Histoire de Wrocław

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Marché de Breslau dans les années 1900.

Cet article présente les faits saillants de l'histoire de Wrocław, la quatrième ville de Pologne par sa population (633 000 habitants), la cinquième par sa superficie (293 km2), et l'une des plus anciennement fondées (vers le IXe Xe siècle).

Aujourd’hui, Wroclaw est le chef-lieu de la voïvodie de Basse-Silésie.

Le grand sceau de la ville représente son patron, saint Jean-Baptiste, et la mention Wratislaviae sigillum civitatis, tandis que Wrezlawe est un nom simplifié de la ville donné en 1175. Les textes postérieurs montrent que les noms de la ville furent Wrocisław en polonais, Vratislav en tchèque ou Prezla en moyen haut-allemand ce qui signifie la ville de Wrocisław/Vratislav.

Le nom polonais fut ensuite simplifié phonétiquement en deux étapes : Wrocisław→Wrotsław→Wrocław, et ce dernier fut utilisé jusqu'au XIIe siècle. La version tchèque fut utilisée dans les documents latins, Wratislavia ou Vratislavia, mais la prononciation polonaise fut également influente comme on le voit dans la prononciation tchèque de Wracislavia. La version allemande du nom (Presslaw dans les documents plus anciens) — Breslau (à l'époque de la domination prussienne) — fut utilisée comme nom officiel de la ville du XIVe siècle, jusqu'en 1945. En dialecte silésien de l'allemand la ville s'appelait Prassel.

Les croyances traditionnelles veulent que le nom de la ville provienne d'un personnage appelé Wrocisław/Vratislaw, bien qu'il n'existe aucun lien prouvé avec le duc de Bohême Vratislav Ier de Bohême. Il est également possible que la cité se soit appelée ainsi en fonction d'un seigneur d'une tribu silésienne (cf. ci-dessus l'inscription sur la monnaie, datée du Xe siècle, trouvée lors de fouilles archéologiques). Il existe également une autre version qui voudrait que son nom provienne d'un duc polonais appelé Wrócisław, ce qui en vieux polonais veut dire « celui qui reviendra glorieux ». Le premier bourg (civitas du Géographe de Bavière du IXe siècle) fut érigé sur les quartiers actuels de Ołbin et Ostrów Tumski (île de la Cathédrale).

Noms de la ville en langues étrangères :

Origines de Wrocław

Un endroit privilégié

Le premier établissement fut localisé juste après le long, marécageux et difficile à traverser segment du fleuve qui se divise à cet endroit en créant une dizaine d'îlots constituant un gué naturel et un abri aux bergers et pêcheurs qui longeaient ses rives. Autre raison de cette localisation est sa position « internationale » au carrefour des deux axes de communication : la voie terrestre est-ouest reliant l'Europe à la mer Noire (à mi-chemin entre Bruxelles et Kiev) et la voie d'eau sud-nord reliant le système danubien à la mer Baltique (à mi-chemin entre Uppsala et Tarente). Il est néanmoins difficile d'affirmer l'existence sans interruption d'un bac depuis l'époque romaine (la voie d'ambre qui partait depuis Aquilée, passait par la porte de Moravie, Calisia-Kalisz pour atteindre les rivages de la mer) jusqu'aux premiers établissements médiévaux (cf. la localisation de Paris).

Le massif des Sudètes – plus particulièrement celui des monts Géants (Karkonosze) -, distant d'à peine une centaine de kilomètres au Sud, riches en minerais comme le fer, qui avait attiré les Celtes, mais aussi charbon, plomb, étain, cuivre, or et argent, constitue une barrière franchissable seulement par un ou deux cols. De plus s'y trouvent de nombreuses sources minérales qui depuis l'époque préhistorique fascinaient les adorateurs de la nature jusqu'aux adeptes des cures thermales modernes. La « bourgade insulaire » devint naturellement un centre de commerce et de transport de ces richesses.

Les Celtes

Après la période néolithique se développent dans la région deux cultures successives de bronze, celle de Unetice (ca 1800-1400 av. notre ère) et celle de Lusace (ca 1300-400 av. notre ère). La présence des Celtes (occultée, voire niée par les idéologues nazis et communistes), associés à l'âge du fer, sur ces terrains n'est plus mise en cause aujourd'hui par la majorité des scientifiques bien que l'école prussienne qui dominait à partir de 1850 jusqu'en 1945 et l'école « autochtoniste » polonaise (1945-1990) n'eussent l'intention d'y consacrer l'espace et le temps.

