Günter de Bruyn

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Günter de Bruyn
Günter de Bruyn en 1981.
Biographie
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Nationalité
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Genre artistique
romans, essais, autobiographie
Distinctions
Œuvres principales
L'Âne de Buridan (1968), Une Jeunesse à Berlin (1992)

Günter de Bruyn, né le à Berlin et mort le [1] à Bad Saarow, est un écrivain allemand.

Günter de Bruyn et Christa Wolf en 1981 à la réunion de Berlin-Est pour la promotion de la paix.

Benjamin d'une famille de quatre enfants, Günter de Bruyn grandit à Berlin dans le quartier de Britz. Il passe son enfance dans le cocon familial, où il reste relativement protégé des influences du nazisme. Au cours des toutes dernières semaines de la Seconde Guerre mondiale, il finit par être envoyé comme soldat aux confins de l'Autriche. Pendant ces combats contre l'Armée rouge, il est blessé à la tête. Souffrant d'une aphasie complète, il termine la guerre dans un hôpital militaire de Bohême. Après la capitulation, il regagne Berlin à pied, au terme d'une marche de trois mois[2].

En 1946, il suit une courte formation pédagogique à Potsdam, avant d'être envoyé comme instituteur dans un village de la campagne profonde du Brandebourg. De 1949 à 1953, il est de retour à Berlin pour y suivre une formation de bibliothécaire. Jusqu'en 1961, il est chercheur à l'Institut central de bibliothéconomie de Berlin-Est. Il se lance ensuite dans l'écriture et reçoit le prix Heinrich Mann pour ses essais en 1964.

Membre du Bureau du PEN Club de la RDA de 1974 à 1982, il est, dans les années 1980, l'un des rares intellectuels du pays à en critiquer publiquement la politique. En , au cours du congrès pour la paix rassemblé à Berlin (voir photo), il met notamment en doute la sincérité du pacifisme officiel, en allant jusqu'à affirmer : « Si positif que soit le soutien apporté par la RDA au mouvement pacifiste occidental, il restera, dans sa portée, sujet à caution, tant qu’on ne pourra pas se débarrasser du sentiment que ce qu’on applaudit là-bas est, chez nous, indésirable »[3].

L'écrivain demeure cependant en RDA, mais il y mène une vie très retirée au fond de la forêt du Brandebourg[4], son exil intérieur étant parfois décrit comme « une fuite de RDA... à l'intérieur des propres frontières du pays »[5]. En , il refuse le Prix national de la République démocratique allemande en raison « de la rigidité, de l'intolérance et de l'incapacité à dialoguer » du gouvernement est-allemand.

Après la chute du Mur de Berlin, il reçoit le prix Heinrich Böll (1990), le Prix littéraire de la Fondation Konrad Adenauer (1993) et l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne (1994).

L'œuvre

L'œuvre de Günter de Bruyn ne se laisse pas toujours séparer strictement de la vie de l'écrivain. Ses romans de la maturité, souvent teintés d'autobiographie, mettent en scène, dans un ton bien à eux, la classe moyenne instruite financée par l'État de la RDA : travailleurs culturels, professeurs, enseignants, universitaires et bibliothécaires. L'Âne de Buridan se déroule à Berlin-Est dans ce milieu. Jacques Le Rider estime que l'écrivain y « manie ses personnages avec humour, coupant court aux effusions sentimentales par des commentaires ironiques. »[6]

Mais Günter de Bruyn écrit également des essais, qui portent sur des sujets littéraires et historiques, en particulier sur l'histoire de la Prusse. Même dans cette veine, cependant, ses ouvrages font écho à sa situation et à son expérience personnelle, sa Vie de Jean Paul Friedrich Richter étant parfois considérée, ainsi par Owen Evans, comme une proto-autobiographie[7].

Non content d'écrire cette biographie, de Bruyn a été l'éditeur d'un certain nombre d'autres auteurs des XVIIIe et XIXe siècles liés à Berlin et à la Marche de Brandenbourg. Il a ainsi fait paraître, avec Gerhard Wolf (mari de Christa Wolf), une anthologie de textes sous la forme d'un Jardin des écrivains de la Marche (Märkischer Dichtergarten). Il se réclame au demeurant de l'influence stylistique de Theodor Fontane.

Parmi les écrivains de son temps, de Bruyn ne manque jamais de rappeler sa dette envers Heinrich Böll. Elle se reflète notamment dans l'attitude de ses personnages vis-à-vis de la vie sociale.

Il connaît un grand succès dans l'Allemagne réunifiée avec les deux tomes de son autobiographie : Bilan d'étape. Une jeunesse à Berlin (1992), vendu à plus de 220 000 exemplaires en l'espace de quatre ans[8], puis Quarante années. Rapport sur une vie (1996). Le premier tome est paru en France aux éditions Rue d'Ulm, collection Versions françaises, sous le titre Une Jeunesse à Berlin (Bilan d'étape)[9].

Réception de l’œuvre

Dès avant la chute du Mur de Berlin, Günter de Bruyn était lu partout dans l'Allemagne divisée, et au-delà, comme en témoigne la traduction en français de son roman L'Âne de Buridan. Ses textes apparurent aussi, à partir des années 1980, dans les manuels scolaires diffusés en France[10]. Son œuvre y restait cependant très mal connue, puisqu'il est encore sérieusement présenté dans la presse nationale, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, comme ayant écrit « en toute bonne foi, une littérature de la conviction »[11]. Il n'est présenté que par la suite, de manière plus sobre et moins inexacte, comme un « romancier berlinois »[12]. Dennis Tate estimera ainsi que la stature littéraire de Günter de Bruyn n'a fait que croître après l'effondrement de la RDA[13].

À sa mort, on invoque l'image d'un classique de la modernité en saluant la mémoire d'un écrivain en qui les « Berlinois de nouvelle génération pouvaient voir leur [Theodor] Fontane »[14].

Œuvres

Notes et références

Liens externes

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