Günter Pappenheim
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Günter Pappenheim, né le à Schmalkalden et mort le à Zeuthen, est un résistant contre le nazisme et un homme politique allemand. Il survit à la déportation au camp de concentration de Buchenwald et devient membre du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) en République démocratique allemande. Malgré certaines divergences, Günter Pappenheim fait une carrière fulgurante au sein du parti et reste actif sur le plan politique jusqu’à sa mort en 2021. Tout au long de sa vie, il demeure fidèle au serment de Buchenwald. Il est premier vice-président du Comité international de Buchenwald-Dora et des camps annexes et œuvre inlassablement pour un monde de paix et de liberté contre l'oubli.

Jeunesse
Günter Pappenheim est né le à Schmalkalden et grandit dans une famille social-démocrate. Son père, Ludwig Pappenheim (de), est député du Parti social-démocrate (SPD) au Parlement régional de Thuringe et éditeur du quotidien Volksstimme[1]. Sa mère, Frieda Pappenheim, est ouvrière et également membre du SPD depuis 1925 [2]. Günter Pappenheim a deux sœurs et un frère[3].
Après la prise du pouvoir par les nazis en 1933, Ludwig Pappenheim est arrêté, en violation de l'immunité parlementaire dont il bénéficie comme membre du parlement. Torturé en prison, il est déporté au camp de Breitenau, puis au camp de concentration de Neusustrum, en 1934. Il y est assassiné en [2],[4].
Frieda Pappenheim doit alors subvenir seule aux besoins de ses quatre enfants, considérés comme « Mischlinge 1er degré », car leur père, Ludwig, est issu d’une famille de commerçants juifs[2].
Résistance au nazisme
Fidèle aux idées politiques de son père, Günter Pappenheim refuse de faire le salut hitlérien et de servir dans les Jeunesses hitlériennes, même lorsqu'il est encore écolier[2].

Après avoir terminé ses études, il commence un apprentissage de serrurier à l'usine d'outillage Gebrüder Heller à Schmalkalden[5]. Il y rencontre des travailleurs forcés étrangers contraints de travailler à l'usine. Il leur distribue régulièrement du pain ou d'autres rations alimentaires. À l'occasion de la Fête nationale française, le , il joue la Marseillaise à l'accordéon pour les travailleurs forcés français. Ils sont dénoncés et Günter Pappenheim interrogé par la Gestapo[2],[1],[6]. Jouer l'hymne national français ne constitue, selon l'interrogateur, « aucune contribution à la culture allemande » et démontre les tendances anti-nationales de Günter Pappenheim. Il est également accusé d'avoir formé des groupes illégaux. Après cinq jours d'interrogatoire et d'incarcération à la prison de Suhl, Günter Pappenheim est transféré au camp de travail de Gleichberg, près de Römhild, et déporté le au camp de concentration de Buchenwald, à l'âge de 17 ans. Il y est enregistré comme « prisonnier politique » et « métis du premier degré », sous le matricule 22514[2],[7],[1]. Il est également noté comme prisonnier « Dikal », ce qui signifie qu’il ne peut pas être transféré dans aucun autre camp[2].
Il travaille d'abord dans une équipe de construction de routes puis est affecté à l'usine Gustloff située dans l'enceinte du camp[1]. Avec d'autres prisonniers, il manipule des pièces de fusils pour les rendre inutilisables. Lorsque les défauts deviennent trop nombreux, Günter Pappenheim est soupçonné d'être l'un des auteurs de ces actes. Ses codétenus parviennent à le cacher à l'infirmerie du camp. « Sans cette solidarité, je n'aurais jamais connu la libération et donc prêté le serment de Buchenwald »[1].
Günter Pappenheim travaille ensuite à l'atelier de confection de matelas de paille et au magasin de matériel. Il participe à la libération collective des prisonniers du camp le [8].
Le , des survivants de Buchenwald, originaires de presque tous les pays d'Europe, dont Günter Pappenheim, commémorent leurs 56 000 camarades assassinés. Parmi lesquels des chrétiens, des communistes, des homosexuels, des sociaux-démocrates, des Témoins de Jéhovah, ainsi que des Sintis et des Roms. Tous prêtent serment sur la place d'armes : « La destruction du nazisme et de ses racines est notre devise. La construction d'un monde nouveau de paix et de liberté est notre but. »[2],[1].
Dès le , Günter Pappenheim se met en route pour rentrer chez lui, mais il s'effondre à Arnstadt et doit être transporté à l'hôpital local. Une fois rétabli, il reprend son chemin vers Schmalkalden.
Engagement politique
Dans sa ville natale, il cherche à renouer avec les sociaux-démocrates, notamment les camarades de son père assassiné. Il s'engage bénévolement comme représentant des jeunes au sein du SPD.
Il travaille d'abord à la mairie de district comme portier, concierge, chauffeur et opérateur téléphonique.
À Schmalkalden, il milite activement pour la fusion du Parti communiste et du Parti social-démocrate et devient membre du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) en 1946[1].
Günter Pappenheim gravit rapidement les échelons du SED même s'il s'oppose à plusieurs reprises au parti, notamment lorsqu'il dénonce le traitement inégal réservé aux sociaux-démocrates et aux communistes[1]. En 1954, un article du journal local du SED, « Freies Wort », sous le titre « Pappenheim le traître » accuse son père, Ludwig Pappenheim d'avoir diffamé l'Union soviétique. Günter Pappenheim refuse de prendre ses distances avec son père[1].