La civilisation celtique parvint à la Silésie depuis la Bohême au IVe siècle avant notre ère et s'y maintint pendant deux siècles en prolongeant son influence au-delà de cette césure. Les preuves incontestables de sa présence sont les résultats des fouilles archéologiques polonaises dans les environs comme les colliers typiques de la culture du Tène (le Tène étant une localité au bord du lac Neuchâtel), bijouterie en verre et céramique décorée (à Karńcza Góra-Kentschken), les 23 tombes de guerriers, pleines d'épées en fer (à Sobocisko-Zottwitz), et les trésors de monnaies celtiques (à Brzezinka Sredzka-Klein Bresa) ou encore la présence d'une haute colonne celtique en calcaire près du sanctuaire de la montagne Ślęża, Mons Silensis du chroniqueur Tiethmar au sud-ouest (à Sobótka-Sobten).

Les Vénètes

Entre 200 avant notre ère et 600 de notre ère, le bassin de l'Oder entra dans la période dite des Vénètes qui possède une culture archéologique à l'aspect « principalement » celtique. Celle-ci et la suivante, celle de Przeworsk (de nombreuses trouvailles aux environs du "Bourg insulaire") se distinguaient par le progrès rapide du travail de fer et de la fabrication d'armes. Ces changements sont liés au début de la période de grandes difficultés dues aux invasions et passages des peuples nomades décrits par les auteurs antiques (Hérodote, Strabon, Pline le Jeune et Tacite) : les Scythes, peuple d'Asie centrale, les Sarmates, peuple caucasien (Tacite les décrit avec un dégoût non caché, en parlant de leur influence néfaste sur les Vénètes).

La découverte d'une tombe en 1886 au nord-est du « Bourg insulaire », contenant, à part les squelettes d'un prince, sa femme et son enfant, la bijouterie en or et argent, la vaisselle en bronze et verre coloré ainsi que les monnaies romaines et sarmates en forme de boucle et les objets provenant du Pont septentrional fit sensation. Les archéologues du Reich allemand y voyaient les preuves de la présence germanique dès cette époque et, sans hésitation, ils classèrent la famille du défunt prince parmi le peuple Vandale.

Invasions germaniques

Les invasions des peuples germaniques (Goths, Burgondes, Marcomans) marquent les débuts de notre ère. Ces tribus menaient une vie plutôt sédentaire et pacifique comme les Sarmates et seulement de rares et sporadiques migrations donnaient lieu à des attaques et des pillages des installations autochtones. La donne change à l'arrivée des Vandales provenant du Jütland septentrional (région de Vensyssel). Une fois installés dans les cours, inférieur de la Vistule et inférieur et moyen de l'Oder, leur séjour en Silésie est associé aux échanges intenses avec les Romains (les esclaves et l'ambre contre les objets en verre et les monnaies). En 406, sous pression de la vague migratoire les Vandales rejoignirent les Goths, Suèves et Alains et entreprirent une audacieuse invasion de l'Empire romain. Les invasions des Huns contribuèrent au dépeuplement de la région (cf. Procope).

Au milieu du Ier millénaire avant notre ère la liste des groupes culturels, tribus et peuples, qui habitaient le "Bourg insulaire" ou ses environs atteint le chiffre de 20 (peuple de la céramique à corde, peuples des cultures de Jordanów, de Unetice, de Lusace, de Bylany, celtique sans précision, de Vénètes, de Przeworsk, mais aussi celle des Scythes, Sarmates, Marcomans, Vandales, Goths, Huns, Gépides et Slaves indéterminés). À chaque étape les arrivants se confondaient avec les autochtones pour les remplacer à la fin. La question du peuplement de la Silésie a été l'objet des thèses et débats, souvent marqués idéologiquement par le nationalisme, entre les chercheurs allemands et polonais. Alors que les historiens du Reich allemand n'y voyaient que des peuples germaniques, goths et vandales, les autres peuples leur échappant, les historiens nationalistes polonais de l'école « autochtoniste » sont arrivés à la conclusion que la préhistorique culture de Lusace non seulement fut l’œuvre des "Proto slaves", mais aussi que leurs soi-disant représentants slaves étaient les seuls « autochtones » de la région. Les besoins politiques ont enfermé beaucoup de scientifiques dans ces positions qui ont imprégné la conscience nationale des deux voisins, jusqu'en 1945, ennemis séculaires. Les Tchèques pourraient aussi légitimer l'appartenance de la ville à la Bohême, d'autant plus facilement que la région fut déjà sous son influence à l'époque préhistorique (cf. les cultures archéologiques) jusqu'en 990 et ensuite à partir du XIVe jusqu'à la première moitié du XVIIIe siècle.

