Ethnie
groupe social de personnes qui s'identifient entre elles sur la base d'une ascendance commune (réelle ou imaginée), d'une histoire commune, d'une culture commune ou d'un vécu commun
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Une ethnie ou un groupe ethnique est une population humaine ayant en commun tout ou partie d'une origine ou d'une ascendance, d'une histoire, d'une mythologie, d'une culture, d'une langue ou d'un dialecte, d'un mode de vie, etc. L'appartenance à une ethnie ou ethnicité est ainsi liée à un patrimoine culturel commun, que ce soit la tradition, les coutumes, le rôle social, l'origine géographique, l'idéologie, la philosophie, la religion, la cuisine, l'habillement, la musique, etc. Revendiquée par la population concernée elle-même, cette appartenance est alors une définition endogène ; émise par des personnes extérieures à cette population, c'est alors une définition exogène. Les deux définitions peuvent se recouper partiellement ou entièrement (cas de nombreux « peuples autochtones »)[1].

Les plus grands groupes ethniques actuels peuvent comprendre plusieurs centaines de millions de personnes (Hans, Arabes, Russes, Bengalis, Latino-Américains…) et être présents dans plusieurs pays, alors que les plus petits peuvent être limités à quelques centaines, voire dizaines d'individus, et de nombreux pays abritent des groupes ethniques différents. Les plus grandes ethnies ont tendance à former des sous-groupes (historiquement nommés « tribus »), qui avec le temps peuvent à leur tour se séparer en groupes ethniques distincts à travers l'ethnogenèse, mais ce processus serait culturel[2] et ne serait pas naturel (comme l'affirme la sociobiologie[3],[4]). Les ethnies issues d'un même groupe initial continuent à parler des langues apparentées et sont groupées en tant que « phylum ethno-linguistique » (Bantous, Latins, Germains, Slaves, peuples iraniens, peuples turcs, Austronésiens…). Le processus inverse, par lequel deux ou plusieurs groupes ethniques s'influencent mutuellement (métissage, syncrétisme, melting pot…) ou bien dissymétriquement (acculturation, assimilation, intégration…) existe aussi[5],[6],[7].
Toujours discutée en raison des critères de définition qui varient selon les auteurs, les législations et les pays, la notion n'est pas définie clairement, mais est néanmoins largement utilisée (classifications officielles des individus aux droits différenciés, motivations de revendications…).
Étymologie
« Ethnie » vient du grec ethnos et dérive de l'un des quatre termes qui, en grec ancien, servaient à désigner les groupes humains : γένος / genos signifiant « famille, clan, tribu », λαός / laos signifiant « peuple assemblé, foule », δῆμος / dêmos signifiant « peuple du lieu, citoyens » et ἔθνος / éthnos genos (le clan). Ces quatre groupes désignaient les gens de même origine culturelle[8]. Bien que repéré dès 1787[9], le mot n'apparaît officiellement dans le vocabulaire scientifique français qu'en 1896, imposé par l'anthropologue Georges Vacher de Lapouge[10].
L'implication de ce dernier est cruciale : théoricien de l'eugénisme et du racisme biologique, Vacher de Lapouge a utilisé le terme « ethnie » pour classifier scientifiquement les populations. Cela démontre que, dès son introduction en langue française, ce mot n'était pas neutre mais intimement lié aux théories racistes de l'époque.
Définitions
Une ethnie tend à être définie par deux attributs principaux : un mythe d'origine et des « marqueurs de frontières ethniques », par exemple linguistiques (isoglosse), culturels (même culte, mêmes coutumes), territoriaux (aire de présence du groupe) et beaucoup d'autres traits caractéristiques tels que l’apparence physique, des styles architecturaux ou vestimentaires, des traditions artistiques comme les ornements personnels, la culture culinaire, les mythes, contes, chants et musiques, l'utilisation de certaines technologies, des activités économiques spécifiques ou un mode de vie général[11].
