Humiliation
rabaissement de l’autre
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Une humiliation est un rabaissement conduisant à une blessure d'amour-propre, une souffrance, un état d'impuissance ou de soumission. L'humiliation peut être le fait d'une agression, d'une intimidation, d'une maltraitance physique ou mentale, d'une répétition traumatique, d'une intégrité brisée, de l'embarras ou de la gêne selon les cas.
L'humiliation s’accompagne fréquemment d’émotions telles que la déception, la colère, le sentiment d’injustice, la honte ou la tristesse, ainsi que l’impression de paraître ridicule. Ses effets peuvent être profonds, allant d’une atteinte à l’identité et à l’image de soi à une perte d’estime personnelle, voire à des conséquences graves comme la dépression, l’automutilation, des pensées suicidaires ou de vengeance, des réactions de violence ou du terrorisme[1].
Bien que cela soit moins connu, il est possible qu'un individu tente de s'humilier lui-même, par exemple par répétition traumatique ou dans un contexte sexuel (humiliation érotique).
Psychologie
L'humiliation d'un individu par un autre (le « bourreau ») est souvent utilisée pour exprimer la supériorité et la domination par le rabaissement de l'autre. C'est une forme d'oppression, d'agression ou d'abus utilisés aussi bien dans un contexte privé, qu'en entreprise, à l'école, en politique ou par des policiers ou militaires dans les prisons en guise de torture. Toutes les formes de violences peuvent provoquer un sentiment d'humiliation[2]. L’humiliation constitue une expérience universelle, transcendant les époques et les cultures, qui menace l’intégrité personnelle et le sentiment d’humanité[3].
L’humiliation est étroitement liée à divers troubles psychiques, dont les conséquences peuvent être sévères et durables. La peur d’être jugé alimente l’anxiété sociale[4], tandis que des expériences d’humiliation peuvent provoquer des dépressions, du désespoir et des conduites suicidaires[5].
Une étude montre que la réaction à l’humiliation dépend de la manière dont elle est perçue. Les personnes qui mettent l’accent sur l’injustice ressentie intériorisent moins la dévalorisation sous-jacente à l’humiliation que celles qui en perçoivent surtout la cruauté. Dans les deux cas, ces perceptions peuvent déclencher des réactions agressives liées à la colère. Cependant, la perception de la cruauté conduit paradoxalement à une réaction plus passive, due au sentiment d’impuissance, alors que la perception de l’injustice, et notamment de l’injustice liée à la cruauté, favorise des actions plus affirmées[6]. Nahoum-Grappe définit la cruauté comme une forme particulière de violence, caractérisée par son intensité et son intention. Contrairement à la violence ordinaire, elle ne vise pas seulement à infliger de la douleur, mais aussi à humilier et dégrader la victime. Elle s’inscrit nécessairement dans une relation de pouvoir asymétrique. Ainsi, dans les camps de concentration, les gardiens exprimaient leur domination absolue en maltraitant et en humiliant les prisonniers. À la lumière de la théorie du pouvoir d’Elias Canetti, la cruauté apparaît alors comme un moyen pour les bourreaux d’exercer et de ressentir intensément leur pouvoir[7].
Les expériences d’humiliation et les injustices subies peuvent susciter un désir de vengeance, accompagné de fantasmes de revanche. Cependant, ce n’est pas le nombre d’événements traumatiques vécus qui détermine ce désir, mais plutôt le niveau de perception de l’injustice. Les fantasmes de revanche peuvent permettre aux victimes d’imaginer que l’agresseur a été puni et de retrouver un sentiment de contrôle et de puissance, agissant ainsi comme un moyen de réparation psychologique et une étape de réparation du préjudice, même sans passage à l’acte[8]. Toutefois, des différences de genre apparaissent clairement : les hommes expriment des niveaux plus élevés de fantasmes de vengeance et ont tendance à associer la violence au maintien de leur statut et de leur masculinité, tandis que les femmes adoptent généralement une posture plus prudente, évitent l’agression et perçoivent la vengeance comme inutile ou dangereuse[8].
