Guerres byzantino-arabes (780–1180)
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- Sicile annexée par l’Émirat aghlabide du califat abbasside
- Cilicie, Arménie, Apulie, Crète et Chypre reconquises par les Byzantins
| Date | 780–1180 |
|---|---|
| Lieu | Anatolie, Sicile, Italie du Sud, Égypte, Afrique du Nord, Syrie et Palestine |
| Changements territoriaux |
|
| Empire byzantin Saint-Empire romain germanique[1] Cités-États italiennes (en) États latins d’Orient |
Califat abbasside Califat fatimide Uqaylides Hamdanides Émirat de Sicile Émirat de Crète |
| Empereurs byzantins Stratèges des thèmes Droungaires des flottes |
Dirigeants du califat abbasside Dirigeants du califat fatimide |
| Effectif total de 80 000 hommes en 773 Effectif total de 100 000 hommes en 1025 Effectif total de 50 000 hommes + milices en 1140[2] |
Effectif abbasside de 100 000 hommes en 781 Effectif abbasside de 135 000 hommes en 806[2] |
Les Guerres byzantino-arabes (780–1180) sont une série de conflits opposant l’Empire byzantin aux califats Abbassides puis Fatimides pour la domination de la Méditerranée orientale. Elles se déroulent principalement en Irak, en Palestine, en Syrie, en Anatolie et dans le sud de l’Italie. Après une longue phase de combats frontaliers indécis et peu décisifs, l’Empire byzantin connaît, à la fin du Xe et au début du XIe siècle, une période de succès militaires presque ininterrompus. Sous les règnes de Nicéphore II Phocas, Jean Ier Tzimiskès et Basile II, les Byzantins parviennent à reconquérir une partie des territoires perdus lors des conquêtes musulmanes du VIIe siècle, à l’époque des guerres arabo-byzantines, alors que la dynastie héraclienne (en) est en déclin[3].
Ces victoires permettent à Byzance de reprendre de vastes régions de Syrie, à l’exception de Damas, et d’y établir brièvement un nouveau thème impérial[3]. Au-delà des gains territoriaux, économiques et humains, ces reconquêtes ont une portée symbolique majeure : la reprise de villes considérées comme centrales pour la chrétienté, notamment Antioche, constitue un revers psychologique important pour les puissances musulmanes et permet à Constantinople de contrôler deux des cinq sièges patriarcaux de la Pentarchie[4].
Toutefois, la résistance arabe demeure solide. Une reprise fatimide temporaire à partir de vers 970 menace de remettre en cause plusieurs succès byzantins[5]. Si l’Empire parvient à s’emparer d’une grande partie de la Palestine, Jérusalem reste hors de son contrôle, limitant ainsi l’impact idéologique de ces campagnes. Par ailleurs, les tentatives byzantines pour enrayer la conquête musulmane de la Sicile se soldent par un échec[6]. La province byzantine de Syrie disparaît définitivement après la prise d’Antioche par les Turcs vers 1084. La ville est reprise par les croisés en 1097, puis intégrée à un système de protectorats byzantins sur les États croisés de Jérusalem et d’Antioche sous le règne de Manuel Ier Comnène[7].
La mort de Manuel Ier en 1180 met fin aux grandes expéditions militaires byzantines loin de Constantinople. Après la quatrième croisade, Byzantins et Arabes sont absorbés par d’autres conflits jusqu’à leur conquête respective par les Ottomans aux XVe et XVIe siècles.
En 629, le conflit entre l’Empire byzantin et les Arabes débute lorsque les deux camps s’affrontent lors de la bataille de Mu'tah. Récemment convertis à l’islam et unifiés par l’appel du prophète de l’islam au djihad (lutte) contre les empires byzantin et sassanide, les Arabes progressent rapidement, profitant du désordre qui règne au sein de l’Empire byzantin, lequel n’a pas encore pleinement consolidé les territoires reconquis après les invasions perses vers 620. Dès 642, l’Empire perd l’Égypte, la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie[8].
Malgré la perte de près des deux tiers de son territoire et de ses ressources — en particulier l’approvisionnement en blé égyptien — l’Empire conserve néanmoins une force militaire d’environ 80 000 hommes, grâce à l’efficacité du système des thèmes et à une économie byzantine réformée, orientée vers l’approvisionnement de l’armée en armes et en vivres[9]. Ces réformes permettent aux Byzantins d’infliger plusieurs défaites aux Arabes, notamment à Constantinople lors des sièges de 674 et de 717, ainsi qu’à Akroinon en 740[10].