Selon certains anthropologues comme James Peoples et Garrick Bailey, tous les individus sans exception ont une identité ethno-culturelle qui fait partie des cinq identités de la personne[12] (les quatre autres étant physico-chimique par son corps, organo-biologique par son appartenance au vivant et à l'espèce Homo sapiens, socio-psychologique par sa personnalité et juridique par le statut qui lui est officiellement reconnu)[13],[14],[15]. Une même personne peut avoir plusieurs identités ethniques[11]. Les ethnologues russes Lev Goumilev (1990)[16], Aleksandr Kouznetsov (1989)[17] et Pavel Belkov (1993)[18] partagent également cette analyse. Pour d'autres spécialistes des sciences sociales, comme les anthropologues Fredrik Barth[19] et Eric Wolf, aucune identité ethnique n'est « naturelle », ni innée, ni identique chez tous les individus qui la partagent : ils la considèrent comme le produit, dans chaque personnalité, d'interactions spécifiques entre cultures différentes, venues d'horizons différents. Selon Max Weber, l'appartenance à une ethnie, ou « ethnicité », est d'abord un sentiment : celui de partager une ascendance commune, que ce soit à cause de la langue, des coutumes, des valeurs, des ressemblances physiques ou de l'histoire (plus ou moins vécue et objective ou bien imaginée et mythologique).

L'« ethnicité » est d'usage plus récent, lié à l'évolution du concept d'ethnie. Cette évolution résulte d'une nouvelle approche du concept d'ethnie qui jusque-là était appréhendé comme une réalité objective, sans prendre en compte sa subjectivité. La dimension objective a conduit surtout les anthropologues et les historiens à l'analyser en tant que groupe à travers des critères objectifs tels que la langue, l'histoire commune, le lien d'ascendance et de descendance... C'est l'approche notamment de Paul Mercier[20]. En revanche, la dimension subjective résulte des analyses surtout des sociologues, politologues et psychologues qui saisissent le concept d'ethnie sous l'angle d'identité comme construction sociale, voire politique.
C'est de cette approche subjective que le concept d'« ethnicité » est né, pour saisir les interactions qui aboutissent au sentiment d'appartenance au sein de groupe. C'est l'approche de Max Weber[12] et Guy Aundu Matsanza[21]. Ce dernier considère l'« ethnicité » non seulement comme une construction sociale, mais aussi comme un moyen d'instrumentaliser les luttes sociales et politiques. Cette approche subjective de l'ethnie a permis l'émergence du concept d'« ethnicité » lequel a généré à son tour les notions d'« ethnocentrisme » (parfois synonyme de communautarisme), d'« ethnocide » et d'« ethnisme »…).
L'ethnie est un concept important de l'ethnologie, mais l'approche subjective et les nombreuses instrumentalisations philosophiques et politiques l'ont historiquement rendu imprécis et malléable, au point que sa pertinence même a pu être remise en question ; deux exemples suffiront à illustrer les difficultés d'utilisation :
- selon Marcel Courthiade[22], la notion de Roms dont l'URI souhaite faire une nation (plus exactement une nation sans territoire compact) se heurte à la multiplicité des identités traditionnelles des groupes appelés tsiganes/gitans/manouches/bohémiens/gypsies/romanichels et autres noms, qui n’ont ni langue commune[note 1], ni religion commune – puisqu’ils partagent généralement celles des populations environnantes. Les occupations de ces divers groupes étaient et sont aussi diverses que celles des populations non-roms côtoyées. Selon le député Rom roumain Nicolae Păun, pour que l’identité "Rom" soit prise en compte, il faut avoir ou créer des difficultés sociales, car si on a un emploi, un domicile fixe et des diplômes, on n’est plus comptabilisé comme "rom" dans les statistiques, ce qui selon lui est une nouvelle façon “douce” de nier, de détruire un patrimoine et une identité[note 2] ;
- à l’inverse, selon Jean-Pierre Chrétien, certaines « ethnies » tels les Hutus et les Tutsis habitant la région des Grands Lacs africains ont tout en commun et « ne se distinguent ni par la langue, ni par la culture, ni par l’histoire, ni par l’espace géographique occupé[25] » : en Europe, on parlerait plutôt de classes sociales, anciens agriculteurs d'un côté, anciens éleveurs de l'autre.
