Henri Victor Vallois
anthropologue français
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Henri-Victor Vallois, né le à Nancy et mort le à Paris, est un anthropologue et préhistorien français. Il est connu notamment pour sa défense des classifications des races humaines, concept aujourd'hui dépassé. Il fut co-rédacteur en chef de la revue L'Anthropologie de 1930 à 1970, secrétaire général de la Société d'anthropologie de Paris de 1939 à 1969 et directeur du Musée de l'Homme de 1950 à 1959.
| Directeur Musée de l'Homme |
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Henri Marie Victor Vallois |
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Biographie
Henri Marie Victor Vallois naît au 13, rue Gambetta à Nancy, d'un père médecin, Léon Vallois[1].
Un concours d'agrégation envoie Léon Vallois à Montpellier, comme agrégé d'obstétrique[2]. Élève au lycée, puis à l'université de Montpellier dès l'âge de seize ans, Henri Vallois suit les traces de son père et étudie la médecine, sous la direction de Paul Gilis et de Louis Vialleton[3]. Préparateur au laboratoire d'anatomie comparée de l'université de Montpellier, il entreprend une thèse de doctorat en médecine intitulée Étude anatomique de l’articulation du genou chez les Primates, publiée en 1914. Cet ouvrage de cinq cents pages fait autorité en arthrologie et le corps adipeux infrapatellaire porte depuis son nom.
Pendant la Première Guerre mondiale, Henri Vallois rejoint l’armée comme médecin volontaire et reçoit plusieurs médailles et citations. Il passe deux années dans un camp de prisonniers à la forteresse d'Ingolstadt, en Allemagne, alors que son frère est tué dès 1914 à Saint-Mihiel[2].
Agrégé en 1920, il est nommé à la faculté de médecine de Toulouse où il devient professeur d’anatomie à 32 ans. Il y poursuit ses recherches en étudiant différentes structures anatomiques telles que la vertèbre diaphragmatique et l’omoplate. Cependant, c’est l'anthropologie qui constitue l’essentiel de ses recherches. Dès 1912, il est devenu membre de la Société d'anthropologie de Paris, fondée en 1859 par Paul Broca. Au Muséum de Paris, la rencontre en 1918 de Raoul Anthony renforce son intérêt pour l’anthropologie physique[4].
Il succède en 1930 à René Verneau à la codirection de la revue L'Anthropologie, à Paris, fonction qu'il occupera jusqu'en 1970[5].
En 1933, Henri-Victor Vallois obtient la création d’un laboratoire d’anthropologie de l’École pratique des hautes études à Toulouse, dont il assura la direction jusqu'en 1961.
Il divise son temps entre Toulouse et Paris, où il occupe des postes éminents dans des institutions scientifiques prestigieuses. Ainsi, il est professeur d'« ethnologie des hommes actuels et fossiles » au Muséum d'histoire naturelle, secrétaire général de la Société d'anthropologie de Paris en 1937, où il assure la publication des Bulletins et mémoires, professeur en 1939 puis directeur de l'Institut de paléontologie humaine, directeur du Musée de l'Homme après l'exil de Paul Rivet en 1941, puis de 1950 à 1959, président de la commission « Anthropologie, Préhistoire, Ethnographie » du CNRS, président de l'Union internationale des Sciences anthropologiques et ethnographiques de l'UNESCO, membre de l'Académie de médecine en 1952[6].
Entre 1961 et 1970, il se retire de la plupart de ses responsabilités académiques et scientifiques. Il meurt le à l'hôpital Cochin[7].
Travaux
Les travaux de Henri Vallois se situent dans le prolongement de ceux des anthropologues racialistes Broca, Manouvrier, Quatrefages, Boule, Topinard ou Verneau, ayant pour but la description et le classement des races humaines dans l’espace et dans le temps. Sa connaissance de l’allemand, l’anglais et l’italien, et ses multiples voyages en Asie, en Afrique et en Amérique, favorisent son exploration de la diversité humaine[8].
La prise de position de Henri-Victor Vallois en 1951 concernant une première déclaration de l'UNESCO sur la notion de race est demeurée célèbre[8],[9]. Vallois soutient la nécessité de séparer la race, qu'il considère comme un fait biologique, du racisme, construction culturelle. Ainsi selon lui la lutte contre le racisme, pour légitime qu'elle soit, ne doit pas conduire à supprimer le concept anthropologique de race[9]. Vallois n'est pas favorable au fait de remplacer « race » par « groupe ethnique », substitution qui présente l'inconvénient à ses yeux d'entrainer une confusion entre le fait biologique de la race, et le fait culturel de l'ethnie[9]. Selon Vallois, les anthropologues qui comme lui reconnaissent « l'existence de la race comme un fait évident tombent d'accord avec ce que constate depuis toujours l'homme de la rue »[9], les preuves scientifiques de la race étant pour Vallois des caractéristiques morphologiques comme la couleur de la peau, la texture des cheveux, la forme du nez ou de la tête[10], mais aussi du squelette. Les positions de Vallois ont été critiquées par nombre de ses confrères de l'UNESCO pour lesquels le concept de race était de qualité scientifique douteuse[9].
