Huile de cajeput
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L'huile de cajeput est une huile essentielle extraite des feuilles de Melaleuca cajuputi, un arbre de la famille des Myrtacées. « Pour le cajeput, les anciennes nomenclatures botaniques non valides comme M. leucadendron devraient ne plus être utilisées par les opérateurs », rappelle l'Anses en 2020[1].
L'huile essentielle de cajeput est obtenue par distillation à la vapeur d'eau des feuilles du cajeput.
Distillée principalement en Indonésie et au Vietnam, l'huile est utilisée pour ses propriétés antimicrobiennes en usage interne et en massage contre les douleurs rhumatismales. C'est un constituant du baume du tigre rouge.
Le nom français cajeput et l'épithète spécifique du nom latin cajuputi sont des emprunts phonétiques à l'indonésien (bahasa Indonesia), Kayu putih « bois blanc » désignant le Melaleuca cajuputi.
Histoire
Les débuts de la production d'huile de cajeput ont eu lieu dans l'archipel des Moluques[2], dans l'aire de répartition naturelle de Melaleuca cajuputi subsp. cajuputi, au XVIIe – XVIIIe siècle.

* subsp. cajuputi : Australie du nord, Timor, Moluques * subsp. cumingiana : Malaisie, Sumatra, Kalimantan * subsp. platyphylla : péninsule du cap York (Australie), Papouasie-Nouvelle-Guinée
(tirée des cartes de Craven)
C'est vers le commencement du XVIIIe siècle que l'huile de cajeput a commencé à être connue en Europe[3], et Lochner serait le premier à en avoir parlé en 1717[4], mais c'est le marchand et botaniste Rumphius (1628-1702) qui a donné la première description précise de l'arbre et de l'huile au XVIIe siècle, dans une œuvre majeure de botanique tropicale qui malheureusement ne sera publiée qu'entre 1741 (vol.1) et 1750 (vol. 6), longtemps après sa mort. Rumphius, engagé dans la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, arrive à l'île d'Ambon en 1654, et entreprend de décrire la flore de l'île. Durant 30 ans, avec des assistants, il collectera les plantes, et en donnera des descriptions et des illustrations de grandes qualités dans Herbarum Amboinensis[5],[6]. Dans cette œuvre magistrale, il donne la description de l' « Arbor alba minor : Caju puti » que Linné nommera (un siècle plus tard, en 1767) Melaleuca leucadendra.
Il indique aussi qu'une huile volatile, à odeur de cardamome, est produite par distillation de ses feuilles. Il ajoute « si on prend quelques gouttes de cette huile avec de la bière ou du vin, on transpire profusément » (Herb. Amboi., Vol II, chap. 25, p. 103[5]).
Toutefois, Beekman[5], le traducteur de Rumphius, précise que l'huile de cajeput commerciale était inconnue du temps de Rumphius. « L'exploitation des arbres Melaleuca pour l'huile de cajeput fut une invention européenne et demeura restreinte essentiellement à l'île de Buru ».
Le chimiste Friedrich Hoffmann fait allusion à l'huile de cajeput dans ses Observations physiques et chymiques en 1754[7] ; depuis cette époque, c'est principalement en Allemagne que l'huile de cajeput a été employée sous le nom d'Huile de Wittneben, du nom d'un pasteur allemand qui avait longtemps résidé à Batavia et qui passe pour l'avoir découverte.
Plusieurs botanistes explorateurs français ont pu observer la fabrication de l'huile de cajeput dans les Moluques, comme Jacques Labillardière, qui de passage sur l'île de Buru (à l'ouest d'Ambon), en 1792, décrit sa distillation. Nous avons aussi le témoignage au début du XIXe siècle, du pharmacien de l'expédition autour du monde de la corvette La Coquille (1822-1825), René Lesson, qui a pu voir la préparation de l'huile essentielle dans l'île de Bourou (Buru), effectuée dans deux alambics de cuivre qui appartenaient, l'un au résident néerlandais, l'autre au radjah malais[8]. « L'huile de caïou-pouti ou comme nous l'écrivons, cajéput » nous dit Lesson[9] (1829) « ne s'obtient que dans les Moluques, et dans deux ou trois îles au plus ». L'arbre qui la produit est « cultivé en grand sur les collines de la partie orientale de Cajéli », partie de l'île de Bourou que Lesson a visité. Il identifie l'arbre comme étant le Melaleuca leucadendron car à l'époque, cette dénomination ne distinguait pas clairement plusieurs espèces très proches de mélaleuques à larges feuilles qui n'ont été finement caractérisées qu'à la fin de XXe siècle grâce aux études de systématique de Blake (1968) puis celles de Craven et Barlow[10] (1997).
À Paris, le pharmacien Guibourt indique avoir distillé les feuilles de plusieurs Melaleuca, Metrosideros et Eucalyptus, cultivés au Jardin du Roi. Il donne en 1831 une description de l'huile de cajeput[11], « d'une belle couleur verte » et affirme que l'huile « doit sa couleur verte à de l'oxide de cuivre qu'elle tient en dissolution ».