Essentialisme et culturalisme
Des auteurs comme Daniel Patrick Moynihan considèrent les identités ethniques comme immuables et universelles, la conscience ethnique étant une forme d'identité qui serait éternellement et partout latente[26]. Cette approche est très critiquée en sociologie car elle enferme les individus dans des cases, et présente l'identité ethnique comme une réalité figée, universelle et acquise dès la naissance. À l'inverse de ces théories essentialistes, le modèle constructiviste[27] montre que l'identité est une construction sociale qui évolue avec le temps. L'approche culturaliste rappelle d'ailleurs qu'elle se transmet par l'éducation : un enfant adopté adopte la culture de sa famille d'accueil, peu importent ses origines biologiques, sauf s'il décide plus tard de chercher ses racines[28]. Cette vision rigide de l'ethnie est contredite par la réalité du terrain. En Afrique subsaharienne par exemple, le mélange des populations et les mariages entre différentes communautés sont des outils puissants pour dépasser les tensions sociales et politiques[7].
Histoire du concept
Le terme "ethnie", dérivé du grec ethnos, désigne à l'origine un peuple ou une nation. À partir du XVIIIe siècle, ce concept, ainsi que celui de « tribu», commence à être employé de manière spécifique pour désigner les populations non européennes[29.1]. Plusieurs analystes soulignent la dimension taxinomique et politique de cette évolution sémantique : « Si ces termes ont acquis un usage massif, au détriment d'autres mots comme celui de "nation", c'est sans doute qu'il s'agissait de classer à part certaines sociétés en leur déniant une qualité spécifique. Il convenait de définir les sociétés amérindiennes, africaines et asiatiques comme autres et différentes des nôtres en leur ôtant ce par quoi elle pouvait participer d'une commune humanité. »[29.2] À travers cette distinction, l'Occident tend à objectiver ces sociétés tout en les inscrivant dans une forme d'immobilité. Selon les analyses de l'historien Bogumil Jewsiewicki, ce processus relève d'une construction conceptuelle où « c’est l’observateur – l’Occident qui invente son primitif (son Vendredi) à sa propre mesure »[30]
Au XIXe siècle, afin de justifier la violence de l’expansion coloniale, des hommes européens comme le diplomate Arthur de Gobineau, le biologiste Louis Agassiz, le géographe Friedrich Ratzel, l'anthropologue Paul Broca, le médecin Louis Figuier... tentent en vain de classer l'espèce humaine en « races ». Dans ce contexte d'institutionnalisation du racisme, les notions de « race », « tribu » et « ethnie » sont employées de façon interchangeable pour désigner les populations non occidentales. L'idéologie nazie s'inscrit dans cette lignée pseudo-scientifique : Alfred Rosenberg, idéologue du parti nazi définit, dans Le Mythe du vingtième siècle, l'« ethnicité » (en allemand Volkstum) comme un « organisme » quasi-biologique, « produit par la sélection naturelle » parmi les humains. Cette définition de la notion d'"ethnie", de même que la notion de "race", ne correspond à aucune réalité génétique, biologique, historique, linguistique ou sociologique, mais a servi à définir, dans la doctrine coloniale puis nazie, des « peuples supérieurs » (auxquels cette supériorité proclamée conférait le « droit » d'agrandir leur « espace vital » au détriment d'autres peuples) et des « peuples inférieurs » (dont le statut ainsi arbitrairement défini « légitimait » l'asservissement et/ou l'extermination)[31].
