Histoire du textile à Laval
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L'histoire du textile à Laval s’étend de l'époque gallo-romaine à nos jours.
La ville, dans le département de Mayenne en France, se développe autour du château des ducs de Laval, principalement grâce à l'industrie textile, les toiles de lin de Laval sont exportées dans toute l'Europe et même vers l'Amérique aux XVe et XVIe siècles. À tel point qu'au XVIe siècle, le comte de Laval, Guy XIX de Laval, a conféré le monopole de la production, de la vente et de l'exportation du textile aux Lavallois. La Révolution française et l'Empire porteront un coup fatal à cette réussite. Cette industrie ne verra son déclin arriver qu'au début de la révolution industrielle au XIXe siècle avec la mécanisation des métiers à tisser. Plusieurs des dernières usines textiles de Laval ont fermé ses portes au début des années 2000.
Les débuts de la toile
Dès la période gallo-romaine, on utilisait le lin et le chanvre. Et c'est à partir du XIIe siècle que l'on s'est mis à l'exploiter dans le secteur du textile en Mayenne. L'activité est devenue la principale source de revenus de Laval et de la Mayenne.
Le Clerc du Flecheray indique[1] qu'à une époque reculée, les Lavallois se livraient à la fabrication de serges et autres étoffes de laine[2]. Cette branche d'industrie devait même avoir une grande importance[3]. Cette manufacture perdit beaucoup de sa valeur par l'introduction des fabriques de toiles, dans les dernières années du XIIIe siècle et le commencement du XIVe siècle.
La tradition indique que Béatrix de Gavre, épouse de Guy IX de Laval, Comte de Laval, fait venir du Comté de Flandre des ouvriers tisserands[4] qu'elle fixa à Laval. Le titre de sire de Gavre[5] était réservé selon la coutume familiale à l'héritier présomptif du chef de la Maison de Laval. Les ouvriers flamands enseignent le secret du blanchissage. Ce transfert de technologie serait l’origine du développement de la culture du lin et du textile en Mayenne.
L'industrie de la toile de lin est probablement très ancienne, et faussement attribuée à cette tradition.
On trouve au XVe siècle le personnage de Jean Courte : Il s'était adonné au commerce maritime et avait dans sa jeunesse fait de longs voyages sur mer, d'où il avait rapporté de grandes richesses. Guy XIV de Laval l'avait envoyé en Hollande pour y étudier l'industrie de la culture des lins et du tissage de la toile. Il avait amené avec lui des ouvriers tisserands et introduisit ainsi de grandes améliorations dans la fabrique de Laval. Il rejoint à la fin de sa vie le Couvent des Jacobins de Laval, peu après sa création.
Ceux-ci introduisirent ou perfectionnèrent la technique du tissage de la toile. Elle apprit aux habitants à cultiver et à travailler le lin qui croissait spontanément dans la région. Laval ne tarda pas à rivaliser avec les villes les plus commerçantes. Sa renommée fut bientôt rendue fameuse par la qualité de ses toiles. Les marais qui entouraient la ville cédèrent la place à cette nouvelle industrie. Pour loger ouvriers et marchands, de grands faubourgs se construisirent. Les bords de la Mayenne se couvrirent de blanchisseries. L'art textile représentait déjà l'activité principale de l'économie locale.
Développement après la Guerre de Cent Ans
Le comté de Laval, si souvent le théâtre des guerres que la France avait soutenues contre les Anglais, jouissait de la paix. Peu à peu, les gentilshommes, qui avaient pendant les guerres habité l'intérieur de la ville, le quittent pour retourner à leurs châteaux. Les bourgeois abandonnent leurs anciennes demeures du Bourg-Hersent et du Marchis et viennent bâtir au-dedans des murs.
Les habitants de Laval mettent ce temps à profit. Le commerce devient pour eux une source de richesses[a 1].
Le travail de la toile
« D'aucuns ont trouve où D'employer de moult grands deniers En jardins, terres et vergers Qu'ilz out convertiz en bon prez Ainsi quo present les voyez, Esquelz ont faict grox edifices Qui a eulx si sont moult propices Auparavant d'iceulx toiliers Laval est garnie de drappiers.... ».
Le travail de la toile était en partie substitué à la fabrication des draps. Cette branche de l'industrie primitive fut rejetée à un rang très-secondaire par une invention nouvelle, dont tirèrent de grands bénéfices les commerçants qui l'exploitèrent les premiers. Quelques marchands lavallois trouvèrent le secret de donner une éclatante blancheur aux toiles qui jusque-là s'étaient vendues écrues.
D'après Charles Maucourt de Bourjolly, les plus anciennes des blanchisseries furent établies dans les prairies de Botz[6], et elles remonteraient, suivant cet auteur, à l'annee 1484. Il est quasiment certain que leur existence est bien antérieure. À cette époque, elles étaient en pleine activité et leurs proprietaires avaient déjà acquis des grandes richesses.
Bientôt des jardins et des vergers voisins de la rivière furent achetés à grand prix pour en créer de nouvelles. Il y en eut tout le long de la rive gauche de la Mayenne. Il est raconté que le comte de Laval avait donné[7] pour cet objet les terrains qui se trouvaient en face des fenêtres[8] de son château. D'autres se placèrent près de Penlivard et de Chanteloup.
Botz
La plus considérable blanchisserie était à la Maillarderie, qui appartenait alors à la paroisse de Changé. On en comptait cinq autres qui ont subsisté, au moins jusqu'au[9] milieu du XVIIIe siècle. C'étaient les suivantes : les blanchisseries de la Loge des Champs, du Pin-Gelé, de la Grange, nommée plus tard le Grand-Dôme, de la Peslardière et du Petit-Dôme[10].