Constantin V, fils de Léon III — qui avait conduit l’Empire à la victoire en 717 et 740 — prolonge ces succès en lançant des offensives victorieuses qui aboutissent à la prise de Théodosioupolis (actuelle Erzurum) et de Mélitène. Toutefois, ces conquêtes restent temporaires. La controverse de l’iconoclasme, le gouvernement jugé peu efficace de l’impératrice Irène et de ses successeurs, conjugués à la résurgence d’un Empire romain d’Occident sous les Francs du Empire carolingien et aux invasions bulgares, contraignent de nouveau l’Empire byzantin à adopter une posture défensive.
Période de 780 à 842
Michel II contre le calife Al-Ma'mun
Entre 780 et 824, les Arabes et les Byzantins se cantonnèrent à des escarmouches frontalières, les raids arabes en Anatolie étant suivis de représailles byzantines. Ces dernières consistaient notamment à « déporter » des sujets chrétiens du califat abbasside et à les installer de force dans les campagnes anatoliennes, afin d’accroître la population locale et de fournir davantage de paysans et de soldats à l’Empire byzantin.
La situation évolua avec l’accession au pouvoir de Michel II en 820, puis avec le règne du calife Al-Ma'mūn (813-833), sous lequel les relations entre les deux empires furent marquées à la fois par une intensification des conflits périphériques et par de profondes tensions internes au sein du califat. Contraint de faire face à la rébellion de Thomas le Slave, Michel II disposait de peu de troupes à opposer à une expédition arabe lancée sous l’autorité du califat abbasside, forte d’environ 40 navires et de 10 000 hommes, qui s’empara de la Crète en 824[11].
Une contre-offensive byzantine tentée en 826 se solda par un échec cuisant. La situation s’aggrava encore en 827 avec l’invasion de la Sicile par des forces arabes parties d’Ifriqiya (Tunis), également relevant du califat de Al-Ma'mūn. Toutefois, la résistance byzantine en Sicile se révéla acharnée et parfois efficace, tandis que les armées arabes furent rapidement entravées par les divisions internes du califat abbasside. Cette même année, les Arabes furent temporairement expulsés de Sicile, avant d’y revenir ultérieurement.
Théophile contre les califes Al-Ma'mun et Al-Mu'tasim
En 829, Michel II mourut et fut remplacé par son fils Théophile. Le règne de ce dernier fut marqué par une alternance de succès et de revers face à ses adversaires arabes. En 830, les Arabes revinrent en Sicile et, après un siège d’un an, prirent Palerme à leurs adversaires chrétiens. Ils s’y maintinrent durant les deux siècles suivants afin d’achever leur conquête de l’île, non sans se heurter à de nombreuses contre-offensives chrétiennes[12].
Parallèlement, les Abbassides lancèrent une invasion de l’Anatolie en 830. Le calife Al-Ma'mūn en sortit victorieux, entraînant la perte de plusieurs forteresses byzantines. Théophile ne renonça toutefois pas et, en 831, il s’empara de Tarse aux dépens des musulmans[13].
La victoire fut suivie de la défaite : deux revers byzantins en Cappadoce précédèrent, en 837, la destruction de Mélitène, de Samsat et de Zapetra par des troupes byzantines animées d’un esprit de vengeance. Al-Muʿtas̩im prit cependant l’avantage décisif avec ses victoires de 838 à la Dazimon, à Ancyre et surtout lors du sac d’Amorium. Le pillage de cette dernière cité est réputé avoir causé une profonde affliction à Théophile et aurait constitué l’un des facteurs de sa mort en 842.
Campagnes de Michel III (842–867)
Michel III n’avait que deux ans lorsque son père mourut. Sa mère, l’impératrice Théodora, assuma la régence. Après que la régence eut enfin supprimé l’iconoclasme, la guerre contre les Sarrasins reprit. Bien qu’une expédition visant à reprendre la Crète échoua en 853, les Byzantins enregistrèrent trois grandes victoires entre 853 et 855. Une flotte byzantine navigua sans opposition jusqu’à Damiette et y incendia tous les navires du port, revenant avec de nombreux prisonniers[14].
