Histoire des Francs
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| Histoire des Francs | |
Grégoire de Tours, Histoire des Francs, livres 1 à 6, page de frontispice. Luxeuil ou Corbie, fin du VIIe siècle. BnF, Manuscrits, Latin 17655 fol. 2. | |
| Auteur | Grégoire de Tours |
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| Pays | |
| Genre | Histoire |
| Date de parution | VIe siècle |
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L'Histoire des Francs est un ouvrage historique de Grégoire de Tours (538-594), évêque de Tours à partir de 573, sous le règne des rois francs mérovingiens successeurs de Clovis.
Le titre originel de cet ouvrage écrit en latin est Decem libri historiarum (« Dix livres d’histoire »), mais par la suite il a été couramment nommé Historia ecclesiastica Francorum (« Histoire ecclésiastique des Francs ») ou même Historia Francorum.
Il s'agit d'une histoire universelle du monde et de l'Église catholique écrite dans une perspective eschatologique. Grégoire commence son récit avec la création du monde par Dieu et le poursuit jusqu'à l'année 572. La moitié de l'ouvrage est cependant consacrée à l'histoire des rois mérovingiens.
Aux dix livres d'histoire s'ajoutent un ensemble de vies de saints de Gaule, composées par Grégoire de 574 à sa mort et réunies sous le titre de Livre(s) des miracles.
L’Histoire des Francs a été poursuivie au cours des siècles suivants par des auteurs restés inconnus, nommés conventionnellement « Frédégaire » et « le Pseudo-Frédégaire ».
L'Histoire des Francs a aussi inspiré des chroniqueurs ultérieurs, notamment Bède le Vénérable dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais (Historia ecclesiastica gentis Anglorum). C'est peut-être à cause du livre de Bède, un des plus populaires en Europe au cours du Moyen Âge, que celui de Grégoire a reçu en retour l'appellation d'Histoire ecclésiastique des Francs.
Place importante de l'histoire des Mérovingiens
Le récit de Grégoire de Tours donne une grande place à la Gaule à l'époque mérovingienne, qu'il connaît mieux que le reste du monde : cinq des dix livres, ainsi que le Livre des miracles, concernent l'époque où il vit. L'auteur en donne une image plutôt sombre, mettant l'accent sur les conséquences désastreuses du comportement de certains rois, par opposition au comportement de leurs aïeux chrétiens, à commencer par Clovis.
C'est pour cette raison que l'œuvre a pu être ultérieurement rebaptisée Histoire des Francs (Historia Francorum) ou Geste des Francs (Gesta Francorum) ou plus simplement Chroniques (Chronicae). Elle fait de Grégoire de Tours le père d'une « histoire nationale » des Francs, le principal historien des rois mérovingiens et la source majeure dont nous disposons sur leurs règnes. C'est notamment à travers l'Histoire des Francs que nous sont parvenus les récits de l'affaire du vase de Soissons et du baptême de Clovis.
La langue utilisée par Grégoire : un latin souvent familier
L'œuvre de cet éducateur était destinée au peuple chrétien de son époque, afin d'améliorer sa connaissance de l'histoire au regard de la conversion d'un peuple encore païen, les Francs, à la foi chrétienne, notamment celle de Clovis.
C'est la raison pour laquelle Grégoire écrit non pas en latin classique, mais dans un latin mi-littéraire et mi-parlé[1]. Erich Auerbach écrit que « la langue vernaculaire fait partout et indubitablement sentir sa présence dans cette œuvre »[2]. Dans cette optique, Grégoire de Tours cite un grand nombre de dialogues, de discours, de discussions (cette caractéristique est rendue visible dans la numérisation de François-Dominique Fournier, où les conversations sont indiquées en bleu).
Valeur de Grégoire de Tours en tant qu'historien
À l'exception du début du Livre I, Grégoire de Tours utilise principalement un certain nombre de matériaux écrits. Donc, il pouvait profiter des archives ecclésiastiques au regard des histoires des églises alors que sa connaissance par rapport aux guerres n'était pas suffisante, faute de documents[3]. Ainsi, concernant la vie de Clovis, il bénéficiait d'une biographie de saint Remi de Reims, écrite peu de temps après la mort de ce saint et meilleure que celle qui remplaça cette écriture sous le nom de l'évêque Venance Fortunat, mais sans valeur historique[4],[3]. De plus, lorsque l'œuvre fut écrite, il pouvait profiter des témoins encore vivants, notamment ceux de l'ancienne reine Clotilde qui avait demeuré dans la ville de Tours, de laquelle Grégoire était évêque, plus précisément dans l'abbaye Saint-Martin[1].