En sociologie contemporaine, bien que plusieurs distinctions sémantiques entre « race » et « ethnie » soient régulièrement avancées dans une perspective constructiviste, la terminologie demeure instable et scientifiquement contestée. Des sociologues comme Solène Brun et Claire Cosquer, ou Didier Fassin soulignent le caractère problématique de ces frontières conceptuelles, superficielles ou erronées. Ils rappellent que les oppositions traditionnelles — qui séparent le phénotype (par exemple, la couleur de la peau) de la culture, l'assignation subie (assignation raciale) de l'auto-identification(revendication ethnique), ou la verticalité des rapports de domination de l'horizontalité culturelle — masquent la réalité des rapports de force (comme ceux hérités de l'époque coloniale)[32],[33]. Cette critique des catégories figées fait notamment écho aux débats post-soviétiques menés par Valeri Tichkov, qui a vigoureusement contesté la théorie essentialiste de l'ethnos de Yulian Bromley, lui reprochant d'avoir enfermé l'identité dans une définition rigide de « communauté stable, intergénérationnelle, historiquement constituée sur un territoire donné » possédant des « traits psychiques singuliers ». En pratique, l'ensemble de ces approches critiques démontre que la frontière entre ces notions est poreuse et que le terme « ethnie » fonctionne souvent comme un simple euphémisme poli destiné à occulter la persistance de classifications déterministes[34].
Comme pour la « race » qui n'a aucune réalité biologique, l'utilisation de la notion d'« ethnie » pose donc de graves problèmes, parce que toute classification d'une population selon des clivages ethniques relève de critères nécessairement arbitraires : que faut-il retenir ? Uniquement la langue ? Une histoire commune ? Des origines communes (lesquelles) ? La religion ? De simples traditions, coutumes ? Tout cela à la fois ? Doit-on se référer au droit du sang ou au droit du sol ? Selon les critères choisis, l'« ethnie » ne sera pas la même.
En Russie, au lendemain de l'effondrement de l'URSS, selon Elena Filippova[34] la théorie de l'ethnos, avant tout liée au nom de Yulian Bromley, est soumise à de nombreuses critiques sous l'autorité de l'historien et américaniste Valeri Tichkov, son successeur au poste de directeur de l'Institut d'ethnographie devenu en 1989 Institut d'ethnologie et d'anthropologie. L'école russe d'ethnologie, avec des auteurs comme Belkov (1993)[35], Kouznetsov (1989)[36], Kolpakov (1995)[37], Rybakov (1998)[38], remet en question la définition classique :
« […] une communauté humaine stable, intergénérationnelle, historiquement constituée sur un territoire donné, possédant en commun des traits culturels (y compris la langue) et psychiques singuliers, mais aussi consciente de son unité et de sa différence par rapport à d'autres entités équivalentes (une conscience de soi figée dans un ethnonyme)" (1983:58)[39] »
Vocabulaire associé
Certains mots ou néologismes sont directement hérités ou inspirés de la signification que revêt « ethnie » dans le vocabulaire des sciences sociales. En voici quelques-uns parmi les plus fréquemment rencontrés :
L’ethnogenèse est l’ensemble des faits et des idées qui concourent à la formation d'un peuple, en tant qu'ensemble d'individus partageant le sentiment d'une identité commune.
L’ethnohistoire est l’histoire d'une ethnie, en tant qu'elle construit sa propre identité dans la longue durée.
L’adjectif « ethnique » est parfois employé dans le sens de « relatif à des peuples ou cultures exotiques », il est considéré comme un mot porteur en marketing (marketing ethnique). Les campagnes y font donc volontiers référence de façon directe ou indirecte. Ce sens du mot « ethnique » est un anglicisme.