Encore mieux pour Constantinople fut la défense désespérée et vaine de l’émir de Mélitène, dont le royaume fut définitivement perdu aux Arabes[15]. L’humiliation s’ajouta à la perte pour les Arabes lorsque le gouverneur arabe d’Arménie commença à perdre le contrôle de son domaine. Après le IXᵉ siècle, les Arabes ne retrouveraient jamais une position dominante en Orient.
À l’Ouest, en revanche, les succès furent du côté des Sarrasins : Messine et Enna tombèrent respectivement en 842 et 859, tandis que les succès islamiques en Sicile encouragèrent les guerriers du Jihad à prendre Bari en 847, établissant l’Émirat de Bari qui durerait jusqu’en 871. Lors de leurs incursions en Italie du Sud, les Arabes attirèrent l’attention des puissances franques situées au nord.
Michel III décida de remédier à la situation en reprenant d’abord la Crète aux Arabes. L’île devait constituer une excellente base pour des opérations en Italie du Sud et en Sicile ou, au minimum, une base de ravitaillement permettant aux troupes byzantines encore résistantes de tenir. En 865, Bardas, oncle maternel de Michel III et l’un des membres les plus influents de sa régence, s’apprêtait à lancer l’invasion lorsque fut découvert un complot potentiel contre sa femme impliquant Basile Ier et Michel III (le premier étant le futur empereur et favori du second). Ainsi, la Crète islamique fut épargnée d’une invasion par le plus grand général byzantin de l’époque[16].
Campagnes de Basile Ier et de Léon VI (867–912)
À l’instar de son prédécesseur assassiné, le règne de Basile Ier fut marqué par un mélange de défaites et de victoires contre les Arabes. Les succès byzantins dans la vallée de l’Euphrate à l’Est furent complétés par des victoires à l’Ouest, où les musulmans furent chassés de la côte dalmate en 873 et Bari tomba aux mains des Byzantins en 876[17]. Cependant, Syracuse tomba en 878 sous le contrôle de l’Émirat sicilien et, sans aide supplémentaire, la Sicile byzantine semblait perdue. En 880, Tarente et une grande partie de la Calabre furent reprises par les troupes impériales. La Calabre, ancien grenier à blé de Rome avant l’Égypte, représentait donc bien plus qu’une simple victoire de propagande.
Basile Ier mourut en 886, convaincu que le futur Léon VI le Sage était en réalité son fils illégitime, issu de sa maîtresse Eudocie Ingérina. Le règne de Léon VI donna des résultats médiocres contre les Arabes. Le sac de Thessalonique en 904 par les Sarrasins de Crète fut vengé lorsqu’une armée et une flotte byzantines se dirigèrent vers Tarse, réduisant le port — aussi important pour les Arabes que Thessalonique l’était pour Byzance — en cendres[18].
Les autres événements notables incluent la perte de Taormine en 902 et un siège de six mois de la Crète. L’expédition fut interrompue lorsque la nouvelle de la mort de l’empereur parvint à Himérios, commandant de l’expédition, et l’armée fut presque entièrement détruite non loin de Constantinople (Himérios échappa).
Sous Romanos Ier et Constantin VII (920–959)
Jusqu’à cette période, l’Empire byzantin s’était préoccupé uniquement de survie et de conservation de ses possessions. De nombreuses expéditions en Crète et en Sicile rappelaient tristement les échecs de Héraclius, même si la conquête arabe de la Sicile ne se déroula pas entièrement comme prévu. Après la mort de Léon VI en 912, l’Empire fut confronté aux problèmes liés à la régence du jeune Constantin VII âgé de sept ans, ainsi qu’aux invasions de la Thrace par Siméon Ier le Grand[19].
