Guerre civile romaine (432)
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| Date | 432 |
|---|---|
| Lieu | Italie, Afrique du Nord |
| Casus belli | Rivalité entre les généraux Aetius et Boniface pour le commandement militaire et l’influence sur l’empereur Valentinien III. |
| Issue | Victoire d’Aetius après la mort de Boniface. |
| Changements territoriaux | Maintien de l’intégrité de l’Empire d’Occident ; certaines régions d’Afrique et de Pannonie restent vulnérables |
| Flavius Aetius Appui ultérieur de mercenaires huns |
Boniface † Sébastien (successeur) |
| Plusieurs milliers d’hommes, incluant l’armée d’Occident et des auxiliaires huns | Contingents venus d’Afrique, notamment bucellaires goths et armée régulière d’Afrique |
| Inconnues, mais limitées par les désertions ennemies et la retraite stratégique | Boniface grièvement blessé puis mort ; pertes importantes lors de la bataille de Rimini (432) |
Notes
Galla Placidia joua un rôle politique majeur dans la rivalité entre les deux généraux. Après la victoire, Aetius devient le personnage le plus influent de l’Empire romain d’Occident.
Batailles
La guerre civile romaine de 432 fut un conflit militaire opposant les généraux romains Flavius Aetius et Boniface sous le règne de l’empereur Valentinien III. Ce conflit se déroula sur le sol italien et fut tranché lors de la bataille de Rimini (432) (en). Bien qu’Aetius ait perdu la bataille, la guerre civile s’acheva finalement en sa faveur, Boniface ayant été grièvement blessé au combat et succombé par la suite à ses blessures[1].
Outre les deux généraux, Galla Placidia joua un rôle majeur en tant que régente. Elle contribua de manière non négligeable à ce conflit durant sa régence entre 429 et 432. Elle ne parvint pas à empêcher ses deux principaux généraux de s’affronter mutuellement, au lieu de combattre les Vandales en Afrique du Nord actuelle et les Huns en Pannonie. Par sa décision, en 432, de priver Aetius du commandement de l’armée romaine au profit de Boniface, elle posa de fait les bases de l’éclatement de ce conflit.
L’usurpation de Jean
Boniface et Aetius étaient deux généraux ambitieux qui émergèrent durant la période troublée ayant suivi la mort de l’empereur Flavius Honorius en 423. Ils furent impliqués dans une série d’affrontements politiques et militaires, notamment lors de l’usurpation de Jean (423-425), proclamé empereur par le Sénat contre les héritiers d’Honorius : sa sœur Galla Placidia et son neveu mineur Valentinien, soutenus par son cousin Théodose II, empereur de l’Empire romain d’Orient[2].
En 425, une guerre civile éclata et se conclut par la victoire des héritiers d’Honorius, appuyés par une intervention militaire venue d’Orient[3]. À la suite de ce conflit, Aetius, qui avait soutenu Jean, fut écarté du centre du pouvoir et envoyé dans la province de Gallia, tandis que Boniface, partisan de Galla Placidia, se retrouva également relégué à la périphérie du pouvoir impérial[4].
La guerre civile entre Boniface et Félix
Boniface désapprouva l’évolution des événements après la chute de Jean et refusa, en conséquence, de quitter son poste en Afrique du Nord. Par son mariage avec la princesse gothique Pélagie, il disposait d’une armée privée composée principalement de bucellaires goths, tandis que l’armée régulière d’Afrique, les Comitatenses, lui resta fidèle. Cette situation lui permit d’agir de manière largement indépendante et de suivre sa propre ligne politique et militaire[5].
Une nouvelle confrontation éclata en 427, lorsqu’un complot fut monté contre lui. Boniface détacha alors l’Afrique du Nord de l’Empire, ouvrant une période connue sous le nom de Guerre civile romaine de 427-429[6]. Dans ce conflit, Boniface s’opposa au commandant en chef de l’armée romaine, Flavius Felix[7]. La guerre prit fin lorsque Galla Placidia se réconcilia avec Boniface[8].
Aetius demeura en retrait durant cette période, jusqu’à sa nomination au rang de magister militum en 429. Il s’agissait alors du grade inférieur des deux fonctions regroupées sous le titre de comes et magister utriusque militiae, dont la position supérieure était occupée par Félix. Ce dernier était ainsi l’homme le plus influent de ces années-là et un soutien fidèle de Galla Placidia[9].
Prélude
La guerre contre les Vandales en Afrique
Après avoir quitté Ravenne en 429 afin de se réconcilier avec Galla Placidia, Boniface retourna en Afrique du Nord pour y affronter les Vandales. Ces derniers avaient déjà conquis la Maurétanie Tingitane et la Maurétanie Césarienne vers 430, et commencèrent alors à envahir la région de la Numidie, où Boniface les attendait à la tête de ses forces.
Lors de la bataille de Calama, au début de l’année 430, les troupes romaines furent vaincues par les Vandales. À la suite de cette défaite, Boniface se replia dans la ville d’Hippone, qui fut assiégée à partir de . C’est au cours de ce siège que mourut le célèbre Père de l’Église Augustin[10].
