Hugh Mahon, né le à Killurin(en) et mort le à Melbourne[1], est un journaliste et homme politique australien. Il est surtout connu pour être le seul membre du Parlement australien à avoir été déchu de son mandat par un vote des parlementaires.
Origines
Né dans le centre de l'Irlande, il est le treizième des quatorze enfants d'une famille de fermiers catholiques. La famille émigre aux États-Unis lorsque Hugh a 10 ans, et il y apprend le métier d'ouvrier d'imprimerie. De retour en Irlande vers l'âge de 23 ans, il devient journaliste et militant de la Ligue nationale agraire d'Irlande. Il est emprisonné deux mois, puis libéré lorsqu'il semble avoir contracté la tuberculose; il émigre alors en Australie en 1882 comme représentant salarié de la Ligue. Il devient directeur de plusieurs journaux militants à Goulburn, et co-organise une visite de levée de fonds en Australie de John Redmond, le chef du Parti parlementaire irlandais, et de son fils William Redmond. En 1891 il devient journaliste travailleur indépendant à Melbourne, puis en 1895 il s'établit comme directeur d'un petit journal à Coolgardie, ville minière issue des ruées vers l'or en Australie-Occidentale[1],[2].
Battu dans sa circonscription aux élections de 1913, il retrouve un siège de député quelques mois plus tard en étant le seul candidat à l'élection partielle à Kalgoorlie due à la mort du député travailliste Charles Frazer. En il est nommé ministre des Affaires extérieures dans le troisième gouvernement d'Andrew Fisher. La portée de ce poste est limitée car l'Australie à cette date n'est pas un État souverain: Elle est autonome sur le plan de la politique intérieure mais n'a pas de politique étrangère indépendante de celle de l'Empire britannique. En 1916, le Parti travailliste se déchire lorsque le Premier ministre travailliste Billy Hughes souhaite introduire la conscription pour l'envoi de soldats à la Première Guerre mondiale. Hugh Mahon n'y est pas opposé, mais demeure fidèle au parti lorsque celui-ci expulse Billy Hugues du parti. Hugh Mahon doit alors renoncer à son ministère, et il est à nouveau battu dans sa circonscription aux élections de 1917[1].
Déchéance
Il retrouve son siège de député en 1919. En , lorsque le maire nationaliste de la ville irlandaise de Cork, Terence MacSwiney, meurt en prison d'une grève de la faim durant la guerre d'indépendance irlandaise, Hugh Mahon organise à Melbourne une réunion publique de la Ligue du Victoria pour une Irlande irlandaise, qualifie cette mort de «meurtre» et appelle à ce que les sanglots de la veuve du défunt puissent «ébranler les fondements de cet Empire sanglant et maudit». Il fait adopter par les membres présents de la Ligue une motion appelant à l'instauration d'une république australienne. Son discours provoque des manifestations contre lui dans les rues de Melbourne, notamment de la part d'anciens combattants tout juste revenus de la Première Guerre mondiale, et il est dénoncé fermement par la presse, dont les journaux The Sydney Morning Herald, The Age et The Argus. Le Premier ministre Billy Hugues introduit le au Parlement une motion pour la déchéance de son mandat parlementaire. Billy Hugues argue que Hugh Mahon a violé son serment d'allégeance par ses propos «déloyaux et séditieux». Défendu sans succès par le chef des travaillistes, Frank Tudor, Hugh Mahon est déchu de son mandat par le vote des députés, par 34 voix contre 17. Cette expulsion demeure unique dans l'histoire du Parlement australien[1],[2],[3].
Hugh Mahon se présente à l'élection partielle qui résulte de sa déchéance, mais est battu. Il se consacre dès lors à son entreprise d'assurance, mais visite l'Irlande en 1922 et s'y exprime en faveur du traité de Londres de 1921 qui a créé l'État libre d'Irlande. Il meurt à son domicile en 1931. Les deux chambres du Parlement adoptent à la quasi-unanimité l'habituelle motion de condoléances à sa famille; seul s'y oppose le député Roland Green, ancien combattant mutilé de guerre de la Première Guerre mondiale[1],[2].