Ida Craddock
défenseure américaine de la liberté d'expression et des droits des femmes
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Ida C. Craddock, née le 1er août 1857 et morte le 16 octobre 1902, est une défenseure américaine de la liberté d'expression et des droits des femmes[1]. Elle a beaucoup écrit sur la sexualité, ce qui a conduit à sa condamnation et son emprisonnement pour obscénité[2]. Faisant face à de nouvelles poursuites judiciaires après sa libération elle se suicide.
Biographie
Ida Craddock nait le 1er août 1857 à Philadelphie. Son père meurt avant ses cinq mois. Enfant unique, sa mère la scolarise à domicile et lui donne une éducation quaker[3].
Dans la vingtaine, après avoir réussi les examens d'entrée, Craddock est recommandée par la faculté pour être admise à l'Université de Pennsylvanie en tant que première étudiante de premier cycle, mais son admission est bloquée par le conseil d'administration de l'université en 1882[4].
Elle publie ensuite un manuel de sténographie, Primary Phonography, et enseigne la matière aux femmes au Girard College (en).
Dans sa trentaine, Craddock s’éloigne de son éducation quaker. Elle commençe à développer un intérêt académique pour l’occultisme grâce à son association avec la Société Théosophique vers 1887. Dans ses écrits, elle tente de synthétiser la littérature mystique traduite et les traditions de nombreuses cultures en un ensemble savant et cohérent. Libre penseuse, elle est élue secrétaire de la section de Philadelphie de l'American Secular Union (en) en 1889[5]. Bien qu'unitarienne, Craddock s'intéresse à l'érotisme religieux et se proclame prêtresse et pasteur de l'Église du Yoga. Jamais mariée au sens traditionnel du terme, Craddock prétend avoir une relation conjugale heureuse et continue avec un ange nommé Soph. Craddock déclare que ses rapports avec Soph sont si bruyants qu'ils suscitent des plaintes de ses voisins. Sa mère réagit en menaçant de brûler les écrits de Craddock et tente de la faire interner.
Craddock s'installe à Chicago et ouvre un cabinet rue Dearborn, proposant des conseils sexuels « mystiques » aux couples mariés, en consultation sans rendez-vous et par correspondance. Elle consacre son temps à la prévention des maux et des souffrances sexuelles en éduquant les adultes. Elle acquiert une notoriété nationale grâce à ses éditoriaux défendant Little Egypt (en) et son numéro controversé de danse du ventre à l'Exposition universelle de Chicago en 1893[6],.
Craddock écrit de nombreux traités pédagogiques sérieux sur la sexualité humaine et les relations sexuelles respectueuses et appropriées époux. Parmi ses ouvrages figurent Heavenly Bridegrooms, Psychic Wedlock, Spiritual Joys, Letter To A Prospective Bride, The Wedding Night, and Right Marital Living. Aleister Crowley a écrit une critique de Heavenly Bridegrooms dans son journal The Equinox et a déclaré :
« ...one of the most remarkable human documents ever produced, and it should certainly find a regular publisher in book form. The authoress of the MS. claims that she was the wife of an angel. She expounds at the greatest length the philosophy connected with this thesis. Her learning is enormous. ...This book is of incalculable value to every student of occult matters. No Magick library is complete without it[7] »
« … l’un des documents humains les plus remarquables jamais produits, et il devrait assurément trouver un éditeur régulier pour une publication sous forme de livre. L’auteure du manuscrit affirme qu’elle était l’épouse d’un ange. Elle expose en détail la philosophie liée à cette thèse. Son érudition est immense. … Ce livre est d’une valeur inestimable pour tout étudiant des sciences occultes. Aucune bibliothèque de magie ne peut être complète sans lui. »
Ses manuels de sexualité sont tous considérés comme obscènes selon les normes de l'époque. Leur diffusion donne lieu à de nombreux affrontements avec diverses autorités, souvent initiés par Craddock. Elle est détenue pendant plusieurs mois pour des infractions aux bonnes mœurs dans cinq prisons locales, ainsi qu'à l'Institute of the Pennsylvania Hospital (en).
