Invention de reliques
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Une invention de reliques, en latin inventio reliquarum, est un récit portant sur la découverte ou la redécouverte, souvent prétendue comme miraculeuse, d'ossements d'un saint, martyr ou non (singulièrement, en Palestine, un prophète), ou d'un objet qui a touché ce saint, notamment le brandeum, linceul entourant le saint ou linge mis volontairement au contact de la relique[1].
Le mot « invention », du latin inventio, est ici à prendre dans le sens de « découverte », comme pour les mises au jour de vestiges divers, le verbe latin invenire signifiant « trouver » en français.
Ce récit qui est un sous-genre hagiographique à usage liturgique, apparaît souvent à des moments cruciaux pour les communautés monastiques ou les cathédrales, leur permettant de « sortir de difficultés financières, de réaffirmer le pouvoir d'un évêque, de défendre le bien-fondé d'une réforme, etc. »[2].
Durant l'Antiquité chrétienne et le haut Moyen Âge, la littérature hagiographique livre ainsi de multiples témoignages de ces inventions.
Ce récit s'inscrit aussi au XIXe siècle en France dans le contexte de « recharge sacrale », ce qui amène l'historien à l'« examen contradictoire des stratégies narratives, dévotionnelles, hagiographiques, historiques ou archéologiques qui ont tendu à justifier cette relance cultuelle, et de leur « envers », échecs cultuels et « répugnances » des fidèles, débats intellectuels et polémiques religieuses ou savantes, qui ont contribué à limiter les effets et à restreindre la portée de la recharge »[3].
Rituels liés aux reliques
L'invention de reliques fait partie d'un processus ritualisé chrétien comportant plusieurs étapes : invention de reliques (du latin inventio, il s'agit de la découverte du corps du saint ou de ses reliques), élévation des reliques (du latin elevatio, il s'agit de l'exposition du corps du saint dans un sarcophage, une châsse ou de ses reliques — des parties de son corps ou des objets en lien avec lui — dans un reliquaire), réception (du latin receptio) des reliques dans son lieu d'accueil définitif qui est à l'origine de nombreuses célébrations et de beaucoup de pèlerinages, enfin déposition (du latin depositio) en faisant inhumer ses restes sous la table de l'autel du lieu de culte, dans un tombeau dans une crypte ou à partir du XIe siècle, dans une châsse ou un reliquaire élevés dans le chœur de l'église qui se trouve ainsi sanctifié. Initialement placés dans une fosse maçonnée ou une crypte sous l’autel, ces restes sont selon les époques et les régions disposés dans une petite cavité (le loculus) ménagée dans son socle ou son pied, ou déposés dans le plateau supérieur de l’autel, parfois aussi dans les murs des lieux de culte, leurs colonnes ou incrustées dans leurs mosaïques, leurs fresques. Une ouverture verticale, la fenestella confessionis, peut être aménagée dans la niche (appelée confessio[4] ou sepulchrum) de l'autel ou en dessous, permettant aux pèlerins de voir et de toucher indirectement les reliques par l'intermédiaire de reliques de contact[5].
Ces rites sont à l'origine d'un genre littéraire caractéristique de la littérature hagiographique, le récit d’invention de reliques ou de translation (les inventiones et translationes) qui forment avec les miracula (recueils de miracles) des recueils indépendants se développant à côté de la traditionnelle vita[6]. Cette littérature hagiographique ressort à un genre littéraire particulier qui ne leur assure pas une valeur historique de premier ordre[7].
