Incendie du musée national du Brésil
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Destruction d'œuvres d'art (en), incendie d'un bâtiment |
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Le , vers 19 h 30 heure locale, un incendie s’est déclaré dans le palais de Saint-Christophe, lequel héberge le Musée national du Brésil, à Rio de Janeiro. La perte sur le plan du patrimoine historique et culturel est considérable — « incalculable » selon les termes du président brésilien Michel Temer —, les collections du musée comptant en effet quelque vingt millions d’objets. Aucune victime n’est à signaler[1],[2]. La police fédérale annoncera le que l'incendie a été provoqué par un dysfonctionnement de la climatisation dans l'auditorium, et qu'il s'est propagé rapidement en raison d'un manque d'équipements de lutte contre les incendies.
Le Musée national présentait des déficiences au regard de la sécurité incendie. Lors d’une inspection menée le , le ministère de la Transparence et la direction générale de contrôle de l’Union (Controladoria-Geral da União, CGU) ont pu constater que l’institution ne disposait pas d’un rapport d’expertise actualisé établi par le comité d’inspection du corps de sapeurs-pompiers. Dans ses conclusions, la CGU indiqua qu’une visite d’inspection des sapeurs-pompiers et la réalisation de ladite expertise seraient une mesure importante propre à garantir la sécurité des installations. Le mois suivant la visite d’inspection, le musée informa la CGU qu’un contrat avait été signé entre l’Ibram (Institut brésilien des musées) et le corps de sapeurs-pompiers de Rio de Janeiro en vue de l’organisation d’une visite technique[3]. En 2004, un avertissement fut émis par le gouvernement de l’État de Rio de Janeiro signalant que le Musée national était exposé au risque d’incendie, en raison de la mauvaise qualité des installations électriques de l’édifice[4].
Au cours de cinq années précédentes, les subventions accordées au musée par le gouvernement fédéral avaient quasiment été réduites de moitié, de 1,3 million de réaux en 2013 à 643 000 en 2017. Les données ont été collectées par la commission du budget de la Chambre des députés, à partir de la base de données Siafi (Système intégré de l’administration financière) du gouvernement fédéral, et publiées par le journal Folha de S.Paulo (après les avoir corrigées de l’inflation sur la période concernée)[3]. À cause de ces coupes financières, le musée présentait des signes de mauvais entretien, notamment des murs délabrés et des fils électriques dénudés[5]. En 2018, jusqu’au mois de juillet, 71 000 réaux seulement avaient été versés au musée[6], qui avait célébré son deuxième centenaire en , en pleine situation d’abandon[7]. Le vice-directeur de l’institution, Luiz Fernando Dias Duarte, a épinglé l’incurie dont le musée aurait souffert sous les gouvernements successifs[8].
L’université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), qui administre l’institution, avait en 2013 réduit ses dépenses pour le fonctionnement du musée, dépenses qui s’élevaient alors à 709 000 réaux, pour atteindre 166 000 réaux seulement en 2017, selon le rapport de la Chambre. Le pro-recteur de la prévision et des finances de l’UFRJ, Roberto Gambine, a déclaré que l’université n’avait pas de ressources suffisantes pour assurer l’entretien de ses quinze sites à Rio de Janeiro et dit craindre que le destin des autres bâtiments ne soit un jour le même que celui du Musée national[3]. Le recteur de l’UFRJ, Roberto Leher, a affirmé qu’un contrat avait déjà été signé avec la Banque brésilienne de développement économique et social (BNDES) prévoyant l’octroi de moyens financiers pour une rénovation, laquelle incluait un système de prévention d’incendie, mais que l’on n’a pas eu le temps de débloquer la somme imputée. Le recteur a fait remarquer aussi que l’UFRJ n’avait pas les moyens financiers de maintenir 24 heures sur 24 une brigade anti-incendie dans le musée[9].
Ainsi, au moment du sinistre, le musée ne bénéficiait pas du système anti-incendie qui était pourtant prévu : il ne disposait pas de portes coupe-feu ni d'extincteurs, tandis que les détecteurs de fumée étaient inopérants. Par ailleurs, les fils électriques étaient dénudés et les plafonds fuyaient[10].
Déroulement du sinistre

Le , passée l’heure de fermeture du musée pour les visiteurs, un incendie de grande ampleur se déclare et s’étend bientôt aux trois niveaux du palais de Boa Vista dans lequel est hébergé le musée national à Rio de Janeiro[11]. Les sapeurs-pompiers sont mobilisés à 19 heures 30[12] et arrivent rapidement sur les lieux[7].
À 21 heures, le feu ne peut plus être maîtrisé, projetant de grandes flammes et provoquant de temps à autre des affaissements de matériaux consumés[13]. Les pompiers de quatre casernes sont mis à contribution dans la lutte contre le sinistre[2]. Des dizaines de personnes se rendent au domaine de Boa Vista pour voir l’incendie[7]. Quinze minutes après, une équipe spécialisée pénètre dans le bâtiment dans le but de circonscrire les zones non encore atteintes par les flammes et d’évaluer l’étendue des dégâts[14]. Vers 21 heures 45, les pompiers de trois corps sont occupés à combattre le feu sur place. Deux échelles de pompiers sont en action et deux camions-citerne se relaient pour approvisionner les pompiers en eau[14].
À 22 heures, des dizaines de fonctionnaires du musée aident à combattre les flammes. Deux niveaux de l’édifice sont déjà ravagés et la toiture s'est effondrée au milieu du brasier. Selon Edson Vargas da Silva, bibliothécaire et fonctionnaire employé au musée depuis 43 ans, qui se trouvait sur les lieux, le musée « contient beaucoup de papier, le sol est fait de bois, une foule de choses qui brûlent très vite »[14].
