Hébreux

ancien peuple sémitique From Wikipedia, the free encyclopedia

Hébreux (de l'hébreu עברי (`ibri) transcrit en grec ancien par Ἑϐραῖοι (Hebraioi) puis en latin par Hebraei) désigne en français le peuple d'Israël à ses origines[1], établi au Levant au Ier millénaire av. J.-C.. Dans de nombreuses autres langues, ce nom désigne aussi les Juifs modernes qui vivent tant en Israël qu'en diaspora.

PériodeAntiquité
EthnieJuifs
Langue(s)Hébreu
ReligionJudaïsme
Faits en bref Période, Ethnie ...
Hébreux
Image illustrative de l’article Hébreux
Tête de levantin en terre cuite, désignée comme "Hébreu" par Petrie. De Memphis (Egypte), période gréco-romaine, musée Petrie d'archéologie égyptienne (Londres).

Période Antiquité
Ethnie Juifs
Langue(s) Hébreu
Religion Judaïsme
Villes principales Jérusalem
Région d'origine Levant, environs, diaspora
Région actuelle Proche-Orient
Rois/monarques Liste des rois d'Israël, liste des rois de Juda
Frontière Mer Méditerranée à l'ouest, désert arabique à l'Est, mer Rouge au sud
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Provenant de la Bible hébraïque, l'origine du mot est incertaine, ouvrant à diverses étymologies et interprétations. La principale le fait dériver du patriarche Eber, ancêtre d'Abraham, dérivé du verbe עבר (abar) évoquant la notion de « passage »[2]. Une autre le fait remonter aux Apirou, nom qui pourtant ne correspond ni un terme ethnique ni un groupe ethnique[3].

Pendant la période gréco-romaine, le terme grec Ebraios devient le mot habituel pour parler des Juifs. Cet usage fait progressivement d'« hébreu » un synonyme pour « Israélite » et, parmi les ethnonymes des Juifs dans les langues modernes, « Hébreu » (ou l’équivalent linguistique local) reste le mot principal utilisé pour désigner un Juif ethnique en arménien, en géorgien, en italien[4], en grec, en kurde, en serbe et en roumain.

Étymologie

« Hébreu », en hébreu עברי (ʽivri)[5] peut venir de la racine du verbe עבר (avar), qui signifie passer. Selon cette étymologie, les Hébreux seraient « ceux qui passent », les errants, ou de « ceux par-delà le fleuve », venant d'un district au-delà du Jourdain ou de l'Euphrate[6]. Selon S. Encel : « selon l'étymologie retenue par la tradition — mais qui divise les savants — le terme fait référence au passage, à la traversée (des frontières), ce qui se prête bien au périple des Patriarches et à celui du désert »[7].

Le nom « hébreu » peut aussi dériver du patriarche Eber (ʽÉvèr), arrière-petit-fils de Sem d'après le livre de la Genèse (Genèse 10,24-25) et ancêtre lointain d’Abraham (Genèse 11,14-28). Dans les généalogies bibliques, Eber est l’ancêtre de différents peuples sémitiques, dont les Araméens. Dans la Bible, les Hébreux désignent cependant spécifiquement les Israélites[8].

Dans la Bible

Le Levant, croissant fertile et cœur de l'espace où évoluaient les Hébreux antiques

L'usage du terme « hébreu » est relativement peu fréquent dans la Bible hébraïque, guère plus d'une vingtaine d'occurrences[9]. On le trouve dans Genèse, Exode, Deutéronome, Premier livre de Samuel, Jérémie et Jonas. Outre pour Abraham et Jonas, l'expression ibri(m) est principalement employée dans deux contextes : le séjour des Israélites en Égypte et lors des guerres avec les Philistins, où le mot est utilisé quand les Israélites sont considérés comme des étrangers et en situation de précarité. Mais lorsque des Juifs s'adressent à d'autres peuples, ils se donnent aussi le nom d'Hébreux (Jonas). Le terme est aussi employé par des étrangers (Égyptiens, Philistins) pour parler des Israélites. Il est utilisé dans l'histoire de Joseph ( 37-50) et au début de l'Exode où il désigne les Israélites réfugiés en Égypte[10] :

« Les Égyptiens accablèrent les enfants d'Israël de rudes besognes. […] Le roi d'Égypte s'adressa aux sages femmes hébreuses »

 Exode 1.13-15

Dans le Premier livre de Samuel, les Philistins parlent des Israélites avec une connotation négative en les désignant par le terme d'Hébreux :

« Les Philistins concentrèrent toutes leurs troupes à Aphek, tandis qu'Israël était campé près de la source qui est à Jezreël. […] Les chefs des Philistins dirent: "Qu'est-ce que ces Hébreux ?" »

 1Samuel 29.1-3

En dehors des deux contextes précédents, on trouve la mention des Hébreux dans les lois du livre de l'Exode sur l’esclave hébreu (Ex 21) et son parallèle dans le Deutéronome (Dt 15), repris dans le livre de Jérémie (Jr 34,9-14). Il y existe aussi deux mentions isolées dans le livre de la Genèse Abram l'hébreu » Gn 14,13 ) et dans le livre de Jonas je suis hébreu » Jon 1,9).

