Hussein Fardust

homme politique iranien From Wikipedia, the free encyclopedia

Hussein Fardust ou Hossein Fardoust, né le à Téhéran, où il est mort le , est un général d'armée iranien. Il fut pendant plus de 20 ans le numéro 2 de la SAVAK, les services secrets iraniens, lors du règne de Mohammad Reza Shah, dont il était un ami d'enfance [1].

Naissance
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
حسین فردوستVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Hussein Fardust
Biographie
Naissance
Décès
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Biographie

Jeunesse et ascension

Hossein Fardoust est né le à Téhéran. Son père, sergent de la gendarmerie nationale, accepte toutes les missions afin d'arrondir ses fins de mois. Il est inscrit à l'École Primaire Militaire de Téhéran réservée aux enfants du personnel de l'armée. Là, il est sélectionné pour faire partie des élèves qui vont étudier dans une classe organisée au sein du palais avec le prince héritier Mohammad Reza. Des liens d'amitié se nouent entre le prince, futur Shahanshah, et Hossein Fardoust. Hossein devient le confident du prince héritier et il est choisi (avec le fils de Abdolhossein Teymourtash, ministre de la Cour), pour accompagner le prince héritier à l'école Le Rosey à Rolle, en Suisse (1931) [2].

En 1936, il entre en compagnie du prince héritier à l'École militaire de Téhéran. Après l'École militaire, il occupe différents postes sans grande importance à Téhéran, en restant toujours proche de Mohammad Reza qui est devenu Shah après l'occupation de l'Iran par les alliés et l'abdication forcée de son père. Dans les années suivantes, il enseignait à l'école militaire et à l'École de Guerre.

Fardoust et les influences extérieures

Mohammad Reza Shah, Ali Reza Pahalvi, Mehrpour Teymourtash and Hossein Fardoust, en Suisse.

Les années passent et Fardoust devint l'un des plus proches conseillers du shah. Il lui servait de principal intermédiaire avec l'armée, permettant au souverain de garder un œil sur les affaires militaires, mais aussi de sonder ses propres soutiens dans les forces armées du pays. C'est pourquoi, lorsque Mohammad Mossadegh devint Premier ministre en , Fardoust fut parmi les premiers à quitter l'Iran. Ce fut sous pression de Mohammad Reza Shah, qui voulut lui éviter l'humiliation d'être chassé par Mossadegh lui-même, qui entendait réduire l'influence du souverain sur l'armée ainsi que les cercles d'influence dans la cour, comme celui de la princesse Ashraf, sœur jumelle du shah (qui elle aussi quitta le pays suite aux manœuvres de Mossadegh).

Il se rendit à Paris et entreprit des études de droit. Là-bas, Fardoust fréquenta un Iranien nommé Saberi, marchand de tapis, à qui il demanda de l'argent pour financer son séjour en France. Saberi, très introduit auprès de la communauté iranienne en France, le soutint financièrement, et ils devinrent amis. On découvrit plus tard que Saberi travaillait pour le KGB. Certains ont émis l'hypothèse que Saberi l'avait recruté comme informateur pour le KGB [3].

Après la chute du gouvernement de Mossadegh, Fardoust retourna en Iran et retrouva sa place de confident du Shah. Le Premier ministre Fazlollah Zahedi reçut un rapport fiable des services des renseignements militaires iraniens indiquant que Fardoust travaillait pour des services de renseignement étrangers. Le général Zahedi présenta un rapport au Shah, qui le prit très mal et reprocha au gouvernement d'avoir osé soupçonner son ami personnel [3].

Carrière dans la SAVAK

En 1959, Fardoust est envoyé à Londres pour un stage auprès du Special Bureau afin de créer une organisation similaire en Iran. Le rôle de ce bureau britannique est de préparer des bulletins quotidiens de 2 à 4 pages pour la reine et le premier ministre afin de les informer de tous les événements internationaux, politiquement et économiquement importants.