La situation changea toutefois lorsque l’amiral Romain Ier Lécapène prit le pouvoir comme co-empereur aux côtés de trois de ses fils relativement inefficaces et de Constantin VII, mettant fin aux problèmes internes de gouvernement. Parallèlement, le problème bulgare se résolut plus ou moins de lui-même avec la mort de Siméon en 927, permettant au général byzantin Jean Kourkouas de mener une campagne agressive contre les Sarrasins de 923 à environ 950[20]. L’Arménie fut consolidée au sein de l’Empire, tandis que Mélitène, ruiné depuis le IXᵉ siècle, fut enfin annexé. En 941, Jean Kourkouas dut détourner son armée vers le nord pour repousser l’invasion d’Igor de Kiev, mais il put ensuite reprendre le siège d’Édesse — aucune armée byzantine n’était parvenue aussi loin depuis l’époque d’Héraclius. Finalement, la ville conserva sa liberté lorsque Al-Muttaqi accepta de céder une précieuse relique chrétienne : le « Mandylion »[21].
Constantin VII prit le pouvoir plein et entier en 945. Si son prédécesseur, Romanos Ier, avait su utiliser la diplomatie pour maintenir la paix en Occident face aux Bulgares, l’Orient nécessitait la force des armes pour assurer la stabilité. Constantin VII se tourna vers son allié le plus puissant, la famille Phocas. Bardas Phocas l'Ancien avait initialement soutenu les prétentions de Constantin VII contre celles de Romanos Ier, et sa position de stratège du thème d’Armeniakon faisait de lui le candidat idéal pour la guerre contre le califat[22]. Néanmoins, Bardas fut blessé en 953 sans grand succès, tandis que son fils Nicéphore Phocas infligea une lourde défaite au califat : Hadeth tomba en 957, et le jeune neveu de Nicéphore, Jean Tzimiskès, captura Samsat dans la vallée de l’Euphrate en 958.
Règne de Romanos II et campagnes byzantines (959–963)
Romain II lança la plus grande expédition byzantine depuis l’époque d’Héraclius. Une force colossale composée de 50 000 hommes, 1 000 transports lourds, plus de 300 navires de ravitaillement et quelque 2 000 navires à feu grégeois sous le commandement du brillant Nicéphore II Phocas mit le cap sur Héraklion, la capitale islamique de la Crète[23]. Après un siège de huit mois et un hiver rigoureux, Nicéphore s’empara de la ville. La nouvelle de la reconquête fut accueillie avec une grande joie à Constantinople, où un service de thanksgiving nocturne fut organisé par les Byzantins dans la Sainte-Sophie[24].
Nicéphore ne reçut toutefois aucune reconnaissance : on lui refusa un triomphe, Romanos II craignant que cela n’alimente ses ambitions. Il dut rapidement se tourner vers l’Est, où Ali Sayf al-Dawla de la dynastie hamdanide, émir d’Alep, avait pénétré avec 30 000 hommes en territoire impérial, tentant de profiter de l’absence de l’armée en Crète. L’émir était l’un des souverains indépendants les plus puissants du monde islamique, ses domaines comprenant Damas, Alep, Homs et Antioche. Après une campagne initialement triomphante, Saïf se retrouva accablé par un trop grand nombre de prisonniers et de butin. Léon Phocas, frère de Nicéphore, ne put affronter l’émir en bataille ouverte avec sa petite armée. Saïf se retrouva finalement en fuite, poursuivi par 300 cavaliers, tandis que son armée fut anéantie par une embuscade magistralement préparée dans les passages montagneux d’Asie Mineure. Avec une grande satisfaction, des prisonniers chrétiens furent échangés contre des musulmans récemment capturés.
Lorsque Nicéphore rejoignit son frère, leur armée fonctionna efficacement et, au début de 962, ils avaient ramené sous contrôle byzantin quelque 55 villes fortifiées de Cilicie[25]. Quelques mois plus tard, les frères Phocas étaient aux portes d’Alep. Les Byzantins prirent d’assaut la ville le , détruisant tout sauf la citadelle, défendue avec acharnement par quelques soldats de l’émir. Nicéphore ordonna alors le repli ; l’émir d’Alep fut sévèrement battu et ne représenta plus une menace. Les troupes retranchées dans la citadelle furent ignorées avec mépris. La nouvelle de la mort de Romanos II parvint à Nicéphore avant qu’il n’ait quitté la Cappadoce.
Renaissance byzantine (963–1025)
Nicéphore II Phocas (963–969)

Romanos II laissa derrière lui Théophano Anastaso, une belle impératrice veuve, ainsi que quatre enfants, le fils aîné ayant moins de sept ans. Comme beaucoup de régences, celle de Basile II se révéla chaotique et marquée par les intrigues de généraux ambitieux, tels que Nicéphore, ou par des conflits internes entre les levées macédoniennes, les Anatoliens et même la foule pieuse de la Sainte-Sophie[26]. Lorsque Nicéphore sortit victorieux en 963, il reprit immédiatement les campagnes contre ses adversaires sarrazins à l’Est.