Au IIe siècle, dans la traduction araméenne de la Bible, le Targoum Onkelos, ibri est traduit de trois manières différentes. Pour les récits de patriarches de la Genèse, ibri est transcrit par « hébreu » (עבריאה (ivriah)). Les autres occurrences sont traduites par le terme contemporain juif יהודאי (yehudaï)) ou par israélite (בר ישראל (bar israel)) dans le cas de l'esclave hébreu[11]. Seul un commentaire tardif du Midrash Rabba introduit l'idée que « le nom Israël est un titre qui implique respect et souveraineté, tandis que le terme Hébreu est une expression vulgaire qui désignait Israël en Égypte »[11].

Dans la littérature post-biblique, il devient un synonyme d'Israélites[12].

Des historiens d'obédience chrétienne puis marxiste ont tenu pour irréel l'histoire des anciens Hébreux, pour légendaire le millénaire d'existence nationale d'Israël sur sa terre, et même pour « langue bourgeoise jadis au service du seul clergé » l'hébreu parlé et écrit[13]. Les résultats de la recherche archéologique enlèvent tout sérieux à ces conceptions[13].

Hébreux et Apirou

Le Proche-Orient au moment des Lettres d'Amarna, dans la première moitié du XIVe siècle av. J.-C.
Zones d'activités répertoriées selon les Lettres d'Amarna.

En 1886, on découvrit dans les Lettres d'Amarna datées du XIVe siècle av. J.-C. les premières mentions des Apirou dans la correspondance d'un roi de Canaan qui demande assistance au pharaon égyptien contre des bandes assaillant ses villes. Un vif débat eut lieu sur la possibilité d'un rapprochement avec le terme biblique « Hébreux », `bry. Certains recherchent alors l'origine du terme dans le mot akkadien ḫabiru, aussi attesté sous les formes ḫapiru et ʿapiru, qui désigne des populations déclassées, vagabondes, vivant aux marges des sociétés urbaines du Proche-Orient antique et notamment à Canaan (voir Apirou).

Mais cette étymologie est contestée, car elle fait face à des incertitudes linguistiques qui empêchent de confirmer que les deux termes soient liés[14]. Sur cette base, A. Rainey a conclu qu'il n'y a pas de lien entre Hébreux et Apirou : « Il n’y a aucune raison d’assimiler de tels ʿapîru aux Hébreux d’Égypte, ni socialement, ni historiquement, ni surtout linguistiquement ! »[15]. Pour Olivier Rouault, « le terme de Hapirou/Habirou a fait couler beaucoup d'encre, en partie en raison de sa ressemblance avec le nom des Hébreux, avec lequel il semble finalement n'avoir qu'un rapport lointain »[16]. Au fur et à mesure de la découverte de textes mentionnant les Apirou, il devint clair que le terme n'a rien d'un lien ethnique et qu'on les retrouvait dans l'ensemble du croissant fertile. Les textes décrivent une classe sociale inférieure, souvent composée de hors-la-loi, de mercenaires et d'esclaves en fuite. Ainsi certains commentateurs voient le terme Apirou comme un terme à connotation sociale décrivant des personnes marginales[17]. Nadav Na'aman, se basant en partie sur les textes de Mari, conclut que le terme se réfère à des migrants, notant que « c'est l'acte de migration, plutôt qu'un statut spécifique lié à leur adaptation aux conditions de leur nouvel environnement, qui définit l'appellation Habirou dans les sociétés asiatiques du deuxième millénaire »[18].

L'équivalence stricte des termes n'est plus recherchée, mais les historiens continuent à admettre un lien plus ou moins proche et font comme vu plus haut du terme biblique ʿibrîm « Hébreux » un dérivé de ḫabiru/ʿapiru. K. A. Kitchen, sans établir de lien étymologique entre les deux termes, considère cependant qu'il y a des analogies évidentes dans les comportements des deux groupes tels qu'ils ressortent des textes[19]. Pour A. Lemaire, « il est difficile de ne pas rapprocher les deux termes. Les origines du peuple « hébreu » semblent donc se situer dans le cadre plus général du mouvement des ̮Habiru-ʽApirû de la seconde moitié du IIe millénaire avant notre ère »[20]. Pour N. P. Lemche, « il est prématuré de voir les Hébreux de l'Ancien Testament comme des descendants directs des Habiru, mais l'emploi du terme indique que les anciens Israélites sont originaires du creuset d'éléments ethniques et sociaux qui existait à la fin de l'âge du bronze »[21].