À son retour en Iran, Fardoust crée un bureau sur le même modèle. Il sélectionne ses collègues parmi les cadres de l'armée. Ce sont ces officiers triés sur le volet qui occuperont un certain nombre de postes sensibles dans les années à venir. En 1961, tout en restant chef du Daftār-e Vijeh bureau spécial »), Fardoust devient le numéro 2 de la SAVAK, créée en 1957. À partir de 1972, il cumule ces 2 fonctions avec celle du directeur du Service de l'Inspection Impériale. Avec ces 3 organismes, il avait mainmise totale sur l'ensemble des services secrets et de la police.

Hossein Fardoust, n°2 de la SAVAK

Sa position se maintint à la cour, et au sein de la SAVAK également. Le shah lui vouant une confiance aveugle, il finit par être très craint dans l'entourage de Mohammad Reza Shah, même par son supérieur le général Nematollah Nassiri. Le shah l'appelait par son prénom, ce qu'il ne faisait qu'avec un cercle très réduit de proches[4]. Cependant, à partir du milieu des années 1970, cette faveur cessa. Alors qu'auparavant, Fardoust rencontrait quotidiennement le shah pour l'informer personnellement des détails essentiels des rapports de renseignement, il fut désormais contraint de ne lui soumettre quotidiennement que des rapports écrits, ce qui dura lors des trois dernières années du règne du Shah. On ignore encore pourquoi ce revirement eut lieu. Fardoust conserva son poste, mais l'amitié personnelle qui unissait l'unissait au Shah depuis des années avait pris fin. À partir du début de 1978, il cessa de paraître lors des cérémonies officielles de la Cour[4].

Parmi les plus importants généraux de l'armée iranienne ayant travaillé sous l'autorité de Fardoust au sein du service de l'Inspection Impériale se trouve le général Abbas Gharabaghi, nommé chef d'état-major des forces armées iraniennes par le Shah en , lorsque ce dernier fut contraint de quitter l'Iran (). Ce dernier contribua au succès de la révolution en refusant de soutenir le gouvernement approuvé par le Shah, dirigé par le Premier ministre Shapour Bakhtiar.

Selon ses mémoires, la princesse Ashraf était convaincue que Fardoust dissimulait des informations cruciales au Shah et, plus tard, qu'il avait activement négocié avec l'ayatollah Khomeiny[5].

Révolution islamique

En 1979, il ne s'oppose pas aux 17 chefs des forces armées qui signent la fameuse déclaration de la neutralité de l'armée ; selon certaines sources, il aurait eu un rôle actif dans la neutralisation de toutes les forces militaires du pays. Certains auteurs soulignent le rôle important joué par Fardoust dans le retour d'exil de l'ayatollah Khomeini et dans le ralliement des militaires et des forces de sécurité du Shah aux révolutionnaires [6],[7]. C'est Fardoust qui exhorta le général Gharabaghi à ne pas réprimer la révolution par la force [8].

Fardoust semble en effet avoir profité des dernières années de son mandat pour tisser des liens étroits avec les généraux des forces armées iraniennes qui critiquaient le Shah, et qui jouèrent un rôle décisif dans la première phase de la révolution islamique, marquée par l'effondrement des anciennes structures du pouvoir monarchique. Le simple fait que les généraux Hossein Fardoust et Abbas Gharabaghi aient survécu indemnes à la révolution islamique, malgré leurs nombreuses années de collaboration avec le Shah, est considéré par de nombreux chercheurs comme une preuve manifeste de leur implication dans ce mouvement [3]. Lorsque les manifestations contre le Shah s'intensifièrent en 1978, officiers et hommes politiques pressèrent Fardoust d'agir pour stopper la montée en puissance de Khomeini. Ce à quoi Fardoust aurait répondu : « Il est totalement inutile d'intervenir. Le Shah a bafoué la loi depuis longtemps, et il est temps qu'il en paie le prix. » [9]

Dans le reste de l'année 1979, Fardoust, malgré les postes importants qu'il a occupés sous le régime impérial, reste en Iran, tandis que Gharabaghi finit par fuir le pays. Il est arrêté mais à la surprise générale, il n'est pas condamné à mort. Il reste quelque temps en prison, et selon les rumeurs les plus admises, il collabore avec le régime islamique afin de mettre en place l'organisation qui remplace la SAVAK, la SAVAMA.