En 965, Tarse tomba après une série de campagnes byzantines répétées en Cilicie, suivie la même année de la conquête de Chypre. En 967, Saïf de Mossoul, déjà défait, mourut d’un AVC, privant Nicéphore de son unique adversaire sérieux dans la région. Saïf ne s’était pas entièrement remis du sac d’Alep, qui devint peu après un vassal impérial.
En 969, la ville d’Antioche fut reprise par les Byzantins, devenant ainsi la première grande ville de Syrie perdue par les Arabes. Le succès byzantin ne fut toutefois pas complet : en 964, une autre tentative pour conquérir la Sicile échoua, menée par un neveu illégitime de Nicéphore, Manuel Phocas. En 969, Nicéphore fut assassiné dans son palais par Jean Tzimiskès, qui s’empara du trône[27].
Jean Ier Tzimiskès (969–976)
En 971, le nouveau califat fatimide fit son apparition. Avec un zèle renouvelé, les Fatimides s’emparèrent de l’Égypte, de la Palestine et d’une grande partie de la Syrie aux dépens des Abbassides impuissants, eux-mêmes confrontés à leurs propres problèmes turcs.
Ayant vaincu leurs adversaires islamiques, les Fatimides ne voyaient aucune raison de s’arrêter à Antioche et Alep, villes entre les mains des Byzantins chrétiens, rendant leur conquête stratégique encore plus importante. Une attaque ratée contre Antioche en 971 fut suivie d’une défaite byzantine près d’Amida.
Cependant, Jean Ier Tzimiskès se révéla être un adversaire plus redoutable que Nicéphore. Avec 10 000 soldats arméniens et d’autres levées, il repoussa les Fatimides vers le sud, libérant les possessions impériales et menaçant Bagdad d’une invasion. Sa réticence à envahir la capitale abbasside, pourtant mal défendue et démoralisée, demeure un mystère.
Après s’être occupé de questions ecclésiastiques, Tzimiskès revint au printemps 975 : la Syrie, le Liban et une grande partie de la Palestine tombèrent aux mains des armées impériales byzantines[28]. Il semble que Tzimiskès tomba malade cette année-là et l’année suivante, interrompant sa progression et épargnant Jérusalem d’une victoire chrétienne.
Basile II Porphyrogénète (976–1025)
Le début du règne de Basile II fut absorbé par des guerres civiles à travers l’Empire. Après avoir traité des invasions de Samuel de Bulgarie et des révoltes de Bardas Phokas et Bardas Skleros, Basile se tourna en 995 vers la Syrie, où l’émir d’Alep se trouvait en danger[29]. En tant que vassal impérial, l’émir sollicita l’aide militaire des Byzantins, la ville étant assiégée par Abu Mansur Nizar al-Aziz Billah. Basile II se hâta de retourner à Constantinople avec 40 000 hommes. Il dota son armée de 80 000 mules, une pour chaque soldat et une pour leur équipement[29].
Les premiers 17 000 hommes arrivèrent rapidement à Alep, et l’armée fatimide, largement inférieure en nombre, se retira. Basile II la poursuivit vers le sud, pillant Emèse et atteignant Tripoli[29]. Basile retourna ensuite sur le front bulgare, sans poursuivre de campagne contre l’ennemi égyptien.
Le conflit se poursuivit lorsque les Byzantins soutinrent une insurrection anti-fatimide (en) à Tyr. En 998, les Byzantins, sous le successeur de Bourtzes, Damien Dalassène, attaquèrent Apamée, mais le général fatimide Jaush ibn al-Samsama les battit en bataille le . Cette nouvelle défaite amena Basile II à revenir en Syrie en . Il y passa trois mois, durant lesquels les Byzantins pillèrent jusqu’à Baalbek, prirent et garnisonnèrent Shaizar, capturèrent trois petits forts alentour (Abu Qubays (en), Masyaf et 'Arqah), et pillèrent Rafanée. Emèse ne fut pas sérieusement menacée, mais un siège d’un mois de Tripoli en décembre échoua. Cependant, comme l’attention de Basile se détourna vers des développements en Arménie, il se dirigea vers la Cilicie en janvier et envoya une nouvelle ambassade au Caire.