Ses deux premiers livres complets, Lunar & Sex Worship et Sex Worship, portent sur la religion comparée.
Elle continue à écrire sur des sujets surnaturels tout au long de sa vie. L'un de ses derniers ouvrages sur le sujet est Heaven of the Bible, publié en 1897.
La diffusion massive de Right Marital Living par courrier après sa publication dans la revue médicale The Chicago Clinic conduit à une inculpation fédérale de Craddock en 1899. Elle plaide coupable et est condamnée à une peine avec sursis. En 1902, un second procès à New York, portant sur l’envoi de The Wedding Night par courrier dans le cadre d’une opération d’infiltration, se conclut par sa condamnation. Craddock refuse de plaider la folie pour éviter l'internement et est condamnée à trois mois de prison. Elle purge la majeure partie de sa peine à l'hospice de Blackwell's Island. À sa libération, Anthony Comstock la réarrête immédiatement pour violation de la loi Comstock. Le 10 octobre, Craddock est jugée et condamnée, le juge déclarant que The Wedding Night est si « obscène, lubrique, lascif et sale »[note 1] que les jurés ne seront pas autorisés à le consulter pendant le procès.
Âgée de 45 ans, Craddock considère sa peine de cinq ans de prison comme une peine à perpétuité. Le 16 octobre 1902, la veille de son incarcération dans un pénitencier fédéral, elle se suicide après s'être tailladé les veines et avoir inhalé du gaz de houille provenant du four de son appartement. Elle avait rédigé une dernière lettre à sa mère et une longue lettre publique condamnant Comstock, devenu son ennemi juré. Comstock s'était opposé à Craddock près de dix ans auparavant lors de l'affaire de Little Egypt et avait été son accusateur lors des deux procès intentés contre elle devant un tribunal fédéral. Il avait parrainé la loi Comstock, qui porte son nom, en vertu de laquelle elle a été inculpée à plusieurs reprises.
Héritage
Theodore Schroeder (en), avocat new-yorkais spécialisé dans liberté d'expression et passionné de psychologie, s'est intéressé au cas d'Ida Craddock dix ans après sa mort. Au cours de ses recherches sur sa vie, il rassemble ses lettres, journaux intimes, manuscrits et autres documents imprimés. Bien qu'il n'ait jamais rencontré Craddock, il suppose qu'elle a eu au moins deux amants humains (Craddock a insisté sur le fait qu'elle n'avait eu de rapports sexuels qu'avec Soph, son mari spirituel).
Les techniques sexuelles du livre Psychic Wedlock de Craddock ont été reproduites plus tard dans Sex Magick de Louis T. Culling.
Aujourd'hui les manuscrits et notes de Craddock sont conservés dans les collections spéciales de l'Université du Sud de l'Illinois à Carbondale. Son combat contre Comstock est le sujet de la pièce de théâtre Smut Or The Travails Of A Virtuous Woman, créée en 2006 par Alice Jay et Joseph Adler (en), dont la première mondiale a eu lieu au GableStage de Miami en juin 2007[8].
En 2010, après un siècle de rupture quasi total de ses œuvres, Teitan Press publie Lunar and Sex Worship de Craddock, édité et préfacé par Vere Chappell (en). Toujours en 2010, Chappell écrit et compile Sexual Outlaw, Erotic Mystic: The Essential Ida Craddock. Il décrit cet ouvrage comme « une anthologie des œuvres d'Ida Craddock, intégrée dans une biographie ». L'ouvrage réédite The Danse du Ventre (1893), Heavenly Bridegrooms (1894), Psychic Wedlock (1899), The Wedding Night (1900), Letter from Prison (1902), Ida's Last Letter to Her Mother (1902) et Ida's Last Letter to the Public (1902). Une autre biographie de Craddock, Heaven's Bride de Leigh Eric Schmidt, est également publiée en 2010.