Ichud
parti politique sioniste binationaliste
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Le Ichud (acronyme de Ligue pour le rapprochement arabo-juif en hébreu moderne, également transcrit Yi'houd, Ihud et Ichoud) est un parti politique palestinien puis israélien d’idéologie sioniste[3] de tendance binationaliste[4] fondé en 1942, en réaction à la conférence de Biltmore (en). Ses fondateurs sont Henrietta Szold, Ernst Simon (en), Martin Buber et le rabbin Judah Léon Magnès (en) de l’université hébraïque de Jérusalem, anciens membres de Brit Shalom.
| Ichud | |
| Présentation | |
|---|---|
| Fondation | 1942[1] |
| Fondateurs | Henrietta Szold, Ernst Simon (en), Martin Buber et Judah Léon Magnès (en) |
| Positionnement | extrême-gauche[2] |
| Idéologie | binationalisme, sionisme culturel |
L’Ihud défendait le projet d’un État dans une Palestine unie fondé sur des droits égaux pour les Arabes et les Juifs[5] : il appelait cela la parité politique[6]. Au-delà, il estimait que l’immigration juive devait être régulée selon le principe de la parité numérique avec les Arabes et la capacité économique de la Palestine à accueillir des immigrants[6]. Il proposait la création d’organes de gouvernement communs et la division du pays en districts sur une base communale.
Orientation

Le parti Ichud se consacre à la réconciliation judéo-arabe et défend un État arabo-juif membre d’une Union fédérative entre la Palestine et les pays voisins[3]. Dans sa proposition, les deux peuples jouissent de droits égaux et sont représentés de manière égale par des élections démocratiques dans un conseil (sans prendre en compte la taille des communautés). Le but de la proposition est de protéger la minorité juive (avant 1948, les Juifs représentent environ un tiers de la population de la Palestine[7]). Dans cette proposition, l’État serait dirigé par un représentant des Nations Unies[1].
Le premier point du programme du parti était : « Un gouvernement en Palestine, basé sur l’égalité des droits politiques pour les deux peuples »[8].
L’Ichud s’oppose aussi à la diffusion du mythe de Massada[9] jugé comme la glorification d’un martyre inutile[10]. Parmi les raisons de s’opposer à la création d’un État juif, outre l’idéalisme de Magnès, celui-ci pensait qu’un État juif porterait atteinte à la pureté du judaïsme et qu’il était à contrecourant des tendances mondiales au fédéralisme. Selon lui, la création d’un tel État ne pouvait se faire sans infliger une grave injustice aux Arabes[11].
Le groupe tient sa première réunion le 11 août 1942. Magnès y souligne les six raisons conduisant au soutien du binationalisme :
- la guerre peut conduire à la destruction du Yishouv en Palestine ;
- un État juif en Palestine engendrera une haine raciale difficile à apaiser et qui durera des générations ;
- l’État-nation n’est pas une solution destinée au judaïsme mais à toute la nation ;
- l’État résultant ne serait pas un État juif mais un État séculier/laïc comme toutes les autres nations ;
- cet État créerait un autre point de discorde pour le monde d’après la Seconde Guerre mondiale ;
- les juifs et le judaïsme peuvent et doivent exister dans la diaspora, avec ou sans État[12].
Le 3 septembre 1942, le groupe fondateur décide de publier une autre lettre aux membres du conseil d’administration de l’université hébraïque de Jérusalem afin de clarifier ses positions. La lettre déclare que l’Ichud adhère au mouvement sioniste et considère l’union entre les peuples juif et arabe comme essentielle pour la construction d’une patrie juive en Palestine[12]. Plus particulièrement, les leaders de l’Ichud déclarent que leurs aspirations comprennent :
- la création d’un système politique basé sur des droits égaux pour les deux peuples ;
- assurer le soutien du Yishouv et de tout le peuple juif à une union fédérative au Moyen-Orient qui inclurait la Terre d'Israël ;
- créer une alliance entre cette fédération et l’union anglo-américaine comme part de l’alliance de toutes les nations libres, quand cela adviendra[13].
L’Ichud s’est opposé à la partition de la Palestine. En avril 1948, des mois après l’adoption du plan de partage de la Palestine par l’assemblée générale des Nations unies en novembre 1947, Magnès propose une tutelle des États-Unis sur la Palestine et en discute avec Warren Austin, représentant des États-Unis d'Amérique aux Nations unies[14]. Magnès déclare que le « le partage est probablement la principale cause de chaos en Palestine » et souligne l’importance de permettre aux Juifs et aux Arabes « d’avoir l’opportunité d’exercer eux-mêmes les fonctions gouvernementales[14]. »
Histoire

La création du parti se fait dans le contexte des affrontements entre sionistes et Palestiniens depuis les émeutes de 1929 et de la Shoah en cours de réalisation, rendant impérative la création d’un refuge pour les Juifs. Magnès s’était identifié avec les buts de Brit Shalom[15], tournée vers la création d’un centre culturel juif comme partie d’un État binational en Palestine. Un autre membre de l’Ichud, Natan Hofshi, était aussi membre de Brit Shalom. Il était opposé à l’usage de la force dans toute circonstance[15]. Magnès crée l’Ichud pour remplacer Brit Shalom, après avoir commencé à en discuter en juillet 1942. L’Ichud se donne pour but la propagation des idées de Brit Shalom dans l’arène politique.