En 1000, une trêve de dix ans fut conclue entre les deux États[30],[31]. Pour le reste du règne de Al-Hakim bi-Amr Allah (r. 996–1021), les relations restèrent pacifiques, Hakim étant davantage préoccupé par les affaires internes. Même la reconnaissance de la suzeraineté fatimide par Abu Muhammad Lu'lu' al-Kabir d’Alep en 1004 et l’installation par les Fatimides de Fatik Aziz al-Dawla (en) comme émir de la ville en 1017 ne conduisirent pas à une reprise des hostilités, Lu’lu’ continuant à payer tribut à Byzance et Fatik agissant rapidement comme souverain indépendant[32],[33].
Néanmoins, les persécutions des chrétiens dans le domaine de Hakim, et en particulier la destruction de l'Église du Saint-Sépulcre sur ses ordres en 1009, tendirent les relations et constituèrent, avec l’ingérence fatimide à Alep, le principal sujet des relations diplomatiques entre Fatimides et Byzantins jusqu’à la fin des années 1030[34].
Batailles finales
La puissance militaire du monde arabe était en déclin depuis le IXᵉ siècle, comme l’illustrent les pertes subies en Mésopotamie et en Syrie, ainsi que la lenteur de la conquête de la Sicile. Si les Byzantins remportèrent plusieurs succès contre les Arabes, une lente décomposition interne, amorcée après 1025, ne fut pas enrayée et précipita un déclin général de l’Empire au cours du XIᵉ siècle[35].
Affaiblissement progressif de l’Empire (1025–1055)
Cette instabilité et ce déclin se traduisirent notamment par un affaiblissement marqué de l’autorité impériale centrale, des crises de succession et une légitimité fragile ; la désintégration volontaire du système des thèmes par les bureaucrates constantinopolitains au profit de mercenaires étrangers afin de contenir la montée en puissance de l’aristocratie militaire anatolienne ; le recul de la paysannerie libre propriétaire sous la pression de cette aristocratie militaire, qui constitua de vastes latifundia au détriment des petits paysans, affaiblissant ainsi davantage le potentiel militaire ; enfin, des révoltes et des guerres civiles très fréquentes entre bureaucrates et aristocratie militaire pour la suprématie, facilitant en conséquence les pillages de mercenaires indisciplinés et de pillards étrangers, tels que les Turcs ou les Petchénègues, à l’intérieur de l’Empire, avec peu de résistance effective.
Le bref et sans éclat règne de Constantin VIII (1025–1028) fut suivi par celui, incompétent, de Romain III (1028–1034). Lorsque ce dernier marcha sur Alep, son armée tomba dans une embuscade tendue par les Arabes[36]. Malgré cet échec, le général de Romain III, Georges Maniakès, parvint à reprendre la région et à défendre Édesse contre une attaque arabe en 1032. Le successeur de Romanos III (et peut-être son assassin), Michel IV, ordonna une expédition contre la Sicile sous le commandement de Georges Maniakès. Les succès initiaux des Byzantins entraînèrent la chute de Messine en 1038, puis celle de Syracuse en 1040, mais l’expédition fut minée par de graves dissensions internes et détournée vers une campagne désastreuse contre les Normands en Italie du Sud.
À la suite de la perte de la Sicile et de la majeure partie de l’Italie méridionale, l’Empire byzantin sombra dans un état de querelles intergouvernementales incessantes. Isaac Ier Comnène s’empara du pouvoir en 1057 avec de grandes capacités et de réelles promesses[37], mais sa mort prématurée, après seulement deux années de règne, mit fin à toute réforme durable. Les califats fatimide et abbasside étaient déjà engagés dans la lutte contre la dynastie seldjoukide.
