Guy de Velate
archevêque de Milan
From Wikipedia, the free encyclopedia
Guy de Velate (Guido ou Wido), mort le à Alexandrie, est archevêque de Milan à partir de 1045, et fut forcé d'abdiquer en 1067.
Alexandrie
| Guy de Velate | ||||||||
| Biographie | ||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Naissance | Velate | |||||||
| Décès | Alexandrie |
|||||||
| Évêque de l'Église catholique | ||||||||
| Archevêque de Milan | ||||||||
| – | ||||||||
| ||||||||
| modifier |
||||||||
Biographie
L'election episcopale
Après la mort d'Aribert, les Milanais modifièrent, dans des conditions inconnues, le mode d'élection de l'archevêque ; l'ensemble des cives, laïcs et ecclésiastiques, présentèrent quatre candidats au choix de l'Empereur ; mais l'Empereur, peut-être sur la suggestion des nobles, désigna un cinquième personnage, son chapelain, Guy de Velate, sans lui reconnaître tous les droits dont Aribert avait joui (1045).
Guy de Velate conjugua contre lui l'opposition du peuple, parce qu'on le disait l'homme des nobles, et l'opposition du clergé, parce qu'il avait été nommé par l'Empereur seul. L'opposition du clergé prouve le développement des idées réformatrices à Milan, mais il est frappant que les monastères n'aient joué aucun rôle dans ce mouvement : les monastères étaient tous dans la main de l'archevêque ; c'est par les jeunes nobles lombards, élevés à Saint-Bénigne de Dijon, abbaye affiliée à Cluny, et par les clercs séculiers que les idées réformatrices pénètrent à Milan.
La Pataria
Vers le milieu du XIe siècle, la Pataria, mouvement populaire condamnant la vie dissolue du clergé, gagnait en force à Milan. L'opinion était loin d'être unanime chez les nobles, et le clergé séculier était lui-même divisé entre les partisans de la réforme par esprit de pureté, et les adversaires : les innombrables clercs mariés, pères de clercs, liés aux familles de capitanei et de vavasseurs, et vivant des biens d'Église. Dans la classe moyenne des cives, la majeure partie du peuple urbain était favorable à la réforme ; enfin, les paysans, depuis longtemps sensibles à la prédication cathare, étaient acquis aux idées nouvelles ; pénétrant dans l'ensemble de la société, mais se diffusant surtout dans les couches les moins favorisées, le mouvement prenait un caractère social, comme l'indique le terme qui désigna les partisans de la réforme : patarini, synonyme de pannosi, « loqueteux ».
Les chefs du mouvement furent un laïc, le riche monétaire Nazario, et trois clercs, Anselme de Baggio, qui avait étudié sous Lanfranc au Bec, Ariald de Carimate, qui avait étudié à Paris et était passé par Cluny, et Landolfo Cotta, notaire de l'Église. Leur prédication contre la mauvaise vie et la richesse du clergé entraîna des troubles, la foule se lançant à l'attaque de maisons de prêtres réputés simoniaques ou concubinaires.
Premières années
Guy de Velate, qui était rentré du synode romain de 1050 justifié des accusations de simonie, tenta de rétablir le calme en faisant nommer Anselmo da Baggio évêque de Lucques par Henri III (1056). Mais dans une situation instable, un incident relança l'agitation : le 10 mai 1057, une procession religieuse se heurta à un cortège qui s'était formé au théâtre romain, où venaient de prêcher Landolfo et Ariald ; la population de Milan s'assembla sur la place principale et approuva par acclamations un recueil de canons sur les devoirs des prêtres ; puis, elle se mit en devoir de faire appliquer ces textes, et pourchassa les prêtres mariés.
Le synode de Fontaneto
Les nobles commencèrent à quitter la ville, tandis que le peuple s'adressait au Pape ; celui-ci donna habilement toute latitude à l'archevêque pour régler le problème. Au synode de Fontaneto, dans le diocèse de Novare (novembre 1057), les suffragants de Guy de Velate se déclarèrent hostiles aux Patarins, et le synode excommunia Landolfo et Ariald. Les deux clercs prévoyant leur condamnation, étaient partis à Rome, où le Pape reçut Ariald ; après l'avoir entendu, il ordonna aux deux légats qu'il envoyait en Germanie, Anselme da Baggio et Hildebrand, de passer par Milan ; or leur venue et leur attitude encouragèrent les Patarins, qui se sentirent soutenus par Rome. Aussi la prédication d'Ariald et de Landolfo reprit de plus belle ; les deux hommes firent jurer aux laïcs de la ville de ne jamais cesser la lutte contre les clercs simoniaques et concubinaires.
