Hypostase (métaphysique)
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Dans le domaine de la métaphysique, appliqué essentiellement à des disciplines telles que la philosophie ou la théologie chrétienne, le terme hypostase désigne une substance fondamentale, un principe premier. Dans le christianisme, les trois hypostases sont « trois principes, trois centres conscients de l’existence une et de la conscience trinitaire une, où il faut affirmer à la fois la distinction et l’unité, l’irréductibilité et la consubstantialité[1]. »
Dans le néopythagorisme
Avant le néoplatonisme, Eudore d'Alexandrie (fondateur à Alexandrie, vers 40 av. J.-C., du néopythagorisme) posait un principe fondateur, absolument transcendant, et ensuite une paire d'opposés qui en découleraient : la Monade (limite, cause, forme) et la Dyade (illimité, effet, matière), constituant le second Un.
Tandis que la dyade serait l'archétype de la matière, la monade serait celui des Idées. L'une et l'autre s'intègreraient dans le Logos, dont l'action sur la matière réaliserait l'univers. Dans cette succession de l'Un suprême, de l'Un composé (de monade et de dyade), puis du Logos comme unité d'une multiplicité, se manifesterait la présence de « trois dieux ordonnés selon une hiérarchie ». Les premières traces de cette notion triadique sont perceptibles dès les trois premières hypothèses du Parménide de Platon, ainsi que dans la lettre II du pseudo-Platon[2].
Dans le néoplatonisme
Dans la doctrine néoplatonicienne, l’hypostase est un terme qui désigne un « principe divin ». Le noyau de cette philosophie – dès Plotin lui-même - était une sorte d'ontologie, introduisant dans la divinité unique des hypostases multiples. Plotin admet trois hypostases :
- l'Un : absolu, ineffable, qui n'a pas de part à l'être, qui échappe à toute connaissance,
- l'Intellect : qui émane de l'Un,
- l'Âme, concept pluriel comprenant : l'Âme du monde et l'âme humaine destinée à descendre dans les corps[3].
« On peut comparer l'Un à la lumière, l'être qui le suit [l'Intellect] au Soleil, et le troisième [l'Âme] à l'astre de la Lune qui reçoit sa lumière du Soleil. »
— Plotin, Ennéades, traité 24, V, 6.
De toute évidence, il s'agit là d'un système à la structure ternaire.
Principes de philosophie
On peut considérer que l'hypostase est un transcendantal. De même que l'essence et l'existence. Affirmer cela, c'est poser que tout être sans exception, fût-il purement idéal, possède une hypostase, une essence et une existence. C'est poser, en d'autres termes, que tout être « est » à la fois une hypostase, une essence et une existence.
- L'hypostase, c'est le sujet, ce dont on parle, ce qui agit ou qui subit. Cette notion d'hypostase correspond à ce que Jean Duns Scot appelait l'« eccéité », ou principe d'individuation.
- L'essence, c'est la nature de l'être, ce par quoi on le définit.
- L'existence, enfin, c'est le fait d'être concrètement, le fait d'être là.
Il ne peut y avoir d'hypostase sans essence ni existence. Il ne peut y avoir d'essence sans existence (même purement virtuelle) ni hypostase. De même, il ne peut y avoir d'existence sans essence ni hypostase. Cette trinité de l'être se pose donc comme transcendantale en elle-même, pour en revenir à notre définition du début.
La notion d'hypostase doit être soigneusement distinguée de celle de « substance ». On pourrait dire au premier abord que les deux termes possèdent une étymologie assez voisine. Tous les deux désigneraient « ce qui se tient en dessous », sous-entendu de l'être. Il n'en est rien cependant. Remarquons d'abord que le mot « sujet » lui-même signifie « ce qui se tient, ou qui est posé, en dessous » : « sub-jectum ». L'hypostase serait à rapprocher du mot « sujet » et à distinguer soigneusement du mot « substance ». L'hypostase, c'est le sujet, l'être en tant qu'individuel, ou encore l'eccéité au sens de Jean Duns Scot.
Toute personne est une hypostase, ou un sujet, ou un être individuel. Mais, inversement, toute hypostase n'est pas une personne, car la personne, par elle-même, n'est pas un transcendantal : tous les êtres ne sont pas des personnes, tandis que tous les êtres sans exception sont des hypostases, ou ont une hypostase.
L'essence est une puissance, c'est-à-dire un être purement virtuel, ou conceptuel, purement à venir, purement idéal, ou mieux idéel. L'existence, par contre, c'est l'être en acte, l'être réel, l'être factuel. L'hypostase, quant à elle, est à la fois essence et existence, puissance et acte. Elle est le sujet de l'un et de l'autre. Elle fait le lien entre l'un et l'autre. Elle est le réceptacle de l'un comme de l'autre. C'est à l'hypostase qu'on attribue l'essence, ou « quiddité » : ce qu'est une chose. Et c'est en parlant de l'hypostase qu'on dit que telle chose existe.
L'essence, c'est encore l'être observé du point de vue du principe rationnel d'identité. Elle répond à la question de l'identité de l'être, de sa nature, de sa définition. L'existence au contraire ne se définit pas. Elle se constate par l'expérience. Elle correspond au second principe rationnel, celui de causalité. Elle répond à la question de l'origine, ou de la cause, de tel ou tel être. L'hypostase constate le passage de la puissance à l'acte, de l'essence à l'existence, de la « quiddité » à la « quoddité ». Elle fait l'objet du point nodal de la rationalité. Elle répond à la question de l'intentionnalité de l'être et de sa prise en charge par la personnalité. En elle, l'être devient dialogue, car elle unifie et relie les deux pôles de la pensée.
L'hypostase, c'est l'être en tant qu'il est un.