Le système cognitif humain est conçu pour fonctionner dans des environnements normaux, mais face à des contextes anormaux, nous développons des stratégies d’adaptation. Ces environnements peuvent être exceptionnels, comme une base polaire, une station spatiale ou une unité de soins intensifs ; extrêmes, lorsqu’ils combinent des stress intenses et un manque de contrôle, par exemple la survie en mer ou un camp de réfugiés ; ou de torture lorsqu’ils visent délibérément à briser la volonté ou la résistance d’une personne. Les facteurs psychophysiologiques présents dans ces contextes, comme l’isolement, la privation de sommeil, le stress thermique ou postural, l’humiliation ou la dégradation, ne constituent pas nécessairement une torture pris isolément, mais leur combinaison systémique peut être qualifiée comme de la torture[9].
La torture psychologique pourrait avoir les mêmes conséquences traumatiques à long terme, que la torture physique. Parmi lesquels, le trouble de stress post-traumatique, le trouble de l'identité ou l'auto-humiliation[10].
Histoire
La déshumanisation constitutive de l'esclavage est un aspect de l'histoire de l'humiliation étudié depuis l'antiquité. Dans la cité d’Athènes, l’institution esclavagiste est largement acceptée et constitue un pilier de la société[11]. L’organisation intellectuelle des sociétés, héritée de l’Antiquité, repose en partie sur des conceptions qui justifient la hiérarchisation des individus. Ainsi, Aristote, dans La Politique, met en évidence une forme de rhétorique de déshumanisation lorsqu’il s’interroge : « l’esclave, outre ses qualités d’instrument et de serviteur, a-t-il quelque vertu d’un plus grand prix, comme la tempérance, le courage, la justice, ou telle des autres dispositions morales de ce genre, ou n’a-t-il d’autres mérites que ses services corporels ? »[12]. Les esclaves ruraux étaient souvent attachés pour travailler dans les champs et considérés comme du bétail, et le sort des esclaves dans les mines était pire encore[13]. L’esclave mis en vente était présenté sur un marché, marqué au fer blanc, un écriteau suspendu à son cou détaillant ses qualités et ses défauts. Exposé sur une estrade, il devait sauter, se déplacer, courir, rire et parler, afin d’être évalué par les acheteurs. Celui né au sein de la maison échappait peut-être un peu à cette humiliation publique[14]. À la fin de l’Empire romain, progressivement christianisé, ce système décline en Europe et laisse place, au Moyen Âge, au servage, une forme de dépendance moins absolue mais durable. Parallèlement, dès le VIIIᵉ siècle, se développe la traite arabe, qui perdure jusqu’au XVIIIᵉ siècle. Elle concerne plus de 10 millions d’esclaves, majoritairement originaires d’Afrique, mais aussi d’Europe méditerranéenne. Les captifs sont contraints de traverser le Sahara ou transportés par voie maritime, pour être exploités dans des mines, des plantations ou des travaux. Entre le Xe et le XVe siècle l'esclavage racial se développe[12] et connaît un essor avec la traite transatlantique. Le Code noir, promulgué en 1685 par Louis XIV, encadre le statut et les supplices infligés aux esclaves dans les colonies françaises, où ils sont considérés comme des biens meubles pouvant être achetés, vendus, mutilés ou tués. Le XVIIIᵉ siècle marque l’apogée de ce système. L’économie européenne est alors fortement liée à ce commerce, et la France participe à l'asservissement et au déportement d’environ 1,2 million de personnes entre 1635 et 1831[11]. Lors de la Convention de 1787, les fondateurs des États-Unis débattent de la place de l’esclavage, leurs positions sont profondément divergentes : George Mason le condamne comme immoral et dangereux, tandis que Charles Pinckney le justifie en s’appuyant sur son existence historique, notamment dans les sociétés grecque et romaine. Thomas Jefferson, quant à lui, défend l’idée d’une prétendue infériorité des Noirs, affirmant que les rares esclaves romains reconnus pour leurs capacités intellectuelles, comme Épictète et Térence, étaient en réalité blancs et affranchis. En 1720, 63% de la population de Caroline du Sud était esclave et dans le Mississippi en 1860, c’était plus de 50%[12]. L’esclavage dans les colonies françaises est finalement aboli en 1848. En Russie, le servage n’est aboli qu’en 1861 par le tsar Alexandre II, alors même que le pays entame son entrée dans l’ère industrielle[11]. Certaines formes de servitude et d'esclavage persistent jusqu’à l’époque contemporaine, selon K. Bales et B. Cornell, en 2008, il y aurait 27 millions d’esclaves à travers le monde[12]. Les classes dominantes sont responsables de s'être elles-mêmes corrompues, en entretenant dans les esprits un profond mépris pour la vie humaine. La cruauté s’apprend, se transmet et se banalise par l’exemple. Ainsi, dans bien des demeures de riches, par l'esclavage, s’instaurait une véritable école d’inhumanité[14].