Un de ces gros négociants était un membre de la famille Duchemin, l'une des plus considérables à cette époque et qui, avec le temps, acquit d'immenses richesses.
Rive gauche de la Mayenne
Les principales lavanderies[12] situées sur la rive gauche de la Mayenne et sur la paroisse de Saint-Vénérand, avec le nom de leurs proprietaires étaient:
- 1. la lavanderie de la Chafesnerie, à Jean de la Porte et à Paul Pelisson;
- 2. celle du pre Mangeotin, à Paul Pelisson et à Perrine, sa femme;
- 3. la lavanderie de la Guérinière, situee à la Crossardiere et aux environs de la rue de Botz, à Paul Pelisson, Michel Piau et Francois Hamard;
- 4. les lavanderies Huttin, à Paul Pelisson ;
- 5. la lavanderie de la Barberie, pres le Pont-de-Mayenne, à la famille Duchemin ;
- 6. la lavanderie de la Place, près la croix Laisix, le pré au Cornu et le pré au Lièvre, à Pierre Duchemin, sieur de la Babiniere;
- 7. les lavanderies de la Bourdonniere[13] et du pré Bigot, appartenant à Jacques Hoisnard, du chef de sa femme Antoinette Duchemin.
Développement du commerce
Le faubourg du pont de Mayenne se peuplait de négociants attirés par la qualité des eaux de la rivière propres au blanchiment de la toile. Ce quartier, devenu un des plus populeux de la ville, n'était, dans ce temps, que vastes prairies portant le nom de Fief du pont de Mayenne, et qu'un seigneur de Laval avait acquises par échange. Le commerce y déployait ses richesses par une industrie apportée dans le passé et devenue si profitable.
Des traites de commerce existaient à cette époque entre les ducs de Bretagne et l'Espagne. Une association d'amitié et d'intérêt avait eu lieu entre les négociants de Nantes et ceux de Bilbao. Charles VIII, étant à Nantes, la confirma en 1494. Les Espagnols pour les relations de commerce, ne se bornaient plus à venir à Nantes traiter avec les correspondants des marchands de Laval; ils remontaient jusqu'à Laval pour y faire leurs achats[a 2].
Le faubourg du Pont-de-Mayenne s'était successivement accru sur la rive gauche de la Mayenne; de nombreux hôtels, établis par de riches négociants, l'embellissaient : il était devenu une partie notable de la ville. Sa seule église paroissiale n'était encore que celle du prieuré de Saint-Melaine, qui restait isolée dans la campagne, loin du centre d'habitation que l'industrie réunissait.
Aspects religieux
C'est en 1485 que le comte de Gavre, frappé des inconvénients qui résultaient pour les habitants du Pont-de-Mayenne de l'éloignement de leur église de Saint-Melaine, les engagea à aviser aux moyens d'élever une église plus rapprochée des bords de la Mayenne, partant plus facilement accessible à ses nombreux paroissiens. L'église de l'antique prieuré de Saint-Melaine servait d'église romanes. Elle devenait trop éloignée du nouveau centre de population[14] ; elle était remplacée par un nouvel édifice religieux, qui sera l'église Saint-Vénérand de Laval.
En 1499, l'église de Saint-Vénérand s'achevait peu à peu. Les marchands du Pont-de-Mayenne qu'enrichissait le commerce avec l'Espagne et qui se trouvaient maintenant trop heureux
- D'éviter la paine
- D'aller jusques à Sainct-Melaine
et rivalisaient de zèle pour orner leur nouvelle église paroissiale d'autels, de chapelles, de vitraux.
Fortunes
« Car les bourgeoys et les marchants Se sont retirés sur les champs Où ils ont faict grox édifices Et maisons à eulx moult propices, Où vivent de leurs revenus, Sans qu'à la ville soient tenus Plus eulx tenir en nulle saison, Fors au sabmedy, pour raison De leur grande toyllerie, Et aussi, que je ne l'oublie, Pour avoir du poisson de mer, (1519) ».
La fortune a favorisé les travaux des habitants. Un commerce prospère les a enrichis. Ils achètent des terres et y font construire des habitations. Chaque semaine, le négociant va à ses champs, et revient le samedi à la ville, veiller aux affaires de son commerce qu'il a laissé pendant son absence à un serviteur fidèle. Guillaume Le Doyen, laissant aussi soupçonner que les bourgeois lavallois de n'être pas ennemis de la bonne chère, et ajoute que d'autres soins les rappellent encore à la ville ; c'est pour y trouver, dit-il du poisson de mer sur leur table. Le luxe augmenta en proportion de l'aisance générale. Il n'y avait néanmoins ni chapeliers, ni chaussetiers[a 3].
Guy XIX de Laval, en 1571, effectue un règlement sur le commerce en gros et le blanchissage; il l'augmente en 1580. Pendant que le règlement est en vigueur, les productions du pays sont recherchées et s'écoulent avantageusement ; quand ils tombent en désuétude, l'acheteur défiant ou trompé s'en va se fournir ailleurs. Les commerçants adoptent donc facilement ces règles, sur l'établissement desquelles d'ordinaire on les consultent.
La navigation et le commerce
L'industrie de la toile de lin se développe considérablement au XVe siècle et surtout au XVIe siècle : on voit les toiles locales vendues sur diverses places de France, exportés par Saint-Malo vers l'Espagne, le Portugal, la Barbarie, la Guinée, et les Indes Orientales et Occidentales.
