Wikiwand AI

Histoire de ma vie (George Sand)

livre de George Sand From Wikipedia, the free encyclopedia

Histoire de ma vie est une autobiographie de George Sand publié en 1855. Écrit pendant sept ans, entre 1847 et 1854, cet ouvrage donne à lire un demi-siècle de l’existence de George Sand.

Langue
Date de parution
Faits en bref Langue, Auteur ...
Histoire de ma vie
Langue
Auteur
Genre
Date de parution
Pays
Fermer
Signature d'une lettre de George Sand, 1857.

Contexte

George Sand (1804-1876), se proclamait « fille d’un patricien et d’une bohémienne ». Cette double appartenance a façonné sa vie[1]. Elle a eu des amants célèbres (Aurélien de Sèze, Stéphane Ajasson de Grandsagne, Jules Sandeau, Alfred de Musset, Michel de Bourges, Chopin, Alexandre Monceau), et un mari pendant plusieurs années, Casimir Dudevant. Elle est devenue une « femme illustre et extraordinaire ». Elle a connu la notoriété de son vivant. Son premier roman, signé de son nom de plume, Indiana, paraît en 1832. Il est décrit comme « le plus beau roman de mœurs qu’on ait publié en France depuis vingt ans ». Elle a publié plus de 100 œuvres. Son œuvre romanesque est considérable ; l’ampleur et la diversité de ses écrits aussi : contes et nouvelles, pièces de théâtre, articles et critiques politiques, vingt-six volumes de correspondances, et des autobiographies (Journal intime en 1834, Sketches and hints en 1835 ; Entretiens journaliers avec le très docte et très habile docteur Pifföel, professeur de botanique et de psychologie, en 1837 ; Souvenirs de mars-, puis le Journal de novembre-).

Parmi les textes autobiographiques, Histoire de ma vie (1855) est un recueil épistolaire, organisé autour d’une volonté autobiographique. Il a été en partie rédigé pour des raisons financières, et correspond à une tendance de l’époque. George Sand, forte de sa notoriété, est la destinataire de nombreuses lettres. Les correspondances, dans cette première moitié du XIXe siècle, sont en vogue (Chateaubriand, Stendhal, Rousseau). Cela tient à l’alphabétisation progressive du peuple français.

George Sand a, dès 1835, peu après sa rupture avec Alfred de Musset, le projet d’écrire ses mémoires. Elle les commence en 1847, et les abandonne en 1848 ; elle les reprend et les achève en 1855. Il ne s’agit pas d’une autobiographie véritable. Les dates et la succession des faits n’y sont pas respectées. Histoire de ma vie est un témoignage, un document social, et une histoire familiale, en dix volumes.

On peut y lire des sujets très variés comme la Révolution française, Napoléon, la passion de l’auteur pour les oiseaux, sa vie à Nohant et à Paris, et la place des serviteurs dans son ménage.

Synopsis

Commencé en , Histoire de ma vie parut en feuilleton dans La Presse en 1854. L'ouvrage est découpé en cinq parties.

Histoire d’une famille de Fontenoy à Marengo s’étend sur l’histoire et l'amour de sa famille paternelle, sa grand-mère, puis sur celle de son père, nommé aide de camp du prince Murat et souvent absent. Sand retrace ce passé en s'appuyant sur ses lettres qu'elle remanie.

Dans Mes Premières Années (1800-1811), Sand raconte l’histoire de ses parents et ses débuts. Elle est née le , au 15 de la rue Meslée à Paris. Elle décrit son bonheur auprès de sa mère et son attachement passionné à elle. Elle relate son voyage en Espagne avec le prince Murat. Auguste, son frère, meurt à l'âge d'un mois, de la gale et de la chaleur d'Espagne. Une semaine après, son père meurt de mort accidentelle, à cheval, alors qu'il servait au 1er régiment de hussards. La famille plonge dans une grande mélancolie.

De l’enfance à la jeunesse (1810-1819) explique ses relations ambiguës avec sa grand-mère (Marie-Aurore de Saxe), à laquelle elle fut présentée lorsqu’elle avait huit ou neuf mois. Les conflits entre les deux femmes sont retranscrits. Après la mort de son mari, Sophie Victoire (mère de George Sand), ne voulait pas rester à Nohant, où Mme Dupin de Francueil (grand-mère de Sand) refusait de recevoir sa fille aînée, Caroline (demi-sœur d'Aurore). La grand-mère voulait garder et éduquer sa petite-fille. Le conflit dura plusieurs mois. Aurore, très attachée à sa mère, en fut déchirée. Mme Dupin de Francueil avait les moyens d’offrir à l’enfant une éducation et un avenir. Elle devint l’unique tutrice d’Aurore. Ce chapitre raconte également la vie de l’écrivaine à Nohant, avec Hyppolite (domestique à Nohant), son demi-frère (son père était Maurice Dupin, sa mère, Catherine Chatiron), et Deschartres, leur précepteur, qui leur donna une éducation peu orthodoxe. Aurore eut libre accès à sa bibliothèque. Elle étudiait la danse, le dessin et l'écriture. Sa grand-mère, femme des Lumières, se disait déiste et rejetait tous les dogmes et toutes les formes de religion. Ce chapitre explique son passage de trois ans dans un couvent, où elle apprit l'anglais et l'italien. Elle y revient le , alors qu'elle aurait pu y passer sa vie.