La peine du pilori, est attestée en France du XIIe siècle au début du XVIe siècle dans différentes juridictions (laïques, ecclésiastiques, royales ou seigneuriales). La pilorisation consistait à attacher un condamné en public afin de l’exposer à l’humiliation collective, par des insultes et des sévices physiques "mineurs". D'abord appliquée pour des délits comme la fraude et le le vol, elle visait aussi à affirmer l’autorité du seigneur et à garantir la loyauté des transactions sur ses terres, avant d’être étendue à d’autres infractions comme le blasphème, l'injure publique, le faux témoignage ou la prostitution. Le condamné, exposé les jours de marché sur la place, était souvent affublé d’objets ridiculisants ou signalant son crime. Il était généralement exhibé pendant plusieurs heures, parfois à plusieurs reprises. La pilorisation représente à son apogée entre le XIVe et XVe siècle, jusqu'à 4% des peines prononcées à Paris[15].
La colonisation est une source d'humiliation instaurant des mécaniques quotidiennes d'humiliation du peuple colonisé, et un privilège à humilier autrui pour le colonisateur[3]. L'infériorisation des peuples colonisés, "racisés", va de l'insécurité humiliante au désespoir[16]. Le système humiliant ayant entre autres conséquences pour les humiliés un besoin de restaurer leur dignité, les poussant parfois à tout faire pour être acceptés par les agresseurs, voir à se comporter comme eux[16]. Dans le livre Les Damnés de la Terre, Frantz Fanon décrit la répétition de la violence subie[17] :
"Au niveau des individus, on assiste à une véritable négation du bon sens. Alors que le colon ou le policier peuvent, à longueur de journée, frapper le colonisé, l'insulter, le faire mettre à genoux, on verra le colonisé sortir son couteau au moindre regard hostile ou agressif d'un autre colonisé (...) comme si la plongée dans ce sang fraternel permettait de ne pas voir l'obstacle, de renvoyer à plus tard l'option pourtant inévitable, celle qui débouche sur la lutte armée contre le colonialisme."
En 1870 et 1889, les expositions universelles à Paris mettent en scène des zoo humains où l'enfermement humiliant de familles entières devient un divertissement de masse[18].