Saint-Malo
Les Lavallois participent dès le début aux voyages effectués par les Malouins vers les Colonies espagnoles, et les mers du Sud. Les inventaires après décès en donnent témoignage : des kilomètres de toile, des dentelles, des chapeaux de castor qui se vendent très bien au Pérou, des linceuls, des chemises, des chaussettes, des perruques, ils ont envoyé de tout et amassé des piastres, des barres et des pignes d'argent. Suivant les fortunes de mer, les Lavallois réalisent ou non de beaux profits. René Duchemin, prêtre de Saint-Vénérand s'en fait l'écho dans sa chronique. On a par ailleurs des témoignages de retours extraordinaires qui ne sont pas étrangers aux fortunes établies en un temps record par certains Malouins.
L'abbé Angot a par quelques extraits de correspondance, les relations et les associations d'intérêt qui existaient, au point de vue commercial, entre les négociants lavallois et les armateurs malouins. Au moyen de fragiles constructions que la moindre tempête pouvait livrer aux périls de la mer, ils ont été à la découverte de pays méconnus pour entrer en relations commerciales avec leurs habitants.
Participation
Au XVIe siècle et surtout au XVIIe siècle, des Lavallois ont entrepris de lointains voyages. Pendant des mois, voire des années, ils ont affronté les mers qui constituaient alors un périlleux obstacle entre les continents.
Les efforts tentés par les Lavallois pour trouver des débouchés à l'industrie locale, ne se bornaient pas à des opérations où l'argent et la marchandise seuls couraient des risques. Souvent ils partaient eux-mêmes pour les colonies, ou y envoyaient leurs enfants, sans craindre ni les corsaires anglais, ni les dangers plus redoutables de climats meurtriers. Les uns réussissaient, les autres, plus nombreux peut-être, échouaient dans leurs entreprises, faute de secours ou emportés rapidement par la fièvre. On peut citer Daniel Le Hirbec a également entrepris une lointaine expédition vers le milieu du XVIIe siècle, ou encore Pierre-Marie Perier de la Bizardière au XVIIIe siècle.
Compagnie française des mers orientales
En 1601, la Compagnie des marchands de Saint-Malo, Laval et Vitré qui rêve des Moluques arme deux navires, le Corbin[15] et le Croissant[16] pour sonder le guay et chercher le chemin des Indes. L'objectif de cette mission était de sonder le gué, chercher un chemin des Indes et le montrer aux Français.
Marchand originaire de Laval, François Pyrard, non moins désireux de voir et d'apprendre que d'acquérir du bien, embarque à Saint-Malo le à bord du Corbin. François Martin, originaire de Vitré, embarque lui à bord du Croissant, et sera aussi à l'origine de la relation de son voyage.
Expansion de la fin du XVIe siècle et première moitié du XVIIe siècle
Troubles
Une épidémie régna à Laval, paralysant le commerce de 1606 à 1609. Des troubles ralentissent l'essor économique en fin de XVIe siècle et au début du XVIIe siècle : séquelles des guerres de Religion, sursauts de la noblesse contre un absolutisme de plus en plus pesant.
Malgré les calamités (peste, dysentrie...) et les troubles, l'activité économique réduite pendant les Guerres de Religion avait repris avec vigueur et prolongeait la prospérité du XVIe siècle.
Depuis la seconde moitié du XVIe siècle, le commerce lavallois se maintient dans une bonne prospérité. À partir de la fin du XVIe siècle, il prend plus d'extension. La toile de lin blanchie sur les vastes prairies des bords de la Mayenne apporte richesse et prospérité à la cité jusqu'au XVIIIe siècle.
L'Espagne et ses colonies
Les rapports avec les Espagnols se multiplient:
- les Espagnols et les Portugais possèdent le monopole des Indes orientales[17]
- Les produits de la fabrication de Laval s'échangent avec un nombre de plus en plus grand de piastres neuves.
Les Lavallois quittent leur ville et vont se fixer en Espagne, pour étendre leur trafic et serrer de plus près la fortune. D'autres s'élancent à travers les mers pour aller puiser à la source comme le dit un d'eux.
Jean et Pierre Pichot, fils de Pichot de la Poitevinière, Boulain du Griffon, Lasnier des Plantes, Hoisnard, d'autres peut-être, vont y habiter quelque temps au-delà des Pyrénées.
L’Espagne constitue alors le marché le plus important pour les toiles lavalloises. Deux fois par an, une flotte colossale, chargée à la fois de ravitailler les colons et de rapporter argent et denrées coloniales, fait le voyage de Cadix (qui possède le monopole du commerce avec les colonies d’Amérique jusqu’en 1765) à Carthagène, Portobello et Veracruz. De nombreux négociants français, lavallois en particulier, installés aux quatre coins de l’Espagne, achètent et expédient des toiles vers Cadix et la Nouvelle-Espagne. Ils achètent en retour des produits du Brésil et des Antilles, qui viennent alimenter les marchés espagnols et français.
L'industrie de la toile au XVIIe siècle
Le commerce est alors au plus haut point de prospérité qu'il ait jamais atteint. 6 000 ouvriers environ dans la ville, les faubourgs ou la campagne voisine, sont employés à la fabrication proprement dite; le filage et le dévidage occupent 15 à 18 000 personnes.
