Hôtel Ravenstein
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XVe siècle |
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L'Hôtel Ravenstein (ancien Hôtel de Clèves-Ravenstein) est un hôtel aristocratique, situé au numéro 3 de la rue Ravenstein, à côté du Mont des Arts et du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, en Belgique. Malgré ses multiples « restaurations », il est l'ultime exemple d'hôtel aristocratique du tournant du XVe siècle au XVIe siècle conservé à Bruxelles[1],[2].
Élévation
L'emplacement du futur hôtel Ravenstein se trouve dans ce qui fut le quartier juif de Bruxelles jusqu'à leur persécution en 1370, dont reste le nom de l'« escalier des Juifs » qui longe le bâtiment[3].
Vers 1450, Adolphe de Clèves-Ravenstein achète à Pierre Marchant, un premier immeuble situé aux abords immédiats du manoir des Meldert. Le , Philippe le Bon lui accorde 1 200 écus pour la reconstruction de son hôtel. Suit l'achat à Pierre Milet, le , d'un terrain bâti de l'autre côté de la rue Terarken. Son fils Philippe reçoit de la ville de Bruxelles une subside de 4 000 florins du Rhin pour l'achat du manoir des Meldert, dans le cadre de la politique de la ville consistant à attirer la haute noblesse. Sur ces terrains, les Clèves-Ravenstein font construire leur Cour entre la fin XVe siècle et le début XVIe siècle[4].
Il s'agit de deux hôtels, parfois distingués par les noms de « Cour de Ravenstein » et de « la Synagogue », situés de part et d'autre de l'Escalier des Juifs, à l'angle de la rue Terarken, ainsi que de dépendances - jardins et écuries - établis de l'autre côté de la rue Terarken, et d'immeubles secondaires[4].
Les occupants
Père et fils Clèves-Ravenstein occupent des multiples très hautes fonctions militaires et administratives dans le service de Philippe le Beau, Marie de Bourgogne et Maximilien d'Autriche. Tous les deux figurent à un moment comme gouverneur des Pays-Bas. Logeant principalement au Château de Wynendaele (où Marie de Bourgogne meurt d'un accident de chasse), mais aussi dans encore d'autres possessions, la demeure de Bruxelles leur sert comme pied-à-terre dans la capitale. En , ils y accueillent, par exemple, une réunion d'une commission des États Généraux afin de chercher une sortie au conflit entre Maximilien et les États de Flandre[5].
Philippe n'ayant pas d'enfant, c'est son gendre Guillaume de Clèves qui hérite de l'hôtel de Bruxelles, puis Jean-Guillaume de Clèves, le fils de celui-ci. À la tête d'un des états le plus puissants du Saint-Empire et dans le chaos de la guerre de Quatre-Vingts Ans, il ne semble pas qu'ils aient séjourné à Bruxelles. La mort du second déclenche la Guerre de Succession de Juliers, ce qui complique la succession exacte[6].

Pendant la brève épisode de la République de Bruxelles, de 1579 à 1585, l'hôtel Ravenstein sert de logement à des indigents et des soldats[7]. En 1613, encore pendant la crise de succession, c'est un envoi du prince-électeur de saxe qu'y loge brièvement et fait faire des réparations[8]. En 1656, la Cour de Ravenstein est scindée en plusieurs lots, vendus séparément pour payer des dettes de leur propriétaire, le duc de Neubourg. Le peintre David Teniers le Jeune s'installe durablement dans un des bâtiments qui survit jusqu'au XXe siècle[9].
La partie du complexe que nous pouvons voir encore aujourd'hui est d'abord rétrocédée au duc de Neubourg (cité comme propriétaire en 1680), puis entre en la possession d'une Dona Francisca Anne-Marie de Salinas quelques années plus tard (citée en 1686). Le , la maison passe à Jean-Remacle de Thisquen qui remplit diverses fonctions dans l'armée et l'administration des Pays-Bas autrichiens et à Vienne avant de mourir à Bruxelles en 1724. Son fils du même nom travaille à partir de 1712 au Conseil des Finances. Le , il vend l'hôtel Ravenstein pour prendre sa retraite au château de Wesenbeke à Diegem[10].
L'acheteur est Joseph Ignace François Van der Linden, baron d'Hooghvorst, seigneur de Meysse, de la Haye, de Marneffe, dont deux petit-fils Hooghvorst allaient se mettre en évidence pendant la révolution belge. Il revend à son tour le bâtiment le au chevalier Thomas Joseph Charles François de Neufforge et sa femme, Jeanne Marie Françoise Regaus. Leur fils, Jacques Henri Thomas, participe aux campagnes du Premier Empire avant de se retirer, en 1817, à l'hôtel Ravenstein, où il rassemble une bibliothèque de 100 000 livres, parmi lesquels un grand nombre d'ouvrages rares et précieux, et où il écrit son Armorial du royaume des Pays-Bas. La nièce de l'auteur, Louise-Joséphine est la dernière de la famille à habiter l'hôtel[11], qui reste inhabité après sa mort en 1879[12].
Des travaux entamés par la famille de Neufforge témoignent encore la porte d'entrée de style Louis XVI et les rampes d'escaliers intérieurs en bois sculptés[13].