L’ethnisme est l’ensemble de liens qui réunissent des groupes de personnes ayant un patrimoine socioculturel commun, particulièrement la langue. Il a servi pour établir une catégorisation, sur la base de particularités sociales et au prétexte de différences d'origines raciales ou géographiques. Ce terme a été utilisé dans cette acception à propos de la Côte d'Ivoire, l’ethnisme de l’« ivoirité », et à propos du Rwanda et du Burundi (lire à ce sujet Le Défi de l’ethnisme de l’historien Jean-Pierre Chrétien qui rassemble des conférences qu'il a faites à partir de 1990).

Le multiethnisme est le principe d’un pays, d’une société, d’une famille ou d’une personne qui assume la pluralité de ses composantes culturelles et de ses origines nationales ou ethniques.
L’ethnolinguistique est une discipline des sciences humaines qui se penche sur la variabilité linguistique à travers les différentes sociétés humaines et qui voisine dès lors avec la sociolinguistique et la dialectologie.
Les processus d’intégration inter-ethnique ont des dénominations différentes selon les pays, melting pot aux États-Unis, salad bowl (en) au Canada, mizzoug galouyot (intégration des seuls immigrés juifs) en Israël. Il n'y a pas d'unanimité quant au qualificatif désignant la pluralité ethnique : pluriethnique, multiethnique, polyethnique, voire multiculturel.
La « novethnie » (terme forgé par Andreï Amalrik d'après la « novlangue » imaginée par George Orwell dans son roman 1984) est une politique culturelle de l'ex-Union soviétique et de l'ex-Yougoslavie communiste, puis des nouveaux pays qui en sont issus, qui crée des différences dans le but d'imaginer, promouvoir et développer une nouvelle conscience ethnique locale différente des précédentes qui étaient plus larges, afin de construire une identité nationale propre à chacun de ces états ; pour ce faire, les particularismes locaux, leurs racines historiques et tous les traits séparant la communauté locale de ses voisins sont mis en valeur, tandis que les aspects culturels, linguistiques et historiques qui l'en rapprochent sont minimisés, relativisés, voire niés : c'est ainsi que parmi les Moldaves, ceux dont le pays a été soviétique sont définis comme une « ethnie différente » de ceux dont le territoire est devenu roumain[40] et que l'on ne parle plus de langue serbo-croate mais de « diasystème BCMS » (pour Bosnien, Croate, Monténégrin et Serbe)[41].

L'ethnocentrisme est un ensemble de pratiques sociales et politiques qui crée des différences dans le but de favoriser, au sein d'un même pays, un groupe culturel dit « de souche », en marquant l'infériorité d'autres groupes culturels parmi les citoyens de ce pays. C'est le cas des Pygmées en Afrique[21], des Roms en Europe[note 3], des Arabes israéliens[42] ou des personnes récemment intégrées (depuis moins d'un demi-siècle) en Belgique, France ou Suisse[43]. L'ethnocentrisme a motivé, dans l'entre-deux-guerres, la pratique du numerus clausus sur critère d'appartenance ethnique (raciale ou religieuse) dans plusieurs des États-Unis et des pays d'Europe. Ses formes les plus extrêmes ont été, historiquement, le nazisme, l'apartheid et la ségrégation raciale.
L'ethnotype est une classification morale et physique des individus fondée sur le préjugé qui peut être utilisée à des fins valorisantes ou discriminantes.
L'ethnocide est un ensemble des pratiques qui conduisent à la disparition non physique, mais culturelle d'une ethnie. C'est une forme d'assimilation forcée qui se différencie ainsi du génocide, n'use généralement pas (ou plus) de violence armée et n'est pas juridiquement définie : à titre d'exemple parmi beaucoup d'autres, le gouvernement indonésien interdit l'animisme et le nomadisme, oblige les populations concernées à adopter l'une des religions officielles du pays, à se sédentariser et à n'utiliser, dans la sphère publique, que la langue officielle de l'état et de l'enseignement : le bahasa indonesia[44].
Statut légal

La problématique en matière de groupes ethniques concerne essentiellement la définition légale d'un groupe ethnique et, ipso facto, le repérage par dénombrement des populations correspondantes[45].