Finalement, le feu a été maîtrisé après 2 heures du matin[10].
Dommages et pertes

Les trois niveaux du bâtiment sont en grande partie détruits par le feu et la toiture s’est effondrée[14]. D'après le vice-directeur du musée, Luiz Fernando Dias Duarte, l’ensemble de la collection de l’impératrice Thérèse-Christine, toutes les fresques de Pompéi, de même que le fonds linguistique, sont perdus[8]. Ce dernier comprenait notamment des enregistrements depuis 1958 de chants dans des langues amérindiennes éteintes, les archives de Curt Nimuendajú, notamment ses papiers, photos et négatifs, sans oublier la carte ethno-historique-linguistique originale localisant tous les groupes ethniques au Brésil, unique registre existant daté de 1945, ainsi que les références ethnologiques et archéologiques de tous les groupes ethniques au Brésil depuis le XVIe siècle[15].
Parmi les objets qui sont présumés avoir été détruits par l’incendie figure le fossile le plus ancien jamais découvert au Brésil, trouvé en 1974 et baptisé fossile de Luzia. Les collections de paléontologie conservées au musée comprenaient notamment le Maxakalisaurus topai, dinosaure découvert dans le Minas Gerais, le premier de cette dimension à être reconstitué au Brésil. Le fonds d’ethnologie comportait des objets des cultures indigènes, y compris quelques objets rares provenant du peuple tikuna, et d’origine afro-brésilienne, en plus d’objets de différentes cultures du Pacifique. La météorite de Bendegó, trouvée en 1794 à Monte Santo et conservée dans cette institution depuis 1888, n'a pas subi de graves dommages[16], sa composition métallique la rendant assez résistante au feu. Au contraire, le trône du roi d'Abomey, Adandozan (1797-1818), que les ambassadeurs de celui-ci avaient offert au prince régent, le futur Jean VI, en 1811, est détruit[17],[18].
Le musée possédait par ailleurs une irremplaçable collection d'objets appartenant aux civilisations précolombiennes de l’Amérique du Sud — urnes funéraires, momies andines (dont une était vieille de 3500 ans, selon les estimations), textiles et céramiques —, pour la plupart collectés à travers le continent tout au long du XIXe siècle, et dont certains proviennent de la collection personnelle de l’empereur Pierre II[19],[20]. Certains objets du musée avaient été recueillis lorsque, au début du XXe siècle, le maréchal Cândido Rondon tendait des lignes télégraphiques et construisait des routes à travers le bassin amazonien ; à côté d’armes, la commission Rondon collecta aussi des instruments de musique, et en 1912, l'anthropologue Edgar Roquette-Pinto, qui accompagnait la Commission, procéda aux premiers enregistrements de musique autochtone sur des cylindres de cire. La collection comprenait également des objets de groupes indigènes encore existants, notamment des œuvres d’art plumier de l’ethnie carajá, dont ne subsistent plus que trois milliers d'individus vivant dans quelques douzaines de villages dans le centre du Brésil[20]. Une collection égyptienne, dont le sarcophage d’une prêtresse et chanteuse, Sha-Amun-en-su, a également disparu dans ce sinistre[18],[21],[22].
Le musée avait été jusqu’alors administré par l’université fédérale de Rio de Janeiro et possédait le statut d’institution académique et scientifique[17], reconnue comme centre de recherche en histoire naturelle et anthropologique d’Amérique latine[23]. Tout le travail d’environ 90 chercheurs qui y poursuivaient leurs activités de recherche a été perdu. L’ensemble des archives historiques a également été la proie des flammes[8]. Les deux expositions qui se tenaient à deux endroits dans la partie avant de l’édifice principal ont aussi été détruites[2]. Le relevé complet de ce qui a été ravagé ne pouvait pas encore être établi début septembre[2].
Une partie du fonds muséal ne se trouvait pas dans l’édifice en flammes et n'a donc pas été atteinte par l’incendie. Le zoo de Rio de Janeiro, situé tout près du Musée national, n’a pas été touché[14].
Les quatre agents de sécurité qui travaillaient dans le bâtiment ont réussi à s’échapper, et aucune victime n'est à déplorer[2].
Enquête policière
La police fédérale brésilienne (PF) a été chargée de coordonner les recherches sur les causes de l’incendie. Des experts ont procédé au scannage tridimensionnel de l’édifice à l’aide d’un scanner à laser installé sur la partie avant de celui-ci. D'autre part, des images produites par des drones et des ordinateurs ont permis de créer une sorte de maquette numérique à trois dimensions de l’édifice. D'éventuelles images provenant des caméras de surveillance à l’intérieur du bâtiment peuvent également fournir des indices quant aux causes du sinistre. Enfin, des spécialistes tenteront de déterminer quel était l’état des installations électriques dans le musée[24].
Les enquêteurs de la PF n’écartent pas l’hypothèse que l’incendie soit d’origine criminelle. Le lieu d’où est parti le feu a d’ores et déjà été identifié, mais l’information n’a pas été divulguée pour ne pas perturber les investigations. Selon un reportage du journal carioca O Globo, les policiers de la PF admettent, sur la foi de déclarations de fonctionnaires et d’agents de sécurité, que l’incendie a commencé au premier étage, dans les espaces d’expositions permanentes consacrés au mobilier de la monarchie, à l’archéologie brésilienne et à la linguistique. Le lieu en question se trouve au-dessus de la casa de força, pièce d’accès restreint destinée à accueillir les équipements produisant l’énergie pour l’ensemble de l’édifice[25].