Les asiles d’aliénés apparaissent en Europe à la fin du XVIIIe siècle et connaissent une forte expansion au XIXe siècle. En France, le nombre d’internés passe d’environ 10 000 en 1840 à plus de 60 000 en 1900, dans des établissements de plus en plus vastes. Rapidement surchargés et peu efficaces en termes de guérison, ces asiles font l’objet de critiques, notamment en raison d’internements abusifs. Parallèlement, les pratiques de soin évoluent avec l’introduction des "thérapies de choc"[19]. Ces traitements, souvent violents, comprenaient des châtiments corporels, des saignées, des brûlures au fer ou encore l’enfermement dans des cercueils percés immergés dans l’eau, les électrochocs et les trépanations. Le médecin hollandais Herman Boerhaave conçu une chaise rotative censée traiter certains troubles en faisant tourner le patient jusqu’à l’évanouissement. À l’hôpital de Bedlam à Londres, les patients étaient attachés aux murs et traités comme des animaux, tandis que des visiteurs pouvaient payer pour venir les observer comme des curiosités[20]. La Seconde Guerre mondiale marque un tournant, notamment en France avec la mort de 40 000 patients psychiatriques due à la famine. Dans les années 1950-1960, l’introduction des neuroleptiques, comme la chlorpromazine, transforme les pratiques en permettant de sédater et contrôler les patients afin de les renvoyer chez eux. La contention et la sédation peuvent être vécus comme une torture physique car bouger est un besoin naturel, et psychique, marquée par l’angoisse de mourir, prisonnier d’un corps figé sous l’effet des neuroleptiques[21]. L’hôpital psychiatrique demeure critiqué, perçu comme un lieu humiliant pouvant lui-même aggraver les troubles[19] ou comme "une entreprise bourgeoise de normalisation et de domination de la société" [22].
De 1933 à 1945, sous le Troisième Reich, l’humiliation est érigée en méthode de pouvoir. Juifs et supposés « transgresseurs » des normes raciales deviennent des cibles publiques, persécutées par tous : civils, police, armée, SS. Hommes, femmes et enfants sont exposés, souvent individuellement, pour des accusations de « souillure raciale », notamment lors de relations dites « interraciales » entre « aryens » et Juifs ou Slaves. Encadrée par les Lois de Nuremberg (1935), l’exclusion est totale et codifiée, port de l’étoile jaune, couvre-feux, accès restreint aux commerces et aux transports. L’humiliation vise à marquer, isoler et soumettre. Dans les ghettos, la dégradation devient quotidienne du fait des conditions de vie dégradantes, marquées par la surpopulation, la faim et l'insalubrité. Dans les camps de concentration, elle est systématisée et radicalisée : les têtes sont rasées, uniformes imposés, les noms remplacés par des numéros tatoués, suppression de l’intimité, privations extrêmes. Tout concourt à effacer l’identité et à réduire les individus à l’impuissance. L’humiliation est un instrument central du régime nazi[23]. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la tonte des femmes accusées de collaboration s’impose en Europe comme une pratique largement admise. En France, les premières ont lieu en 1941 et culminent en 1944-1945 avant de disparaître progressivement jusqu’en 1946. Ce châtiment collectif, fortement marqué par le genre, visait principalement les relations sexuelles avec l’ennemi mais aussi la collaboration, le marché noir, la délation, le travail volontaire ou encore le simple fait d'être raccompagnée en voiture, de pouvoir rentrer après l'heure du couvre-feu, de consommer de l'alcool, d'écouter de la musique ou de danser alors que les bals sont interdits[24]. Ces condamnations populaires sans enquête ni tribunal, pouvaient être suivies de sanctions judiciaires, allant jusqu'à la peine de mort[25].
Humiliations par catégories
Maltraitances
La maltraitance psychologique ou émotionnelle se caractérise par des comportements répétés qui humilient, rabaissent ou effraient un enfant, pouvant entraîner des troubles psychiques durables[26].
Les violences dites "éducatives" sont intrinsèquement humiliantes de par le rapport inégalitaire entre la personne responsable supposée apporter soin et éducation et la personne agressée et humiliée. La fessée en tant que punition corporelle est une violence sexuelle humiliante, pouvant provoquer entre autres, une sensation d'impuissance chez la personne qui la reçoit[2]. Le parent ou responsable qui exerce des violences envers un enfant, fabrique une inversion des valeurs. Cette personne dispose alors d’un pouvoir de perversion, comparable à celui d’un régime totalitaire : aimer est associé à punir, infliger de la souffrance et de l’humiliation est présenté comme un bienfait éducatif, éduquer et soigner sont réduits à contraindre et soumettre. L'enfant intègre alors que la violence est à la fois une fatalité et un privilège, qu'elle peut être inhérente aux relations humaines, et une réponse aux situations de conflits ou de détresse et qu'on peut choisir délibérément d'être agresseur[2].