Certains pays recensent leur population suivant des critères ethniques ou nationaux, d'autres non[46] :
Sans statut légal
Depuis la Révolution française, il n'y a en France métropolitaine qu'un seul peuple et les statistiques ethniques n'y sont pas autorisées (en revanche, elles le sont en Nouvelle-Calédonie[note 4]). Dans l'état civil français, l'origine ethnique n'est pas indiquée et n'a pas d’existence juridique[note 5].
De plus, la Grèce[48] et la Turquie ne prennent pas en compte les origines et cultures de leurs citoyens, à une exception près : les dispositions du Traité de Lausanne qui imposent de décompter comme « grec » tout citoyen turc de confession orthodoxe et comme « turc » tout citoyen grec de confession musulmane[49]. Musulmans aussi, les Kurdes de Turquie ne sont pas décomptés à part des Turcs.
Statut légal déclaratif
Divers pays permettent à chaque citoyen de déclarer une appartenance ethnique au sens anthropologique, sans que cela implique des différences de droit : c'est le cas de l'Espagne, de l'Italie, de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Pologne ou de la Hongrie[50].
Statut à partis politiques ethniques
D'autres pays permettent à des groupes de citoyens de constituer légalement des représentations politiques non-territoriales par communautés : c'est le cas du Liban[51], de Chypre avant la partition[52], d'Israël[53] et plusieurs pays d'Europe Centrale et Orientale[54].
Statut à entités territoriales
La Belgique avec ses communautés et ses régions linguistiques[55], l'Australie avec ses réserves aborigènes, le Brésil[56], le Canada[57] et les États-Unis[58] avec leurs « réserves autochtones » ainsi que la Chine[59] et la Russie[60] avec leurs entités ethniques autonomes (« sujets », « régions », « arrondissements »...) offrent des exemples d'organisation territoriale des communautés ethniques.
Autres cas
L'ethnie peut aussi être l'objet d'une « discrimination positive » (du moins officiellement) et de mesures d'affirmative action comme le font les États-Unis pour leurs minorités raciales, l'Inde pour la caste des intouchables, l'Indonésie pour les suku bangsa ou l'Afrique du Sud par les dispositifs BEE et B-BEE. Au contraire, au Burundi et au Rwanda, l'ethnie supposée (car Hutus et Tutsis parlent la même langue et pratiquent les mêmes cultes) a été un moyen pour procéder une catégorisation de sa population, mise en place par l'administration coloniale belge, et maintenue jusqu'au génocide de 1994. La nouvelle constitution de 2003 abandonne toute référence aux ethnies Hutu, Tutsi et Twa, réprime toute discrimination basée sur l'ethnie (art. 11) et interdit aux formations politiques de se réclamer d'une ethnie ou d'un clan particulier (art. 54).
En ce qui concerne l'Inde, un débat divise sociologues et orientalistes spécialistes de l'Inde à propos de l'applicabilité du concept de « groupe ethnique » aux castes. Certains ont développé la thèse d'une origine ethnique des diverses castes, qui auraient initialement été des groupes ethniques stratifiés par la domination politique de certains, qui se seraient érigés en castes supérieures, mais cette thèse est très controversée[61],[62],[63],[64], tout comme la thèse inverse qui affirme qu'une caste peut se transformer en groupe ethnique en quittant le sous-continent indien (cas possible des Roms[65],[66]).
En Indonésie, le terme suku bangsa, qui signifie littéralement « partie de la nation », désigne un groupe selon le droit du sang, dont les membres possèdent en commun notamment une langue, ou un groupe de langues proches, des coutumes et un territoire. Parmi les groupes les plus connus, on peut citer les Balinais, les Batak du Nord de Sumatra, les Javanais, les Malais. Tous sont citoyens indonésiens selon le droit du sol, mais leur appartenance à un suku bangsa déclaré est prise en compte dans les statistiques[67].