Les nomades slaves

Les premiers nomades slaves seraient arrivés dans le bassin de l'Oder au tournant du Ve et du VIe siècle de notre ère. Ils pénétraient cette région progressivement ainsi que le firent les peuples antérieurs. La présence plus tangible des « Croates blancs » est confirmée à partir de la première moitié du VIe siècle par les chroniqueurs arabes et l'empereur byzantin Constantin Porphyrogénète ainsi que par Alfred le Grand (la "Croatie blanche" s'étendait à cette époque sur les terrains nord-ouest des Carpates, de la Petite Pologne, de la Silésie et de la Bohême orientale).

Vers 635, l'empereur Héraclius invita les « Croates blancs » à entrer dans l'Empire afin qu'ils l'aidassent à chasser les Avares. Selon une des hypothèses ce seraient les Sarmates slavisés. L'espace abandonné par ces derniers fut occupé durant un siècle par 7 ou 8 tribus dont les noms se sont conservés en version latine ou slave dans la topographie locale. Les tribus silésiennes (Slężanie) subirent, peu de temps après leur installation, l'expansion du royaume de Grande-Moravie, christianisé par Cyrille et Méthode puis détruit par les invasions magyares. La mission constantinopolitaine, arrivée dans la capitale Nitra en 863, aurait envoyé un certain « Oslav » en Silésie alors que des princes slaves transcarpatiques y seraient venus afin d'être baptisés. Le successeur de l'État morave, la dynastie des Přemyslides de Bohême reçut finalement le baptême de Rome avant la victoire commune aux Champs de Lech (955) sur les Magyars, remportée par Otton Ier de Germanie et Boleslav le Cruel. La Silésie se trouva sous l'autorité tchèque.

La christianisation

Le plus ancien objet archéologique d'origine tchèque trouvé dans le "Bourg insulaire" est une monnaie avec l'inscription "Vratsao" datée du temps du prince Boleslav le Cruel et qui confirme l'autorité de Bohême sur la Silésie. Mais il est fort probable que la domination tchèque est antérieure de deux ou trois décennies et remonterait au prince Vratislav Ier (915-921) et son nom, dans sa version non écrite, constitue l'origine du nom contemporain du "Bourg insulaire". L'hégémonie tchèque dut prendre un aspect assez lâche mais ses conséquences politiques furent d'une lourde gravité : la diffusion des influences germaniques et le renforcement du christianisme dans la région. La christianisation des Slaves faisait entrer en compétition trois pôles, ceux de Byzance, de Rome et du jeune et dynamique Saint-Empire, consolidé par la dynastie saxonne. La Bohême hésita longtemps entre Constantinople et la latinité romaine mais après la chute de l'État de Grande-Moravie et l'assassinat de saint Venceslas en 929, l'influence allemande prit le dessus et ainsi fut créé un évêché à Prague dépendant de la métropole mayançaise.

En 950, Boleslav Ier dut reconnaître la suzeraineté de l'empereur germanique. La christianisation des Tchèques par les Allemands signifiait dans l'avenir la perte de l'indépendance. Le prince des Polanes, Mieszko, dut affronter le même problème. Son mariage avec la princesse tchèque Dobrava lui permit de se soustraire au margrave de la Ostmark, Wichman, et par ce biais au pesant pouvoir du Saint-Empire. Le chroniqueur allemand Diethmar de Merseburg ne le perçoit que comme un païen posé sur un piédestal. C'est d'ailleurs dans sa chronique que le "Bourg insulaire" fut mentionné pour la première fois à propos de Jean (Johannes Wrotizlaensis episcopus) à la tête d'un évêché, créé lors de la rencontre à Gniezno, entre le prince polonais Boleslav Ier le Vaillant (992-1025, fils de Mieszko Ier) et l'empereur Otton III, où ils consacrèrent les reliques du martyr tchèque Adalbert en l'an 1000.

