Hadad (dieu)
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| Hadad | |
Statue colossale du dieu Hadad provenant de Gerçin, milieu du VIIIe siècle av. J.-C. Pergamon Museum. | |
| Caractéristiques | |
|---|---|
| Autre(s) nom(s) | Haddu, Addu |
| Fonction principale | Dieu de l'Orage, de la Tempête, de la fertilité, divinité guerrière et souveraine |
| Équivalent(s) | Adad, Baal, Teshub, Tarhunna, Zeus, Jupiter |
| Culte | |
| Région de culte | Syrie, Haute Mésopotamie |
| Temple(s) | Alep, Kallassu, Kahat, Damas, Ugarit, Guzana, Baalbek |
| Symboles | |
| Attribut(s) | Foudre, éclairs |
| Animal | Taureau |
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Hadad ou Haddu est le dieu de l'Orage de la Syrie antique. Ses pouvoirs consistent fondamentalement à apporter les pluies et la fertilité. Il occupe une position majeure, souvent prédominante, dans les panthéons de ces régions, à la différence de sa contrepartie mésopotamienne, Adad, qui a un rôle secondaire. En raison de son rôle souverain, Hadad porte souvent le nom de Baal, qui est une épithète signifiant « Seigneur », devenu un nom divin désignant en général un dieu de l'Orage.
Le nom du dieu Hadad dérive de la racine sémitique *hdd signifiant « tonner »[1],[2].
Il est attesté sous différentes variantes comme Hadda à Ebla, Haddu à Ugarit, Hadad en araméen et en hébreu, aussi Adad en Mésopotamie, Addu en amorrite, et a été transposé en Adados en grec et Adadus en latin[3],[2].
Historique
Le fait que le nom du dieu dérive d'une racine *hdd qui paraît très ancienne plaide en faveur du fait que le dieu remonte à des temps reculés. Mais il ne se retrouve pas dans tous les panthéons des populations de langue sémitique du Proche-Orient ancien, ce qui situerait plutôt son origine là où il est le plus vénéré, dans la Syrie et la Haute Mésopotamie[4].
Il est attesté pour la première fois dans des textes provenant d'Ebla en Syrie centrale, datés du XXIVe siècle av. J.-C., sous la forme Hadda. Ces textes documentent des offrandes qui lui sont faites, mais aussi des incantations pour chasser le mal qui invoquent son nom et sa puissance. Il fait alors partie des principales divinités du panthéon local. Plusieurs de ses sanctuaires sont attestés, dans le royaume d'Ebla mais aussi au-delà, notamment à Alep, qui est déjà un de ses principaux lieux de culte, Hadda d'Alep ayant par ailleurs des lieux de culte en dehors de sa cité d'origine. Sa parèdre est la déesse Habatu (Hebat)[5].
Durant l'époque paléo-babylonienne, ou époque des royaumes amorrites (v. 2000-1600 av. J.-C.), le dieu est plutôt appelé Haddu/’Addu, écrit Addu en cunéiforme. En plus d'Alep, ses principaux sanctuaires se trouvent à Kallassu, à Alalakh, à Ugarit en Syrie, Harradum, Mari et Terqa sur le Moyen Euphrate, à Kahat, Qattara, Shekhna, Andarig, Saggaratum en Haute Mésopotamie, et plus à l'est à Kumme. Son culte est principalement documenté par les archives royales de Mari, qui datent de la période 1810-1760 av. J.-C. Le dieu de l'Orage y est une des principales divinités, avec Dagan, Ishtar, ou le dieu tutélaire local Itur-Mer. Il est notamment un symbole et un protecteur de la royauté. Addu d'Alep est encore un dieu majeur dans ces régions, profitant notamment de la puissance du royaume de Yamhad dont la capitale est cette ville[6].
Durant la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C., l'expansion des populations de langue hourrite, et la domination du Mittani, font que le dieu de l'Orage est souvent appelé dans cette langue, sous le nom de Teshub, même si ses lieux de culte restent les mêmes. Dans les pays de langue ouest-sémitiques du Levant, notamment Ugarit, il est de plus en plus désigné comme le « Seigneur » (ou « Maître »), Ba’lu, Baal. Cela explique sans doute pourquoi les scribes préfèrent dans plusieurs contextes (comme Emar) écrire son nom avec un logogramme, iškur, qui laisse la possibilité à plusieurs prononciations du nom, à la différence d'une écriture phonétique. L'importance du dieu de l'Orage dans ces pays est plus particulièrement connue par les textes d'Ugarit, où il porte le nom de Baal (Haddu est employé comme son autre nom). Il y est le dieu majeur et fait l'objet d'une mythologie développée (cycle de Baal)[7].