La hiérarchie de la fabrication entretenue par les règlements ou les coutumes permet de maintenir chacun à son rang :
- les marchands de Laval s'opposent à l'établissement d'un marché de fil de lin dans leur ville pour empêcher les ouvriers de travailler à leur compte
- les fils s’achètent ou à Laval même, ou à Craon; chaque lundi, il est fait dans cette dernière ville pour 3 ou 4 000 livres d'achats par les marchands-tissiers de Laval. Il est impossible pour les ouvriers de perdre une journée de travail pour effectuer la route de Laval au marché de Craon
- la longueur des pièces de toile est fixée à 120 aunes. Elle interdit une production aux petits tissiers car il faut être riche pour faire d'assez grosses emplettes de fil.
Cette situation est décrite par Leclerc du Flécheray dans son Mémoire.
- Mais, pour bien comprendre cela, il faut savoir que le fil se trouve partie au marché de Laval, et partie au marché de la ville de Craon, où les marchands tissiers vont tous les dimanches , et au marché du lundi matin ils font leurs achats. Il n'est guère de lundi qu'il ne soit amené de Craon à Laval pour 3 ou 4 000 livres de fils. Les vendeurs sont des marchands filassiers qu'on appelle Cancers , parce qu'ils mangent et sucent les maîtres tissiers malaisés. Ces gens vont dans les provinces d'Anjou et de Bretagne acheter de petits paquets de fil, puis, après les avoir assortis, ils les vendent au marché de Craon. Ce commerce se fait quelquefois à crédit, mais c'est ce qui avec le temps ruine l'acheteur à cause de la survente pour le crédit. Il n'y a nulle règle à ce marché de Craon, on y vend du fil teint, du fil gros, du fil mouillé, et c'est un art de se savoir garantir des supercheries de ce marché.
- On a quelquefois voulu attirer à Laval ce marché , mais les gros marchands tissiers s'y opposent toujours , parce que, si le marché du fil était dans cette ville , il n'y aurait si misérable ouvrier qui, sitôt qu'il aurait 50 livres devant lui , ne voulût s'ériger en maître pour travailler à son compte. Car il faut savoir que le commerce de Laval roule sur trois espèces de personnes. Les principaux sont les marchands de toiles en gros qui achètent les toiles en écru, et puis, ou bien ils les blanchissent et envoient vendre au loin, ou bien ils les emballent et envoient en écru à leurs commettants , à Senlis, Beaumont, Troyes , Lyon., etc.
- Les seconds sont les marchands tissiers ou maîtres tisserands qui ne font pas les toiles , mais les font faire. Ceux-là achètent le fil à Laval ou à Craon , l'assortissent, font les tresses ou ourdissages et chaînes, et les baillent à têtre à des apprentis, à des compagnons ou à des ouvriers tissiers qui n'ont pas le moyen de travailler à leur compte.
- Or, comme ces ouvriers dépendent des maîtres qui veulent trop gagner sur eux, de même les maîtres dépendent des marchands acheteurs , et les uns et les autres n'ont visé que de s'entre tromper; et c'est pour cela qu'il faudrait des règlements.
- Les troisièmes sont les ouvriers qui sont simples artisans , qui n'ont que leur métive , et dont le plus riche n'a pas pour 100 livres de tout bien en meubles.
- De la première espèce, il y en a encore trente, de la seconde on en compterait bien cinq cents, et plus de cinq mille de la troisième.
- Sitôt qu'un tissier ouvrier peut parvenir à avoir devant lui 100 livres d'argent, il fait une toile à son compte avec le fil qu'il achète à Laval, et qui n'est pas si beau que celui qu'on trouve à Craon , où il n'y a que les gros maîtres tissiers qui puissent aller faire emplette qui du moins doit être de 200 à 300 livres pour pouvoir trouver des assortiments.
- Ces tissiers ouvriers vivent au jour la journée , à proportion de l'ouvrage qu'ils font, qui est présumé payé à proportion du travail; et c'est pourquoi le marché du grain est toujours gros à Laval, parce qu'il faut que tout ce peuple et les familles vivent. Les femmes et les enfants dévident le fil, ce qui occupe un grand peuple , demeurant tant aux environs de Laval qu'en de petites closeries de 20 livres, 30 livres et 40 livres de ferme, où ils vivent des fruits qu'ils récoltent, et tirent du revenu de leur travail de quoi payer leurs petites fermes. Il est vrai que la plupart de ceux qui sont ainsi épars à la campagne, travaillent à leur compte et ont un , deux ou trois ouvriers.
- Les maîtres qui sont, tant en ville qu'à la campagne, font travailler sous eux de ces artisans , ouvriers plus ou moins , à proportion de leurs moyens. On a remarqué qu'il faut qu'un homme ait au moins 6 000 livres pour faire travailler trente ouvriers.
- Ces ouvriers se forment dans le pays, tant des enfants originaires que de quantité de Normands qui s'y viennent fixer. Il serait encore bien plus grand, plus formé et plus habile s'il fallait faire un apprentissage , car personne n'en fait. Ce n'est pas qu'il ne fût dangereux d'introduire une maîtrise , ce n'est qu'un moyen pour écarter ceux qui ne peuvent faire les frais de réception, joint que les maîtres ne font qu'engendrer procès ; on a donc agi sagement à Laval en supprimant ou empêchant cette maîtrise; mais il faudrait qu'il se fit des apprentissages, du moins comme il a été dit à propos des orphelins.