Jusqu'en 1964, il occupe divers postes au sein de la direction du SED en Thuringe, tant au niveau du district que de la région[1].
Après avoir suivi une formation à l'école du parti de district à Meiningen, il dirige le département de l'organisation de la direction de district du SED à Bad Salzungen en 1954-1955, puis, de 1955 à 1957, il est instructeur puis chef adjoint du département des partis et des organisations de masse auprès de la direction du SED de district à Suhl.
En 1957, Günter Pappenheim est envoyé à l' École supérieure du Parti communiste de l'Union soviétique à Moscou. Il y obtient une licence en sciences sociales en 1960.
De 1960 à 1964, il occupe le poste de premier secrétaire du district du SED à Schmalkalden et de membre suppléant puis membre de la direction de district du SED à Suhl.
De 1964 à 1966, il étudie à l'Haute école pour l'économie de Berlin (de) où il obtient une licence en sciences économiques.
De 1966 à 1971, il est premier secrétaire de la direction du SED dans la circonscription de Luckenwalde, puis, jusqu'en 1974, celui de président du conseil de district de Potsdam[1]. De 1974 jusqu'à la fin de la RDA en 1989 en Allemagne de l'Est, il est membre de la Commission centrale de contrôle du parti[1].
Après la réunification, il est membre du parti Die Linke.
Günter Pappenheim s'inquiète du glissement politique à droite et de la banalisation de l'extrême-droite[9]. Il regrette qu’on parle beaucoup de ce qu’on trouve dans les archives de l’ex-RDA mais beaucoup moins du passé des anciens nazis et des assassins et rappelle qu’il y a eu de la résistance dans les camps[9],[10].
Mémoire de la déportation
En 1989-1990, les prisonniers survivants d'Allemagne de l'Est et de l'Ouest se rassemblent au sein du Groupe de travail sur le camp de Buchenwald-Dora (de). Ils concentrent leurs efforts sur la préservation du Mémorial du camp de concentration de Buchenwald[11].
A partir de 1990, Günter Pappenheim intervient dans les écoles pour témoigner de son expérience de prisonnier au camp de concentration de Buchenwald et encourager les jeunes à lutter contre la haine raciale, l'antisémitisme et les activités néofascistes[11].
A partir d', Günter Pappenheim est le premier vice-président du Comité international de Buchenwald-Dora et des camps annexes, et depuis 2005, président du Groupe de travail sur le camp de Buchenwald-Dora (de). Il est également membre du Comité fédéral de l'Association des victimes du régime nazi – Fédération des antifascistes et du Présidium honoraire de la Fédération internationale des résistants (de)[1],[12].
Günter Pappenheim est une personnalité influente dans les débats publics entourant la commémoration de la lutte collective des prisonniers à Buchenwald[11]. Il ne manque jamais le rassemblement annuel à Buchenwald. « Nous avions invité 100 personnes à la première rencontre, mais plus de 250 sont venues du monde entier » raconte-t-il. À l'occasion du 70e anniversaire de la libération, en , il s'entretient avec le président du Parlement européen, Martin Schulz qui l'encourage à poursuivre les rencontres de descendants, afin de raviver sans cesse le serment de Buchenwald[1].
Fin de vie
Günter Pappenheim est marié depuis 1952 à Margot Franke, ils ont deux enfants[13]. Il décède le à l'âge de 95 ans à Zeuthen, dans le Brandebourg. « Günter Pappenheim restera dans nos mémoires comme un homme qui a toujours défendu les autres. Il a constamment mis sa force et ses capacités au service de la lutte contre la guerre et la violence. Il demeurera un modèle pour toutes les générations et une figure marquante de notre société. » déclare Sven Herzberger, le bourgmestre de Zeuthen[14],[11].
Son accordéon a survécu à l'époque nazie amis Günter Pappenheim n'en a plus jamais joué. Il est aujourd'hui conservé au Musée de la Résistance à Paris[1].
Distinctions
- Membre du Praesidium d'honneur de la Fédération internationale des résistants[11]
- Ordre patriotique du mérite en bronze (1969), argent (1979) et or (1985)
- Bannière du travail, étape 1 (1975)
- Commandeur de la Légion d'honneur française (2017)[12],[14]
- Ordre du Mérite de l’État libre de Thuringe (de) (2020)[14]
- Citoyen d'honneur de la ville de Weimar ()[15]
Bibliographie
- (de) Günther Buch, Namen und Daten wichtiger Personen der DDR, Berlin, Dietz, , 2e éd. (ISBN 3-8012-0034-5), p. 237
- (de) Dieter Hebig, « Pappenheim, Günther. [sic!] », Biographisches Handbuch der SBZ/DDR. 1945–1990., vol. Band 2: Maassen – Zylla, , p. 626 (ISBN 3-598-11177-0)
- (de) Peter Hochmuth et Gerhard Hoffmann, « Günter Pappenheim. Geboren am 3. August 1925 », Buchenwald, ich kann dich nicht vergessen. Lebensbilder (= Rosa-Luxemburg-Stiftung, Texte 35; PDF-Datei)., Berlin, Karl Dietz Verlag, , p. 200–213 (ISBN 978-3-320-02100-9, lire en ligne [PDF])
- (de) Andreas Herbst, « Pappenheim, Günter », Wer war wer in der DDR?, Berlin, Ch. Links, vol. 2, (ISBN 978-3-86153-561-4)
