Ignorance invincible
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L'ignorance invincible (en latin : ignorantia invincibilis) est un concept de la théologie morale catholique. Il concerne le fait de contrevenir aux commandements moraux du christianisme sans en avoir la volonté et sans avoir conscience de commettre un péché, en raison d'une ignorance qui ne pourrait être combattue qu'au prix d'efforts surérogatoires, c'est-à-dire au-delà des possibilités humaines. Ce principe a été développé par le thomisme, réévalué lors de la découverte des Amériques et abordé dans plusieurs documents du Magistère, notamment par Pie IX dans Singulari quadam (1854), Singulari quidem (1856) et Quanto conficiamur (1863), puis réaffirmé par le concile Vatican II.

Histoire du concept
L'ignorance invincible est l'état de ceux qui ignorent le message du christianisme parce qu'ils n'ont pas eu l'occasion de l'entendre, par exemple les païens ou les nourrissons, et contre laquelle ils ne peuvent lutter, même au prix de leurs efforts[1]. Ce principe fondamental de la théologie morale catholique[2], déjà discuté à l'époque d'Origène, élaboré par Abélard[3] puis analysé par Thomas d'Aquin dans sa Somme théologique[4],[5], a été repris par les théologiens espagnols de la Renaissance lors de la découverte des Amériques[1]. Marco Toste, spécialiste de la philosophie médiévale, souligne l'importance de ce concept pour les penseurs occidentaux du XVIe siècle face à des nations entières qui se trouvaient alors dans une totale et invincible ignorance du christianisme comme de la loi divine et de la loi naturelle[1]. La même notion a été développée par Pie IX dans son allocution Singulari quadam (9 décembre 1854) et ses encycliques Singulari quidem (17 mars 1856) et Quanto conficiamur (10 août 1863). Elle a été réaffirmée par le concile Vatican II dans le n° 16 de la constitution dogmatique Lumen gentium (1964) puis dans la déclaration Dominus Iesus (2000).
Comme cette ignorance invincible n'est pas due à une volonté de faire le mal, celui qui commet un péché en raison de cette ignorance ne saurait être jugé coupable[1],[6]. La notion opposée, celle de l'ignorance dite vincible, est l'ignorance que l'on a sciemment refusé de combattre et donc le choix délibéré de se détourner de Dieu en toute connaissance de cause[6].
Doctrine sotériologique

Le principe de l'ignorance invincible intervient dans la doctrine du salut universel : pour le Magistère, le plan salvifique de Dieu concerne non seulement les chrétiens, mais aussi tous ceux qui n'ont jamais eu la possibilité de connaître la foi catholique[7]. La grâce de Dieu est en effet offerte à chaque être humain en vue de sa justification et de son salut, de par la rédemption accomplie par le Christ une fois pour toutes, même si elle n'est visible que dans l'Église catholique, ses sacrements et son enseignement[7]. Karl Rahner et Herbert Vorgrimler rappellent dans leur dictionnaire de théologie que « le Magistère tient que le Christ est mort pour tous les hommes [...] ; que Dieu donne à tous les justes la grâce suffisante pour éviter tout péché mortellement grave et pour obtenir le salut »[8].
C'est en ce sens que la théologie catholique s'oppose à une lecture restrictive de la formule Extra Ecclesiam nulla salus qui porterait à croire que le Christ n'est mort que pour les catholiques ou pour les croyants[8]. Une telle interprétation relèverait de l'hérésie[8].
Les différents documents du Magistère, en particulier les textes de Pie IX, insistent sur ce point. Son allocution Singulari quadam (1854) précise que, si nul ne peut être sauvé en dehors de l'Église catholique, Dieu ne juge pas coupables ceux qui vivent dans une ignorance invincible de la vraie religion. De même, dans son encyclique Quanto conficiamur (1863), il indique que « ceux qui souffrent d'une ignorance invincible [...], mènent une vie honnête et droite [...], peuvent acquérir la vie éternelle avec l'aide de Dieu » car « sa bonté et sa clémence incommensurables ne permettent pas que quiconque n'ayant pas délibérément péché souffre un tourment éternel », même si « en dehors de l'Église catholique, personne ne peut être sauvé », ce qui signifie que le salut ne peut être atteint par ceux qui s'opposent délibérément à son enseignement[9].