Hip-hop pinoy

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Le hip-hop pinoy, ou rap pinoy, aussi appelé hip-hop philippin désigne le mouvement et la culture hip-hop ayant émergé aux Philippines.

Origines

Étant donné que les Philippines étaient une colonie des États-Unis de 1898 à 1946, la culture américaine a eu un profond impact sur le développement du pays, y compris sur sa scène hip-hop, connue sous le nom de hip-philippin hop, hip-hop Pinoy ou rap Pinoy. Avec environ 20 bases militaires américaines sur son territoire, comme la base aérienne de Clark à Angeles City et la base navale de Subic Bay à Olongapo, les villes entourant ces sites ont été parmi les premières à être exposées à la culture américaine, car le contact avec des militaires afro-américains, américains-philippins et latinos a donné lieu aux premiers contacts des habitants à ce nouveau genre musical.

Pour de nombreux Américains-philippins, ces zones de contact militarisées ont fonctionné comme des intermédiaires importants entre personnes et culture, en particulier dans la diffusion et le développement du hip-hop au sein d'un réseau de communautés philippins-américains[1]. Or, les Philippines ont été le premier pays en Asie à voir une scène de hip-hop s’installer sur leurs territoires à cause de l’influence américaine.

Le hip-hop pinoy est rappé et chanté en tagalog, anglais, cebuano, ilokano, bicolano et d'autres langues provenant de l’archipel philippin. Bien que la langue soit un problème permanent et qu’elle affecte l'identité du rap pinoy, ce type de rap est entièrement philippin, car il représente les racines, les expériences et la fierté nationale du pays.

XXe siècle

Popularisé dans les années 1980 et utilisé comme le « langage des adolescents », le rap pinoy est composé d’une immense variété de messages, allant de valeurs morales et de questionnements sociaux, jusqu’à des sujets comiques et amusants. À cette époque, les artistes émergents cherchaient à intégrer des éléments ethniques dans la culture de la musique hip-hop. Ceux-ci désiraient donc créer de nouveaux sons et un langage musical à partir de sources autochtones qui sauraient toucher la culture de masse.

Les origines du rap pinoy remontent à l'émergence du Sugarhill Gang (1979–1985, 1994–) « Rapper's Delight » (1979), qui est devenu si populaire à Manille que le chanteur et comédien philippin Dyords Javier (George Javier) a enregistré une parodie intitulée « Na onseng délice » (Conduit à croire, 1980). Avec « Nunal » (Taupe mystérieuse, 1980) de Vincent Dafalong (1953 * –2017), il fut l’un des premiers morceaux de rap enregistrés aux Philippines[2].

L’âge d'or fait généralement référence à la période de la fin des années 1980 et du début des années 1990, lorsque la popularité du hip-hop commençait à prendre de l’ampleur et que plus en plus de style de rap se formait, le genre s'est lentement développé au cours des années 1980, mais a rapidement atteint le grand public lorsque Francis Magalona a sorti son premier album « Yo ! » qui comprenait le hit nationaliste « Mga Kababayan » (mes compatriotes) en 1990. Magalona, qui rappe à la fois en anglais et en tagalog, est devenu un pionnier du genre et la première superstar de rap philippin. En 1992, Francis Magalona a montré ses innovations stylistiques avec la sortie de son deuxième album Rap is FrancisM.. Aujourd’hui, ce projet est considéré comme l'un des plus grands albums de rap pinoy et une pierre angulaire de ce genre musical. En 1994, Death Threat a sorti le premier album de gangster rap philippin intitulé « Gusto Kong Bumaet » (je veux être bon).

Un autre artiste hip-hop philippin qui s'est fait connaître dans les années 1990 était Andrew E., anciennement basé à Los Angeles, qui a ensuite fondé son propre label, Dongalo Wreckords, ainsi que le groupe de rap Salbakuta[2]. Lors de cette période, les Philippins et leurs familles aux États-Unis se partageaient de la musique. Les Philippins et les Philippins américains échangeaient des albums de rap, des cassettes et des CD à travers l'océan Pacifique, en personne ou par la poste[3]. À la fin des années 1990, le rap Pinoy commençait à se séparer de plus en plus de l’influence américaine en développant ses propres tempos, sons et sujets à travers sa musique. Cette évolution permet alors à ce genre musical de se distinguer et à se donner une identité proprement philippine.

