Historia plantarum universalis

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Historia plantarum universalis. Lignée d'ancêtres: Theophraste - Dioscoride, Pline - Galien, Mattioli, Guilandinus, Amatus Lusitanus - Fuchs, Gesner, Dalechamp, conduisant aux auteurs Jean Bauhin et Jean Cherler

Historia plantarum universalis est l’œuvre d’une vie élaborée par Jean Bauhin fils (1541-1613)[n 1] visant à décrire toutes les espèces de plantes connues de son temps et offrant une tentative de nomenclature cohérente s'inscrivant dans la grande histoire de la botanique. Elle constitue une étape majeure sur la route vers la nomenclature binomiale moderne de Linné.

Sa formation médicale et botanique terminée, Jean Bauhin s’installe à Lyon en 1563 comme médecin mais réserve une partie de son temps à l’étude de la botanique. Il rédige en prélude avec son jeune frère Gaspard, un inventaire de 14 000 plantes (le Prodomus). Peu après son installation définitive à Montbéliard, il recommença à collecter, trier et étudier les plantes, ainsi qu’à dépouiller la littérature pour sa grande histoire universelle des plantes[1].

Historia plantarum universalis constitue l’une des réalisations les plus ambitieuses de la botanique pré-linnéenne. Sur plus de 3 200 pages in-folio, les trois volumes décrivent 5 226 plantes, dont 119 nouvelles espèces, soit toutes les espèces connues vers 1600, illustrées par 3 577 bois gravés. Toutes le fiches donnent une description précise de la plante, un nom latin et ses synonymes, ses usages médicaux, sa localisation. Il dépasse par son ampleur toutes les flores antérieures, y compris celles de Rembert Dodoens, Pierandrea Mattioli ou Mathias de l'Obel. Jean Bauhin adopte une classification empirique par ressemblances morphologiques. Les 40 « familles » suivent un ordre naturel : arbres → arbustes → herbes → graminées → plantes aquatiques → plantes marines → champignons. Cet ordre est remarquablement proche de celui de de l’Obel (1576), représentant la tradition prélinnéenne la plus aboutie. C’est l’une des premières tentatives modernes de nomenclature cohérente. Elle constitue la base directe du Prodromus theatri botanici de son frère Gaspard Bauhin et donc une étape majeure sur la route vers la nomenclature binomiale moderne de Linné[1].

L’Historia plantarum universalis est la plus vaste synthèse botanique avant Linné, une œuvre monumentale qui combine classification naturelle, nomenclature critique, descriptions d’une précision exceptionnelle et un matériau empirique colossal – véritable sommet de la botanique du XVIIe siècle.

Cet article s'appuie essentiellement sur les recherches historiques remarquables du botaniste suisse Hans Peter Fuchs-Eckert, Die Familie Bauhin in Basel, Bauhinia, 6, 1, 1977[1].
Le Prodomus

Comme préalable à son œuvre maîtresse, l'Historia plantarum universalis (1650–1651, publiée à titre posthume), Jean Bauhin, réalisa un ouvrage préparatoire intitulé Historiæ plantarum generalis novæ et absolutæ Prodomus (Bâle, 1620, posthume), « Prodrome d’une nouvelle et complète histoire générale des plantes ».

Le Prodomus — c’est-à-dire le Précurseur[n 2] — fut rédigé par Jean Bauhin avec l’aide de son frère Gaspard Bauhin. Il s’agit d’un inventaire préparatoire recensant et décrivant plus de 14 000 plantes, soit l’un des catalogues botaniques les plus complets de son temps.

L’ouvrage, publié à Bâle chez Ludovic König, comprend 1) des noms synonymiques issus des anciens auteurs (Théophraste, Dioscoride, Pline l’Ancien) et des naturalistes modernes (Rembert Dodoens, Pierandrea Mattioli ou Mathias de l'Obel, etc.) 2) des indications géographiques et descriptions sommaires 3) un système de classement empirique, encore pré-linnéen, mais déjà ordonné selon les affinités morphologiques des plantes.

