Histoire de la famille
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L'histoire de la famille est une branche de l'histoire, généralement rattachée à l'histoire sociale, décrivant l'évolution des groupes de parenté à travers le monde depuis la préhistoire jusqu'à l'époque contemporaine. Si différentes formes de famille (en tant que plus petite unité sociale observable) ont été identifiées dans toutes les sociétés connues, qu'elles soient passées ou présentes, il n'existe pas de consensus sur une définition unique et universelle de la famille, si bien que la notion de parenté (qui décrit les relations d'alliance ou de filiation entre individus davantage que le groupe ainsi formé) est souvent employée à sa place ou en lien étroit. L'histoire de la famille est ainsi liée de près à d'autres sciences humaines et sociales, dont elle se distingue par les méthodes et le point de vue plus que par le champ d'étude: ethnologie, anthropologie, démographie, sociologie, paléontologie humaine et archéologie, ainsi que des croisements de ces disciplines (socio-histoire, démographie historique, anthropologie historique, par exemple).
L'histoire de la famille en tant que discipline constituée a émergé dans les pays occidentaux principalement à partir des années 1960, sur les fondements notamment de la géographie historique des droits coutumiers, de l'anthropologie ou de la démographie historique, renversant en Europe les présupposés évolutionnistes qui faisaient jusqu'alors de la famille restreinte (nucléaire) une forme spécifiquement occidentale et récente, issue de la révolution industrielle du XIXe siècle. Par la suite, ces travaux ont rejoint ceux d'historiens d'autres régions du monde ou se sont étendus à ces régions (Asie, Inde, Amérique latine, Océanie...), notamment sous l'influence des ethnologues et anthropologues, pour bâtir des théories sociales historiques à l'échelle planétaire. D'importants débats persistent néanmoins quant aux origines des différentes formes de famille observables dans le monde contemporain, particulièrement pour les régions et/ou époques sur lesquelles des sources écrites ne sont pas disponibles.
La très grande variété des formes familiales existant ou ayant existé dans le temps et l'espace rend difficile la définition de cette notion, et aucune définition unique et universelle ne fait consensus actuellement. Néanmoins de nombreux essais de définitions de la famille ont été avancés, sous des points de vue différents : comme unité résidentielle, comme unité de reproduction biologique, comme unité de production économique, comme lieu privilégié de l'éducation des enfants[1].
Claude Lévi-Strauss, dans le chapitre III intitulé La famille de son livre Le regard éloigné (1983), a proposé une définition, devenue depuis célèbre et souvent citée[réf. nécessaire] :
« Si l'universalité de la famille n'est pas une loi naturelle, comment expliquer qu'on la trouve presque partout? Pour avancer vers une solution, tentons de définir la famille [...] en construisant un modèle réduit aux quelques propriétés invariantes qu'un coup d’œil rapide nous a déjà permis de dégager [...]: 1) la famille prend son origine dans le mariage; 2) elle inclut le mari, la femme, les enfants nés de leur union, formant un noyau autour duquel d'autres parents peuvent éventuellement s'agréger; 3) les membres de la famille sont unis entre eux par: a. des liens juridiques; b. des droits et obligations de nature économique, religieuse ou autre; c.un réseau précis de droits et interdits sexuels, et un ensemble variable et diversifié de sentiments tels que l'amour, l'affection, le respect, la crainte, etc[2]. »
Historiographie
Dans les pays occidentaux, l'histoire de la famille a émergé comme champ universitaire constitué à partir dans les années 1960 principalement, au contact de la démographie, de la sociologie et de l'anthropologie, et sous l'influence notamment de la Nouvelle Histoire, en France et en Angleterre: la revue d'histoire sociale anglaise Past and Present, le groupe d'histoire sociale de l'Université de Cambridge (Cambridge Group for the History of Population and Social Structure) dirigé par Peter Laslett, l'École d'histoire des Annales en France et le courant d'anthropologie historique de la famille constituée en son sein et sous l'égide de l'EHESS par Emmanuel Le Roy Ladurie[3],[4],[5].
Ces différents courants ont remis au jour l'approche méthodologique holiste des descriptions de l'organisation de la famille par l'ingénieur et sociologue Frédéric Le Play au milieu du XIXe siècle, qui s'est particulièrement intéressé au système familial pyrénéen à transmission préciputaire (famille souche)[6] mais dont les travaux étaient tombés dans l'oubli au début du XXe siècle. Peter Laslett à Cambridge a été l'un des premiers à reprendre, à partir des recensements et des modalités de transmission du patrimoine[7],[8], le principe d'étude des systèmes familiaux décrit par Le Play, identifiant alors le système de la famille nucléaire (individualiste) largement prédominante en Angleterre[9]. En France, la méthode leplaysienne est reprise, après la séparation de ses continuateurs à la fin du XIXe siècle, d'abord par des historiens du droit travaillant sur le droit coutumier, comme Jean Yver dans son Essai de géographie coutumière[10], puis dans les années 1970 par un nombre croissant d'ethnologues et historiens de la famille au sein du courant naissant de l'anthropologie historique, qui s'inspire des méthodes de l'analyse structurale de la parenté chez Claude Lévi-Strauss[11].
Cette nouvelle histoire de la famille à partir des années 1960 a apporté de grands changements dans la perception de l'histoire de la famille occidentale, jusque-là perçue selon la tradition évolutionniste héritée du XIXe siècle qui faisait de la famille restreinte (nucléaire) une forme sociale issue de la révolution industrielle et de la dislocation des familles élargies censées avoir toujours existé auparavant. Les travaux de démographie historique et de droit coutumier ont démontré l'existence de formes nucléaires présente depuis le Moyen-Âge dans certains régions d'Europe septentrionale et occidentale (Angleterre notamment)[12]. Travaillant au début sur le ménage conjugal de façon statique (pris à un moment donné), ces historiens ont progressivement évolué vers une conception plus large de la famille incluant les réseaux de parenté, et vers une approche temporelle dynamique tenant compte des évolutions cycliques des structures familiales au long de la vie des individus[13].
L'œuvre de Jack Goody, et en particulier son livre L’Évolution de la famille et du mariage en Europe en 1985[14], ont constitué une étape importante de cette historiographie. L'auteur, un anthropologue (spécialiste de l'Afrique) devenu historien réputé des sociétés occidentales, y défend l'hypothèse que les formes familiales modernes ont commencé à apparaître vers le IVe siècle de notre ère lors de l'institutionnalisation de l’Église chrétienne à grande échelle en Méditerranée et en Europe.
A la même époque (1986), l'ouvrage collectif en trois tomes l'Histoire de la famille par le groupe d'anthropologie historique française de l'EHESS[15] a été salué pour le caractère inédit d'une telle synthèse abordant de nombreuses régions du monde[16].