Cette rencontre fut fondamentale car elle prenait acte de l'indépendance de la Pologne englobant à peu près les territoires d'aujourd'hui à l'exception de la Prusse orientale. Le prince reçut le titre royal et on créa d'autres évêchés en reconnaissant leur dépendance de la nouvelle métropole de Gniezno. L'évêché de Wrotizla y resta attaché jusqu'en 1821.

Dans le royaume de Pologne (990-1138)

Vers 990, la ville comme le reste de la Silésie, fut perdue par la couronne de Bohême, et passa sous la domination polonaise des Piast, (Mieszko Ier puis Boleslas Ier le Vaillant).

En l'an 1000, lors de leur rencontre à Gniezno, l'empereur Otton III et Boleslas Ier le Vaillant décidèrent d'y fonder un évêché. On érigea peu après la première cathédrale. Bien que Wrotizla/Wrocław existât depuis bien avant cette date - et considérant le manque d'informations précises sur sa création - c'est en l'an 2000 que fut célébré son millénaire. La ville partagea désormais l'histoire de la Silésie. Elle en était la principale ville marchande, ainsi que son plus grand centre administratif. Une longue période de chaos en Pologne suivit la mort de Boleslas Ier le Vaillant et des rébellions païennes éclatèrent en Silésie.

La ville connut une insurrection anti-chrétienne de quatre ans lorsque les Piast entrèrent en décadence et, aux environs de l'année 1038, Wrotizla/Wrocław tomba sous la domination du prince Bretislav Ier de Bohême. L'évêque de la ville fut alors contraint de fuir, et jusqu'à la restauration de l'évêché en 1051 il résida probablement à Smogorzewo près de Namysłów. De cette époque nous sont parvenus des restes d'un temple païen datant de 1030. Wrotizla/Wrocław ainsi que la Silésie passèrent à nouveau sous la domination polonaise en 1054 sous le règne de Casimir Ier le Restaurateur. L'empereur Henri V et ses alliés de Bohême décidèrent d'attaquer la Pologne en 1109 et furent arrêtés à la bataille de Psie Pole (aujourd'hui un arrondissement de Wrocław).

Le duché de Silésie (1138-1335)

La ville devint la résidence de Ladislas II le Banni en 1138, après le démembrement de la Pologne à la suite du testament du roi Boleslas III le Bouche-Torse, et la capitale du duché de Silésie. La construction du château princier sur la rive gauche de l'Oder, en face d'Ostrów Tumski (aux environs de l'actuelle niversité de Wrocław) et l'édification autour de celui-ci des premières habitations, ont été le point de départ du déplacement du centre-ville vers la rive gauche du fleuve. Ostrów Tumski est passé, au fil du temps, sous la possession de l'Église. Le dernier duc de Silésie à y résider de façon permanente fut Henri IV le Juste.

La ville dut être évacuée en 1241 à cause des invasions tataro-mongoles et fut incendiée par les envahisseurs. Elle se retrouva alors dans le Saint-Empire romain germanique, à la suite de l'hommage vassalique de Henri IV le Juste rendu, selon certains historiens, à Rodolphe Ier de Habsbourg. En 1261 la cité est refondée sur le droit de Magdebourg et est gérée par un conseil communal. La ville ayant reçu une forme d'autonomie conçut un plan en damier de rues et au centre, un nouveau marché et devint membre de la Ligue hanséatique. Tout en étant dirigée par des ducs issus de la dynastie polonaise des Piast pendant la plus grande partie du bas Moyen Âge la cité se repeupla majoritairement d'Allemands.

Le développement fut stimulé par de nouveaux privilèges. Par exemple Henri IV le Juste octroya à la ville le droit d'entrepôt en 1274 (c'est le privilège le plus ancien de ce type connu en Pologne). La dynastie des Piast s'étant éteinte en 1335 avec la mort d'Henri VI le Bon, le duché de Wrocław fut annexé par la couronne de Bohême.

Sous la couronne de Bohême (1335-1526)

Illustration de Wretslaw

La première mention de l'existence d'une horloge sur la tour de l'hôtel de ville date de 1362. La ville est dotée de son premier système de distribution des eaux en 1387.