Les recherches montrent que des environnements sociaux négatifs ou dévalorisants, en particulier dans la famille et entre pairs, augmentent durablement le risque suicidaire. L’humiliation et la honte jouent un rôle clé dans l’apparition de comportements d’automutilation et d’idées suicidaires chez les jeunes. À l’échelle mondiale, le suicide est une cause majeure de mortalité chez les adolescents, notamment chez les filles[5].
Humiliations systémiques
L’humiliation est un préjudice relationnel, infligé par des individus ou des institutions, qui porte atteinte à la dignité et au respect de soi. Bien qu’omniprésente, elle reste largement négligée dans les discours sur la médecine, la santé et l’éthique. Elle peut être identifiée et analysée, révélant des dimensions morales et mettant en lumière des injustices. Les victimes d’humiliation jouent donc un rôle moral important : leurs émotions témoignent de la réalité de l’injustice qu’elles subissent[27].
Esclavage et servitude
L’esclavage constitue une forme d’humiliation systémique, fondée sur la violence, la « mort sociale » et la négation de la dignité de l’individu. Selon Becky Cornell et Kevin Bales, il s’agit d’une relation dans laquelle une personne est contrôlée par la force, exploitée économiquement et privée de toute rémunération. Orlando Patterson en souligne les dimensions essentielles : sociale (domination violente), psychologique (intériorisation de l’infériorité) et culturelle (légitimation de la domination). Il identifie également un « rituel de la servitude » reposant sur l’effacement de l’identité d’origine, le changement de nom, l’imposition de marques de dépendance et l’attribution d’un nouveau statut au service du maître. Aujourd’hui encore, des formes modernes d’esclavage persistent. Le Comité Contre l’Esclavage Moderne (CCEM) estime que des dizaines de milliers de personnes en France sont exploitées, notamment dans des ateliers clandestins, pour rembourser des dettes liées à leur migration. La médiatisation croissante de ces situations reflète non seulement une prise de conscience, mais aussi l’ampleur grandissante du phénomène. L’exploitation prend diverses formes, notamment la prostitution forcée pour de nombreuses jeunes filles, présente dans plusieurs régions du monde. Ces pratiques ne sont pas limitées aux pays du Sud, les sociétés occidentales abritent également des formes d’esclavage, parfois issues de trafics promettant un emploi, mais aboutissant à une servitude dite « consentie », fondée sur la contrainte et la tromperie[12].
Contexte médical
Dans les espaces de soins, l'humiliation se manifeste plus particulièrement envers les patients les plus marginalisés, qui sont alors réduits au silence ou ignorés[27].
Les patients sont particulièrement exposés à la honte et à l’humiliation lors des consultations médicales, car la maladie est souvent perçue comme une faiblesse et les soins impliquent une exposition physique et psychologique. En réaction, ils peuvent éviter les médecins, taire des informations ou entrer en conflit. Les médecins eux-mêmes peuvent ressentir ces émotions, ce qui peut entraîner des réactions négatives envers les patients et un mal-être professionnel[28]. S’excuser auprès des patients pour des erreurs médicales est désormais courant, mais la nécessité de présenter des excuses pour des humiliations envers les patients ou les membres de l’équipe reste négligée. Or, ces humiliations peuvent nuire à la qualité des soins en affectant le travail d’équipe et l’adhésion des patients et ainsi entraver la guérison. Présenter des excuses humblement, participe à restaurer la dignité de la personne humiliée[29].
En politique
L’humiliation politique est une forme de violence répétée souvent ignorée. Elle agit comme un stress direct et intense à grande échelle, dont le dommage principal découle de l’atteinte à l’identité, aux droits, à la justice et à la dignité, tant individuelle que collective[30].
