Histoire de Calais

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Les armoiries de la ville de Calais se blasonnent ainsi :
De gueules à l'écusson cousu d'azur chargé d'une fleur de lis d'or soutenue d'un croissant d'argent, l'écusson timbré d'une couronne royale d'or, accosté de deux croix de Lorraine d'argent et soutenu, en pointe, d'un besant d'argent chargé de la croix de Jérusalem d'or[1].
Ce blason fut accordé, en 1558, par le roi Henri II après la reprise de Calais aux Anglais[Note 1].
Ornements extérieurs :
Croix de chevalier de la Légion d'honneur.
Croix de guerre 1914-1918.
Croix de guerre 1939-1945.

Cet article décrit l'histoire de Calais, commune française située dans le département du Pas-de-Calais et dans la région Hauts-de-France. La ville actuelle de Calais est la réunion de l'ancienne ville antique, cité industrielle, et du courghain, la cité de Calais originelle, cité de marins pêcheurs.

Durant l'époque gallo-romaine, le Calaisis fut une base de départ de plusieurs tentatives de débarquement en Angleterre. Jules César y rassembla une flotte de 800 à 1 000 voiles, avec cinq légions et 2 000 chevaux, à la conquête de ce territoire[2].

Moyen Âge

Calais, ville fortifiée

En 997, Baudouin IV de Flandre fait améliorer la sécurité du port en le faisant défendre par deux grosses tours qui semblaient déjà exister puisqu'attribuées à Caligula, l'une située au milieu des sables au nord de la ville, et l'autre protégeant l'embouchure de la rivière de Guignes[3], alimentée par le marais de Guînes à l'époque situé sur le littoral qui était plus en arrière des terres qu'aujourd'hui à cause de la transgression marine Dunkerque II.

En 1224, Philippe Hurepel (aussi dit Philippe de France), comte de Boulogne et fils de Philippe Auguste, fait fortifier la ville « d'un mur flanqué de petites tours de distance en distance », signe de l'importance stratégique de la place.

Trois ans après, il y fait élever un « vaste donjon », qui sera démoli en 1560 pour être remplacé par une citadelle.

Le siège de Calais par les Anglais (1346-1347)

Statue des bourgeois de Calais par Rodin.

Lors de la guerre de Cent Ans, le roi Édouard III d'Angleterre, issu de la maison angevine des Plantagenêts, revendiqua la couronne de France. Après sa victoire à Crécy en 1346, recherchant une ville portuaire pour y débarquer ses troupes, il se presse de commencer, le , l’investissement de la place pour un siège qui devait durer onze mois.

La ville, protégée par les marais inondés à chaque marée, était alors défendue par une garnison placée sous le commandement d’un chevalier originaire de Bourgogne, Jean de Vienne, secondé par un certain nombre de chevaliers d’Artois dont Jean Froissart nous a transmis les noms : Arnoul d'Audrehem[Note 2], Jehans de Surie (ou de Sury), Baudouins de Belleborne (ou de Bellebrune), Joffroy de le Motte, Pépin de Were (ou de Wiere, ou de Werie). La chronique normande y ajoute les sires de Beaulo et de Grigny.

Voyant l’armée anglaise décidée à aller jusqu'au bout, Jean de Vienne, craignant avec raison d’être contraint par la famine à se rendre, résolut de se défaire de bouches inutiles et d’expulser de la ville les personnes dépourvues de biens et de provisions (entre 500 et 1 700 personnes selon les chroniqueurs).

Il y eut peu de batailles sur terre autour de Calais, mais en mer, le roi anglais fit placer vingt-cinq bateaux devant Calais. Des navires génois, au service de la France, ainsi que des navires normands et d'autres d’Abbeville, réussirent cependant à forcer le blocus pour ravitailler Calais et ses assiégés.

Édouard III résolut de bloquer l’entrée du chenal avec des obstacles de toute nature et à partir de , il fut impossible pour les Français de ravitailler Calais[4].