L'année 1416 voit la fin de la construction de la cathédrale gothique. La ville connaît alors un essor important du commerce. De 1469 à 1490, Wretslaw ainsi que toute la Silésie fait partie de la couronne hongroise et la ville se retire de la Ligue hanséatique en 1474. Entre 1490 et 1513 elle mène une guerre douanière contre la Pologne et principalement la ville de Cracovie.

La première description de la ville est publiée en 1493 dans les chroniques de Hartmann Schedel.

Deux faits viennent éclairer l'importance des revenus puisés du commerce. En 1381, l'évêque de Wretslaw excommunie toute la ville en réponse à la saisie du chargement de barriques de bière destiné à un chanoine du chapitre de la cathédrale qui avait été ordonnée par le conseil des bourgmestres, considérant cela comme une atteinte à son monopole de vente. Même l'intervention sur place de Venceslas IV ne fait pas céder l'évêque. Le roi fâché autorise alors le saccage, par ses courtisans et les bourgeois de la ville, des maisons ecclésiastiques à Ostrów Tumski (« guerre de la bière », 1380-1382). Une insurrection des artisans de Neumarkt (Nowe Miasto) éclate en 1418 (elle prend naissance dans l'église Saint-Clément, église polonaise de la ville) contre la politique d'exploitation fiscale du conseil des bourgmestres (Stadtrat). L'hôtel de ville (Rathaus) est envahi par une foule menée par les bouchers et des membres du conseil des bourgmestres sont décapités ou défenestrés du haut de la tour. Venceslas IV rétablit le calme et vingt-sept meneurs de la rébellion sont exécutés.

En 1517 des pasteurs protestants vratislaviens comme le docteur Johann Hess (ancien collaborateur de l'évêque Jean Turzon, savant et humaniste), Georges Sauermann, Ambroise Moiban nouent des relations étroites avec Martin Luther. On imprime ses sermons et écrits dans la ville, pendant que le conseil des bourgmestres soutient les principes de la Réforme en limitant efficacement les revenus et l'influence des ecclésiastiques catholiques sur le territoire soumis à sa juridiction. Finalement, le luthéranisme parvient à s'installer dans cette population en majorité allemande. Breslau devient luthérienne sans grand bouleversements ni combats acharnés contre le clergé catholique, grâce à l'attitude du successeur de Jean Turzon, l'évêque Jacob Salza qui, cédant aux exigences du conseil, voulait préserver Ostrów Tumski (l'île de la Cathédrale). En 1523, le pasteur Johann Hess dirige le premier office protestant de la ville en l'église de la Madeleine.

En 1526, Louis II de Hongrie et de Bohême meurt à la bataille de Mohács, Wretslaw/Breslau et toute la Silésie passent aux mains des Habsbourg.

L'administration des Habsbourg (1526-1741)

Breslau dans la seconde moitié du XVIIe siècle

Les habitants de la ville, même si certains avaient des ancêtres polonais, utilisent désormais tous la langue allemande au début du XVIe siècle et se convertissent dans leur écrasante majorité également au protestantisme luthérien pendant la Réforme. La Contre-Réforme catholique menée par la couronne autrichienne appuyée par les jésuites, qui s'installent au collège Saint-Matthias, renverse la tendance par la suite.

Jusqu'au XVIe siècle, Presslaw/Wrocław ne possédait pas le privilège impérial de faire usage d'un blason propre. Le l'empereur Charles Quint et la chancellerie praguoise du roi de Bohême et de Hongrie Ferdinand Ier dressent l'acte héraldique qui institue le nouveau Blason de la ville, et le 10 juillet 1530, l'empereur Charles Quint confirme ce privilège.

La fin du siècle d'or est alors synonyme du commencement de la guerre de Trente Ans (de 1618 à 1648), qui bien qu'elle ne détruisît pas la ville directement, endommagea fortement ses environs. La ville se redresse lentement après les traités de Westphalie et voit l'extinction des dernières lois instaurées par les Piast en 1675. La monarchie des Habsbourg hérite pleinement de la ville et reconvertit la population au catholicisme. L'empereur Léopold II donne à la ville un collège jésuite (Academia Leopoldina) en 1702 : c'est le début de la fondation de l'université.