Dans les sociétés contemporaines de consommation, l’insécurité psychique et la dépendance renforcent le sentiment de dévalorisation et d’humiliation face à la nécessité de réclamer des besoins essentiels ou des droits fondamentaux[3]. Un statut social défavorisé, lorsqu’il s’accompagne d’expositions répétées à l’humiliation, peut renforcer ses effets délétères. Associé à une régulation défaillante des neurones dopaminergiques, cela peut augmenter le risque de développer une schizophrénie[31].
Selon Bertrand Badie, l’humiliation est devenue une pratique courante dans les relations "diplomatiques" internationales et serait confirmée par la montée des populismes. L’humiliation dans le système international s’expliquerait par les inégalités héritées de la colonisation, qui a laissé plus des deux tiers des États dans des situations de dépendance et de rapports de force durables. À cette injustice historique s’ajoute une inégalité structurelle, liée à un accès inégal au pouvoir décisionnel et aux ressources internationales[32].
Dans le système judiciaire
Une enquête au sein de la magistrature française intitulée « tout le tribunal a envie de te violer » à collecté près de mille témoignages des professionnelles de la Justice « Entendues comme non seulement les faits pénalement répréhensibles (viols, agressions sexuelles, harcèlement sexuel etc.) mais également comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant. ». Décrivant une atmosphère sexiste au sein de la magistrature, des conséquences psychologiques comme le stress, l’anxiété, l’angoisse, un sentiment d’humiliation, d’inhibition, de honte, de peur, d’insécurité, de perte de confiance en soi, de fatigue et d’irritabilité, et un sentiment de lourdeur dans le traitement des affaires de violences sexuelles ou sexistes[33].
Misogynie
La pornographie, en érotisant la violence, devient un espace où les inégalités et la misogynie se banalisent systématiquement. Elle reflète une contradiction sociale : alors que les sociétés promeuvent l’égalité et condamnent les abus sexuels, elles tolèrent de plus en plus l’accès libre des jeunes à des contenus qui normalisent la violence et renforcent l’humiliation des femmes[34].
Subir des violences sexistes et sexuelles peut être humiliant et traumatisant[35]. Depuis l'adolescence, huit françaises sur dix (81 %) ont subi au moins une forme de violence ou d'agression sexuelle dans l'espace public ou dans les transports en commun. Plus d'un quart d'entre elles a vécu ce type d'agression au cours des douze derniers mois. Parmi les européennes, 36% ont déjà fait l’objet de propos dégradants dans la rue au cours de leur vie, pour 50% des américaines[36].
Le cyberharcèlement, est aussi une forme d'humiliation collective perpétrée principalement par des garçons et des hommes, contre des filles et des femmes[37].
Racisme
Dans les lieux de privation de liberté
Aujourd'hui, des pratiques humiliantes comme déshabiller un prisonnier ou le forcer à des actes sexuels sont contraires à la déontologie policière. Néanmoins, ces techniques sont utilisées lors d'interrogatoires pour briser la résistance d'un suspect.
Bien que les effets physiques de la torture sur les survivants soient largement documentés, les blessures psychologiques comme le trouble de stress post-traumatique, restent moins connues et étudiées. Un aspect particulièrement important est celui de la honte, de l’auto-humiliation et des problèmes de dégradation de l'identité et de l'estime de soi qui en résultent[10]. Les mauvais traitements subis en captivité, tels que les manipulations psychologiques, les humiliations ou les positions de stress forcées, semblent provoquer une souffrance mentale aussi intense que la torture physique. Ils entraînent des mécanismes similaires de stress traumatique et peuvent avoir des conséquences psychologiques durables comparables[38].