Cependant, les traditionalistes les accusaient en retour d'avoir humilié l'Église de Milan devant l'Église de Rome, et de mal déguiser leur catharisme ; le jour de Pâques 1058, Landolfo échappa à une seconde tentative d'assassinat. Le nouveau Pape, Nicolas II, prit le décret sur l'élection du Pape par les cardinaux seuls (avril 1059), qui faisait passer la réforme dans la réalité et la commençait par la tête de l'Église. Il envoya à nouveau à Milan deux légats, Anselmo da Baggio et Pierre Damien. L'archevêque et le clergé soulèvent la foule contre les deux légats au nom de la défense des privilèges de l'église de saint Ambroise contre les prétentions de celle de Rome : et le synode où ils siègent, Pierre Damien président, Anselme à sa droite, Guy de Velate seulement à sa gauche, se serait mal terminé si Pierre Damien n'avait eu le courage de prendre la parole devant une foule hostile, d'affirmer la primauté de Rome mais aussi la grandeur de l'église de Milan et de rappeler l'action de St. Ambroise contre les prêtres mariés ; aussitôt la foule se retourne et Pierre Damien peut amener tous les clercs milanais, archevêque en tête, à confesser leurs fautes et à accepter une pénitence pour se réconcilier avec l'Église ; mais certains prêtres mariés ne sont pas réadmis, d'où des drames personnels, des rancoeurs qui sont de nouveaux ferments de troubles.
Cependant l'agitation surgit à Pavie qui a chassé son évêque en 1056. Elle ne dégénère pas en alliance des patarins de Milan et de Pavie, mais en guerre ouverte entre les deux villes qui se disputent la domination de l'Italie du Nord : les Milanais sont difficilement vainqueurs à Campomorto en mai 1060. L'opposition entre les villes est plus forte que les oppositions politiques et religieuses.
La papauté d'Anselme de Baggio
En 1061, Anselme de Baggio devient pape sous le nom d'Alexandre II : son élection est un défi à Henri IV maintenant hostile aux réformateurs, aussi celui-ci nomme-t-il un antipape : Honorius II ; les deux partis qui s'opposent à Milan ont donc désormais chacun un chef : les traditionalistes l'Empereur, les réformateurs le Pape. Landolfo meurt. Il reste à la tête de la pataria milanaise Ariald et Nazzaro, anciens chefs et il en apparaît de nouveaux dont le principal est Erlembaldo Cotta, miles S. Ambrogii, frère de Landolfe, homme remarquable. C'est lui qu'Alexandre II, milanais, prend pour représentant à Milan dans la lutte capitale qui s'engage entre la réforme et ses adversaires, entre le Pape et l'Empereur.
L'excommunication de Guy
Alexandre II désigne comme son représentant personnel à Milan le frère de Landolfo mort, Erlembaldo Cotta, nouveau chef de la Pataria, et lui remet l'étendard de l'Église romaine. La population de Milan est désormais le principal et versatile acteur du drame qui se joue et dont le décor est planté : d'une part, le palais achiépiscopal et la cathédrale de Milan, d'autre part, la maison d'Erlembaldo et non loin, la maison et l'église privée (canonica) où Ariald vit en commun avec des prêtres favorables à la réforme. Enflammée par les réformateurs, la foule pille les maisons des prêtres mariés ; resaisie par l'archevêque, elle attaque la canonica. Cependant, la Pataria se répandait à Pavie et à Monza. Erlembaldo ayant exposé la situation au Pape, Alexandre Il lui remet une bulle d'excommunication contre l'archevêque Guy de Velate, coupable de simonie[1],[2] ; l'archevêque convoque alors le peuple le jour de Pentecôte 1066 dans la cathédrale, et présente son excommunication comme une insulte de l'Église de Rome à l'Église de saint Ambroise ; dans le tumulte qui s'ensuit, Ariald est gravement blessé ; au bruit de sa mort, la foule va attaquer l'archevêché ; Guy de Velate se reconstitue des partisans par des distributions d'argent, et lance l'interdit sur la ville afin d'éviter la prédication des réformateurs.
La mort d'Ariald et la chute de Guy
Ariald et Erlembaldo quittent Milan pour Rome, mais ils sont attaqués en route et traqués de refuge en refuge par les partisans de l'archevêque : Ariald trouve la mort à Olona près du lac de Côme tandis qu'Erlembaldo s'échappe. La pataria semble d'autant plus abattue qu'Henri IV devenu Empereur concède des biens aux clercs et qu'on attend sa venue en Italie. Mais la pataria couve : elle suscite sans doute la découverte du soi disant cadavre d'Ariald à Olona, (1067) ce qui agite le peuple et Erlembaldo en profite pour aller le reprendre au châtelain réticent, à la tête d'une grande foule et rapporter triomphalement les reliques à Saint-Ambroise puis à Saint-Celse le 17 mai 1067. L'archevêque, auteur premier de l'assassinat, avait perdu la partie : il quitte Milan, avec une grande partie des nobles. La ville est au pouvoir d'Erlembaldo chef du parti le plus nombreux qui comprend aussi bien des cives que des gens du peuple ; il cherche à s'appuyer sur un serment de fidélité qu'il veut faire jurer à tous ; il gouverne par les harangues à la foule à qui il soumet ses propositions ; il s'entoure de trente conseillers pour surveiller le comportement des prêtres. Mais le parti adverse est toujours puissant et un retournement toujours possible.