Les Malais et peuples de l'Archipel regardaient l'huile de cajeput comme une panacée. Les colons européens l'avaient aussi adoptée. « On l'emploie comme remède excellent contre les douleurs rhumatismales et les paralysies, en l'appliquant en frictions. » (Lesson[9], 1829). Ce fut un des premiers produits d'Asie du Sud-Est importé en Europe par les Néerlandais. La réputation de l'huile s'étendit à toute l'Indonésie, l'Inde, la Malaisie, le Chine et le Vietnam.
On lui attribuait au XIXe siècle de très nombreuses vertus thérapeutiques pour traiter : maux de dents, coliques, fièvres résistant au quinquina, choléra, affections nerveuses, hystérie, épilepsie, coma, rhumatismes, paralysie.
Elle était en outre utilisée comme antispamodique, ou pour la conservation des étoffes et des herbiers et pour repousser les insectes.
Elle entre dans la composition du baume du tigre, onguent développé en Birmanie, à la fin du XIXe siècle.
Composition chimique
L'huile de cajeput est un liquide jaune pâle, parfois avec une teinte verdâtre, à odeur pénétrante et camphrée.
L'huile de cajeput commerciale est principalement tirée de la sous-espèce Melaleuca cajuputi subsp. cajuputi. Dans son aire de distribution M. cajuputi se rencontre suivant trois formes morphologiques différentes, nommées les sous-espèces cajuputi, cumingiana et platyphylla qui chacune donne une huile essentielle caractéristique sur le plan chimique[2].
Les premières distillations de l'huile de cajeput se sont déroulées dans l'archipel des Moluques (les îles d'Ambon, Buru, Seram, Banda), là où croît naturellement la sous-espèce cajuputii. Brophy et Doran[12] caractérisent l'huile de ce taxon par des quantités souvent très substantielles de 1,8-cinéole (3-60%) et des sesquiterpénols (sesquiterpènes avec un groupe alcool) comme le globulol, le viridiflorol et le spathulénol
| Composition de l'huile de ssp. cajuputi (Australie, Indonésie, d'après Doran[2]) | ||
| Éther-oxyde | 1,8-cinéole : 3,2 - 58,5 % | |
| Sesquiterpénols | globulol : 0,2 - 9,2 viridiflorol : 0,2 - 15,6 % spathulénol : 0,4 - 30,2 % | |
| Terpénoïdes | limonène : 0,3 - 5,0 % β-caryophyllène : 0,3 - 3,7 % viridiflorène : 0,5 - 8,6 % α-terpinéol : 0,9 - 8,3 % | |
La sous-espèce ssp. cumingiana donne des huiles de composition très variable. Les composants principaux[12] des huiles en provenance d'Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Vietnam, sont le γ-terpinène (0-19 %) et le terpinolène (0-22 %), accompagnés en moindres quantités de α-pinène, α-thuyène, α-phellandrène, etc.
| Composition de l'huile de ssp. cumingiana (Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Vietnam etc. d'après Doran[2]) | ||
| Monoterpènes | γ-terpinène : 0 -19 % terpinolène : 0 - 22 % | |
| Monoterpènes cycliques | α-pinène : 1 - 10 % α-thuyène : 0 - 8 % α-phellandrène : 0,1 - 2 % α-terpinène : 0 - 3 % limonène : 0 - 3 % p-cymène : 0 - 12 % | |
Il a été rapporté[2] (Todorova et 1988, Motl 1990) une huile de cajeput en provenance de la province de Long An, au Vietnam, très riche en 1,8-cinéole (41-48 %) avec de plus faibles quantités de α-terpinéol bien que provenant en principe de ssp. cumingiana.
La dernière sous-espèce ssp. platyphylla se présente sous forme de deux chémotypes[2] :
Activités pharmacologiques
Les principales activités de l'huile de cajeput sont :
- Activité antimicrobienne, mise en évidence[13],[14] contre Escherichia coli et Staphyloccocus aureus, Klebsiella pneumoniae, Salmonella choleraesuis, Listeria monocytogenes, Bacillus subtilis etc. L'activité antifongique concerne Candida albicans et Microsporum sp..
Les constituants antimicrobiens identifiés par Nguyen Duy Cuong et als, (1994) sont le 1,8-cinéole, (-)-linalol, le (-)-terpinène-4-ol, l'α-terpinéol. - Activité antiradiculaire. Elle a été observée avec M. leucadendron de Cuba[13].
- Activité insectifuge et anti-Aedes[13]. Une étude a montré qu'il était possible d'utiliser des pulvérisations d'aérosol à base de 10 % d'huile essentielle de cajeput[15] pour lutter contre les moustiques vecteurs de la dengue (Aedes aegypti, A. albopictus) dans des appartements.
- Activité antivirale[réf. souhaitée]
- Activité antalgique[réf. souhaitée]