Guerre des patriotes en Floride

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La Guerre des Patriotes en Floride est une tentative avortée de fomenter en 1812 une rébellion dans l’est de la Floride espagnole avec l’intention d’annexer la province aux États-Unis. Les évènements sont concomitants à la guerre de 1810. L’invasion et l’occupation de certaines parties de l’est de la Floride se sont heurtés à des éléments d’obstruction, mais ont été également soutenues par des unités de l’armée des États-Unis, de la marine et par des milices de Géorgie et du Tennessee. La rébellion a été déclenchée par le général George Mathews, qui avait été chargé par le président des États-Unis James Madison d’appuyer toute offre des autorités locales de céder une partie des Florides aux États-Unis et d’empêcher la réoccupation des Florides par les armées britanniques.

Les deux Florides

À la suite des négociations du traité qui conclut la guerre de Sept Ans en 1763, le Britanniques reçurent la colonie espagnole de Floride et la partie de la colonie française de Louisiane située entre le Mississippi, le fleuve Perdido et le nord du lac Pontchartrain. Les Britanniques divisèrent le territoire en Floride orientale et occidentale et commencèrent à recruter des colons afin de peupler la région, leur offrant des terres gratuites.

Pendant la guerre d’indépendance américaine les dirigeants de la Révolution américaine espéraient que toute l’Amérique du Nord britannique, y compris le Canada, les Florides, ferait partie du futur État au terme de la guerre. Mais les deux Florides ont en fait fini par devenir des refuges pour les loyalistes qui s’y sont réfugiés pendant la Révolution[1]. L’Espagne a rejoint son allié la France dans la guerre de soutien des États-Unis contre la Grande-Bretagne en 1779 et voulait récupérer les deux Florides en compensation de son aide. Le traité de Paris de 1783, qui a mis fin à la guerre d’indépendance américaine, a rendu les Florides à l’Espagne, a attribué aux États-Unis le territoire situé entre les Appalaches et le fleuve Mississippi au nord du 31e parallèle et a donné aux États-Unis des droits de navigation sur le Mississippi[2].

les relations entre les États-Unis et l’Espagne étaient troublées par la politique des colonies de Floride et de Louisiane en matière d’accueil des colons américains, le soutien espagnol aux tribus indiennes aux États-Unis, et la protection accordée aux esclaves en fuite. Les États-Unis et l’Espagne négocient finalement le traité de Pinckney en 1795 qui confirme les accords de 1783. En 1800, la France reprend la Louisiane à l’Espagne par le troisième traité de San Ildefonso. Mais, le traité décrivait de manière ambiguë le tracé de la cession. Si l’Espagne céda le contrôle de l’île d’Orléans et de la Louisiane à l’ouest du Mississippi à la France, elle continua à administrer toute la Floride occidentale jusqu’au fleuve Mississippi.

L'achat de la Louisiane en 1803 par l'administration Jefferson, puis l'invasion de l'Espagne par Napoléon a affaibli l'Espagne. Le gouvernement de Cadix ayant recherché l'alliance de la Grande Bretagne, les États-Unis pouvaient craindre que la Grande-Bretagne n’établisse des bases ou n’occupe des colonies espagnoles, y compris les Florides, compromettant gravement, dans un contexte de conflits diplomatiques entres les deux pays, la sécurité des frontières sud des États-Unis[3]. Par ailleurs, le président Jefferson, après des recherches approfondies, a conclu que l’achat de la Louisiane incluait la Floride occidentale jusqu’à la rivière Perdido[2]. Dès lors, profitant de la domination française de l’Espagne (1808-1813), les États-Unis convoitent la Floride espagnole.

Floride occidentale

Des rébellions contre les autorités espagnoles éclatèrent dans plusieurs de ses colonies américaines. Les habitants de l’ouest de la Floride (entre le Mississippi et les rivières Pearl) organisèrent une convention à Baton Rouge à l’été 1810. Le plan annexionniste des États-Unis comprenait l’établissement en 1810 de la république de Floride occidentale, un État fantoche. Il a été planifié par le secrétaire d’État Robert Smith à la demande du président James Madison. Grâce à l’infiltration d’agitateurs et de militaires sous le couvert de colons, les États-Unis ont pris le contrôle de Baton Rouge, l’invasion de l’armée de William C. C. Claiborne jusqu’à la rivière des Perles et donc la domination du commerce et de la navigation le long du fleuve Mississippi.

Après avoir découvert que le gouverneur espagnol du district avait fait appel à l’aide militaire pour réprimer une « insurrection », la milice s’empara du fort espagnol de Baton Rouge et, le , la convention déclara l’indépendance de la Floride occidentale[4]. Le , le président James Madison proclama que la région était devenue une partie des États-Unis avec l’achat de la Louisiane. Le gouverneur William C. C. Claiborne du territoire d'Orléans a reçu l’ordre d’occuper la région et de l’administrer comme faisant partie du territoire[5].

Skipwith et l'éphémère parlement de la Floride occidentale acceptèrent la proclamation de Madison. Les États-Unis prirent possession de St. Francisville le et Bâton-Rouge le . Ces territoires furent incorporés au nouvellement formé territoire d'Orléans. Les États-Unis annexèrent ensuite le district de Mobile de la Floride Occidentale au territoire du Mississippi en 1812.

Floride orientale

George Mathews

Les préparatifs

En , le président Madison demande au Congrès d’adopter une loi autorisant les États-Unis à prendre « possession temporaire » de tout territoire adjacent aux États-Unis à l’est de la rivière Perdido, c’est-à-dire le reste de la Floride occidentale et toute la Floride orientale. Les États-Unis seraient autorisés soit à accepter le transfert de territoire des « autorités locales », soit à occuper un territoire pour éviter qu’il ne tombe entre les mains d’une puissance étrangère autre que l’Espagne[6]. Le Congrès débat et adopte, le , la résolution à huis clos, qui prévoyait de la tenir secrète jusqu’en [7].