Le parti intègre des éléments des associations pacifistes Brit Shalom, Kedma Mizraha et la Ligue pour le rapprochement et la coopération judéo-arabe.
Le parti présente son programme au comité anglo-américain d’enquête (Anglo-American Comity of Investigation, AAIC) en 1946 puis au comité spécial des Nations unies sur la Palestine en 1947. Ces propositions sont reçues favorablement par l’AAIC, qui recommande une union économique en Palestine.
L’Ichud propose la création d’organes de gouvernement commun et la division du pays en districts sur une base communautaire.
Les propositions de l’Ichud sont présentées par Judah Magnès à Ralph Bunche. Outre les propositions déjà énoncées, il rejette le plan de partage de la Palestine ; ces propositions et les arguments présentés rejoignent les préoccupations de Bunche vis-à-vis de la situation en Palestine, qui craint pour le sort des Arabes. Bunche cherche d’ailleurs à inclure Magnès dans le conseil de gouvernement provisoire projeté par la commission début 1948. Une fois Israël créé, l’Ichud propose de remplacer l’union économique projetée par le plan de partage entre les deux États de Palestine, juif et arabe, par une fédération économique entre la Transjordanie et Israël. Cette proposition est reprise dans le plan de Folke Bernadotte, médiateur de l’ONU, en juin[16].
Magnès démissionne de son poste de président de l’Ichud le lendemain de l’annonce du plan de partage de la Palestine[15] ; durant la première guerre israélo-arabe, l’Ichud condamne les attaques sionistes contre les civils arabes[réf. nécessaire]. À propos de la violence, conséquence de cette guerre, l’Ichud avertit que cette victoire militaire créait de dangereux précédents : « Comme membres de l’Ichud, nous n’accueillons pas avec joie les triomphes sur le champ de bataille, qui sont par essence une effusion de sang, des ruines et la destruction pour tous ceux créés à l’image de Dieu[10]. »
Ihud condamne le raid et le massacre de Qibya en octobre 1953 et condamne généralement la politique de représailles menée par l’armée israélienne contre les Arabes[10]. Il condamne également la conquête et l’occupation de Gaza en 1956[17]. Déjà marginal dans les années 1940, le parti subit la perte brutale de popularité de l’idée binationale après la victoire d’Israël lors de la première guerre israélo-arabe (1947-1949)[7], les idées binationales perdant toute audience[1]. Il continue ses activités jusque dans les années 1960[1], Buber et d’autres membres du parti ayant une entrevue avec David Ben Gourion en 1956 pour lui demander la suppression de la loi martiale pour les Palestiniens vivant en Israël[18].
En 1981, l’Ichud présente une liste commune avec les Panthères noires israéliennes aux élections législatives qui recueille 0,1 % des voix (soit environ 2000 votes)[19].
Membres

Comme successeur de Brit Shalom, les membres de l’Ichud sont des sionistes libéraux d’Occident. Outre les fondateurs, on trouve l’agronome Haïm Kalvarisky, le juge Joseph Moshe Valero, Arthur Ruppin, Hugo Bergmann[20]...
L’Ichud est soutenu aux États-Unis par l’intellectuel Elliot Cohen (en), fondateur du Commentary, qui invite Robert Weltsch (en), Moshe Smelansky et Hannah Arendt à écrire dans ses colonnes pour y défendre les idées ichudistes. Albert Einstein soutint également les positions de l’Ichud[2]. Une association des amis de l’Ichud existait aux États-Unis[21].
Publications
Les créateurs et membres de l’Ichud diffusent leurs vues en publiant Ba'ayot (ex Ba'ayot Hayom - Problèmes de notre temps)[22]. La militante Rita Hinden obtient un arrangement avec un membre du bureau colonial de la Fabian Society pour la distribution des brochures de l’Ichud à un large public[5].
Début 1947, Ba'ayot publie un article introduisant les idées d’Albert Einstein sur la meilleure approche pour résoudre la question de la Palestine. En réponse à un éminent défenseur du sionisme, le travailliste Richard Crossman, selon lequel la seule solution juste pour les Britanniques est la partition, Einstein écrit que « Il doit avoir raison ; mais je ne voit aucune solution durable autre que celle basée sur une administration binationale sous autorité des Nations unies[22]. »
Ba'ayot publie aussi une compilation d’essais en anglais, Vers l’Union en Palestine[23].