Du mysticisme à l’indépendance (1819-1832) rapporte ses années de couvent. Mme Dupin de Francueil, alarmée, décida de l'en retirer et de la ramener à Nohant. Aurore quitta le couvent au mois d’, elle allait avoir seize ans. La santé déclinante de sa grand-mère, sa mort l'affectèrent beaucoup. Est également relatée sa grande liberté grâce à l’héritage de Nohant, elle n'avait que 17 ans. Cette liberté choqua la bourgeoisie de l'époque. Sa mère la ramena à Paris, et leurs relations conflictuelles commencèrent. Cette femme, voyant sa fille désespérée, ne pouvant retourner au couvent, ne lui permit d'emmener que quelques livres. Elle la persécutait. Sand songe au suicide. Elle raconte son mariage. À 18 ans, lors d'un voyage d'une semaine, Aurore connut l'homme qui deviendra son mari, le seul capable de comprendre sa tristesse silencieuse, et resta à ses côtés cinq mois joyeux et amicaux. Casimir Dudevant demanda sa main. Après plusieurs ruptures, dues à la mère d'Aurore, le mariage eut lieu le . Au fil du temps, leur affection diminua. À 20 ans, elle s'occupe de son fils, et vit un mariage mélancolique. Découvrant le goût de George Sand pour les amusements, son mari devient agressif. La rencontre d'Aurelien de Sèze, son premier amant, lui fit reprendre goût à la vie. Une fille, Solange, est née dans un couple désuni (le père est peut-être Stéphane Ajasson de Grandsagne). Casimir se réfugia dans la boisson. Ils firent chambre à part, puis décidèrent d'un contrat d’indépendance, et elle partit pour Paris. Elle mena la vie d'une femme libre, chose difficile en 1825, et eut des amants célèbres : Jules Sandeau, Alfred de Musset, Michel de Bourges, Frédéric Chopin - avec qui elle resta 8 ans - et Alexandre Manceau.

Enfin, Vie littéraire et intime rend compte de la vie d’écrivaine de George Sand. Cette partie est un condensé de sa vie littéraire. Elle trouve l'inspiration aux côtés de Balzac - avec lequel elle prend son nom de plume, « George Sand ». Elle commence à publier de nombreuses œuvres, où elle exprima toutes ses passions. Elle fait quelques beaux portraits. Elle est sollicitée, célèbre et admirée avec Indiana, en 1832. Elle commença une vie amoureuse faite de brèves et nombreuses histoires. Après la passion Musset, elle se sépara réellement de son mari. Elle vécut avec Chopin une passion qui dura neuf ans. De nombreux conflits avec ses enfants la firent s'éloigner de l'homme qu'elle ne cessera jamais d'aimer, Alexandre Manceau.

Parmi tous ces rappels de moments passionnés, elle s'interroge sur le devenir de la société, le rôle de la religion, la condition des femmes. Histoire de ma vie reste l'œuvre d'une femme dans une société où les nouvelles idéologies sont vite rejetées.

La narration d’ensemble de cette œuvre démontre une organisation précise et linéaire. Elle rend compte, avec agilité, de l’évolution de l’auteure, des générations passés jusqu'à la sienne. Ce fut cause d’étonnement pour le public à la parution.