Vallois défend la validité scientifique des classifications raciales au nom d'un consensus auquel se rallieraient selon lui une majorité écrasante d'anthropologues (en 1960), contre un nombre minime d'autres qui le contestent[6]. Cependant, selon Jean-Pierre Bocquet-Appel qui a retracé l'historique des opinions sur cette question, « dès l'origine de l'anthropologie physique, et sans que cela cesse par la suite, le caractère arbitraire des classifications raciales est reconnu par un nombre important de savants partout dans le monde ». Les premiers à avoir interrogé l'idée de race en France sont Abel Hovelacque, membre fondateur de la Société d'anthropologie de Paris, dans les années 1870, et Paul Topinard, disciple de Paul Broca, en 1885. La quasi-unanimité alléguée par Vallois demande à être nuancée, quoique ni Topinard, ni Hovelacque n'aient contesté la pertinence de la notion, si problématique qu'elle leur ait semblé[6].
L'anthropologie ne retient, au xxie siècle, que peu de choses des travaux de Vallois. La plupart de ses idées – taxinomie typologique des races, défense d’une classification raciale fondée sur les groupes sanguins, réticence à l’introduction de la génétique des populations en anthropologie, soutien à la théorie des presapiens européens et à la validité du fossile de Piltdown, croyance à l’origine asiatique d’Homo sapiens, convictions sur la position phylogénétique des Néandertaliens et des Australopithèques, philosophie néolamarckienne de l’évolution (en partie inspirée par Lucien Cuénot) – sont aujourd’hui obsolètes, voire totalement dépassées. Le naufrage des idées de Vallois suit le destin de l’anthropologie physique traditionnelle au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.
Les Races humaines
Taxonomie raciale
En 1944, Henri-Victor Vallois établit une taxonomie raciale dans son ouvrage Les Races humaines, qui divise les humains en quatre groupes composés de vingt-sept races[11] :
- Races primitives : composées de deux races (vedda, australienne)
- Races noires : composées de sept races (éthiopienne, mélano-africaine, négrille, khoisan, mélano-indienne, négrito, mélanésienne)
- Races blanches : composées de dix races (nordique, est-européenne, dinarique, alpine, méditerranéenne, sud-orientale, indo-afghane, anatolienne, aïnou, touranienne)
- Races jaunes : composées de huit races (sibérienne, nord-mongole, centro-mongole, sud-mongole, indonésienne, polynésienne, eskimo, amérindienne)
Ces différentes races étaient selon lui réparties en six « aires anthropologiques » :
- Europe et bassin méditerranéen (Afrique du Nord et Asie du Sud-Ouest)
- Afrique sub-saharienne
- Inde
- Asie trans-himalayenne
- Océanie
- Amérique
Les avancées de la génétique au XXIe siècle mettent plutôt en évidence des groupes génétiques qui ne recoupent pas nécessairement les anciennes classifications raciales, à quoi il convient d'ajouter que de nombreuses populations sont issues de mélanges plus ou moins anciens entre différents groupes humains[12],[13],[14],[15],[16],[note 1].
Professeure de sociologie, Micheline Labelle cite des exemples de descriptions et de généralisations « teintées de racisme » dans les propos de Vallois : « Les Aïnous ont la peau d’un blanc mat sale… D’un bout à l’autre de l’Amérique, les Indiens sont froids, taciturnes, plus ou moins impassibles »[19], etc.
Succès de l'ouvrage
Ce livre, paru dans la collection Que sais-je ? aux Presses universitaires de France, vendu à 90 000 exemplaires, est réédité 9 fois entre 1945 et 1976[20]. Il est traduit dans plusieurs langues, et considéré à l'époque comme un « ouvrage de référence »[6]. Sa large diffusion « illustre l’importance de l’anthropologie raciale en France » selon Carole Reynaud-Paligot[21].
Publications
- Anthropologie de la population française, 4e édition, (lire en ligne)
- Les Races humaines, PUF, coll. « « Que sais-je ? » n° 146 », 1944, 1951, 1976, 4e édition éd. (lire en ligne)
- Les hommes fossiles, éléments de paléontologie humaine, 1946
- Article Races humaines, dans la Grande Encyclopédie Larousse, édition 1976