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Grotte du Moulin (Troubat)

grotte dans les Hautes-Pyrénées, France From Wikipedia, the free encyclopedia

La grotte du Moulin est une grotte ornée située à Troubat en Barousse, dans le département français des Hautes-Pyrénées, en région Occitanie. Souvent appelée « grotte de Troubat » bien qu'elle ne soit pas la seule grotte de la commune, elle est parfois nommée au pluriel à cause de ses deux entrées. Elle a été occupée du Magdalénien à l'Âge du bronze et abrite des décorations pariétales.

Faits en bref Coordonnées, Pays ...
Grotte du Moulin (Troubat)
Intérieur de la grotte de Troubat,
Joseph Latour, milieu du XIXe siècle.
Localisation
Coordonnées
Pays
Région
Département
Massif
massif du Gouardère, Pyrénées
Vallée
Vallée de la Barousse
Localité voisine
Voie d'accès
D925
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
541 m
Longueur connue
30 m
Type de roche
Cours d'eau
Occupation humaine
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Situation

Située à peu près à égale distance de la Méditerranée (200 km) et de l'Atlantique (180 km)[Ch 1], la grotte se trouve dans le sud de la commune de Troubat près de la bordure orientale du département des Hautes-Pyrénées (le département de la Haute-Garonne est à 2,6 km à l’est du village). Elle est dans la vallée glaciaire de l'Ourse, affluent de la Garonne s'écoulant dans le sens sud-nord ; ce cours d'eau débouche au nord sur la vallée de la Garonne à hauteur de Barbazan[1]. Saint-Bertrand-de-Comminges est à 8 km au nord, Tarbes à 67 km au nord-ouest[2].

Elle s'ouvre sur le versant Nord du massif du Gouardère, en rive droite de l'Ourse à quelque 150 m de la rivière, à 541 mètres d’altitude (zone de moyenne altitude), nous disent plusieurs travaux dont celui de Fat Cheung[Ch 1]. L'Ourse coulant à cet endroit à environ 530 m d'altitude et la pente du flanc du Gouardère étant très escarpée, la grotte est donc très proche du village puisque c'est le seul endroit des flancs du Gouardère assez peu pentu pour donner cette altitude à cette distance de la rivière[1].

Les environs

La grotte du Moulin fait partie d'un ensemble de grottes pyrénéennes occupées à l'Aurignacien (Tarté), au Solutréen (Lespugue[N 1], Roquecourbère[N 2]), au Gravettien (Gargas, Enlène, Tuto de Camalhot[N 3]) et au Magdalénien (Les Espélugues, Labastide, à Lortet, Gourdan (grotte de l'Éléphant[N 4]), Lespugue, La Tourasse[N 5], Massat, Mas-d'Azil, Rhodes II[N 6], La Vache)[3].

La commune inclut aussi la grotte de Saint-Araille, haut-lieu de l'escalade.

Géologie

La grotte est creusée dans le calcaire de l'étage Aptien de l'Urgonien, un dépôt datant d'environ 125 à 113 millions d'années (Ma) (Crétacé inférieur)[Ch 1].

Description

La grotte du Moulin a deux entrées superposées, orientées au nord[Ch 1] (légèrement tournées vers le nord-ouest). Elle s'ouvre sur une grande salle prolongée vers le sud-est par une large galerie ; au sud, une autre grande galerie a été nommée « galerie Raymond Bonnet »[Ch 2]. Son développement[N 7] est de 30 m[4].

Le réseau profond que forme la galerie Raymond Bonnet a été découvert en 1996 : son entrée était cachée par des dépôts aziliens[5].

Les murs à l'intérieur de la grotte sont couverts jusqu'à une hauteur de 1,50 m par des sédiments, témoins de la hauteur du remplissage[N 8] dans des temps anciens[Ch 3].

Entrée de la grotte de Troubat,
Joseph Latour, milieu du XIXe siècle

Historique

La grotte du Moulin a été fouillée par Édouard Lartet. San Juan (1997) cite une mention de vestiges en 1868-1870 par C. Fouque, puis A. Clot explore la grotte en 1967[Ch 1],[6].

