Guerre anglo-espagnole (1762-1763)

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The Capture of Havana, 1762, Storming of Morro Castle, 30 July, Dominic Serres

La guerre anglo-espagnole a opposé la Grande-Bretagne à l’Espagne dans le cadre plus général de la guerre de Sept Ans. Elle dura de janvier 1762 à février 1763, date à laquelle le traité de Paris y mit fin.

Pendant la majeure partie de la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’Espagne resta neutre, refusant les offres des Français de rejoindre leur parti. Au cours des dernières étapes de la guerre, l’augmentation des pertes françaises face aux Britanniques laissant l’Empire espagnol vulnérable, le roi Charles III se prononça pour l'entrée en guerre aux côtés de la France. Cette alliance devient le troisième Pacte de famille entre les deux royaumes des Bourbons. Après que Charles eut signé l’accord avec la France, saisi les navires britanniques et expulsé les marchands britanniques, la Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Espagne. En , une expédition britannique s’empare de La Havane puis, un mois plus tard, de Manille. Entre mai et novembre, trois tentatives d'invasions franco-espagnoles du Portugal, allié de longue date de la Grande-Bretagne sur le Continent, sont des échecs. En Amérique du Sud, les Espagnols ont réussi à occuper un port d’importance stratégique, mais la guerre s’est terminée par une impasse.

Par le traité de Paris, l’Espagne a cédé la Floride à la Grande-Bretagne et a rendu au Portugal les territoires portugais et brésiliens, en échange de la rétrocession de La Havane et de Manille par les Britanniques. En compensation des pertes de leur allié, les Français cédèrent la Louisiane à l’Espagne par le traité de Fontainebleau.

Après la déclaration de guerre entre la France et la Grande-Bretagne en 1756, l’Espagne est restée neutre. Le premier ministre du roi Ferdinand VI, Ricardo Wall, s’opposa efficacement au parti français qui voulait entrer en guerre aux côtés de la France. La Grande-Bretagne a tenté vainement de persuader l’Espagne de se joindre à la guerre en tant qu’alliée, en offrant Gibraltar en échange de l’aide espagnole à Minorque.

La situation géopolitique changea à la mort de Ferdinand VI en 1759 et fut remplacé par son demi-frère cadet Charles III. Charles était plus ambitieux que son frère, et l’un des principaux objectifs de sa politique étrangère était la survie de l’Espagne en tant que puissance impériale permettant de peser en Europe. Il s’inquiète des récentes défaites françaises pouvant bouleverser l’équilibre des forces[1].

Avec des preuves de coopération franco-espagnole croissante, Pitt, principal ministre de la coalition dirigée par le duc de Newcastle, a suggéré que ce n’était qu’une question de temps avant que l’Espagne n’entre en guerre. Cette perspective d’une guerre a brisé l’unité ministérielle qui existait jusque-là. Pitt préconisait fortement une frappe préventive qui leur permettrait de capturer la flotte espagnole ruinant ainsi l'Espagne. Le reste du cabinet refusa et Pitt démissionna[2]. Malgré cela, la guerre avec l’Espagne devint inévitable. En 1761, la France semblait sur le point de perdre la guerre contre la Grande-Bretagne. Craignant qu’une défaite française dans la guerre de Sept Ans ne perturbe l’équilibre des forces coloniales, Charles signe le Pacte de famille avec la France en . En , l’Espagne décrète un embargo sur le commerce britannique, saisit les marchandises en Espagne et expulse les marchands britanniques. En réponse, la Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Espagne le [3].

Théâtres d'opérations

Portugal

Du point de vue britannique, l’enjeu le plus pressant de la guerre avec l’Espagne était la menace d’invasion du Portugal, qui, bien qu’allié historique des Britanniques, était, comme l’Espagne, resté neutre pendant la majeure partie du conflit. La France persuada une Espagne réticente d’attaquer le Portugal et espérait que ce nouveau front éloignerait les forces britanniques alors dirigées contre la France. La frontière longue mais accidentée du Portugal avec l’Espagne était considérée par les Français comme vulnérable et facile à envahir (un point de vue non partagé par les Espagnols), plutôt que l’effort plus complexe nécessaire pour assiéger la forteresse britannique de Gibraltar. Les forces espagnoles se massent à la frontière portugaise, prêtes à frapper. La Grande-Bretagne a agi rapidement pour soutenir ses alliés portugais, en envoyant des fournitures et des officiers pour aider à coordonner la défense[4].

Le plan espagnol initial était de prendre Almeida puis d’avancer vers l’Alentejo et Lisbonne, mais ils ont changé leur cible pour Porto car cela frapperait plus directement le commerce anglo-portugais. Sous la direction du marquis de Sarria, les troupes espagnoles traversèrent la Galice et pénétrèrent le nord du Portugal, capturant plusieurs villes. Cependant, la poussée contre Porto s’est arrêtée sur un terrain difficile et en raison de la crue de la rivière Esla. Les troupes britanniques commencèrent à débarquer à Lisbonne dans la troisième semaine de juillet. avec 6 000 hommes venant de Belle Île sous le commandement de Lord Loudoun et 2 000 venant d’Irlande. Le , l’Espagne investit et s’empara de la forteresse frontalière d’Almeida. Une contre-attaque anglo-portugaise menée par John Burgoyne s’empara de la ville espagnole de Valencia de Alcántara[5]. Les forces françaises arrivèrent pour soutenir les Espagnols, mais comme leurs alliés, ils commencèrent à souffrir de niveaux élevés d’attrition à cause de la maladie et de la désertion. En novembre les alliés Bourbons se retirèrent après avoir subi 25 000 pertes et demandèrent la paix[6]. Le , les préliminaires de paix avaient été signés et un armistice mettait fin à l’invasion du Portugal. Malgré le grand nombre de forces impliquées, il n’y eut pas de batailles majeures.

