Histoire de la Grande Maison
From Wikipedia, the free encyclopedia
Histoire de la Grande Maison est un roman de l’écrivain libanais de langue française Charif Majdalani, publié en 2005 aux éditions du Seuil. Il raconte, dans le Liban des 1880 à 1930, la fondation d’une maison et d’un domaine accompagné de l’ascension puis de la ruine de Wakim Nassar puis l’histoire de ses fils qui se maintiennent sur leurs terres avant d’être contraints à l’émigration.
Dans les années 1880, Wakim Nassar, fils ruiné d’un notable chrétien orthodoxe de Beyrouth fuit sa ville natale pour des raisons sur lesquelles les traditions et les légendes sont nombreuses et contradictoires. Il se réfugie à un kilomètre ou deux de son quartier natal, dans le village de fermiers de Ayn Chir où, après de vaines tentatives pour rentrer chez lui, il entreprend de planter extensivement des orangers sur une terre acquise auprès des communautés villageoises et après des combats contre les bédouins. La culture extensive de l’oranger est un fait nouveau au Liban, où domine encore la culture du mûrier et l’élevage du vers à soie. Les doutes et le scepticisme n’y font rien, Wakim Nassar s’obstine à développer ses plantations. Le succès arrivant, il s’ensuit la construction, aux péripéties diverses, d’une première maison puis d’une plus grande qui deviendra progressivement le lieu à partir duquel Wakim Nassar fonde sa puissance politique. Mais cette dernière ne s’accomplit qu’à l’issue d’une lutte avec les autres chefs de familles du clan Nassar. Wakim Nassar, qui a entretemps fondé une grande famille par son mariage avec Hélène, une jeune Maronite qu’il a enlevé à son père dans la Montagne, devient une figure importante de la vie politique et mondaine du Liban de la fin de l’Empire Ottoman. La tradition familiale des Nassar, à partir de quoi est construit le roman, attribue à Wakim l’invention de la clémentine à ce moment. Il se lie aussi d’amitié avec le Français Hercule Morel, qui fonde non loin de Ayn Chir une immense plantation d’Eucalyptus, arbre qu’il est le premier à introduire en Orient. Durant la première guerre mondiale, et fort de sa position, Wakim Nassar parvient à sauver et à cacher des réfractaires de l’armée ottomane, ce qui finit par lui valoir d’être arrêté et déporté avec sa femme et ses enfants mâles en Anatolie. De retour de cet exil à la fin de la guerre et au début du Mandat français, Wakim Nassar retrouve sa position sociale, mais son domaine est en piteux état. Il ne parvient pas à le redresser et meurt d’un mal qu’il avait atteint durant l’exil. Ses enfants tentent de poursuivre son travail de restauration avec l’aide leur mère. Mais ils se transforment eu à peu en simples hobereaux, perdant la position gagnée par leur père. La ruine s’accomplit à la suite des frasques de l’un des fils de Wakim, ce qui pousse les membres de la famille à partir l’un après l’autre pour l’émigration, en Amérique et en Égypte.
Thèmes principaux
Histoire de la grande maison raconte l’itinéraires social et politique d’un homme dans le Liban entre la période ottomane et le mandat français. Majdalani y décrit le processus de transformation d’une société, et notamment son passage d’une période historique à l’autre, avec les changements que cela produit à tous les niveaux de la vie des individus et des communautés. Le roman mêle aussi en permanence la grande histoire et la vie quotidienne sur un domaine, dans une maison et au sein d’une famille, avec son entourage (amis, clientèle politique, alliés et associés). Le roman peut apparaître aussi comme une histoire sociale du Liban moderne à ses origines, à travers notamment les transformations de ses paysages, par le passage de la culture du mûrier à celle de l’oranger et l’apparition de l’eucalyptus. Pour la critique, le roman mêle « récit de filiation » et saga familiale[1], et joue avec tous les ressorts de l'écriture épique[2],[3].