Le Prodomus historiæ plantarum generalis novæ et absolutæ est l’acte de fondation du grand projet encyclopédique de Jean Bauhin, Historia plantarum universalis qui par son ampleur documentaire et sa méthode critique, marquera une étape décisive dans la genèse de la botanique moderne, en reliant la tradition humaniste des herbiers illustrés du XVIe siècle aux grands systèmes classificatoires du XVIIe siècle.

Très tôt, dès son séjour à Lyon (1563-1568), Jean Bauhin semble avoir conçu le projet d’étudier l’ensemble du règne végétal. Ce premier projet encyclopédique fut interrompu quand il dut échapper à la persécution de ministres calvinistes rigoristes qui refusaient son mariage avec Denyse Bornard issue d'une ancienne famille lyonnaise. Ce projet fut publié plus tard, sous le titre de Historia generalis plantarum, de façon anonyme et incomplète, ce qui irrita profondément Bauhin.

Historia plantarum universalis

Dès 1593, à Montbéliard, probablement même plus tôt, Bauhin consacrait tout le temps que lui laissaient ses nombreuses charges publiques à la rédaction du manuscrit de sa grande histoire universelle des plantes. Il y travailla plus de quarante ans (vers 1570–1613), accumulant herbiers, descriptions, synonymes, observations de terrain, données médicales et économiques. Il avait une très grande capacité de travail, reconnue par ses contemporains comme par les historiens modernes. Dans les lettres de Gesner, de Platter et d’autres médecins, il est décrit comme infatigable, travaillant tard la nuit. Plusieurs auteurs (par ex. Fuchs-Eckert et les biographes suisses du XIXᵉ) décrivent un trait récurrent, caractéristiques des grands travailleurs : il se perdait dans les détails, voulait tout vérifier, tout compléter, et n'arrivait jamais à considérer une œuvre comme terminée.

Son projet est d’écrire ce qu’on appelle au XVIe siècle un nomenclateur, c’est-à-dire un ouvrage qui recueille et organise les noms des plantes, avec leurs synonymes, leurs sources et leurs usages. Il sert à clarifier la confusion des noms botaniques accumulés indépendamment au cours du temps et dans des régions et pays différents, dans des langues et parlers régionaux différents, et dans des niveaux de langues (nom populaire, recherché, technique) variés.

Les deux premières publications de Jean Bauhin (1591 et 1593) sont des chapitres spécialisés de son grand projet botanique : elles tentent d’ordonner les noms des plantes dédiées aux saints et dieux, puis ceux appelés Absynthium, en corrigeant les incohérences héritées de la tradition. Ces travaux constituent une étape importante vers une nomenclature botanique plus rationnelle, antérieure à Linné.

Bien que Jean Bauhin ait rédigé la majeure partie du texte, la réalisation finale de l’Historia plantarum universalis relève d’un travail collectif. Son gendre Johann Heinrich Cherler († 1609) fournit de nombreuses plantes pour l’herbier et contribua probablement à plusieurs descriptions. Après 1613, le manuscrit fut remanié par Daniel Loris, petit-fils de Bauhin, qui y ajouta des données récentes, notamment tirées du Prodromus theatri botanici de Caspar Bauhin (1620). Enfin, les éditeurs successifs — Schwab, Dominique Chabrey et les typographes d’Yverdon — intervinrent dans l’organisation matérielle, la préparation des figures et la réalisation des index. L’œuvre publiée en 1650–1651 reflète donc un long processus éditorial posthume.

Toutefois, il semble que Jean Bauhin soit à l'origine du projet et en ai conçu la manière de le réaliser. Près d'un siècle et demi plus tard[n 3], Carl Linné avec son Species plantarum en 1753, et le Congrès international de botanique de Paris en 1867, sous l’impulsion d’Alphonse de Candolle fit adopter le premier véritable Code de nomenclature, en faisant partir les descriptions botaniques acceptables de Carl Linné, ce qui a contribué à oblitérer les travaux des botanistes antérieurs. Si bien que tous les descripteurs de plantes anciennement connues sont décrites par Linné ou des botanistes postérieurs.