Après la déclaration d'indépendance d'Israël (15 mai 1948), l’Ichud remplace son journal Ba'ayot par une nouvelle revue, Ner[22], créé et dirigé par Rabbi Binyamin. Ce journal militait pour encourager ses lecteurs juifs à connaître et honorer les droits des citoyens arabes et à répondre de l’expulsion des Arabes d'Israël. Ner est publié jusqu’en 1964, « maintenant la petite flamme de la tradition morale et politique de Brit Shalom à l’ère de l’État juif[24]. »
Accueil des propositions de l’Ichud
Partant d’une base morale (bien que cet argument soit discuté), les idées de l’Ichud sont présentées comme dangereusement naïves et idéalistes par leurs opposants. Ces qualifications sont toujours présentes dans le débat public israélien, qui oscille entre les qualificatif de naïveté dangereuse et celui de trahison[1]. Du côté arabe, le projet de l’Ichud est généralement rejeté sans nuance et ne trouve de relais qu’auprès de Fawzi Darwish al-Husseini, apparenté au Grand mufti de Jérusalem (un accord est signé le 11 novembre 1946 avec le groupe Jeune Palestine) et de Sami Taha (en), leader syndical. Les deux sont assassinés à cause de ce rapprochement[20],[25],[26].
Ses positions sont aussi bien accueillies par la ligue pour le rapprochement et la coopération entre Juifs et Arabes, une organisation fondée en 1939 et qui s’allie à l’Ichud dès 1942[27].
Les dirigeants sionistes non-juifs s’opposent au programme de l’Ichud, dont Sir John Hope Simpson (en) et le major général Edward Spears. La presse sioniste britannique condamne également Magnès. Selon eux, il « il attaque [...] et souhaite détruire l’État d’Israël » en utilisant sa position à l’Université hébraïque pour toucher un plus large public[10]. Sasson Sofer a écrit dans Le Sionisme et les fondamentaux de la diplomatie israélienne (1998) que « Ihud constitue le premier exemple dans l’histoire de la politique de ce qui arrive quand les intellectuels tentent de proposer une solution de compromis au cours d’un conflit national violent en Israël. Il montre sa faiblesse organisationnelle et la faiblesse de son influence politique. Ichud préfigure ce qui arrivera à chaque fois que les intellectuels s’intéresseront au cœur brûlant du conflit israélo-arabe et essaieront de se rapprocher d’une alternative politique ».
Un journal juif indépendant qualifie Magnès de quisling (traître), à cause de son soutien au binationalisme[28]. Un article sioniste du The Reconstructionist approuve les idées de l’Ichud dans son numéro du 10 février 1956, recommendant que le gouvernement israélien et le mouvement sioniste mondial considère avec la plus grande attention ses propositions[29], mais se rétracte quelques mois plus tard, au moment de la crise de Suez[29].
Rav Tzair, un sioniste révisionniste et fervent admirateur de Vladimir Jabotinsky, se déclare bouleversé en lisant que la Palestine est « légalement et moralement à eux [les Arabes] et qu’ils sont parfaitement fondés à y demeurer les maîtres pour toujours[30]. »
Magnès a aussi tenté de s’allier avec Agudat Yisrael, l’organisation ultra-orthodoxe non-sioniste, mais sans succès[12].
La théoricienne politique Hannah Arendt a rejeté le programme de l’Ichud car elle considérait l’idée de binationalisme de Magnès comme une version erronée de fédéralisme substituant l’idée de suprématie arabe à celle de suprématie juive, et que la vision de Magnès était en conflit avec son engagement en faveur du fédéralisme. Elle soutint toutefois la proposition de Magnès pour une tutelle des États-Unis sur la Palestine (en) comme solution temporaire[31].
Seule la groupusculaire Ligue de la liberté d’Isaac Steinberg (qui ne comptait que quelques centaines de membres) reste un allié politique, sur la base du rejet de la violence du sionisme militant. En 1959, des membres de l’Ichud fondent les "Amis de la Ligue de la liberté"[32].
Postérité
Karl Sabbagh, auteur britannico-palestinien, propose en 2018 dans son ouvrage A Modest Proposal to Solve the Palestine‐Israel Conflict, (Skyscraper Publishers), de renommer l’aéroport Ben Gourion en aéroport Judah Magnès, pour son combat en faveur d’un État binational[33].
Voir aussi
Articles connexes
Les mouvements Hakibbutz Ha'artzi et Hashomer Hatzaïr ont aussi soutenu l’idée d’un État binational.
Liens externes
Bibliographie
- Joseph Heller, From Brith Shalom to Ihud: Judah Leib Magnes and the Struggle for a Binational State in Palestine (Jérusalem, 2003) (hébreu moderne)