Dernières années

Sa nouvelle faveur ne dura que jusqu'en décembre 1985 : il fut démis de son poste à la SAVAMA car accusé d'être un espion à la solde du KGB et de l'Union Soviétique, et emprisonné [10].

En , Fardoust réapparut publiquement lors d'une « interview » télévisée avec les autorités islamiques. Il y décrivit et dénonça la vie du Shah, sa cour, ainsi que la corruption et la dépendance du gouvernement au sein duquel il avait servi.

Au cours de cette interview, il affirma que le Bureau spécial du renseignement avait besoin de 10 000 enquêteurs à plein temps rien que pour surveiller les profiteurs financiers et les affairistes au sein de l'élite de l'entourage de Mohammad Reza Shah, arguant qu'il était « impossible de surveiller tous ces petits malfrats. » Selon ses dires, le mariage, puis le divorce, du Shah avec la princesse Fawzia d'Égypte auraient arrangés par les Britanniques [11]. Selon Ervand Abrahamian, les allégations de cette interview télévisée, comme toutes celles des autres interviews télévisées de prisonniers en République islamique, doivent être prises avec des pincettes [12].

Trois semaines après la diffusion de l'interview, le gouvernement annonça que Fardoust était décédé « de vieillesse et de causes naturelles » [11]. D'autres sources évoquent une crise cardiaque.

Mémoires posthumes

Trois ans après sa mort, le journal gouvernemental Kayhan-e Hava'i publia une série d'articles en farsi et en anglais, présentés comme les mémoires détaillées de Fardoust [12].

L'ouvrage, intitulé Khaterat-e Arteshbod-e Baznesheshteh Hossein Fardoust (Mémoires du général à la retraite Hossein Fardoust), s'épanche grandement sur la corruption et les complots à la cour et au gouvernement du Shah, ainsi que sur plusieurs affirmations extravagantes reprises dans le discours officiel de la république islamique. Il affirme que les puissances impériales étrangères, notamment la Grande-Bretagne, dominaient l'Iran et via des agents d'influence qu'étaient les francs-maçons, les bahaïs et les juifs, qui auraient joui d'une grande puissance politique secrète sous les Pahlavi. L'ouvrage prétend d'ailleurs que la plupart des hommes politiques iraniens étaient francs-maçons et que les juifs contrôlaient « non seulement Israël, mais aussi les États-Unis ». Un autre information surprenante révélée par Fardoust – ou plutôt par l'ouvrage qui lui est attribué – était que le Premier ministre Mohammad Mossadegh, un nationaliste notoire, n'était pas un ennemi juré des Britanniques, comme cela était admis par l'opinion publique, mais les avait au contraire « toujours favorisés », et que sa campagne pour nationaliser l'Anglo-Iranian Oil Company, au sein de ce qui fut la crise d'Abadan, avait en réalité été permise par les Britanniques eux-mêmes [11].

Ces mémoires controversées du général Fardoust furent reprises par l'historien iranien Abdollah Shahbazi, un grand promoteur des théories complotistes liées à l'influence des bahaïs et des juifs, et publiées dans un ouvrage en deux volumes intitulé Zohour va soghout-e saltanat-e Pahlavi « Avènement et chute de la monarchie Pahlavi ». Le livre a été traduit en anglais et peut être consulté en ligne [13].

Sources

  • Hossein Fardoust, Zohour va soghout-e saltanat-e Pahlavi Avènement et chute de la monarchie Pahlavi »), Etela'at Publishing, Téhéran, 2 volumes, 1990
  • Issa Pejman, Assar-e Angosht-e Savak vol. 1, Nima Publishing, Paris, février 1994

Liens externes

Références

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