Gumersindo de Estella
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| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Martin Zubeldia Inda |
| Nationalité |
Espagnole |
| Activités |
Prêtre catholique, frère |
| Fratrie |
Nestor Zubeldia (d) Emiliana de Zubeldia |
| Religion |
Catholique |
|---|---|
| Nom en religion |
Gumersindo de Estella |
| Ordre religieux |
Capucin |
Fusillés à Saragosse 1936-1939: trois ans d'assistance spirituelle aux condamnés |
Martín Zubeldía Inda (Estella, Navarre, - Pampelune, Navarre, ), qui a pris le nom de Gumersindo de Estella dans la vie religieuse, est un moine capucin espagnol. Il s'est illustré par son assistance spirituelle à plus de 1.700 républicains fusillés devant les murs du cimetière de Torrero à Saragosse entre 1936 et 1939, une expérience dont il a rendu compte dans ses journaux. Sa soeur Emiliana de Zubeldía fut une musicienne réputée.
Le cimetière de Torrero de Saragosse a été témoin de l'horreur des exactions de la guerre civile espagnole. Dès les premiers mois qui ont suivi le coup d'État de 1936 la ville a subi la chasse aux "rouges" et les exécutions se sont enchaînées, dans les terrains vagues des quartiers de Valdespartera et Casablanca, puis devant un mur du cimetière de Torrero. Au total, plus de 3.000 personnes y ont été fusillées par le camp nationaliste pendant la Guerre Civile et l'après-guerre.
Biographie
Premières années
Gumersindo de Estella a fait ses études au séminaire capucin de Pampelune et à l'École Seraphique d'Olot et Arenys de Mar. Il a été ordonné à Pampelune[1].
Il a été supérieur des couvents de Fuenterrabía, Sangüesa et Estella et a développé un ample champ d'action évangélique en Navarre, Guipúzcoa, Valence et Biscaye. Il a soutenu la cause de béatification du moine capucin Esteban de Adoáin, plus tard proclamé vénérable par l'Église Catholique. En Aragon il a été à Castiliscar et à Jaca, où en 1930 il a été témoin de l'exécution de Galán et García Hernández[2]. Entre 1929 et 1931 il a dirigé la fondation capucine de Jaca.
À partir de 1918, il s'était spécialisé dans les missions populaires. En 1921 il a été chargé de l'organisation du congrès de Terciaires de Pampelune. Sa chute en disgrâce dans son couvent de Extramuros de Pampelune a coïncidé avec le coup d'État de 1936. Il se montrait en désaccord avec le supérieur provincial, le père Ladislao de Yábar, qui, de peur que son influence lui fît perdre sa position, a réussi à ce qu'un chef carliste influent demandât son expulsion à Saragosse[3].
San Antonio de Torrero
En il a été muté au couvent des Pères Capucins de Saragosse dans le quartier de Torrero, extramuros de la ville. La communauté de Torrero lui a confié l'assistance spirituelle de l'hôpital et de la prison.
À Saragosse les gens étaient fusillés dans les quartiers de Valdespartera et de Casablanca. Plus tard, les exécutions ont été déplacées aux murs du cimetière de Torrero, qui étaient à 400 mètres de la prison et à un demi-kilomètre du couvent où résidait Gumersindo.
L'aumônier des prisonniers était don Bernardo, de santé précaire, à qui il a offert son aide :
« Je lui ai dit que je prendrais volontiers en charge un ministère qui est douloureux mais par lequel on peut faire beaucoup de bien aux malheureux condamnés à mort; et que, même si cela devait me causer une peine profonde, je me proposais de les assister à la chapelle et au moment de leur exécution. »
Le directeur de la prison et don Bernardo acceptèrent la proposition.