En 1986, R. Bonnet signale des vestiges. Michel Barbaza dirige subséquemment des fouilles de 1986[Ch 1],[7] à 2002 (moins les années 2000-2001)[Ch 1],[8]. L'extérieur de la grotte, où le remplissage[N 8] atteint plus de 3 m d'épaisseur, est fouillé pendant les neuf premières années ; il a auparavant fait l'objet de fouilles clandestines, notamment au-dessus de l’escargotière.
En 1995, les fouilles sont orientées vers l'intérieur de la grotte[Ch 1].

Stratigraphie

La grotte a été occupée du Magdalénien moyen (Paléolithique supérieur) à l'Âge du bronze[Ch 1] : Magdalénien supérieur et final, Azilien, Sauveterrien...

Sa stratigraphie de la fin du Magdalénien est particulièrement représentative de cette époque[9], qui a livré un os gravé[10].

Le remplissage[N 8] montre deux grandes séquences principales : les couches 10 à 6 sont « une accumulation d'éléments fins charbonneux et osseux » ; les couches 5 et celles plus récentes sont marquées par un amas coquillier ou « escargotière ». À l’extérieur de la grotte, les cailloutis sont plus nombreux qu'à l'intérieur et les couches de l’amas coquillier y sont nettement plus épaisses qu'elle ne le sont à l'intérieur[Ch 4].

Les niveaux aziliens (fin du Tardiglaciaire) ont livré 15 espèces d'oiseaux, dans un assemblage significatif d'un environnement ouvert (couvert végétal clairsemé) avec un climat modérément froid[11]. Ils incluent des vestiges de mergule nain (Alle alle), un oiseau marin dont la présence au nord des Pyrénées et si loin des mers est inattendue[12],[N 9].

On note l’absence de marmotte en cette fin de Tardiglaciaire (vers 11 650 ans AP - à cette époque elle est présente dans seulement deux sites pyrénéens : la grotte de Plantade à Bruniquel et la grotte des Harpons à Lespugue en Haute-Garonne)[13].

  • Couche 0 (surface)

Le sol est couvert de blocs calcaires[Ch 3].

  • Couche 1

Cette couche est composée de déblais et de terre remaniée[Ch 3].

Elle inclut quelques escargots. La terre a été remaniée mais il s'y trouve un foyer de l'âge du bronze, accompagné de céramique et de galets à encoche[Ch 3].

Elle a livré un foyer. Cheung l'attribue à la culture du Sauveterrien moyen-Montclusien (Mésolithique), comme pour les couches 4 et 5[Ch 3].

  • Couche 4 - Sauveterrien moyen-Montclusien

Ce sol d'habitat est jonché de coquilles d'escargot que le piétinement des habitants a réduites en morceaux. Cette couche est comparée à Fontfaurès[14] et Abeurador[Ch 3],[15].

  • Couche 5 - Sauveterrien moyen-Montclusien

La couche 5 a subi quelques perturbations pédologiques. Elle a livré une grande accumulation de coquilles d'escargots entières et fragmentées, appelée « escargotière » ; et des grattoirs microlithiques sur éclats, diverses pointes à dos courbe, des triangles isocèles, des pointes de Malaurie. Rufino (2011) attribue cette industrie lithique au Mésolithique, cultures laborienne et azilienne. Elle a aussi livré des outils en os : quelques poinçons et fragments de harpons plats[Ch 3].

Sa faune indique un climat tempéré[Ch 3].

Sa flore montre une augmentation du pin sylvestre et l'installation d'une chênaie caducifoliée. Le noisetier se répand, avec une végétation de collines tirant vers le montagnard : les nerprunx et sorbiers diminuent, les genévriers et les bouleaux disparaissent. Les précipitations et les températures augmentent (Heinz, 1995 et 1999[16]). Cette couche correspond au Préboréal (10 300 à 9 000 BP) et au Boréal (9 000 à 7 500 BP)[Ch 3].

Au début des fouilles (à l’extérieur de la grotte), Barbaza (1996) a attribué cette couche 5 à l’extérieur à un Azilien « évolué » ; les fouilles à l'intérieur ont ensuite montré une différence plus marquée qu'à l'extérieur entre la couche 6 et les couches 3 et 4 (ces dernières moins épaisses que les mêmes à l’extérieur), et la couche 5 a subséquemment été réinterprétée comme un panorama des différentes occupations. Selon Cheung, de nos jours elle n’est plus intégrée dans les interprétations de la stratigraphie[Ch 4].