La mort de Charles VI et l'avènement sur le trône de sa fille, Marie-Thérèse ouvre la période des guerres de Silésie qui débute en 1740. En effet Frédéric le Grand, roi de Prusse envahit en décembre la Silésie avec une armée de 100 000 hommes. La paix signée en 1742 donne à la Prusse deux riches provinces (la Haute et la Basse-Silésie) ce qui lui permet de doubler pratiquement la population du royaume de Prusse. Deux autres guerres seront nécessaires pour l'acquisition définitive de la Silésie par la Prusse (1763).

De la Prusse à l'Allemagne (1741-1939)

Ville de Breslau et ses alentours (aujourd'hui quartiers de Wrocław) en 1900
Source : http://www.breslau-wroclaw.de http://www.breslau-wroclaw.de

Les guerres de Silésie (1740-1763) n'endommagent que faiblement la ville, mais son annexion par la Prusse signifie la perte de tous les privilèges acquis à l'époque. En contrepartie, Breslau reçoit le titre de ville royale, faisant d'elle (après Königsberg et Berlin) la troisième résidence royale, (all. Königliche und Residenziale Hauptstadt Breslau). La population est libérée du service militaire.

En 1806, François II, devant l'avancée de la Grande Armée de Napoléon dépose son titre impérial, ce qui dissout le Saint-Empire romain germanique. Le nom de la ville, orthographié « BRESLAW », figure sous l'Arc de triomphe de l'Étoile.

Entre 1806 et 1808 sur ordre des troupes napoléoniennes qui occupent la ville, on détruit le mur d'enceinte de la ville, ce qui fut un atout considérable pour son développement, auquel contribue également le retour des élections générales libres pour élire le conseil municipal en 1808. La fusion en 1811 du collège jésuite (Leopoldina) et de l'université protestante de Francfort-sur-l'Oder (Viadrina) transférée à Breslau donne naissance à l'université de Breslau qui comptait alors cinq facultés. (Universitas Litterarum Wratislaviensis). Frédéric-Guillaume III de Prusse y prononce un discours en 1813 resté fameux : « An Mein Volk » à mon peuple ») qui donne le signal pour rejoindre les troupes russes et combattre Napoléon. En 1821, le pape Pie VII soumet l'évêché de Breslau à la tutelle directe du Saint-Siège. Le XIXe siècle concrétise l'essor rapide de la ville et de son industrie : la mise en service en 1840 de la première ligne d'omnibus et deux ans plus tard de la ligne de chemin de fer Breslau - Ohlau (aujourd'hui Oława), rapidement prolongée vers la Haute-Silésie (Górny Śląsk), où elle est reliée à la ligne Vienne-Varsovie, en sont des exemples. En 1856, la ville se dote de la plus grande gare d'Allemagne, construite par l'architecte Wilhelm Grapow dans un style néo-gothique, très prisé à cette époque-là. Dix ans plus tard, le même conçoit une autre gare moins spectaculaire, mais très importante, car reliant la ville au nouveau bassin industriel du royaume, la Haute-Silésie, alors que la première gare datant de 1843 est reconstruite selon les plans de l'architecte Karl Lüdeck dans un style plus classique.

En 1871, Breslau devient la sixième ville de l'Allemagne unifiée en un nouvel Empire et un centre industriel de première importance ; sa population triple entre 1860 et 1910 pour atteindre le demi-million.

On y voit apparaître, de 1877 à 1910, les premiers tramways à traction animale.

L'année 1905 fut celle de la terrible inondation de l'Oder, ce qui a pour conséquence le début des travaux d'aménagement des canaux. En 1913, la ville célèbre le centenaire de la victoire sur les troupes napoléoniennes en inaugurant la Jahrhunderthalle (halle du Centenaire), dans laquelle se tient une exposition pangermanique. On construit également à cette occasion le Kaiserbrücke (pont de l'empereur, aujourd'hui pont Grunwaldzki (pont de Grunwald-Tannenberg).

Les années 1920 sont une période faste pour l'architecture moderne de Breslau. On construit entre autres les grands magasins de Petersdorf-Erich Mendelsohn (aujourd'hui DT Kameleon) ainsi que le Wertheim de H. Dernburg (aujourd'hui DT Renomma).

WUWA Breslau, 1929

Le diocèse de Breslau, soumis à l'autorité papale depuis 1821, est élevé au rang d'archidiocèse en 1929. En 1933, l'un des premiers camps de concentration nazis est implanté à proximité : le camp de concentration de Breslau-Dürrgoy.

