mangés par le bétail[6].

Minéralogie

La voûte de la grotte contient des parties pétrifiées d'une ancienne forêt pluviale, piégée par une éruption du volcan Elgon, il y a sept millions d'années. La cendre recouvre le mont, abat de grands arbres, dont les fossiles ou parfois simplement les trous en forme de tronc, sont encore ensevelis dans la roche.

À certains endroits une grande variété de fragments d'os d'animaux, comme ceux de crocodiles, d'hippopotames et d'éléphants dépassent des parois.

Description

Faune

Éléphant de savane (loxodonta africana africana).

Les herbivores

Sur les parois de la grotte de Kitum, les défenses d'éléphants ont strié la cavité[11]. Les éléphants mâchent la roche éboulée pour sa teneur en sels de sodium. Des parties de la grotte sont d'accès étroit en raison de blocs de la voûte qui jonchent le sol[1]. L'éléphant manifeste néanmoins une remarquable agilité pour se frayer un passage.

Comme la roche est friable, des blocs peuvent aussi s'en détacher naturellement et de façon intempestive. Redmond relate qu'en 1982, la chute d'un bloc important tue au moins un éléphant.

Une profonde crevasse, sur le parcours de la cavité, aurait piégé de jeunes éléphants, qui seraient morts durant leurs déplacements nocturnes.

Les éléphants présents au mont Elgon sont des éléphants de savane (loxodonta africana africana) et non les éléphants de forêts (loxodonta cyclotis) que l'on retrouve en Afrique centrale et de l'ouest[12].

D'autres herbivores pénètrent la grotte pour en creuser la roche, comme les guibs harnachés, ou pour y consommer le sel laissé par les éléphants, à l'exemple des buffles.

Les carnivores

Les herbivores, qui entrent dans les parties sombres de la grotte a fortiori de nuit, pénètrent un environnement dangereux dont profitent leurs prédateurs, les léopards et les hyènes. À l'environnement obscur, s'ajoute leur distraction, ils sont souvent trop occupés à se délecter de la roche grattée pour rester vigilants sur leur possible destin[6].

Les autres mammifères

Les observations indiquent aussi la visite de primates et de damans[7].

Forêt humide du mont Elgon, une des forêts d'altitude d'Afrique orientale.

Une partie de la grotte est habitée par des chauves-souris frugivores ou insectivores, suspectées d'être les hôtes du virus Marburg. Sous leurs colonies, le sol et les parois sont couverts de guano ; la preuve n'a cependant pas pu être apportée que la présence des chauves-souris de la grotte est à l'origine de la transmission du virus Marburg, en dépit d'une expédition scientifique américaine, organisée au printemps 1988[8].

Ressources

L'ion sodium de la roche saline est précieux pour l'équilibre alimentaire des herbivores[10],[13].

Il est le principal cation circulant dans le sang et les fluides des animaux ; il prédomine sur le potassium, le calcium, le magnésium, etc. Les plus nécessiteux en sels de sodium sont les herbivores, car les plantes recèlent une faible teneur en sodium, alors que les carnivores trouvent le sel dans la chair des animaux qu'ils mangent.

En plaine, ces sels bordent les points d'eau asséchés et sont facilement disponibles, mais ils sont une denrée rare en montagne, dans une forêt humide, aux pentes raides et, de surcroît, lessivées par les pluies importantes.

Certains auteurs suggèrent que le sodium pourrait également être un supplément au fer à haute altitude[9].

Le virus de Marburg

Références

Voir aussi

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