Amérique du Sud

La guerre de Sept Ans dégénéra en conflit entre les Portugais et les Espagnols dans leurs colonies d’Amérique du Sud. La guerre sud-américaine a impliqué de petites forces coloniales qui ont pris et repris des zones frontalières éloignées et s’est terminée par une impasse.

La seule action significative a été la première expédition Cevallos, au cours de laquelle les forces espagnoles ont capturé puis défendu la ville portuaire stratégiquement importante sur la colonie de Sacramento. En application du traité de Paris, les Espagnols devront évacuer la colonie.

Cuba

flotte britannique à l'entrée de La Havane

En , les forces britanniques des Antilles débarquent sur l’île de Cuba et assiègent La Havane. Bien qu’ils soient arrivés au plus fort de la saison des fièvres et que les expéditions précédentes contre les forteresses espagnoles tropicales aient échoué en grande partie à cause des maladies tropicales, le gouvernement britannique était optimiste quant à la victoire – si les troupes pouvaient prendre les Espagnols au dépourvu avant qu’ils n’aient le temps de réagir. Le commandant britannique Albemarle ordonna de miner les murs de la forteresse de la ville. Les troupes britanniques sont renforcées par l’arrivée de 4 000 hommes en provenance d’Amérique du Nord pour compenser les pertes de maladie. Le , Albemarle ordonna l’explosion de la mine et ses troupes prirent d’assaut la forteresse[7].

Amérique centrale

Au début de 1762, William Lyttelton, le gouverneur britannique de la Jamaïque, envoya une expédition au Nicaragua espagnol en remontant la rivière San Juan avec pour objectif principal de capturer la ville de Granada. La force principale et un groupe de supplétifs Miskitos Sambu comptant deux mille hommes et plus de cinquante bateaux ont occupé des plantations de cacao dans la vallée de Matina. Viennent ensuite les villages de Jinotega, Acoyapa, Lovigüisca, San Pedro de Lóvago[8].

Peu après, le , la force britannique assiégea la forteresse de l’Immaculée Conception. Cependant, le siège a finalement été abandonné le après une résistance héroïque du contingent espagnol menée par Rafaela Herrera[9], la fille du commandant. Ce retrait mettait fin aux opérations militaires en Amérique centrale.

Philippines

Carte de la conquette de Manille

Une force combinée de 10 700 hommes sous le commandement de William Draper quitta l’Inde à la fin de juillet et arriva dans la baie de Manille en . Le , les Britanniques prennent d’assaut la ville, la capturant grâce à la faible résistance espagnole, et l’archevêque se rend pour des effusions de sang. Les forces espagnoles se regroupèrent sous le commandement de Simon Anda, qui s’était échappé de Manille pendant le siège. Diego Silang, un dirigeant philippin local, a mené une révolte contre la domination espagnole mais a finalement été écrasé par les Espagnols. Les Britanniques n’ont pas été en mesure d’étendre leur autorité au-delà de Manille et du port voisin de Cavite.

La nouvelle de la prise de la ville n’a atteint l’Europe qu’après la signature du traité de Paris. Le texte ne parlait pas de la suire donnée à ce théâtre d'opération. L’occupation de Manille qui dura dix-huit mois prit fin la première semaine d’avril 1764.

Conséquences

La Grande-Bretagne occupait une position dominante dans les négociations, car elle occupait, au terme des sept années guerre, le Canada, la Guadeloupe, la Martinique, la Dominique, Pondichéry, le Sénégal et Belle Île aux Français, et La Havane et Manille aux Espagnols. Un seul territoire britannique, Minorque, était tombé aux mains des Français. L’Espagne était prête à continuer la guerre, ce à quoi ses alliés français étaient opposés. Le Premier ministre Bute proposa que la France cède son territoire nord-américain restant de la Louisiane à l’Espagne pour compenser les pertes subies par Madrid pendant la guerre. Cette formule était acceptable pour le gouvernement espagnol et permettait à la Grande-Bretagne et à la France de négocier en tête à tête. Les deux alliés des Bourbons considéraient le traité qui mettait fin à la guerre comme étant plus proche d’un armistice temporaire que d’un véritable règlement final, et William Pitt le décrivit comme une « trêve armée ». La Grande-Bretagne avait l’habitude de réduire massivement la taille de ses forces armées en temps de paix, mais au cours des années 1760, un important contingent militaire a été maintenu, destiné à dissuader toute tentative revancharde de la France et l’Espagne[10].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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