N. Na'aman propose une solution évolutive, un transfert littéraire de Habiru, un terme social dont le sens premier serait l'acte de migration, vers le terme Hébreux (ʿibrîm) dans la Bible hébraïque, qui s'en serait progressivement séparé : désignant au départ des Israélites dans une situation exceptionnelle, de migrants ou d'esclaves, ou opprimés dans un pays étranger, puis employé pour désigner des Israélites (en l'occurrence, David et sa bande) quand ils sont mentionnés par des Philistins dans un sens dépréciatif, avant de désigner les Israélites per se. Il note que son emploi dans la Bible est donné le plus souvent par des ennemis dans un contexte péjoratif[22]. Ainsi, s'il est impossible que tous les Apirou fussent des Hébreux, il se peut que ces derniers aient été vus comme des Apirou par leurs opposants[18].

Évolutions du sens du terme : une langue et un peuple

Progressivement le terme « Hébreux » évolue pour désigner les Israélites et Juifs en tant qu'ethnie, et désigner la langue qu'ils parlent. La chronologie de cette évolution ne peut être reconstituée avec certitude. Le sens ethnique du terme apparaît dans des livres deutérocanoniques. Dans le Livre de Judith (10.12, 12.11 et 14.18), connu par des versions en grec, le terme Ἑβραῖος a un sens ethnique. Dans le Deuxième livre des Macchabées, le terme a également un sens ethnique. Le Livre des Jubilés, pseudépigraphe daté du IIe siècle av. J.-C., emploie le terme pour désigner la langue des Hébreux. D'autres occurrences du terme dans un sens ethnique et linguistique sont également attestées pour les décennies précédant l'ère chrétienne, ce qui semble plaider en faveur d'un usage croissant. Ces usages se retrouvent ensuite dans le Nouveau Testament (par exemple Actes 21.40, II Cor. 11.22), chez Philon d'Alexandrie, et Flavius Josèphe qui parle de langage hébreu (Ἑβραῖον διάλεκτον, Antiquités I.36) et de peuple hébreu (Ἑβραῖον γένος, Antiquités, II.216). Certains soutiennent que ces usages sont alors répandus aussi bien chez les auteurs juifs que chrétiens, alors que d'autres considèrent que leur usage est limité, et surtout liés à la littérature chrétienne et peu répandus chez les auteurs juifs[23].

De fait le terme « Hébreux » devient ensuite un synonyme courant de « Juifs » dans les langues occidentales, à partir des traditions gréco-romaine et chrétienne[10]. Il est notamment souvent employé par les spécialistes des études bibliques pour désigner les descendants d'Abraham[24] évoluant dans le Proche-Orient ancien. En revanche, son usage dans ce sens est très peu répandu dans la littérature juive en dehors du contexte biblique[25].

Quant à l'emploi du mot « hébreu » tel qu'il est utilisé à l'époque moderne pour désigner la langue hébraïque  jusqu'alors plutôt désignée par le terme yehûdît, « judéen » ou « juif », employé par la Bible  il ne se répand dans la littérature juive en hébreu qu'à partir de l'époque médiévale, emprunt fait à l'arabe[26].

Interrogations

Selon Gérad Nahon[27], l'interprétation critique de l'histoire des Hébreux renvoie aux interrogations mêmes qui caractérisent ce peuple dès l'origine.

Sa chronologie est fixée avec une certaine exactitude à partir de 1000 avant J.-C. (c'est-à-dire sous Salomon) car on dispose de concordances assyriennes et égyptiennes, mais la date estimée de la Sortie d'Égypte, 1450, ne concorde pas avec les fouilles en Canaan et aucun pharaon du nom de Ramsès n'est connu à cette époque.

Quant à la composition du Pentateuque attribuée à Moïse, la critique depuis Julius Wellhausen (1878) y distingue plusieurs documents d'époques différentes dus à des rédacteurs successifs, avec remaniement au retour de l'Exil à Babylone.

Autres questions : Rôle éventuel des Hébreux dans la création du premier alphabet ? – Quelle fut leur évolution entre 515 (retour d'exil) et la conquête d'Alexandre le Grand en 352 ? – La période des Rois fut-elle vraiment le triomphe du polythéisme cananéen en Israël et en Juda ? – Que contenaient les ouvrages perdus cités par la Bible (Livre du Juste, Livre des guerres de l'Éternel, Livre des actes de Salomon) ? – À qui font allusion les manuscrits de la mer Morte par les appellations de Prêtre Impie et de Maître de Justice ?

Notes et références

Voir aussi

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