Après la prise du pouvoir par les nazis, commence en 1934 une campagne de déslavisation qui consiste à remplacer les anciens noms de lieu ayant une connotation polonaise ou slave par des noms à consonance germanique. En 1938, le blason attribué à la ville par l'empereur Charles Quint fut de même échangé contre un autre dans un style plus germanique. Cette année-là la ville subit une nouvelle inondation.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

À la veille de l'invasion de la Pologne en 1939, les troupes de la Wehrmacht se concentrent en ville. Celle-ci traverse la majeure partie de la guerre sans subir de dégâts matériels notables (bombardements alliés) jusqu'en janvier 1945, à la différence des villes allemandes situées plus à l'Ouest.

1941-1944

Entre 1941 et 1944 la plupart des Juifs habitant la ville (environ 10 000) sont déportés et disparaissent dans les camps nazis (surtout Kowno, Theresienstadt et Auschwitz).

Le , la ville est élevée au rang de la Forteresse de Breslau (en allemand Festung Breslau) sur l'ordre de Hitler et son Festungskommandant, le général Johannes Krause arrive fin septembre 1944, alors que presque un million de personnes (habitants de la ville et réfugiés) y vivent. Les premiers réfugiés étaient des ouvriers allemands (200 000) évacués pour échapper aux bombardements alliés avec leurs usines (Breslau était protégée des aérodromes de Grande-Bretagne par la distance).

Puis arrivent les travailleurs forcés : 43 953 en 1943 et 51 548 en 1944, tchèques, polonais, ukrainiens, français, russes et juifs dont on taisait l'existence dans les brigades de travail des camps. Viennent ensuite les prisonniers de guerre : de 5 538 en 1941 à 9 876 en 1944, dont 2 857 Britanniques.

1945

Le Gauleiter Karl Hanke donne l'ordre d'évacuation fin janvier 1945. Il s'agissait d'évacuer plus des deux tiers des habitants. Un chaos total saisit la ville. Ce jour-là 60 000 femmes et enfants sortent de la ville par −20 °C en se joignant à la foule des 600 000 fugitifs silésiens. Les parcs de Breslau se transforment en cimetières. On évacue hommes, archives, écoles et objets de valeur vers le sud et l'ouest. Près de 90 000 civils périssent pendant cette évacuation. Les survivants remplissent les rues de Dresde peu de temps avant son bombardement par l'aviation alliée, le .

Selon la rumeur locale, un train transportant des biens, notamment juifs, pillés par les Allemands dans la ville de Breslau, aurait été abandonné dans un des nombreux tunnels de la région montagneuse de Basse-Silésie proche de la frontière allemande. Les entrées auraient ensuite été murées et leur emplacement oublié[1].

Breslau, où se trouvent encore 200 000 civils, est assiégée du 13 février au par l'armée du 1er front ukrainien, dirigée par le maréchal Koniev. Les combats intenses entre les deux forces ennemies réduisent en cendres des quartiers entiers de la ville et les défenseurs de la forteresse (des travailleurs forcés et des civils), doivent raser la moitié d'un quartier densément peuplé (aux environs de l'actuelle place de Grunwald), afin d'y construire un aérodrome de secours (cela a coûté la vie à 13 000 personnes). Du 15 février au 1er mai, la Luftwaffe maintient un pont aérien avec le reste du Reich, accomplissant pas moins de 2 000 vols et amenant dans la ville assiégée 1 638 tonnes de matériel ; le dernier vol est celui du Gauleiter Hanke fuyant la ville à la veille de la capitulation.

la villa Colonia, où fut signée la capitulation ()

Le nouveau chef de la forteresse, le général Niehoff, après des négociations avec le général Głuzdowski signe l'acte de capitulation de Breslau, le .

C'est la dernière ville-forteresse à tomber, quatre jours après la chute de Berlin) et deux jours avant la fin de la guerre en Europe. La défense aura duré quatre-vingts jours et aura retenu sept divisions de l'ennemi. Les conditions de la capitulation prévoient un traitement correct des troupes allemandes par les Russes. Le général Głuzdowski garantit des soins médicaux, le respect de la personne humaine ainsi que le rapatriement immédiat aussitôt la fin de la guerre proclamée. Aucun de ces engagements soviétiques n'est appliqué. La plupart des prisonniers de guerre sont envoyés dans des goulags, d'où la moitié ne reviendra jamais.

La renaissance de la ville

Notes et références

Voir aussi

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