Dès 1889, la Société royale d'archéologie de Bruxelles, dans la personne de Paul Saintenoy, attire l'attention de la Commission royale des Monuments sur la conservation de l'hôtel[14], et en dresse l'histoire[15]. Pendant ce temps-là, les héritiers passent à la vente des livres[16]. Saintenoy lui-même se charge des travaux de l'hôtel, dès , pour le transformer en Hôtel des Sociétés Savantes. On lui doit surtout la cour intérieure d'inspiration néo-renaissance flamande, et au peintre Henri Baes des peintures murales. Le , de nombreuses sociétés scientifiques, artistiques et littéraires s'y installent, rejointes à partir du par la Société Belge des Ingénieurs et des Industriels[17].
Mont des Arts vs. Hôtel des Sociétés Savantes

Les plans de Léopold II et de son architecte Henri Maquet pour un nouveau Mont des Arts prévoient la destruction du quartier, l'hôtel Ravenstein inclus[18]. En 1896, l'hôtel Ravenstein est exproprié par la ville[13], mais les défenseurs du patrimoine passent à l'offensive. Le bourgmestre Charles Buls lance l'idée de rejoindre à l'hôtel Ravenstein l'« Hôtel Dupuich », anciennement « la Synagogue », situé de l'autre côté de la rue, et de les inclure dans un très grand projet pour les « sociétés savantes ». Saintenoy et Buls présentent alors une maquette grandeur nature à l'Exposition internationale de Bruxelles de 1897 au Cinquantenaire. Saintenoy construit en 1898 la pharmacie Delacre juste à côté, ce qui donne une idée du style projeté. Ces deux projets produisent l'effet inverse de celui souhaité : la presse se déchaîne contre ce projet « pastiche » et « archaïque ». Quand une majorité s'aligne aux projets du roi contre le leur, Buls démissionne, le , et Saintenoy se tourne vers l'Art nouveau, avec l'Old England[19].

Léopold II achète alors l'hôtel Dupuich, qui, lors sa destruction en 1908, dévoile sous les plâtres les mêmes solives artistiquement découpées et des claustrales colonnades identiques à celles du hôtel Ravenstein. La rue Ravenstein y passe aujourd'hui. Les destructions s'arrêtent cependant là. Les mœurs ont changé, et le reste du projet du roi pour le Mont des Arts est avorté[20].
L'exposition universelle de Bruxelles de 1910 approchant, le quartier est réaménagé de manière provisoire. La rue Ravenstein est percée en 1911-1913 de manière à préserver l'hôtel Ravenstein[3]. La construction de l'énorme Palais des Beaux-Arts, en 1928, juste à côté, écrase l'hôtel Ravenstein visuellement[21]. En 1956, lors des excavations pour le Palais des Congrès en face, l'hôtel menaçe de s'écrouler[18].
Les héritiers contestent l'utilité publique de l'expropriation de la maison. Ils obtiennent en une indemnité de 300 000 francs[22].
Restauration
Une partie de l'ancien Cour de Clèves-Ravenstein, dépourvu de ses anciennes annexes, a survécu, mais en un mauvais état. Le , le collège de la ville de Bruxelles décide des mesures urgentes de conservation : en 1932 on procède à l'étançonnage de tout l'immeuble. Le projet de restauration de l'architecte François Malfait est sélectionné parmi plusieurs candidats. Les travaux commencent le : La façade, jugée prête à s'effondrer, est démolie, toutes ses pierres et briques soigneusement conservées et numérotées. Ce qui est jugé inutilisable est remplacé par des pierres de Gobertange et de Reffroy. Le premier étage d'un des bâtiments, une addition du XVIIIe siècle, est transformé dans un style du XVIe siècle. À l'intérieur, la restauration garde les transformations antérieures du XVIIIe siècle, mais préserve aussi l'ameublement du XVe et XVIe siècles de quelques salles et chambres. Le , le résultat est classé sous la référence 2043-0014/0[23],[24].
Les occupants
Le les sociétés peuvent réinvestir leur locaux : la Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels (SRBII, cessée d'exister en 2003[25]) et la Fédération Royale d'Associations Belges d'Ingénieurs Civils et d'Ingénieurs Agronomes[26]. Plus tard, les bâtiments accueillent des restaurants et la Cinematek[27].