- Il n'y a que les cessations du commerce qui fassent déserter les ouvriers , auxquels cas ils vont à l'armée , et ne sortent pas du royaume. On a déjà ci-dessus touché partie de la cause des défauts de la manufacture ; il y aurait encore beaucoup à ajouter , mais le défaut le plus considérable est l'usage que les gros maîtres tissiers ont introduit de faire les pièces de toile de 100 et 120 aunes de long. Ce qu'ils entretiennent exprès afin que les petits tissiers ne puissent entreprendre des toiles fines ; parce qu'il faut être riche pour faire d'assez grosses emplettes de fil pour trouver l'assortiment d'une aussi grande quantité qui est nécessaire pour une pièce de 100 aunes ; étant plus facile de trouver de quoi faire une petite pièce qu'une grande; il serait à propos de défendre les toiles au-dessus de 50 aunes. Il en viendrait plusieurs biens, entr'autres que les médiocres tissiers feraient des toiles fines; 2° que leur argent roulerait plus vite; 3° que les ouvriers ne se fatigueraient pas tant sur une longue pièce. Qu'on ne dise pas qu'il est libre aux moyens tissiers d'en faire de plus courtes , parce que les gros tissiers ont introduit l'usage de faire rejeter les petites pièces qu'on croit n'avoir été faites que par des misérables, au lieu que, si c'était le droit commun , il n'y aurait plus de distinction.
Pour Jacques Salbert, la prospérité à cette époque de l'industrie du lin et du chanvre dans la région de Laval et Vitré est à l'origine de la construction des retables lavallois. Les produits du commerce favorisent et soutiennent des fondations religieuses.
Séditions
La guerre de Trente Ans commença à fermer en partie les débouchés extérieurs de l'industrie du lin, entraînant sous-emploi et nervosité des habitants des villes soumis à des impôts croissants. Laval est le siège de deux séditions en 1628 et 1629.
Le , le Carrefour aux Toiles, dans lequel se tient alors le marché, est le théâtre d'une violente sédition[18]. Le comte de Laval a voulu faire percevoir une maltoste[19] de 8 sous par pièce de toile exposée. Le peuple se mutina. 4 000 personnes, hurlant et furieuse, vont assiéger la demeure du receveur des tailles[20], puis se portent vers celles de quatre des marqueurs de toilles, s'emparèrent d'eux et les maltraitent de telle sorte que deux des marqueurs succombent peu après de leurs blessures. Les cloches de la ville sonnent le tocsin pour appeler au secours la population des campagnes.
En 1638, les marchands acceptent une imposition de 4 sous par toile vendue; mais en retour de l'engagement que prend le comte de Laval de bâtir une halle pour leur commerce.
La Guerre de Trente Ans n'a pas été aussi catastrophique pour l'industrie du lin parce que les Anglais et les Hollandais avaient relayé le marché espagnol momentanément fermé aux toiles de Laval.
Le déclin de l'industrie de la toile
Règlementation
Pour faire refleurir le commerce que l'inobservation des règlements compromettait, Charles Belgique Hollande de La Trémoille fait tenir, sous la présidence des officiers du comté de Laval, plusieurs réunions de marchands et même d'ouvriers tisserands. On entend leurs observations et d'après les mémoires de ses officiers, se conformant autant que possible à celui que le roi avait donné pour les toiles de Bretagne. Un règlement nouveau est publié par le comte de Laval en 1688. Il n'est pas homologué, et n'est pas longtemps en vigueur. Le commerce des toiles continue à se discréditer.
René Hardy de Lévaré, juge de police, rend en 1691 une ordonnance d'après laquelle les marchands tissiers doivent nommer deux d'entre eux pour visiter, marquer et contrôler les pièces de toile, avant qu'elles soient aunées et portées chez l'acheteur.
Le , un arrêt du Conseil d'État du Roi défend à tous les marchands et négociants de contrefaire et plier les Toiles de Laval, en Toiles de Bretagne. Le , un arrêt du même conseil ordonne que des pièces de toile, fabriqué de Laval, saisies sur le nommé Tufferie et autres seront coupés de deux aunes en deux aunes pour avoir été vendues pour Toiles de Bretagne.
Inspecteur
Louvois envoie, la même année, un inspecteur de la manufacture des toiles dans la généralité de Tours. Il prend sa résidence à Laval et s'applique à faire observer les règlements anciens et nouveaux : Il fit cesser un abus qui consistait à plier les toiles de manière que l'acheteur ne pût en reconnaître la qualité[21].
On compte parmi ces inspecteurs Jean-Paul Libour[22], le père du peintre Esprit-Aimé Libour.
Explications
Le décadence de l'industrie de la toile à la fin du XVIIe siècle est expliquée selon Couanier de Launay[23] par :
- l'inexécution des prescriptions réglementaires, particulièrement en ce qui regarde l'égalité des fils et le blanchiment des toiles.
- l'impôt exigé pour la traite foraine d'Anjou.
- les taxes trop élevées pesant sur ce commerce
- la guerre qui a interrompu le trafic avec l'Espagne. L'Espagne avait soumis à des droits énormes les provenances de France et ouvert ses ports à celles des Pays-Bas et d'Allemagne[24].
Il s'oppose à l'avis de Charles Weiss[25] qui attribue cette décadence à la révocation de l'édit de Nantes[26].
Julien Leclerc du Flécheray indique dans son mémoire que La manufacture de toile sur la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci était meilleure et de plus grande réputation qu'elle n'est aujourd'hui qu'elle parait fort diminuée. Il attribue la cause de déclin à des défauts de fabrications, mais surtout à l'arrêt du commerce extérieur par suite des guerres.
- Ce à quoi il n'y a qu'un seul remède , qui est de confirmer les anciens et nouveaux règlements , et ordonner que les toiles seront de fil égal à Laval comme en Normandie et en Bretagne ; c'est là le fondement de la manufacture.de Laval, laquelle sur la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, était meilleure et en plus grande réputation qu'elle n'est aujourd'hui, qu'elle parait fort diminuée , ce que l'on attribue à deux sortes de causes , les unes internes , les autres externes.
