Hagiotoponymie
étude des hagiotoponymes
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L'hagiotoponymie (du grec hagios « saint », topos « lieu » et ónuma, variante dialectale d'ónoma « nom ») est une discipline onomastique qui étudie le nom de lieu en rapport avec un nom de saint, saint patron ou d'une figure religieuse quelle qu'elle soit, et, par extension, avec la religion. C'est une branche de la toponymie.

De la même manière que la toponymie renvoie à la fois au matériau des noms de lieux et à la discipline qui les étudie, l'hagiotoponymie définit autant la pratique analytique d'un corpus de noms de lieux – les hagiotoponymes – que ce corpus lui-même.
Définition
On appelle hagiotoponymes les noms de lieu formés à partir du nom :
- d'un saint, par exemple Val-Saint-Lambert (Liège, Belgique)
- d'une fête religieuse, par exemple Pokrovsk (Russie et Ukraine)[réf. nécessaire]
- de Dieu, par exemple La Trinité-sur-Mer (Morbihan, France)
- d'une église, par exemple Iglesias (Sardaigne, Italie)
- d'un monastère, par exemple Sinaia (Valachie, Roumanie)[réf. nécessaire]
- d'un pèlerinage, par exemple Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine, France)
- d'une relique, par exemple Aix-la-Chapelle (Nord Rhein, Allemagne).
On distingue les hagiotoponymes évidents, par exemple en France les noms précédés du mot saint, et les hagiotoponymes cachés[réf. nécessaire].
Analyse
Dans les faits, l'hagiotoponyme paroissial puis communal provient souvent de la dénomination de l'église locale, laquelle peut tenir son nom de son fondateur ou d'une figure à laquelle se remet une ferveur populaire. Les pèlerinages, et la diffusion des dévotions ou des reliques par la route, sont également moteurs dans l'hagiotoponymie[1].
L'hagiotoponymie d'après la titulature des églises fournit aux historiens et géographes des renseignements sur la diffusion du christianisme, son organisation et, de même, sur l'état démographique, social et économique des paroissiens attachés à ces églises. Elle donne également des informations sur les domaines ayant appartenu à la paroisse, à une confrérie ou à un ordre religieux, ou sur la dévotion à une figure et sur son expansion (c'est le cas avec Martin de Tours en Catalogne par exemple[2]).
Les compositions hagiographiques qui déplacent un saint d'une localité à l'autre afin de relier des légendes topographiques à des hagiotoponymes et microtoponymes locaux, témoignent souvent de la volonté des commanditaires des hagiographies, de marquage ou d'appropriation d'un lieu, mais aussi d'attribution ou de légitimation de ce lieu où le saint n'est pas forcément passé[3].
État des lieux
Certains pays se démarquent par une forte densité en hagiotoponymes. C'est notamment le cas de la France ou de l'Italie.
Écosse
Les hagiotoponymes écossais sont nombreux et relèvent de différents domaines linguistiques, comprenant le gaélique écossais, le vieux norrois ou le scots. Ils s'appuient sur les noms de paroisses médiévales, mais aussi de petits lieux de cultes, ou d'éléments du paysage associés au parcours supposé des saints (pierres, puits...)[4].
Espagne
Les hagiotoponymes catalans sont majoritairement issus du haut Moyen Âge. L'analyse de la Nomenclàtor oficial de toponímia major de Catalunya en 2009 fait état d'une proportion de 5,92 % d'hagiotoponymes, plus nombreux au nord et à l'est, dans les zones de colonisation agricole plus ancienne. La proportion en ce qui concerne les communes s'élève à 11,83 % (112 sur 947)[2].
Un grand nombre des hagiotoponymes catalans a fait l'objet d'un changement de dénomination consécutif à la Révolution de juillet 1936, à l'initiative de comités populaires anarcho-syndicalistes ayant pris leur autonomie dans le contexte tourmenté de la guerre civile. Ce type de cas (suppression des références aux paroisses et aux saints) domine très nettement dans le mouvement des débaptisations à cette période (105 communes sur 124). La victoire du camp nationaliste met fin à cette situation, et les noms antérieurs sont rétablis[5].
France
Histoire
Le culte rendu à certaines divinités divinités gauloises semble avoir laissé quelques traces dans certains noms de lieux[6], mais la rareté des preuves archéologiques et linguistiques contraint cette lecture[7].