Les Byzantins réussirent finalement à rassembler une grande armée pour faire face à ces menaces sous Romain IV, coempereur de 1068 à 1071. Il marcha à la rencontre des Turcs seldjoukides, traversant une Anatolie proche de l’anarchie. Son armée fut fréquemment attaquée par des sujets arméniens locaux en révolte. Confronté à de grandes difficultés pour pénétrer dans les hauts plateaux arméniens, il ignora la trêve conclue avec les Seldjoukides et marcha pour reprendre les forteresses récemment perdues autour de Manzikert. Alors qu’une partie de son armée fut prise en embuscade et qu’une autre déserta, Romanos fut vaincu et capturé lors de la bataille de Manzikert en 1071 par Alp Arslan, chef du Grand Empire seldjoukide[38],[39].
Bien que la défaite fût en elle-même limitée, elle déclencha une série dévastatrice de guerres civiles, au cours desquelles des pillards turcs purent s’enfoncer toujours plus profondément en Anatolie presque sans opposition, tandis que des factions byzantines rivales engagèrent des bandes armées turques en échange de la garnison de villes. Ainsi, la majeure partie de l’Asie Mineure passa sous le contrôle de ces pillards turcs avant 1091.
En 1081, Alexis Ier Comnène s’empara du pouvoir et inaugura la dynastie des Comnènes, ouvrant une période de restauration comnénienne (en). L’attention byzantine se concentra alors principalement sur les Normands et les Croisades, et les Byzantins ne reprirent les combats contre les Arabes qu’à la fin du règne de Jean II Comnène.
Expéditions comnéniennes contre l’Égypte

Jean II Comnène mena une politique favorable aux Croisés, défendant activement les États latins d’Orient contre les forces de Zengi. Son armée marcha et mit le siège devant Shaizar, mais la principauté d’Antioche trahit les Byzantins par son inaction[40]. Jean II n’eut donc guère d’autre choix que d’accepter la promesse de vassalité et de tribut annuel faite à Byzance par l’émir de Mossoul. L’autre option aurait été de risquer une bataille tout en laissant son matériel de siège entre les mains de Croisés peu fiables. Jean aurait pu vaincre Zengi, mais ce dernier n’était pas l’unique adversaire potentiel de Byzance.
Jean II mourut en 1143. L’imprudence de la principauté d’Antioche entraîna la chute d’Édesse, et le grand patriarcat se retrouva désormais en première ligne[41]. Non seulement ils n’avaient accompli aucun progrès supplémentaire contre les Sarrasins, mais ils n’avaient même pas su préserver les conquêtes antérieures de Jean. L’échec du siège de Damas lors de la Deuxième croisade força le royaume à se tourner vers le sud, en direction de l’Égypte[42]. Le nouvel empereur byzantin, Manuel Ier Comnène, se plaisait à envisager la conquête de l’Égypte, dont les immenses ressources en céréales et en main-d’œuvre chrétienne indigène (issue des Coptes) auraient constitué une récompense considérable, même partagée avec les Croisés. Hélas, Manuel Comnène agit trop rapidement pour eux. Après trois mois, le siège de Damiette en 1169 échoua[43], bien que les Croisés aient connu un bilan contrasté, mêlant plusieurs échecs d’invasion et quelques succès. Ils purent négocier avec les Fatimides la reddition de la capitale à une petite garnison croisée et le paiement d’un tribut annuel[44], mais la violation du traité par les Croisés, conjuguée à la montée en puissance des musulmans, permit à Saladin de devenir maître de la Syrie et de l’Égypte.
En 1171, Amaury Ier de Jérusalem se rendit personnellement à Constantinople, après la chute de l’Égypte aux mains de Saladin[45]. En 1177, une flotte de 150 navires fut envoyée par Manuel Ier pour envahir l’Égypte, mais elle rentra au pays après être apparue au large d’Acre, en raison du refus de Philippe d'Alsace et de nombreux grands seigneurs du royaume de Jérusalem d’y apporter leur soutien[46].
Cette même année, Manuel Comnène subit une défaite lors de la bataille de Myriokephalon face à Kılıç Arslan II du sultanat seldjoukide de Roum[47]. Malgré cela, l’empereur byzantin conserva un intérêt marqué pour la Syrie, projetant de mener son armée vers le sud dans le cadre d’un pèlerinage et d’une démonstration de force face à la puissance de Saladin. Toutefois, comme nombre des ambitions de Manuel, ce projet se révéla irréaliste, et il dut consacrer ses dernières années à restaurer le front oriental face à Iconium, qui s’était dégradé durant le temps perdu dans des campagnes arabes infructueuses.