Une fine couche de sédiments charbonneux la sépare de la couche 5 qui la suit chronologiquement. À l'extérieur de la grotte (ancien porche), la couche 6 se divise en deux dépôts distincts successifs, alors qu'à l'intérieur de la grotte son dépôt reste sensiblement homogène.
À sa base se trouvent des taches de cendres blanches et des foyers posés sur sol plat ou très légèrement creusés[Ch 3].

Elle contient une grande quantité de vestiges de poissons (truites et saumons), associée à des harpons perforés : le nombre élevé (plus de 10) de ces harpons place la grotte du Moulin parmi les quatre grottes des Pyrénées[N 10] les mieux fournies en harpons de ce type pour cette époque[Ch 5].

Elle a été datée à 10 770 ± 100 ans BP[17] et correspond au Dryas III[Ch 6].

  • Couche 7 - fin du Magdalénien supérieur

Barbaza voit cette couche comme la fin du Magdalénien supérieur[17], une manifestation tardive du Magdalénien dans les Pyrénées[Ch 3]. Gonzàlez Sainz la met en parallèle avec l'évolution du Magdalénien cantabrique[18]. Elle a été datée à 11 520 ± 110 ans BP - la sous-couche 7b a été datée à 11 320 ± 410 ans BP[17].

La couche 7 voit apparaître les premiers escargots[17], montrant la diversification du régime alimentaire[19], et inclut une grande quantité de saumon, de l'ibex mais aussi des animaux forestiers : cerf élaphe et sanglier[17].

L'industrie osseuse (harpons plats, harpons à une seule barbelure...) de ce niveau, encore très marquée par la tradition magdalénienne, présente cependant des formes originales[Ch 3].

Le cerf est très présent dans les couches 8 (43 % des ongulés contre 2,7 % pour le renne) et 7 (29  % des ongulés, contre aucun reste de renne)[20].

62% des 422 outils lithiques tirés de cette couche sont des lamelles à dos ; le reste inclut burins, grattoirs, pointes à dos, perçoirs et triangles microlithiques. Les outils en os incluent têtes de harpons, sagaies, portions d'aiguilles à chas.
La flore correspond à un paysage ouvert et des fruticées à genévriers, avec rosacées et nerpruns.
La faune inclut cerf, bouquetin, isard, chevreuil, renne, bovidés, cheval et un peu de sanglier.
C'est l'interstade de Bølling, entre le Dryas ancien et récent, avec un climat froid et sec[Ch 3].

Pour les couches 10 à 8, le renne pourrait avoir été abattu lors des migrations entre les pâturages d'hiver et ceux d'été[21].

Cette couche contient très peu de vestiges archéologiques[Ch 3].

Cette couche a livré des « pointes à barbelure » et des poinçons mais le matériel lithique peu abondant. La végétation inclut genévrier, pruniers et nerpruns[Ch 3].

L'industrie lithique de cette couche et des couches 12 et 13 inclut des pointes de type « Lussac-Angles », des aiguilles à chas et un propulseur décoré.
Elles se seraient déposées dans la période Dryas ancien/Bølling[Ch 3].

Les couches 13 à 11 sont dominées par le bouquetin[22].

Industrie lithique et osseuse

L'industrie lithique est caractéristique de la région : nombreuses esquilles, percussion sur enclume, pointes à dos ; caractéristiques qui ne se rencontrent pas dans la partie ouest de la région. Le nombre de lames, assez élevé, est le seul aspect similaire aux industries lithiques rencontrées plus à l'ouest ; mais ceci pourrait être dû aux matières premières, plus adaptées à cette production. En effet les occupants de la grotte faisaient de longs déplacements pour s'approvisionner en silex de Flysch (majoritaire dans le site) et de Salosse[Ch 7].

Les formes des harpons de la couche 7 suggèrent une transition entre le Magdalénien et l'Azilien[Ch 8].

Troubat a aussi livré de l'industrie post-azilienne (9300 à )[Ch 9].

Ornementations pariétales

La galerie Raymond Bonnet, découverte en 1996[5],[23], présente des décorations pariétales modestes : taches de couleur rouge, tracés gravés[24] - pas de figurations[25],[26]. Des fragments d'os ont été fichés dans des fissures ; l'un d'eux a été daté à 12 980 ± 70 ans AP[24]. Les décorations sont datées du Magdalénien moyen[27].

Notes et références

Voir aussi

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