La fin du IIe millénaire av. J.-C. et les premiers siècles du Ier millénaire av. J.-C. voient d'importants changements dans le paysage ethnique et culturel de la Syrie et de la Haute Mésopotamie : les Hourrites disparaissent, les populations ouest-sémitiques se reconfigurent autour des ensembles culturels araméen et phénicien, et des groupes « néo-hittites » (ou louvites) sont présents en particulier au nord-ouest. Le dieu de l'Orage, appelé Hadad par les Araméens et Tarhunza par les Néo-hittites, reste une divinité majeure. En revanche il n'est pas vénéré par les Phéniciens sous ce nom. En plus d'Alep, il dispose notamment d'un lieu de culte de première importance à Damas, et aussi à Guzana (Tell Halaf). Mais son culte est présent dans de nombreuses cités. Il est un dieu souverain, avec un caractère guerrier, ce qui explique sa place majeure dans les panthéons officiels[8].
Aux époques de domination grecque et romaine, Hadad, comme Baal, est assimilé aux dieux Zeus et Jupiter (cf. Jupiter Damascène). Ses représentations prennent un aspect grec, mais conservent ses attributs, notamment le taureau (qui n'est normalement pas associé à Zeus ou à Jupiter)[9].
Traits généraux

Hadad, comme les autres dieux de l'Orage du Proche-Orient ancien, joue un rôle crucial puisqu'il fait pleuvoir, ce qui en fait par extension le responsable de la croissance de la végétation, et plus particulièrement des plantes cultivées, qui repose particulièrement sur un apport naturel (et non l'irrigation) dans la majeure partie de la Syrie et de la Haute Mésopotamie. Il est surnommé « régulateur des eaux du ciel et de la terre », ou encore « régulateur des rivières », puisque les cours d'eau gonflent grâce à ses pluies. Il est plus largement responsable de la fertilité des hommes et des animaux[2].
Les attributs principaux du dieu, qui se retrouvent dans ses images, renvoient à ces fonctions. Il porte dans ses mains le foudre et des faisceaux d'éclairs, et est surnommé rammānum « du tonnerre » en pays araméen (et aussi dans la Bible hébraïque). Son animal-attribut est le taureau, symbole de puissance virile et de fertilité pour les peuples du Proche-Orient ancien. Dans l'art, il est souvent représenté se tenant debout sur cet animal[10].
Le dieu de l'Orage est aussi un dieu royal et souverain, protecteur des dynasties régnantes. En lien avec cela, il est aussi un dieu guerrier qui octroie la victoire (il est parfois surnommé « héros »/« brave »). Plusieurs rois araméens se sont nommés Bar-Hadad « fils de Hadad », ou Apla-Hadad « héritier de Hadad », et d'autres ont revendiqué le fait qu'ils étaient montés sur le trône grâce à l'appui du dieu[11].
Ces traits du dieu de l'Orage se retrouvent dans les mythes dont il est le protagoniste, surtout connus pour Ugarit (cycle de Baal), mais dont on sait par des allusions dans divers textes qu'ils concernaient les autres dieux de l'Orage, et pourraient plus spécifiquement être liés au dieu de l'Orage d'Alep. Le mythe majeur relate la victoire du dieu de l'Orage contre le dieu personnifiant la mer, Yammu, qui symbolise la lutte de l'ordre contre le chaos, et la légitimité du roi victorieux à gouverner[10].
Selon les lieux, les relations familiales du dieu varient. Selon ce que disent les textes, son père serait le dieu Dagan, mais aussi El à Ugarit, néanmoins le fait que l'un comme l'autre soient des figures patriarcales/paternelles réputés être les pères des dieux (au sens figuré) fait qu'il n'est pas sûr qu'il faille prendre cette filiation au sens propre[12]. L'épouse du dieu de l'Orage d'Alep est la déesse Habatu/Hebat, qui est aussi la parèdre du dieu de l'Orage hourrite, Teshub. Mais plus à l'est on lui connaît pour épouse la déesse Shala/Shuwala (parèdre du dieu de l'Orage mésopotamien Adad). À Damas et à Baalbek, c'est la déesse Atargatis[13].