La France comporte de nombreux hagiotoponymes de villes, villages et hameaux formés pour la plupart au Moyen Âge, surtout après « l'ère des grands défrichements » du XIe siècle. Très souvent les villages prennent le nom de l'église locale dont ils adoptent le vocable (les noms des églises étant quant à elles apparues en relation avec les inventions et translations de reliques)[8], substituant aux vieux noms d'origine celtique ou latine des noms de saints à l'historicité parfois douteuse[9]. Selon le toponymiste Auguste Vincent, cet usage s'introduit dès la fin du VIe siècle, avec des formes d'abréviation telles que Saint-Georges pour Vicus Sancti Georgii (« le Vicus ou bourg de Saint-Georges ») ou Sanctus Stephanus (Saint-Étienne) au lieu de Basilica Sancti Stephani[10]. Le mouvement est maximal entre le Xe siècle et le XIIIe siècle, puis s'atténue avec l'affaiblissement du nombre de fondation paroissiales[1].
Deux types de rapports aux saints président dans la définition des hagiotoponymes, liés à deux types de comportements sociaux et religieux : les groupes importants préférant s'en remettre à des figures saintes supposées en lien étroit avec Dieu, populaires, ou les groupes marginaux ou isolés choisissant plutôt des saints secondaires, mais au fort rayonnement local[11]. Aux côtés des noms de saints, plusieurs autres types d'hagiotoponymes peuvent être relevés, comprenant les petits lieux de culte (oratoires, temples) ou les trésors d'église[6].
Le cas des « noms syntagmatiques » (composés d'un premier toponyme associé à un hagiotoponyme) diffère dans certains cas de celui des noms « simples ». Pour les seconds, le motif de dénomination tient généralement dans le rôle du saint dans la fondation du lieu, la présence de son tombeau ou de reliques, tandis que les dénominations syntagmatiques renvoient parfois à la dépendance du lieu à un établissement religieux antérieur et extérieur, à la nécessité de distinguer des homonymes, voire à des hommages contemporains (Menthon-Saint-Bernard)[1]. L'ajout d'un complément de toponyme permet aussi de limiter les risques de confusion entre deux hagiotoponymes identiques[7].
À la Révolution, de nombreux hagiotoponymes sont supprimés, mais la très grande majorité est restaurée par la suite.
Statistiques
En 1992, une commune française sur huit porte le nom d'un saint (soit 4 500 communes, ce qui correspond à un taux d'un peu plus de 12 %, correspondant à un peu plus de 1 000 noms de saints, des plus répandus aux plus obscurs)[12]. Ce taux atteint 29 % pour la Loire (98 communes sur 338), 28,6 % pour l'Ardèche (100 communes sur 349), et 23 % pour le Rhône (63 communes sur 269)[8].
Les hagiotoponymes les plus répandus en France sont pour les saints : Saint-Martin (237 communes), Saint-Pierre (175 communes), Saint-Jean (175 communes), Saint-Germain (126 communes), Saint-Georges (100 communes), Saint-Laurent (94 communes), Saint-Julien (Julien de Brioude ou Julien l'Hospitalier) (93 communes), Saint-Hilaire (Hilaire de Poitiers ou Ilère de Mende) (80 communes) ; pour les saintes : Sainte-Marie (44 communes), Sainte-Colombe (28 communes), Sainte-Gemme, Sainte-Eulalie et Sainte-Foy (16 communes), Sainte-Marguerite (12 communes), Sainte-Radegonde (11 communes)[13].
Il existe peu d'hagiotoponymes en Alsace et dans tout le quart nord-est du pays, ce qui semble s'expliquer par la densité déjà forte de villages qu'on y observe déjà au VIIIe siècle. Dans les Pyrénées-Orientales, ils sont peu nombreux également, ce qui est probablement dû à la disparition des paroisses du haut Moyen Âge, désaffectées, au détriment de foyers de peuplement plus anciens[1].

Un des défis dans l'analyse des hagiotoponymes français réside dans la diversité des matérialisations linguistiques ; il existe de nombreux « saint- » et « sainte- », mais les hagiotoponymes peuvent aussi se retrouver derrière des formes divergeant du modèle francophone, notamment en Corse (San, Santa, Sant’, Santo) ou en Bretagne (Plou-), ou encore de façon cachée derrière les préfixes Dom- (dérivé du latin dominus), Dane- ou Dame-. Certains sont masqués par de mauvaises retranscriptions (Cinq-Mars-la-Pile, Sanary-sur-Mer), quand d'autres semblent en être sans que cela ne soit le cas (Saint-Igny-de-Vers, Sainte-Engrâce).
Italie
Les hagiotoponymes italiens, très nombreux (20 % en moyenne, 637 des 8 092 communes recensées en 2015[14]), sont généralement formés à partir des préfixes Sant(o), San, Sant(a). Après l'unification italienne, de nombreux compléments toponymiques sont ajoutés pour spécifier la localisation et éviter les redondances. Les dialectes locaux produisent également des variations lexicales parfois importantes (Santa Elisabetta devenant Sabètta en Sicile, San Benedetto devenant San Venditto en Campanie).
La présence des Normands en Sicile y explique l'existence de toponymes témoignant du culte de ces figures[15].