En désespoir de cause, Jean de Vienne écrivit une lettre à Philippe VI de Valois, lui demandant de venir lui porter secours : « …la garnison n’avait d’autres alternatives que de tenter une sortie désespérée : nous aimons mieux mourir aux champs honorablement que de nous manger l’un l’autre ! » Cette lettre transmise par l’intermédiaire d’un bateau génois fut interceptée par la marine anglaise et ne parvint donc jamais à Philippe VI.

Le , l’armée française parut néanmoins à hauteur de Sangatte. Des Flamands et des Teutons se portèrent du côté anglais, et des Hennuyers du côté français. Deux légats du pape négocièrent une trêve de trois jours. L'investissement de Calais par les Anglais empêchant le roi de France d’intervenir, Jean de Vienne, pressé par la population assiégée depuis onze mois, demanda alors à négocier la reddition de la ville à condition d’épargner la population et la garnison.

Furieux de la résistance de Calais, Édouard III voulait en massacrer la population, mais il accepta néanmoins, aux termes de cette négociation, de l’épargner à la condition que six notables viennent à lui, tête et pieds nus, avec une corde autour du cou pour être pendus : ce furent Eustache de Saint Pierre, Jehan d’Aire, Pierre de Wissant et son frère Jacques, Jean de Fiennes et Andrieux d’Andres.

À leur arrivée auprès d’Édouard III, ces six bourgeois de Calais furent toutefois épargnés grâce à l’intervention de son épouse, Philippa de Hainaut, qui, fondant en larmes, implora son mari de les épargner. Édouard III céda, mais exila tous les Calaisiens qui ne lui faisaient pas serment d’allégeance pour les remplacer par des sujets anglais.

Face à l'hôtel de ville de Calais, l’original des neuf copies du monument exécuté par Auguste Rodin, les Bourgeois de Calais, est érigé en commémoration de cet évènement.

L’occupation anglaise (1347-1558)

Le drapeau à croix nordique de Calais.

La ville fut occupée par les Anglais, fin , et le roi rembarqua pour l’Angleterre, laissant des troupes à la garde de Calais sous les ordres de Jean de Montgomery au service du roi anglais, avec les chevaliers français prisonniers – parmi lesquels les précités Jehan de Vienne, Jehan de Sury et Ernoul d'Audrehem.

Philippe VI racheta ces nobles prisonniers lorsqu’ils furent mis à rançon en 1348 après être demeurés six mois en Angleterre.

Pendant trois ans, à partir de 1347, Édouard III étant satisfait de maintenir Calais, des trêves furent conclues entre la France et l’Angleterre[5].

La charte municipale de Calais précédemment accordée par la comtesse d’Artois fut confirmée la même année par Édouard.

Quart de noble d'or frappé à Calais entre 1361 et 1369 au nom d’Édouard III au cours de l'occupation anglaise de la ville.

En 1360, le traité de Brétigny soumit Guînes, Marck et Calais - collectivement dénommés Pale of Calais Calaisis » en français) - à la domination anglaise à perpétuité, mais cette soumission fut informelle et n’a été appliquée qu’en partie.

En 1363, Calais devient port douanier. Le , Édouard III revendique à nouveau la couronne de France, et en , le duc Jean de Lancastre débarque à Calais et s'avance jusqu'au pays de Caux[6].

Devenue division administrative parlementaire, elle envoie, à partir de 1372, des représentants à la Chambre des communes du Parlement d'Angleterre, gardant toutefois un lien avec la France en continuant de faire partie du diocèse ecclésiastique de Thérouanne.

Pendant ces années, Calais fut considérée comme faisant partie intégrante du royaume d’Angleterre.

Au-dessus de la porte principale, une inscription (Then shall the Frenchmen Calais win When iron and lead like cork shall swim) proclamait qu’elle ne serait française que lorsque le fer et le plomb flotteraient comme le liège[7].