- Les causes internes sont: 1° Le défaut de certitude des laises ou largeurs , car bien qu'il n'importe guère quelle largeur ait une étoffe, pourvu qu'elle soit bonne, il y a certains besoins dans la vie qui demandent certaines largeurs à certaines étoffes. Cela peut changer suivant les différentes modes, mais quand une fois une certaine largeur est introduite , elle doit être inviolable. Cela n'est point impossible, comme disent les tisserands, puisque non-seulement les étoffes de laines sont fabriquées sur le pied, mais encore en Hollande , les toiles de Bretagne , de Normandie et autres, se trouvent très exactement égales en chaque espèce. Cessant quoi, et si peu qu'il y ait de fraude et de diminution, le marchand forain qui en a affaire de certaine largeur, en ayant demandé , et trouvant les pièces inégales, bien qu'avec peu de différence, il trouve ses mesures rompues, et il cherche à se pourvoir ailleurs, surtout dans les royaumes voisins où l'on trouve des assortiments d'une égalité incroyable. 2° Le défaut de bonté de la marchandise, sur quoi il faut remarquer que, bien qu'il ne croisse pas quantité de lins dans le comté de Laval, néanmoins si peu qu'il y en ait, ils ne sont pas fins. Ils sont très forts et propres à faire de la toile de durée , ainsi qu'il parait parles toiles pour voiles de navires. Mais les lins qui viennent d'Anjou et des frontières de Bretagne sont fins et forts , et cependant il semble que tous ceux par les mains desquels passe cette matière , disputent à qui en diminuera le plus la bonté. En effet, non-seulement les laboureurs négligeant leurs anciens lins parce qu'ils ne rendaient pas tant, ont fait venir des graines de grand lin de Hollande qui rend beaucoup plus , mais aussi qui est beaucoup plus mol, moins sec et moins fort ; et, au lieu de le préparer à l'antique dans l'eau, ils l'exposent au serein , qui, ayant une qualité dissolvante , le brise et l'use avant qu'il ne soit préparé. Ensuite les poupeliers le mêlent et l'altèrent en l'accommodant, et souvent y mêlent des chanvres ; puis, quand le lin est filé, au lieu de le faire blanchir à la lessive, ils le lavent avec diverses mixtures pour le teindre; ensuite les tissiers , sous prétexte de le rendre plus doux , le battent et l'usent. Les blanchisseurs ensuite font galmer ou pourrir les toiles dans des pourrissoirs. mettent de la chaux dans leurs lessives, et battent tellement les toiles qu'il n'y reste que la corde sans grain, et enfin le marchand en gros, pour réparer le dernier défaut, fait battre sur un marbre les toiles blanches pour les unir et remplir. Il ne faut pas après cela s'étonner si dans l'usage il se trouve si grande différence entre une pièce de toile achetée d'un marchand, et celle faite par un bourgeois. Celle-ci sert huit ou dix ans, au lieu que celle du marchand ne durera pas peut-être deux ou trois ans. 3° Le défaut de bonté dans la façon, c'est-à;dire par l'inégalité du fil dont a été ci-devant parlé. Ce qui est un défaut sensible , mais le plus facile à remédier.
- Les causes externes de la diminution de la manufacture viennent principalement do la diminution du commerce. Car on ne peut fabriquer qu'à proportion qu'on débite. Le débit des toiles à Laval est ou hors le royaume ou dans le royaume. Le débit ou commerce hors le royaume a toujours été plus considérable , non-seulement par l'étendue et quantité, mais encore par ses suites. Parce que, outre que ci-devant il y avait du moins les trois quarts des toiles de Laval qui sortaient du royaume pour l'Espagne, l'Afrique et les Indes, c'est que, en contre-échange, on ne rapportait ordinairement que des espèces d'or et d'argent, ou en tistensiles ou en barres , ou en monnaie, ce qui était une des plus grandes ressources de la France pour se fournir d'espèces. Mais les Espagnols voulant rompre ce commerce, ont chargé les toiles de France d'impôts, et en ont déchargé celles des Pays-Bas et d'Allemagne , et même il y a dix ou douze ans qu'ils affectent de faire partir les galions pour les Indes avant l'arrivée des navires de France , en sorte qu'il fallut que les marchandises françaises attendissent trois ans , et cependant ce commerce s'est rompu. Ce qui ruina en partie les marchands de Laval qui y étaient intéressés , et ceux de Laval qui trafiquaient pour l'Espagne , ont depuis la guerre été réduits à la dernière extrémité , ayant été cinq ans sans faire aucun envoi Jusqu'à ce qu'il y ait eu liberté d'envoyer par terre en 1694.
- Sur quoi on observera la différence qu'il y a eu entre cette guerre dernière et la longue guerre qui se termina par la paix des Pyrénées. En ce qu'aujourd'hui que la guerre est universelle , ou du moins que la France est en guerre avec l'Angleterre, la Hollande , l'Allemagne et l'Espagne, il n'y a aucun moyen de commerce par entrepôt, au lieu que, durant la guerre que l'on appela d'Espagne, on trouva tout aussitôt le chemin du commerce par le moyen des Anglais et des Hollandais, et ce fut dans ce temps-là que se firent les plus grosses fortunes de Laval. Ce que, depuis cette guerre , quelques marchands ayant voulu essayer par le moyen des Génois et autres, le tout leur a réussi très cruellement et ils ont tout perdu.