Après quatorze mois de siège, Boniface abandonna la ville au roi vandale Genséric et se retira afin de joindre ses forces à celles du général de l’Empire romain d’Orient Aspar, arrivé de Constantinople avec une armée transportée par mer. Au début de l’année 432, les armées romaines combinées affrontèrent de nouveau Genséric, mais subirent une nouvelle défaite face aux Vandales[11].
Le complot contre Aetius
Selon les sources, Félix aurait fomenté, après la promotion d’Aetius, un complot dirigé contre ce dernier ; toutefois, Aetius le devança et organisa une tentative d’assassinat[12],[13]. En , Félix et son épouse furent assassinés dans la basilique Ursiana à Ravenne[14].
Après la mort de Félix, Aetius obtint le poste de magister militum principal. Néanmoins, il quitta l’Italie pour retourner en Gaule, où il défit près d’Arles une armée de Goths pillards (en). Il fit ensuite demi-tour et lança une campagne dans les Alpes (en) contre des groupes d’Iuthunges et de Bagaudes pillards en Rhétie et en Norique.
Selon Jeroen P. Wijnendaele, ces actions d’Aetius furent menées sans l’approbation du gouvernement impérial de Ravenne, et ses campagnes en Gaule et en Noricum résultèrent du refus de l’armée, ou de ses auxiliaires huns, de participer à une expédition outre-mer contre les Vandales en Afrique. Au lieu de cela, Aetius choisit de réprimer les incursions dans les régions septentrionales, d’où il pouvait aisément surveiller le siège impérial de Ravenne, avant d’engager la campagne contre les Francs (en)[15].
La rivalité entre Aetius et Boniface
Après l’exécution de Félix en 430, Aetius et Boniface demeurèrent les deux généraux les plus influents de l’Empire, chacun cherchant à s’attirer les faveurs de Galla Placidia. En 432, Aetius exerça le consulat, une fonction essentiellement honorifique ; mais la même année, Boniface fut rappelé en Italie, accueilli chaleureusement par Galla Placidia et élevé au rang de patricien, lui aussi honorifique.
En outre, Placidia lui conféra la charge supérieure de comes et magister utriusque militiae (commandant en chef des armées), tandis qu’Aetius était privé de son commandement militaire[16]. Par ces décisions, elle créa une situation hautement explosive sur le plan politique et militaire.
La guerre entre Boniface et Aetius
Aetius, convaincu que sa chute était désormais imminente, se révolta ouvertement contre l’autorité impériale de Ravenne. Il marcha depuis la Gaule contre Boniface, qui se trouvait alors à Ravenne. Aetius avait amené avec lui son armée d’Occident, qu’il projetait initialement d’envoyer combattre les Suèves en Hispanie, tandis que Boniface disposait de contingents venus d’Afrique, composés en grande partie de bucellaires, ainsi que de l’armée de campagne italienne. Les deux chefs militaires s’affrontèrent en 432, à environ cinq milles romains d’Ariminum (l’actuelle ville de Rimini)[17].
À l’issue de la bataille, Boniface sortit vainqueur, mais il ne put jouir longtemps de son succès. Grièvement blessé au cours des combats, il mourut quelques mois plus tard des suites de ses blessures.
Fin et conséquences
Après la mort de Boniface, son gendre Sébastien lui succéda à la tête du commandement suprême et poursuivit les combats en Italie. Il tenta de capturer Aetius, qui s’était réfugié après sa défaite dans l’un de ses domaines fortifiés de la péninsule italienne. Aetius parvint toutefois à s’enfuir et chercha l’appui des Huns en Pannonie. Il se rendit à la cour de son allié, le roi hun Ruga, et, après avoir rassemblé de nouvelles forces, revint en Italie[18].
Grâce à ces appuis, Aetius parvint finalement à l’emporter[19]. Il convient toutefois de noter qu’aucune preuve formelle n’atteste qu’Aetius ait effectivement ramené une armée hunnique importante.. Il se réconcilia avec Galla Placidia, qui lui conféra à nouveau le titre de comes et magister utriusque militiae (commandant en chef des armées). Aetius fit ensuite exiler Sebastianus hors d’Italie, confisqua les biens de Boniface et épousa sa veuve, Pélagie.
Aetius sortit ainsi vainqueur de cette guerre civile et s’imposa comme le personnage le plus influent de l’Empire romain d’Occident. Galla Placidia cessa dès lors de jouer un rôle politique déterminant et, en 437, elle dut se retirer lorsque son fils Valentinien III atteignit l’âge adulte. Ce dernier se révéla par la suite un empereur faible sur le plan politique et militaire.
Avec la mort de Boniface, prit fin une période au cours de laquelle plusieurs généraux s’étaient disputé le pouvoir au sein de l’Empire romain d’Occident. Cet épisode ne fut pas sans conséquences, puisqu’il contribua finalement à la perte de provinces majeures telles que la Maurétanie Tingitane, la Maurétanie Césarienne, la Province d'Afrique et la Pannonie.
Aetius demeura le seul de ces « seigneurs de la guerre » et devint de facto le véritable maître de l’Empire d’Occident, tout en choisissant de ne pas accéder lui-même au titre impérial. Par cette décision, il rompit le monopole du pouvoir impérial occidental sur l’usage de la violence légitime, ouvrant la voie à l’émergence ultérieure de chefs militaires autonomes et à la désagrégation progressive de l’armée d’Occident dans la seconde moitié du Ve siècle[20].