Étant donné que la mentalité au VIe siècle était différente de celle de nos jours, il faut certes que soient scientifiquement vérifiés tous les renseignements dans cette œuvre. De plus, son édition doit être critique. À savoir, encore faut-il une ou des conditions suffisantes. Nonobstant, il s'agit de meilleurs documents ou témoignages de l'époque, grâce à « son esprit de recherche, une connaissance approfondie de la Gaule du VIe siècle »[3] ainsi qu'à sa haute fonction publique et à celle de sa famille. Par exemple, le roi de Bourgogne Gontran conservait son amitié avec cet auteur[5].
Dans son livre Clovis (1896), Godefroid Kurth écrit : « L'Histoire des Francs de Grégoire de Tours est de loin le plus important de tous les documents historiques relatifs à Clovis. À elle seule, elle dépasse en importance et en intérêt tous les autres réunis. Si nous ne la possédions pas, c'est à peine si nous saurions de ce roi autre chose que son existence, et çà et là un trait curieux. Sans elle, ce livre n'aurait pu être écrit. Il est indispensable de connaître la valeur d'un témoignage si précieux »[3]. Donc, il s'agit de l'une des meilleures sources du haut Moyen Âge qui nous donne de nombreuses conditions nécessaires. Cependant, si l'historien Otto Gerhard Oexle (de) voit en Grégoire un chroniqueur consciencieux, il considère que sa volonté de produire des récits qui démontrent et confirment la foi chrétienne, rend son œuvre « objectivement fausse »[6].
Selon Rémi Brague, spécialiste de la pensée chrétienne médiévale (Université Paris I - Sorbonne), cette œuvre est l'une des plus difficiles qui soient à analyser par les étudiants débutants, car l'enchevêtrement de données historiques, métahistoriques, religieuses et personnelles rend l'usage d'un esprit historique critique absolument nécessaire, et donc requiert une formation d'Histoire et d'Archives importante.
Résumé des dix livres
- Livre I : résumé de l'histoire ancienne et universelle du monde, et jusqu'au décès de Saint Martin de Tours en 397[a 1]
- Livre II : dès 397 jusqu'au trépas de Clovis Ier en 511[a 2]
- Livre III : dès 511 jusqu'au décès de Thibert Ier en 547[a 2]
- Livre IV : dès 547 jusqu'au trépas de Sigebert Ier en 575[a 2]
- Livre V : à partir de 575 jusqu'en 580, soit les cinq premières années du règne de Childebert II[a 2]
- Livre VI : dès 580 jusqu'au décès de Chilpéric Ier en 584[a 2]
- Livre VII : année 585[a 2]
- Livre VIII : dès , voyage de Gontran, jusqu'au trépas de Léovigild en 586[a 2]
- Livre IX : à partir de 587 jusqu'en 589[a 2]
- Livre X : jusqu'au mois d', soit au trépas de l'abbé limousin saint Yrieix[a 2] ; liste des évêques de Tours (à partir du Ier jusqu'au XIXe, à savoir saint Grégoire)[7]
Les manuscrits encore existants
Il existe aujourd'hui trois manuscrits de cet ouvrage.
Manuscrit de la bibliothèque nationale de France
- Bibliothèque nationale de France, manuscrit latin 17655, Gregorius Turonensis episcopus, Historia Francorum
- Manuscrit achevé à la fin du VIIe siècle, vraisemblablement à l'abbaye de Luxeuil ou à Saint-Pierre de Corbie. Au IXe siècle, il était conservé à cette dernière. En 1756, la Bibliothèque du roi accueillit ce manuscrit [lire en ligne (fac-similé)]
Manuscrit de la bibliothèque de Cambrai
- Bibliothèque municipale de Cambrai, manuscrit 624
- Ce manuscrit fut découvert, par Dom Bouquet, dans une église de Cambrai. Il s'agit de dix tomes dont six livres avaient été écrits en grandes lettres romaines onciales. Les quatre derniers sont moins anciens[8].
Manuscrit de la bibliothèque royale de Belgique
- Bibliothèque royale de Belgique, manuscrit 9403
- Manuscrit mutilé, au cours du chapitre 29 du livre X ; copié en minuscule caroline dans la seconde moitié du VIIIe siècle[9] [lire en ligne]