- La seconde cause de la diminution du commerce de Laval, est l'excès des droits qu'il paie. On égale les toiles de Laval à celles de Hollande, et des toiles de 15 , 20 et trente sols Faune tout au plus, paient à raison de 110 livres de traites aussi bien que les toiles de 5 et 6 livres l'aune, en quoi il y a une surprise ou du moins une équivoque trop grossière; parce que les règlements de Laval disent que les toiles de Laval doivent être toutes de pur lin, ou de pur chanvre, c'est-à-dire sans mélange de l'un et de l'autre, les fermiers généraux expliquent cela comme s'il était dit qu'elles seront de fin lin qui doit payer 20 livres par cent, au lieu que le cent des toiles d'étoupes de lin ne doit payer que 3 livres 10 sols, ainsi que les marchands de Troyes l'ont fait expliquer par arrêt du conseil de 1695. Parce qu'en effet les toiles de Laval ne sont pas composées de fin lin , mais seulement de lin grossièrement lavé, d'étoupes dont il ne faut point d'autre preuve que la vilité du prix de 15 sols et 20 sols , en comparaison de 100 sols et G livres. Outre qu'on ne peut comprendre comment les marchands de Troyes pour les toiles de Laval ne doivent que 3 livres 10 sols, et les passent hors le royaume, et que les marchands de Laval paient pour les mêmes toiles 10 livres.
- A quoi l'on peut ajouter une autre surcharge , qui est celle de la traite foraine d'Anjou, qu'on appelle vulgairement la traite par terre. Car, sous prétexte que Henri IV, par ses déclarations de 1594 et 1595, avait voulu que, pour obvier aux fraudes que l'on commettait contre les droits , il y eût un bureau dans la ville de Laval pour donner des décharges,'des acquits à caution, ceux auxquels le même Roi engagea cette traite à vil prix, le mirent en possession de faire payer aux marchandises de Laval cette traite, laquelle n'étant due que pour les marchandises qui sortaient ou passaient par l'Anjou, vicomté de Beaumont et de Thouars, pour sortir du royaume , il s'ensuivait qu'elle ne pouvait être due pour les marchandises du comte de Laval, qui n'est et n'a jamais été du duché d'Anjou ; et néanmoins les engagistes , malgré les oppositions des marchands de Laval, se sont toujours maintenus dans la perception de cette traite réglée à 2 livres pour cent pour les marchandises de Laval à Vitré ou Saint-Malo , sans approcher de plus de six lieues d'Anjou. Ce qui est une très grande et injuste surcharge pour le commerce.
- La troisième cause de la diminution du commerce de Laval, est la facilité qu'on eut dans la suite de laisser passer en France des toiles étrangères, et même celles de coton. Il est vrai que depuis quelques années on y a mis de grosses traites qui en ont retardé l'entrée, et aussi on a vu que depuis quelques années les commissionnaires de Laval ont eu plus d'occupations qu'ils n'en avaient jamais eu de la part des marchands de France. Ce qui a un peu fait respirer la manufacture que les premières années de cette guerre avaient presque ruinée. Les toiles ayant été cinq ans sans soulever, ce qui a fait que plusieurs, après les avoir gardé cinq ans, quatre ans, trois ans, ont été forcés de les donner à 30 pour cent de perte pour avoir de l'argent comptant.
- La quatrième cause de la diminution du commerce de Laval a été l'émulation de quelques villes voisines , comme le Mans, Mayenne , au Maine, Château-Gontier, Cholet, en Anjou , qui voyant que le commerce s'établissait à Laval, se sont avisées aussi depuis quarante à cinquante ans d'attirer des ouvriers, lesquels n'y étant gênés par aucuns règlements , et débitant toutes sortes de marchandises bonnes ou mauvaises , ont établi chez eux une espèce de manufacture , surtout à Cholet, où elle n'est guère moins grande qu'à Laval.
Les pays de Vitré, Fougères, Château-Gontier comme Laval, voués aux tissage du lin ou du chanvre connaissent aussi une même période difficile suite de l'arrêt des exportations.
Équivoque
Une équivoque permet aux fermiers-généraux de tripler presque la taxe que doivent acquitter les toiles de Laval à leur sortie du royaume de France. Les règlements portent que ces toiles doivent être de pur lin ou de pur chanvre[27]. Les fermiers veulent comprendre que les toiles de Laval doivent être de fin lin et leur appliquent un droit en rapport avec leur qualité prétendue[28].
- Des statuts avaient été donnés aux tailleurs en 1714; mais ils ne furent enregistrés qu'en 1721. Il leur était permis de prendre le nom de maîtres tailleurs et en même temps il leur était défendu de tenir des draps en magasin. Ils ne devaient acheter les étoffes qu'ils employaient que chez les marchands drapiers de Laval et de la banlieue. Ces dispositions étaient prises afin de protéger le commerce des drapiers. Un arrêt du parlement du 26 septembre 1716 avait pour objet de garantir les intérêts des marchands en général contre la concurrence qu'auraient pu leur faire les marchands forains. Ceux-ci ne pouvaient vendre qu'après avoir soumis leurs marchandises à la visite des gardes de chaque état; il leur était défendu de vendre en détail à d'autres jours que ceux des foires et des marchés. Dès le lendemain, ils devaient avoir refait leurs balles et quitté le lieu de la foire sous peine de confiscation au profit des marchands de la ville et de cent livres d'amende.