Dans les espaces de privation de liberté, comme les prisons, les hôpitaux psychiatriques ou les centres de rétention administratifs, l’expérience de devoir faire face à un manque de protections menstruelles adéquates crée un climat de privation, marqué par la honte et l’humiliation de se tacher et de devoir demander des tampons ou serviettes à des gardiens. Le fait que les gardiens empêchent l’accès à ces produits est à la fois dégradant et constitue une violation des droits humains[39].
En milieu scolaire
L’humiliation publique a des effets à la fois immédiats et différés : elle peut, à court terme, sembler corriger un comportement ou stimuler la performance, mais elle échoue souvent à favoriser un développement réel et durable de l’élève. Certains enseignants continuent d’y recourir, car ils perçoivent uniquement les bénéfices instantanés d’une correction rapide sans prendre en compte les conséquences à long terme sur le bien-être psychologique des élèves[40]. Pour éviter ces pratiques dommageables, il est recommandé aux enseignants d’adopter un suivi régulier et attentif des élèves. Afin d’éviter toute forme de violence verbale, ils peuvent privilégier des méthodes de questionnement élaborées, favorisant la réflexion plutôt que la mise en défaut. Afin de renforcer durablement l’estime de soi des élèves, il est conseillé de s’appuyer sur les principes de l’apprentissage avec des adultes, en considérant que les apprenants sont capables de progresser par eux-mêmes. Le rôle de l’enseignant est alors d’encourager la motivation intrinsèque et l’autonomie, deux facteurs reconnus pour leur impact positif sur la réussite scolaire et le bien-être[40].
Les mauvais traitements sont reconnus comme étant présents dans les études de médecine. Une enquête menée en 2016 a révélé que 21,2 % des étudiants avaient subi au moins une humiliation pulique au cours de leur formation. Malheureusement, quatre ans plus tard, en 2020, ce chiffre a légèrement augmenté pour atteindre 21,8 %[40]. En 2024, l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur publie qu'en France, 11 % des étudiants ont été victimes de bizutage, un taux qui monte à 13,8 % dans les écoles et atteint 15 % en faculté de médecine. Parmi ces étudiants, 66,4 % rapportent avoir subi des pratiques humiliantes[41]. Parmi les médecins en activité interrogés par l'Ordre des médecins, 65 % déclarent avoir eu connaissance de telles violences, et 29 % affirment en avoir été eux-mêmes victimes[42].
Le harcèlement scolaire désigne des comportements répétés de violence, de moquerie ou d’humiliation entre élèves, aujourd’hui amplifiés par les réseaux sociaux. Il s’inscrit dans une relation inégale entre un agresseur et sa victime, souvent banalisée à tort par les adultes qui perçoivent la situation comme un simple conflit. Les témoins jouent un rôle important, leur silence ou leurs réactions pouvant aggraver la situation. Les conséquences pour les victimes sont nombreuses. À court terme, cela peut entraîner baisse de l’estime de soi, sentiment de honte, de culpabilité ou d’abandon, ainsi que des troubles physiques (maux de tête, troubles du sommeil, vomissements, etc.), absentéisme et décrochage scolaire. À moyen terme, les risques de dépression, de troubles du comportement et de conduites suicidaires augmentent fortement. À long terme, des difficultés de socialisation, des phobies sociales, des addictions ou des troubles dépressifs peuvent perdurer[43].
Au travail
L’humiliation au travail est un phénomène grave étroitement lié à des rapports de pouvoir inégaux qui rabaissent les individus et altèrent leur sentiment de valeur. Elle peut prendre plusieurs formes : interne (ressentis et jugements de soi), externe (actes de violence verbale ou physique) ou structurelle (discrimination, précarité)[44].
Qu’elle soit vécue directement ou observée, elle entraîne des conséquences psychologiques importantes. Des comportements comme le harcèlement, l’intimidation ou l’hostilité visent explicitement à rabaisser une personne ou un groupe. Parce qu’elle génère un fort sentiment d’injustice et parfois un désir de revanche, l’humiliation détériore durablement les relations professionnelles, y compris pour les témoins[44].