Un rassemblement de générations

« Histoire de ma vie… avant ma naissance » : cette citation d’Armand de Pontmartin résume l’étonnement des lecteurs à la parution d’Histoire de ma vie. La place accordée aux correspondances de famille fut jugée excessive. Elle occupe toute la première partie et dix chapitres de la seconde (528 pages). Le caractère du « pacte autobiographique » de George Sand emprunte certains effets à Rousseau. Sa démarche consiste à joindre le récit de sa vie à celui du destin de sa génération : « Toutes les existences sont solidaires les unes des autres, et tout être humain qui présenterait la sienne isolément, sans la rattacher à celle de ses semblables, n’offrirait qu’une énigme à débrouiller. », p. 107. Elle met en place une stratégie pour permettre aux lecteurs de lier sa vie décrite ici avec celle des générations passées. Elle invite le lecteur à s’identifier à l’autobiographe au nom de la solidarité universelle : « Échappez à l’oubli, vous tous qui avez en l’esprit autre chose que la notion bornée du présent isolé. Ecrivez votre histoire, vous tous qui avez compris votre vie et sondé votre cœur ». Elle use d’une narration historique (transcription de lettres datées) dans laquelle elle s’érige en héroïne. Cette seconde tâche est importante dans la partie épistolaire d’Histoire de ma vie, consacrée à retracer l’histoire de son père et de sa famille (titre de la première partie : Histoire d’une famille de Fontenoy à Marengo). L’auteur insiste sur la solidarité des expériences, plus particulièrement entre parents et enfants : « J’affirme que je ne pourrais pas raconter ma vie sans avoir raconté et fait comprendre celle de mes parents. ».

Un « je » sandien

Dans Les Confessions de Rousseau, le « je » détient une identité héroïque. Dès le préambule, il caractérise la transparence de l’autobiographe. Rien de semblable dans Histoire de ma vie : le « je » (différent du « moi » qui représente Aurore Dupin) n’a pas d’identité. Il n’existe pas seul. Il détient uniquement le statut de régisseur de l’énonciation. Ce « je » n’a pour seule identité que d’être lui-même, c’est-à-dire l’instance de l’écriture, ce qui est évidemment différent de l’énonciation rousseauiste. Ainsi, cette œuvre lance un débat philosophique et poétique avec Rousseau, sur les moyens et les fins de l’autobiographie. L’œuvre de George Sand démontre sa volonté de centrer l’énonciation sur le « je », et non pas sur le « moi » (Aurore Dupin). George Sand démontre comment elle est devenue elle-même, en prenant une position antérieure, donc différente de celle qu’elle est lorsqu’elle écrit. On peut alors se demander qui est ce « je » qui dit « je » ?

Une écriture féminine atypique

George Sand, bénéficiaire d’une éducation et d’une enfance atypiques, ne s’est pas laissée enfermer dans une féminité de convention. Les titres (Mes Premières Années, De l’enfance à la jeunesse), semblent reprendre des découpages attendus. Sand, née en 1804, va faire intervenir sa naissance à la fin du chapitre VII. Elle manifeste une conception nouvelle du sujet individuel : son histoire commence bien avant sa naissance.

Auteur féminin, elle nous montre une transparence de la notion de première injustice de Rousseau, lors de l’enfance : « On nous apprenait aussi des prières. Je me souviens que je les récitais sans broncher d’un bout à l’autre, et sans rien y comprendre, excepté les mots qu’on nous faisait dire quand nous avions la tête sur le même oreiller : Mon dieu, je vous donne mon cœur. ». Ainnsi, les premières bêtises arrivent, la montrant comme le diable du couvent. Histoire de ma vie renouvelle la vision de l’enfance. Sa position de femme lui permet de se mettre en retrait par rapport aux modèles masculins, et montrer son intérêt envers la petite enfance. Mais c'est aussi une barrière pour les lecteurs masculins. Histoire de ma vie est une autobiographie qui s’éloigne du modèle rousseauiste des Confessions, qui faisait référence.

Histoire de ma vie peut être lu comme un « documentaire de faits historiques et familiaux ». Il est doté d’une énonciation particulière, objet d’un débat actif. George Sand est la première autobiographe féminine à écrire, tout en mettant en avant l’enfance. Elle précède Nathalie Sarraute (Enfance), Colette… et d’autres qui prendront exemple.

Édition française

  • George Sand, Histoire de ma vie, t. I à XX, Paris, V. Lecou, 1854-1855 (lire en ligne)
  • George Sand - Histoire de ma vie, édition pour l'Allemagne de Wolfgang Gerhard en 13 tomes, Leipzig, 1855. Mise en volumes du texte paru dans La Presse, avec censure de ce qui ne pouvait pas être publié en Saxe. [Lire en ligne sur Wikisource]
  • George Sand - Histoire de ma vie, édition Calmann-Lévy des Oeuvres complètes, 4 volumes, 1879. [Lire en ligne sur Wikisource].
  • George Sand - Histoire de ma vie, Édition de Martine Reid, texte intégral, Collection Quarto, Gallimard, parution : 22-04-2004, 1664 pages, 104 ill. (ISBN 9782070728848).
  • George Sand, Histoire de ma vie (extraits), Paris, Le Livre de Poche, coll. « Classique de poche », , 863 p. (EAN 9782253161165).
  • George Sand, Histoire de ma vie (extraits), Jean de Bonnot, , 468 p.

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks