Humphrey Lloyd Hime
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Moy, (County Tyrone), Irlande du Nord
Toronto (Ontario)
Humphrey Lloyd Hime (né le , décédé le ) est un photographe canadien d’origine irlandaise surtout connu pour ses photographies des Prairies canadiennes prises au cours de l’expédition de 1858 menée par Henry Youle Hind en Assiniboine et Saskatchewan dont le but était de démontrer la possibilité de peuplement des Prairies canadiennes. Par la suite, il retourna à Toronto où il était l’un des partenaires de la société Armstrong, Beere et Hime, spécialisée dans l’ingénierie civile et la photographie, période pendant laquelle il détint plusieurs postes électifs dans l’administration municipale. À partir de 1860, il se lança dans le courtage et occupa diverses positions avec la Bourse de Toronto. Il mourut le à sa résidence de Toronto à l’âge de 70 ans.
Hime naquit à Moy, Comté de Tyrone en Irlande du Nord, le [1],[2]. À l’âge de 15 ans, il quitta l’Irlande pour l’Angleterre afin d’y poursuivre ses études en affaires et industrie. Il émigra au Canada en 1854 et trouva rapidement un emploi à titre de géomètre dans l’équipe de W.H. Napier qui arpentait dans la péninsule Bruce au sud-ouest de l’Ontario. En 1854 il se joignit à la société Armstrong and Beer, laquelle se spécialisait en ingénierie civile et en photographie. La même année il fut fait partenaire mineur de la société, laquelle changea son nom en Armstrong, Beer and Hime[3]. L’association des trois partenaires leur valut un succès immédiat et ils remportèrent la même année les premier et deuxième prix pour la meilleure série de photographies non colorées ainsi que le deuxième prix de la catégorie « colorée » au douzième salon annuel de l’association provinciale d’agriculture de Brantford (Ontario)[4].
Bien que l’on en ignore la date exacte, la société devait produire en 1856 ou 1857 la première série de photographies de la ville de Toronto, le Armstrong, Beere and Hime panorama (en), qui devait faire partie de la pétition adressée par la ville au Colonial Office de Londres pour que Toronto devienne la capitale du Canada; la reine Victoria devait toutefois choisir Ottawa[4].
L’expédition Hind de 1858

En ce milieu du XIXe siècle, le mouvement prônant la colonisation de l’Ouest gagnait en popularité. Pour parvenir à créer des colonies de peuplement dans les territoires appartenant à la Compagnie de la Baie d'Hudson, les promoteurs devaient convaincre tant le gouvernement canadien que d’éventuels colons que le projet était non seulement réalisable, mais également profitable; jusque-là en effet le Nord-Ouest n’était vu que comme propre au commerce des fourrures en raison du caractère inhospitalier du bouclier canadien[5]. Pour y parvenir les gouvernements canadien et britannique financèrent plusieurs expéditions devant étudier la viabilité d’éventuelles colonie de peuplement agricole sur la Terre de Rupert. En 1857, deux expéditions, l’une conduite par le capitaine John Palliser, l’autre par George Gladman, furent envoyées pour procéder à un recensement cadastral. Toutes deux ne se déployèrent guère au-delà de deux cents kilomètres au nord de la frontière avec les États-Unis. Les conclusions de leurs analyses était qu’une expansion vers l’Ouest était effectivement réalisable[6].
Au retour de l’expédition Gladman, Henry Youle Hind, professeur de géologie à l’Université de Toronto, fut chargé de conduire une seconde expédition[7]. Hind contacta Hime au printemps de 1858, le priant de se joindre à eux à titre de photographe, soit qu’il ait entendu parler de lui par l’un des partenaires de la firme, William Armstrong, soit par W. H. Napier qui avait participé à l’expédition de l’année précédente avec Hime[8]. Les deux conclurent un accord en avril, aux termes duquel Hime recevrait un honoraire de 20 £ par mois[9].
L’expédition quitta Toronto le , parvint à Détroit par les Grands Lacs et de là se dirigea vers Grand Portage, puis, en canot, vers la colonie de la Rivière Rouge où ils arrivèrent le . C’est là que Hime prit les premières photographies de l’Ouest canadien[7]. Il avait apporté avec lui quelque 200 plaques de verre permettant de développer les photos, mais on ne sait combien de clichés furent effectivement pris; seules huit d’entre elles furent retrouvées en 1975[10]. Ses relations avec les peuples autochtones furent malaisées, ces derniers craignant que leurs photos ne servent à les faire tuer ou à leur dérober leurs terres[11].
Au jugement de Hind, le travail de Hime s’avéra peu satisfaisant. Bien qu’au départ il se soit déclaré heureux de ses résultats, il devait écrire par la suite que Hime avait « … négligé son devoir et s’était avéré un partenaire indésirable pour une expédition de ce genre, retardant son progrès et son travail »[12]. Hind n’élabora pas sur le sujet, mais il est possible qu’il ait été insatisfait des photographies que prenaient Hime et du résultat une fois développées. À la décharge de celui-ci, il faut dire que la photographie était encore à ses débuts et que des facteurs extérieurs comme le taux d’humidité et la température étaient cruciaux pour assurer la clarté de l’image. Or, dans les paysages sauvages de l’Ouest celles-ci étaient très difficiles à contrôler, Hime devant se servir de l’eau des ruisseaux et rivières pour développer ses clichés[13].
Néanmoins, les photographies de Hime devaient changer la perception que l’on se faisait de l’Ouest. Les photographies rapportées par l’expédition montraient que des colonies de peuplement agricole pouvaient être crées sur ces terres décrites jusqu’alors comme toundra ou désert arctique. Hind parla au contraire de la « zone fertile » des prairies que bordaient les grandes forêts au nord[14]. Des politiciens comme Thomas d’Arcy McGee devait, dix ans plus tard, affirmer que « l’avenir du Dominion dépend de notre rapide occupation des riches prairies »[6]. En 1870 la colonie de la Rivière Rouge devait être incorporée dans la nouvelle province du Manitoba; trois ans plus tard Fort Garry, jusque-là le centre de cette colonie, devenait Winnipeg.
À son retour à Toronto Hime réintégra Armstrong, Beere and Hime où il eut la responsabilité de développer les photos qui devaient faire partie du rapport final. Il s’adjoignit comme assistant son collègue Daniel Beere, facturant 80 $ pour ce service. Hind refusa de payer ce montant ne consentant qu’à la moitié de cette somme, ce qui résulta en une procédure juridique[15]. En dépit de ce désaccord, Hind comprenait que ces photos étaient essentielles et les incorpora dans son livre Narrative of the Canadian Red River Exploring Expedition of 1857 and the Assiniboine and Saskatchewan Exploring Expedition of 1858[16].
Courtier et édile municipal
Hime devait continuer d’être l’un des partenaires d’Armstrong, Beere and Hime jusqu’à la dissolution de la firme en 1861[17]. L’année précédente, il avait créé sa propre firme de courtage en dépit du fait que, comme près de la moitié des courtiers de la ville, il n’avait aucune expérience dans ce domaine [18]. En 1861 il devint membre de la Bourse de Toronto où il occupa diverses fonctions dont celles de secrétaire, de trésorier, de vice-président et de président. À cette époque la Bourse n’avait pas de siège social, étant localisée dans les bureaux de l’un de ses membres[18]. C’est sous sa présidence que la Bourse s’écroula en 1869 alors que le nombre de ses membres était passé de vingt-quatre à six. Elle fut toutefois refondée et Hime se joignit à la nouvelle entité en 1871, servant comme président en 1888 et 1889[19]. Il devait en rester membre jusqu’en 1898, année où il céda son siège à son fils, A.G. Hime [20].
Vivant à Toronto, Hime participa activement à la politique municipale, occupant plusieurs postes électifs. Devenu échevin en 1873, il siégea sur divers comités comme celui des Finances et de l’Évaluation, de la Santé publique et des Prisons. Il fut fait juge de paix en 1874. Bien qu’il se soit retiré de la politique une année seulement après y être entré, il continua à conseiller la ville sur diverses questions financières[19].
De retour au secteur privé, il travailla pour le Toronto Brewing and Malting Company et devint par la suite président de la Copland Brewing and Malting Company en 1882. Charles Mulvany le décrivait à l’époque comme un homme « d’une énergie et d’un zèle infatigables, intensément populaire et d’une expérience incalculable » [21].
Hime et son épouse, Christina, devaient avoir huit enfants de 1861 à 1879[22]. Il mourut le à son domicile de Toronto, âgé de 70 ans. La chronique funéraire du Globe le décrit comme « … l’un des agents les mieux connus et les plus estimés de Toronto » [23]. Ses funérailles eurent lieu le .