« La tige du Geranium robertianum est droite ou inclinée, plutôt longue, de couleur brune tirant sur le rouge, portant des nœuds très rapprochés, des feuilles divisées et découpées, d’un vert tirant sur le rouge, d’aspect velu, semblables à celles du géranium ordinaire mais plus fines, d’un vert plus vif, et accrochées à une tige rougeâtre. La racine est fibreuse, formée de nombreux filaments prolongés. La plante fleurit, selon la saison – au mois de mai si le temps est doux ; – en août si l’été est tardif ; – parfois plus tôt en un lieu, plus tard en un autre. Et elle se reproduit spontanément [...] La racine est blanche, charnue, longue, épaisse et dressée ; elle dégage une odeur forte et désagréable. Les Grecs la nomment Tragopogon, les Arabes Dechelgi, les Juifs Magdiel ; mais je renvoie la discussion de ces noms à un autre endroit [...] »

Jean Bauhin laissa à sa mort (en 1613) le manuscrit très volumineux de son Historia plantarum universalis, accompagné d’un herbier et de plusieurs centaines de bois gravés. L’ensemble fut d’abord conservé par son petit-fils Daniel Loris[n 4]. Dès les années 1610, plusieurs tentatives de publication furent engagées, sans succès.

En 1616, l’imprimeur Pyrame de Candolle projeta d’éditer l’ouvrage dans le cadre d’une grande entreprise typographique. Signalons que « Pyrame de Candolle » désigne l’imprimeur et industriel d’Yverdon († 1631) — sans liens familiaux avec la lignée genevoise des botanistes de la famille « de Candolle ». Après un échec à Montbéliard, il installa en 1617 sa maison d’édition à Yverdon, où il publia en 1619 le Prodromus, catalogue préliminaire annonçant la sortie de l’ouvrage. En 1622, Loris lui vendit le manuscrit complet, l’herbier et les blocs gravés. La composition du texte commença vers 1623, mais la Société caldoresque fit faillite en  ; De Candolle s’enfuit, mourut la même année, et l’ensemble du matériel fut saisi dans la faillite et entreposé dans un grenier municipal.

Malgré plusieurs tentatives de rachat par Loris, le projet resta bloqué jusqu’en 1649, lorsque le médecin Dominique Chabrey, soutenu financièrement par le bailli Franz Ludwig von Graffenried, acquit l’ensemble du fonds. Chabrey s’installa à Yverdon afin de superviser l’impression. Les frais considérables engagés absorbèrent durablement les ressources de l’imprimerie.

Le premier volume de l'Historia plantarum universalis parut finalement à Yverdon en 1650, suivi des volumes suivants en 1651. L’édition, réalisée à partir du manuscrit original et des bois gravés accumulés depuis le XVIᵉ siècle, constitue l’une des réalisations les plus ambitieuses de la botanique pré-linnéenne : sur plus de 3 200 pages in-folio, les trois volumes décrivent 5 226 plantes, dont 119 nouvelles espèces, illustrées par 3 577 bois gravés.

Les trois volumes de l'Historia plantarum universalis (1650–1651), illustrés par des frontispices de Conrad Meyer, furent publiés grâce au soutien financier de mécènes suisses : des juristes bernois pour le premier tome, le prince de Neuchâtel pour le second, et les treize cantons suisses pour le troisième.

L’édition souffre toutefois de moyens techniques limités : papier médiocre, caractères usés, nombreuses fautes typographiques, pagination chaotique et gravures souvent maladroites ou mal placées. Malgré ces défauts, l’ouvrage décrit 5 226 plantes, dont 119 nouvelles, accompagnées de 3 577 figures.

L’absence d’index complets (synonymes, noms vernaculaires, bibliographie) rend la consultation difficile. Mais l’œuvre demeure une entreprise botanique monumentale du XVIIᵉ siècle, reflétant un effort éditorial colossal malgré de grandes contraintes matérielles.

Malgré ces défauts techniques de composition et d’impression, la valeur scientifique de l’ouvrage n’en est nullement diminuée.