Sur internet
L’humiliation et les atteintes à la dignité se prolongent sur Internet sous des formes comme le cyberharcèlement ou l’humiliation numérique. Ces violences en ligne, seraient causées par le manque de régulation et un défaut d’empathie des utilisateurs en ligne. Leurs conséquences peuvent être graves et durables, allant jusqu'au suicide, faisant de la cyberhumiliation un enjeu social, sanitaire et juridique[37].
La diffusion de contenus sexuels est l’une des formes de cyberviolence les plus dommageables, en raison de leur large diffusion et de leur caractère humiliant. Elle s’accompagne souvent de slut-shaming, où les victimes, surtout des filles, sont stigmatisées et insultées. L'humiliation est accentuée par les pressions qu'elles ont pu subir généralement par des garçons pour envoyer des images intimes[37].
Humiliation érotique
L'humiliation peut être une pratique sexuelle consentante qui engage des activités sadomasochistes. C'est un type d'humiliation psychologique dans un contexte sexuel durant lequel un individu gagne du plaisir et une excitation érotique à l'aide d'un partenaire lorsque ce dernier se sent rabaissé et humilié, souvent en conjonction avec la stimulation sexuelle d'un ou des deux partenaires durant l'activité.
L'humiliation en elle-même a besoin d'être sexuelle. Elle peut être verbale ou physique, publique ou privée.
Souvent elle peut se banaliser et, contrairement à certaines pratiques sexuelles, se tenir à distance par le biais du téléphone ou d'internet.
L'humiliation par soumission, qu'elle soit physique ou psychologique, consiste à réduire une personne à une position de faiblesse ou de dépendance, ce qui provoque un sentiment de honte, de dévalorisation ou d'infériorité.
1. Soumission physique : Cela implique souvent des gestes ou des actes qui mettent une personne dans une position de vulnérabilité physique, comme forcer quelqu'un à adopter une posture subordonnée (ex. : s'agenouiller) ou à réaliser des tâches dégradantes. L'objectif est de montrer la domination du bourreau sur la victime par le contrôle du corps.
2. Soumission psychologique : Cette forme d'humiliation est plus subtile et peut inclure des insultes, du chantage émotionnel, de la manipulation ou des critiques répétées. Ici, l'humiliation découle du fait que la personne perd le contrôle sur son image de soi, son estime ou ses émotions, souvent en étant placée dans des situations où elle est rabaissée devant les autres.
Les deux formes visent à briser l'intégrité de la personne, à la priver de dignité et à la soumettre au pouvoir ou à l'autorité de l'autre, que ce soit de manière visible ou invisible[réf. nécessaire].
Aspects juridiques
Certains États d'Amérique punissaient et humiliaient les hors-la-loi en indiquant leur crime ou délit[réf. nécessaire].
En France
La loi française punit l'humiliation dans différent domaines.
Au titre de la protection de l'enfance, afin de garantir les besoins de l'enfant sur le plan matériel, physique et affectif et de protéger son développement, son éducation, sa santé et sa moralité[45].
Au titre des atteintes à la dignité, comme lors de discriminations fondées sur l'origine, le sexe, la situation de famille, la grossesse, l'apparence physique, la vulnérabilité économique, le patronyme, le lieu de résidence, l'état de santé, la perte d'autonomie, le handicap, les caractéristiques génétiques, les mœurs, l'orientation sexuelle, l'identité de genre, l'âge, les opinions politiques, des activités syndicales, la qualité de lanceur d'alerte, de facilitateur ou de personne en lien avec un lanceur d'alerte, les langues parlées, les pratiques religieuses réelles ou supposées ; ou en l'incitant à commettre des actes dégradants ou à consommer de l'alcool, notamment dans des situations de bizutage[46].
Au titre du harcèlement morale, c'est-à-dire dire dégrader les conditions de vie, de travail ou de santé d'une personne par des comportements ou des propos répétés[47].
Au titre de l'injure et la diffamation qu'elle soit publique ou non.