Renouveau de l'industrie de la toile
Halle aux Toiles
Le , le conseil du roi met fin à une autre contestation entre le seigneur de Laval et les marchands de toile[29]. On cherche aussitôt un emplacement convenable pour la nouvelle construction[30]. L'avocat fiscal Salmon en pose la première pierre le . Les travaux sont conduits avec beaucoup d'activité et les marchands peuvent vendre pour la première fois dans la halles aux toiles le .
Des arrêts du Conseil d'État de 1723, 1725 et 1730 prescrivent des règles pour l'expédition des toiles à l'étranger et pour leur bonne fabrication[31].
En 1739, on enregistre au Parlement, puis au siège ordinaire de Laval, un nouveau règlement de la manufacture des toiles[32]. Ce règlement est observé jusqu'à la Révolution française.
La manufacture des serges, étamines et autres étoffes de laine, reçut aussi un règlement nouveau en 1746. Il y était pourvu à la fabrication des étamines et droguels de Laval, Entramnes et Bazougers.
Reprise
Le commerce de la toile reprend avec l'Espagne et ses colonies, permettant à l'industrie de la toile de lin de retrouver sa splendeur passée. La rapidité étonnante avec laquelle les négociants Pierre Le Nicolais et François Delauney font fortune en quelques années est très significative de ce renouveau de la production textile lavalloise au XVIIIe siècle.
L'élargissment du marché local par suite de la reprise économique, le renouveau des exportations vers les Isles, vers les colonies espagnoles et portugaises via les ports de Nantes, Le Havre et Bayonne marque un nouvel âge d'or.
On retrouve encore aujourd'hui en témoignage de cette splendeur passée, les hôtels particuliers élevés à Laval tels que l'Hôtel Piquois, l'Hôtel de Bel-Air, l'Hôtel Périer du Bignon.
Toiles à voiles
François Delauney crée en 1752 d'importantes manufactures de toiles à Laval. Ces manufactures procureront du travail et assureront la subsistance aux habitants de plus de 60 paroisses des environs en considération desquels Louis XVI lui accorda des lettres de noblesse héréditaires à lui et à tous ses descendants légitimes, nés et à naître, des deux sexes[33]. Louis XVI anoblit en la famille Delauney en récompense de la loyauté qu'il avait mise à remplir les fournitures de toiles des armées navales.
François Delauney introduit à Laval la fabrication des toiles à voile. Aristide Aubert du Petit-Thouars lui demandait dans des lettres enthousiastes livraison à Brest de voiles pour sa flotte au moment de partir à la recherche de Jean-François de La Pérouse. Ses fournitures pour la marine de l'État sont attestées par plusieurs mandats signés du roi et trouvés dans ses papiers.
Fin de l'âge d'or
La fabrication des tissus de coton fait son apparition à Laval en 1764[34].
En 1765, plusieurs négociants, dont Jean-Baptiste Berset sont à l'origine de la Société du Jardin Berset.
En 1775, une teinturerie et un atelier de filature de coton sont créés pour la fabrication de mouchoirs, à l’imitation de ceux du Béarn, moitié fil et moitié coton.
Les prémisses de l'effondrement du lin apparaissent à la fin du XVIIIe siècle. Les tissages de siamoise, mouchoirs, calicots, etc. se firent à une plus grande échelle au fur et à mesure que l’industrie de la toile diminue. La commercialisation de la majeure partie de la production des toiles à l'étranger ou dans des colonies lointaines rendaient fragile cette manufacture dépendantes des guerres maritimes. La ruine du textile du lin, après une répétition provoquée par la guerre de Sept Ans sera déterminée par les guerres de la Révolution française, et de l'Empire.
Des correspondances de Le Nicolas, et Delauney font ressortir l'inquiétude des marchands de toiles. Le Nicolais indique en 1766 : La consommation de nos toiles n'a pas diminué en France ; mais il s'y consommerait une bien plus grande quantité si l'introduction des toiles de Suisse...n'y était pas si considérable... En 1765 et 1766, la récolte a été très médiocre en Espagne et au Portugal, ce qui a occasionné une diminution sensible sur la consommation de nos toiles dans ces deux royaumes... Nos colonies en Amérique sont un débouché très considérable pour cette manufacture ; mais depuis deux ans ce débouché est presque nul pour nous. À la fin de la dernière guerre, on croyait ces pays dépourvus de tout, mais ils ne manquaient de rien, parce qu'ils avaient été pendant la guerre approvisionnés de toutes espèces de marchandises sèches par les Hollandais et par les Anglais même. On y porta en 1763 et 1764 beaucoup plus de toiles qu'il n'en fallait pour le besoin de nos colonies, lesquelles ne sont pas encore consommées, quoique depuis deux ans on n'y ait presque fait aucun envoi de nos toiles. L'entreprise de Le Nicolais fait faillite en 1771.
François Delauney est l'auteur d'une lettre vers Benjamin Franklin[35]. Dans une lettre datée du [36], il traite des sujets suivants : Effet préjudiciable de la paix sur le commerce du lin avec les États-Unis ; sur la question de la libre entrée du tabac en France ; quantité inhabituelle de ce produit consommé par les français. Résultat de la taxe sur ce produit ; préjudice pour les manufactures de Laval ; sollicite Franklin pour signaler cet état de fait aux Ministres du Roi.[37].
Encyclopédie méthodique

L'Encyclopédie méthodique[38] donne sur le traitement du fil dans le Maine[39]. L'Encyclopédie méthodique évaluait à 30 000 pièces et à six millions la production de la fabrication lavalloise qui avait fait jusqu'en 1754 des progrès sensibles pour se maintenir dès lors à peu près au même niveau[40].