XXIe siècle

Au début des années 2000, le rap pinoy devient un des genres les plus populaires au pays. Ils compétitionnent avec le rock pinoy qui s’était établi comme le style de musique le plus populaire aux Philippines.

Sur la scène internationale, le rap pinoy se fait ressentir entre autres grâce à Apl.de.ap. En faisant partie du groupe les Black Eyed Peas, il est capable d’utiliser sa plateforme pour promouvoir le rap pinoy et parler des problèmes qui habite son pays natal. Sur les albums « Elephunk » et « Monkey Business », Apl.de.ap chante des chansons en tagalog et en anglais.

Lors des années 2000, l'utilisation de l’anglais reste un sujet controversé dans le rap pinoy. Il y a eu des débats entre les artistes qui utilisent les langues philippines et ceux qui utilisent uniquement l'anglais, en particulier dans le courant populaire. De nombreux artistes rap croient que l’industrie de la musique aux Philippines souffre d’une mentalité coloniale et que cela favorise ceux qui rappent en anglais uniquement[2]. Tandis que d’autres croient qu’en mélangeant leurs langues natales et l’anglais, ils réussissent à atteindre un plus grand public, et cela permet d’accroitre la popularité du genre.

Gloc-9 devient l'un des artistes hip-hop les plus accomplis des Philippines lors des années 2000 grâce à son style vocal rapide. Francis M. le reconnaitra comme étant l’un des meilleurs rappeurs de sa génération. Il a popularisé des chansons de rap qui parlent des problèmes sociaux philippins. À travers ses chansons, il aborde des sujets reliés aux problèmes mentaux, à l’homosexualité, la dépendance, la violence conjugale, etc.

Au milieu des années 2010, le trap pinoy va surgir. Inspiré par des rappeurs américains comme Gucci mane, Migos et Young Thug, les rappeurs philippins développent leur propre style de trap caractérisé par des rimes faisant référence à des sujets beaucoup moins politiquement conscients.

Le raptivisme se fait encore sentir lors de cette époque. Avec le gouvernement Duterte, les rappeurs philippins utilisent leurs voix pour dénoncer le système en place et les inégalités qui continuent d’exister aux Philippines. En 2020, le rappeur Tito Uncle a sorti le morceau « Louis XVI » en collaboration avec le producteur IZE!. Ses paroles condamnent le fascisme de l'État et la brutalité policière.

Avec l’ère du streaming, les rappeurs philippins sont capables de distribuer plus facilement leurs contenus à l’extérieur des frontières. Cela leur permet de toucher un plus grand public et de se faire approcher par des maisons de productions qui siègent à l’extérieur des Philippines. La nouvelle génération de rappeur philippin est constituée de Shanti Dope, Ez Mil, MBnel, Ruby Ibarra, Kiyo, Flow G et plusieurs autres.

Perception

Pour les jeunes philippins, le hip hop - et la culture DJ, plus spécifiquement - peut servir de véhicule pour repenser les frontières de leur identité ethnique et la perception de vivre la « fierté pinoy ». En mettant en évidence les façons dont la jeunesse philippine a créé son propre espace dans le hip hop et, à son tour, utilisé la musique noire pour affirmer davantage son identité philippine[4].

L’opinion élitiste considère le rap pinoy comme étant « baduy »[5]. Ce terme est une expression en tagalog signifiant pas cool, démodé, de mauvais goût, dépareillé (vêtements), ou sans raffinement dans le style ou la classe. La raison pour laquelle il est considéré comme "baduy" est qu'il y a des chansons avec des paroles absurdes et des nuances misogynes. Selon cette pensée, ce n'est pas branché de parler tagalog dans des chansons.

Mouvement

Artistes

Notes et références

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