La grande importance de Calais comme lieu d’accès au commerce de l’étain, du plomb, du tissu et des laines  de loin, l’élément le plus important  lui vaut d’être qualifiée de « joyau le plus brillant de la couronne anglaise »[7],[8]. Ses recettes douanières s’élevaient parfois à un tiers du revenu du gouvernement anglais. Sur une population d’environ 12 000 habitants, 5 400 étaient liés au commerce de la laine. Un officier de la Couronne d'Angleterre, le trésorier de Calais (Treasurer of Calais) y administrait les finances royales.

Le gouvernorat de Calais était une charge publique lucrative fort prisée ; ainsi, Richard Whittington fut simultanément seigneur-maire de Londres et de Calais en 1407.

Le siège de Calais par Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1436)

En 1435, une rencontre fut proposée à Arras entre Bourguignons, Français et Anglais en vue de faire cesser les hostilités : les Anglais refusèrent cependant de participer aux négociations. Le roi Charles VII de France et le duc de Bourgogne Philippe le Bon conclurent une alliance défensive, le traité de paix d'Arras du [Note 3],[9], ce qui mécontenta les Anglais.

Ceux-ci attaquèrent les terres du duc et 1 500 Flamands menés par Jean de Croÿ furent défaits dans le Boulonnais par 2 000 Anglais. La population de Londres fut « autorisée » à piller les maisons des Hollandais, Flamands et Picards (tous sujets bourguignons) établis dans la capitale anglo-saxonne. Les Flamands irrités se soulevèrent et le duc de Bourgogne, furieux d’apprendre que ses ambassadeurs avaient été malmenés à Londres, déclara dès lors la guerre à l'Angleterre : il prit quelques possessions anglaises telles le château d’Oye, dont il fit pendre une partie de la garnison, Sangatte, Vaucliguen et diverses autres forteresses des environs.

Siège de Calais, miniature du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de la mort de Charles VII vers 1484 (BnF).

Puis, en , il vint faire le siège de Calais avec des milices flamandes (des Gantois, au nombre de 17 000 hommes d’armes, et d’autres villes flamandes) ainsi qu’avec des troupes levées en Picardie et en Bourgogne et un grand nombre de ribauldequins, portans canons, coulevrines, arbalestres, et plusieurs aultres gros engins : environ 30 000 hommes aux ordres de Philippe le Bon se trouvèrent ainsi devant la ville de Calais.

Le duc de Bourgogne ordonna aussi au seigneur de Croÿ d’aller, de son côté, faire le siège de Guînes aux mains des Anglais.

Les milices flamandes, qui avaient pris le siège de Calais à cœur, en faisaient une croisade populaire en y allant en corps de peuple, bannières par bannières, apportant avec eux quantité de bagages, meubles et jusqu’à leurs coqs comme pour indiquer qu’ils y élisaient domicile jusqu’à la prise de la place. Après quelque temps, les assaillants flamands mirent cependant peu de zèle à continuer le siège car la ville était assez pourvue en hommes, en armes, en munitions et en vivres pour soutenir des assauts à long terme.

Les Flamands, ennuyés par la lenteur du siège, déclarèrent qu’ils n’étaient pas soutenus par d’autres sujets du duc, ni en mer par les Hollandais (la flotte menée par Jean de Hornes, sénéchal de Brabant, ne put bloquer le port de Calais avec ses cinq à six gros vaisseaux), ni sur terre par la noblesse wallonne. On reprocha même au duc d'en faire une affaire trop personnelle car il avait accepté le défi, proposé par l’intermédiaire d’un héraut anglais, d’une prochaine bataille contre 10 000 Anglais menés par le duc de Gloucester dont les troupes se mettaient en marche. Philippe le Bon, devant la débandade des milices flamandes inconstantes et turbulentes, ne put retenir celles-ci et fut forcé de faire lever le siège en .