En vertu de la résolution, le général George Mathews,vétéran de l'armée continentale et ancien gouverneur de la Géorgie a été invité à mettre la Floride sous contrôle des États-Unis[8]. Mathews a tenté de juger de la volonté des colons de se séparer de l’Espagne en initiant des réunions clandestines avec les principaux colons de l’est de la Floride. L’un d'entre eux était John Houston McIntosh, un riche propriétaire terrien et futur chef du groupe rebelle des Patriotes[9]. McIntosh et d’autres Sudistes craignaient que la Floride espagnole soit un asile pour les esclaves évadés et pensaient que la Floride devait être annexée[10]. [25]

Les opérations

Dès et avant même que Mathews ne réussisse à créer son groupe de Patriotes, il y avait des signes d’agitation à la frontière avec la Géorgie, près de Fernandina, avec l’intention de déstabiliser ou de créer de l'insécurité dans la région. Au cours de l’été 1811, Mathews rencontre John Houston McIntosh pour arrêter un plan visant à établir une autorité locale en Floride espagnole. Ce gouvernement temporaire transférerait ensuite les terres aux États-Unis. De cette façon, les États-Unis pouvaient gagner des parties ou la totalité de la Floride orientale tout en évitant d'attaquer directement l’Espagne. Pour cacher davantage leurs intentions, Mathews recrute principalement des soldats au nord de la rivière St. Mary’s. Beaucoup d’hommes étaient des volontaires du comté de Camden, en Géorgie, ainsi que de la milice du général John Floyd[11].

Au début du mois de , le groupe disposait d’une force d’environ 125 hommes. Pour augmenter ses forces, Mathews obtient l'aide du commandant de la garnison de Point Peter, Thomas Adams Smith. Le , un détachement de 50 soldats se joint aux Patriotes pour marcher sur Fernandina sur Amelia Island. La veille, les Patriotes avaient élu John Houston McIntosh à leur tête[12]. Mathews a également demandé de l’aide au commodore Hugh G. Campbell, commandant des forces navales à St. Mary’s. Malgré les réticences de celui-ci en l'absence d'ordre officiel, 5 canonnières jettent l’ancre sur la rivière Sainte-Marie pointent leurs canons sur la ville pendant que le groupe patriote investit Fernandina le [13].

Dans les semaines qui suivirent, le groupe patriote marcha vers St. Augustine, suivi par le colonel Smith et son contingent de soldats. Mathews établit un quartier général à Fort Mose, à quelques kilomètres de St. Augustine[14]

En , le gouvernement américain craignait d’entrer en guerre ouverte avec l’Espagne, de peur qu’il ne se joigne à son allié, la Grande-Bretagne, dans la guerre imminente de 1812. Dans une tentative d’apaiser les tensions, James Monroe désavoua les actions de Mathews[15]. Le Congrès décida également de remplacer Mathews par David Mitchell, le gouverneur de Géorgie. Monroe ordonna le retrait des troupes américaines avec l’ordre de « restituer aux autorités espagnoles l’île Amelia et les autres postes de la Floride orientale qui leur avaient ainsi été enlevés

John Houston McIntosh, premier président de la république de Floride orientale.

Une république éphémère de Floride orientale

Le , le gouvernement provisoire publie une constitution signée par 14 membres du groupe des Patriotes, avec John Houston McIntosh comme président[16].

Mathews, profondément blessé par la répudiation du gouvernement américain, décide de se rendre à Washington pour défendre sa cause. Malade, il n’est arrivé que jusqu’à Augusta, en Géorgie, où il meurt de malaria le 30août 1812. À la fin du mois de , deux compagnies de miliciens de Géorgie sous le commandement du colonel Smith sont prises en embuscade par un groupe de Séminoles dirigés par leur roi Payne et leurs alliés noirs. Une autre force de milice, sous le commandement du colonel Daniel Newnan, vint en aide à Smith. Au cours de la bataille, qui a eu lieu près de l’actuelle Gainesville, le roi Payne a été touché et mourra finalement de ses blessures[17].

Au cours de l’été et de l’automne, les troupes américaines et patriotes ont fourragé et pillé presque toutes les plantations et fermes, la plupart d’entre elles ayant été abandonnées par leurs propriétaires. En , les Patriotes sont accusés par la population locale d’avoir « soulevé le diable », d’avoir pillé et détruit des fermes et forcé les citoyens à fuir leurs maisons[18].

Retrait américain

]En , les Patriotes furent évacués par l’armée espagnole de Fernandina et retournèrent en Géorgie. Le président James Madison refusa officiellement de reconnaître la République de Floride orientale le , un coup dévastateur pour les espoirs des Patriotes. John Houston McIntosh, le premier et seul président de la République de Floride occidentale, a été indemnisé financièrement par les États-Unis pour ses investissements de campagne.

L'invasion a affecté une étroite bande de territoire habité le long de la côte est de la Floride, au nord de St. Augustine, d’environ soixante miles de long sur quinze à vingt de large[19]. Après la réoccupation espagnole en 1813, le gouverneur Kindelán a établi trois districts de gouvernement local. De plus, face à la menace de nouvelles invasions américaines en provenance de la Géorgie, les Indiens Séminoles, les Séminoles noirs et les esclaves fugitifs des États-Unis se sont déplacés vers des régions sûres plus au sud, dans la région de Peace River. [

Épilogue

Notes et références

Annexes

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