Il a écrit ce qu'il voyait :
« les prisonniers marchant vers le mur, à l'aube, en trébuchant, cassés, rendus fous, pleins de fureur, leurs yeux exorbités, comme de la chair à canon. Nous entendions leurs cris de désespoir, leurs plaintes, leurs respirations lourdes, leurs râles. »
Gumersindo de Estella a défendu la dignité humaine par-dessus tout :
« Une dignité humaine qui se fonde sur la filiation divine commune. Nous sommes tous fils de Dieu. »
Le , vers cinq heures du matin, Gumersindo de Estella a été requis pour assister deux prisonniers: Monsieur Tregidio et un jeune catalan. La chapelle improvisée était une ancienne salle de juges avec un portrait de Franco.
Gumersindo a écrit :
« Quelle marche triste! Soixante ou soixante-dix pas extrêmement amers pour les malheureux prisonniers et pour tout être bien né qui ait un peu de coeur. (...) Don Tregidio s'est exclamé: "Vive Dieu et le socialisme!". A nouveau, le commandant a crié: "Feu!". Et on a entendu le tir fatal. Huit balles ont criblé le corps de chaque prisonnier. Et ils sont tombés de dos à terre. (...) Et je me suis approché pour leur donner une sainte onction et l'absolution et faire une prière. Il était six heures du matin. Les deux cadavres étaient sur une flaque de sang qui arrosait le thym abondant et se confondait avec la rosée. Un lieutenant leur a envoyé deux balles dans la tête. Le médecin s'est approché pour voir s'ils étaient morts. Et ceux de la Fraternité du Sang du Christ se préparèrent à les placer sur les civières et dans le fourgon pour les conduire au dépôt réservé au cimetière. »
En , trois femmes et un homme furent exécutés: Celia, dont le mari anarchiste combattait sur le front d'Aragon; Margarita Navascués et Simona Blasco, de 22 ans. Les deux premières avaient des filles âgées de moins d'un an. Elles imploraient que leurs filles soient exécutées avec elles: "Par pitié, ne me la volez pas. Tuez-la avec moi! Je veux l'emmener dans l'autre monde!", disait l'une. Et l'autre: "Je ne veux pas laisser ma fille avec ces bourreaux!". Et elles ajoutaient: "Tant d'hommes pour tuer trois femmes!". Celui-là a été un acte précipité. Après le crime, l'aumônier était attendu par des jeunes femmes d'Action Catholique. Elles lui ont dit que Simona Blasco priait beaucoup devant la Vierge du Pilar, qu'elle avait un frère dans le camp de Franco et que lorsqu'elle priait "elle se mettait des pois chiches sous les genoux pour souffrir comme pénitence, afin de mériter que son frère eût de la chance".
Quelques mois plus tard, Gumersindo a écrit que la jeune Nicolasa Aguirrezabalaga avait été forcée à avouer une délation qu'elle n'avait pas commise, un pistolet sur la tempe, et que cet aveu avait été utilisé comme prétexte pour le jugement. Il a narré la mort du professeur Aranda, avec d'autres personnes éminentes, après avoir été enlevé de la prison de Torrero. Il a écrit sur un bombardement républicain impressionnant sur le quartier de Torrero, dans lequel sont mortes 25 personnes. Il se souciait des familles des personnes exécutées et leur donnait des nouvelles de leurs dernières volontés.
Legs
Ses mémoires ont été écrites en 1945 et publiées en 2003 sous le titre Fusillés à Saragosse, 1936-1939. Trois ans d'assistance spirituelle aux condamnés. Cette oeuvre est basée sur les journaux qu'il a rédigés pendant son époque de confesseur des condamnés à mort dans la prison de Torrero, de 1937 à 1942. Elle n'a pas pu être éditée en Argentine, suite à l'action combinée de l'ambassade espagnole et de l'Église catholique locale. Elle présente une grande valeur testimoniale et documentaire en fournissant les noms complets des condamnés et les historiques puisés dans ses angoissantes conversations avec eux.
Hommages
En 2014 la mairie de Saragosse lui a consacré une place[4].