Il fit stopper également le siège de Guînes et s’en retourna dans ses États, outré de l’indocilité de ses sujets et n’ayant pas même eu l’occasion de combattre les troupes du duc de Gloucester arrivées en renfort aux assiégés de Calais quelques jours plus tard.

Fin de la période anglaise

En 1517, Calais est avec Anvers la seule ville continentale touchée par l'épidémie de suette qui frappe l'Angleterre[10].

Époque moderne

La reconquête française (1558)

La prise de Calais par les Français
de François-Edouard Picot, 1558.

En l’absence de toute défense naturelle, le maintien de la mainmise anglaise sur Calais dépendait de fortifications entretenues et améliorées à prix d’or. La proximité de la frontière franco-bourguignonne mettait fréquemment la domination anglaise à l’épreuve, et elle dut largement sa longévité à cette rivalité entre la Bourgogne et la France, toutes deux convoitant la ville mais préférant la voir aux mains des Anglais plutôt que de leur rival.

En 1540, plusieurs membres de la famille Plantagenêt vivant à Calais ont été arrêtés sur des soupçons de trahison, sur l'accusation d'un complot visant à rendre la ville de Calais au royaume de France. La suspicion tomba aussi sur Arthur Plantagenêt, alors représentant du roi d'Angleterre et chef de l’exécutif de la ville de Calais depuis 1533, qui fut rappelé en Angleterre et finalement arrêté le puis emprisonné dans la tour de Londres où il mourut en 1542.

La victoire de la couronne française sur le duché de Bourgogne et son incorporation subséquente marquèrent la fin de ce statu quo. Ayant enfin les mains libres, Henri II nomme, à son retour d’Italie en 1557, le duc François de Guise, lieutenant général du royaume. Le , celui-ci profite de l’affaiblissement de la garnison et du délabrement des fortifications pour reconquérir Calais. La reine Marie Tudor y vit un affreux malheur. Elle aurait dit en l'apprenant : « Après ma mort, si vous ouvrez mon cœur, vous y trouverez les noms de Philippe [son mari] et Calais »[11]».

Lord Wentworth, gouverneur de la ville, et les habitants anglais de Calais et de Guînes furent alors renvoyés en Angleterre et le Calaisis fut renommé « Pays reconquis » pour commémorer le rétablissement de la domination française.

En 1596, Calais, défendue par 300 hommes du régiment de Picardie, fut prise par les Espagnols lors d’une invasion fomentée par la Ligue, à partir des Pays-Bas espagnols voisins[12]. En 1598, l’Espagne rendit la ville à la France selon les termes de la paix de Vervins.

XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, la France continue de progresser dans la région. En 1658, la Bataille des Dunes permet à la France de s'emparer de Dunkerque. Le jeune roi Louis XIV vient assister à la prise de Bergues. Puis il se rend à Calais et y tombe malade : dans les premiers jours de , il déclare une violente fièvre qui l'affaiblit considérablement. On craint même pour sa vie. Il semble qu'il ait été victime d'une intoxication alimentaire liée à la mauvaise qualité de l'eau bue doublée d'un accès de fièvre typhoïde. La fièvre dure quelques jours avant qu'il ne se remette grâce au traitement administré. Mais il y perd une bonne partie de ses cheveux, et à la suite de cet évènement, va relancer l'habitude des perruques[13],[14].

XVIIIe siècle

En 1740, on reconstruit l'hôtel de ville qui datait de 1231. Au XVIIIe siècle, le port de Calais est fort ensablé. Ses activités de pêche et de commerce déclinent. La contrebande avec les Anglais, appelée smogglage (smuggling), perdure quelques années pour disparaître au profit des havres de Boulogne-sur-Mer et de Dunkerque[15]. Calais n'a plus de port.

Époque contemporaine

Notes et références

Pour approfondir

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