Au XVIᵉ siècle, l’édition scientifique relevait presque entièrement de l’imprimeur-éditeur, et non de l’auteur. Une fois le manuscrit remis, l’auteur n’était généralement pas consulté pour la mise au point finale : la correction du texte, l’organisation des chapitres, la pagination, la mise en page ou le choix des illustrations relevaient exclusivement de l’atelier typographique. Jean Bauhin fils ne fit pas exception. La plupart de ses travaux furent publiés sans qu’il n’en supervise les épreuves, parfois même après des remaniements substantiels opérés par des collègues, des héritiers ou des éditeurs. Le destin éditorial de l'Historia plantarum universalis, entièrement préparée et mise sous presse plusieurs décennies après sa mort, illustre parfaitement cette pratique : l’œuvre publiée reflète dans sa forme et un peu dans son contenu autant le travail des imprimeurs, correcteurs et continuateurs que celui de Bauhin lui-même.

Contenu

Historiae plantarum universalis t.3, les notices de Plantago lanceolata.
« Plantain à cinq nervures, qui envoie une racine assez longue et profonde. Ses tiges, chez les grands sujets, sont fines, profondément sillonnées, pubescentes. Ses fleurs sont disposées en anneaux autour du sommet du pédoncule.
Les feuilles, qui varient beaucoup, sont lancéolées, semblables à une pointe de lance, portées par de longs pétioles, dressées, oblongues, un peu épaisses, rarement rudes, légèrement crénelées, rudes, à cinq nervures qui se prolongent jusqu’à l’extrémité.
Elles sont dorées ou jaunâtres quand elles vieillissent ; certaines sont plus larges, d’autres plus étroites ; les feuilles plus petites diffèrent des plus grandes... »

Bauhin divise son œuvre Historia plantarum universalis en quarante livres, correspondant aux « familles » qu’il distingue, et qui regroupent les plantes selon leur ressemblance morphologique extérieure. L’ordre des familles suit la classification naturelle alors en usage : d’abord les arbres, puis les arbustes, ensuite les herbes, suivies des graminées, et pour finir les plantes marines et les champignons. Cet agencement est pratiquement identique à celui publié par le botaniste flamand Mathias de l'Obel dès 1576.

À l’intérieur de chaque livre (famille), Bauhin distingue des capita, où il réunit les espèces proches – l’équivalent approximatif de nos genres. La présentation de chaque espèce est concise, mais d’une remarquable exhaustivité. Il adopte généralement un schéma constant : 1) un polynôme (nom descriptif) en titre ; 2) une description détaillée et précise, fondée si possible sur des spécimens frais, mais le plus souvent sur des plantes d’herbier ; 3) une synonymie critique et très complète, incluant les noms non scientifiques en allemand, français, italien, espagnol, anglais, flamand et tchèque, ainsi que les noms vernaculaires ; 4) un paragraphe sur la répartition, les lieux de récolte et la période de floraison, souvent avec mention du collecteur ou de l’observateur ; 5) des remarques sur les plantes cultivées dans les jardins, avec informations pratiques sur leur culture ; 6) enfin un long chapitre sur les vertus médicales et pharmaceutiques, avec des cas précis d’efficacité thérapeutique.

Pour les plantes mentionnées dans les auteurs latins et grecs ou dans la Bible, Bauhin cite les passages correspondants fidèlement.

L'Historia de Bauhin est sans équivalent, avant comme après lui : c’est le seul ouvrage qui rassemble toutes les plantes alors connues, avec leur nom scientifique, leur description, une illustration, une synonymie complète, leurs habitats et dates de floraison, ainsi que leurs usages médicaux, pharmaceutiques, agricoles et économiques. Elle marque le passage d’une botanique utilitaire à une botanique descriptive : plutôt que de se contenter des usages médicinaux ou agricoles, il adopta une approche basée sur la morphologie, la variation, la classification, marquant un tournant vers la botanique “scientifique”.

Réception et influence

Notes et références

Bibliographie

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