Le Pape inquiet d'une situation qui peut, soit entraîner la suprématie des laïcs sur les clercs, soit pousser les patarins à l'hérésie ; soit pousser l'Église milanaise à l'indépendance, envoie deux légats qui rendent une sentence balancée (1er août 1067) canonisation d'Arialdo levée de l'excommunication de Guy de Velate condamnation des prêtres simoniaques et nicolaïstes condamnation de tous les auteurs de violences, même pour le bien, qui affirme l'autorité romaine sur Milan ; mais qui ne satisfait aucun des deux partis. Guido da Velate, sentant la situation impossible puisqu'il n'a pas davantage l'appui des campagnes où les tendances hérésiarques et patares se développent le plus, se démet de l'archiépiscopat en recommandant au roi son chapelain Godefroy qui lui a promis une belle pension : Henri IV nomme Godefroy, mais celui-ci est aussi simoniaque que Guy de Velate, et Erlembaldo invite ses fidèles à ne pas reconnaître le nouvel archevêque que le pape anathématise (ab Henrico Factus) et s'empare des biens et des terres de l'Église milanaise pour les protéger comme gonfalonnier de l'Eglise romaine : il accueille à Milan un groupe de moines réformés de Vallombreuse qu'accompagne un évêque Rodolphe de Todi, pour assurer l'administration des sacrements.
Une succession difficile
Godefroy ne peut donc entrer à Milan : il s'installe à Castiglione Olona avec tous ses partisans et craignant que ce foyer ne devienne le centre de la reconstitution d'un parti impérial. Erlembaldo lance les Milanais à l'assaut de Castiglione Olona (donc la pataria a une force organisée) ; le blocus de la place semblait devoir contraindre Godefroy à la capitulation ; lorsqu'un immense incendie ruine Milan (19 mars 1071) et amène les Milanais à lever le siège : les partis restent à peu près d'égale force et la mort de Guy de Velate (23 août 1071) ouvre réellement la vacance du siège archiépiscopal. L'élection est fixée au 6 février 1072 : dans la cathédrale S. Maria Hyemale, une foule considérable qui comprenait, semble-t-il, surtout des paysans des environs tous portés à la réforme acclame le candidat d'Erlembaldo : Azzone. Mais les nobles, les clercs et une partie des cives mécontents vont saisir le nouvel élu dans le palais archiépiscopal, le portent à la cathédrale et lui font jurer, solennellement de renoncer à la dignité archiépiscopale. Et il refuse le lendemain d'être consacré comme Erlembaldo qui avait à nouveau rassemblé ses partisans, voulait le faire.
Le Pape à qui Erlembaldo en réfère remet l'examen de la question au synode romain de mars 1072 qui reconnaît la légitimité de l'élection d'Atton, bien qu'elle n'ait pas été approuvée par le roi ; et Alexandre II demande à Henri IV d'abandonner Godefroy et de reconnaître Atton. Mais Henri IV ne peut abandonner un archevêque qu'il a nommé en vertu de son droit : pour assurer son autorité sur Milan il se fait prêter par la population un serment de fidélité, ce qui inclut bien comme conséquence la reconnaissance de l'archevêque nommé par l'Empereur mais personne n'avait de raison de refuser de prêter serment à l'Empereur-roi. Sur ces entrefaites Alexandre II meurt et est remplacé par Grégoire VII. Atton reprend courage et va se réfugier à Rome : au même moment Henri IV fait consacrer Godefroy à Novare par les suffragants de l'Église de Milan et Godefroy reconquiert divers chateaux et terres archiepiscopales tenus par Erlambaud et ses partisans.
Grégoire VII pense s'appuyer sur les évêques lombards incertains sur le parti à prendre pour arriver à un compromis avec l'Empereur. Il convoque Godefroy et ses suffragants au concile romain de mars 1074 : ceux-ci n'y viennent pas et sont excommuniés ; Atton est reconnu comme archevêque de Milan ; le mariage des clercs et la simonie sont une fois de plus condamnés. Erlembaldo prend prétexte de ces décisions pour continuer à lancer ses partisans contre les prétres simoniaques et nicolaïtes ; sa puissance se fait sentir non seulement dans la ville, mais dans le diocèse et dans la province. La ville est coupée en deux, hésitant entre deux partis, entre deux archevêques, entre le Pape et l'Empereur, et son importance fait qu'elle est le centre des préoccupations du Pape et de l'Empereur dont les positions s'opposent sur le problème des investitures, comme sur celui de leurs pouvoirs respectifs.