Ingérence du gouvernement chinois au Canada

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Le bâtiment central sur la colline du Parlement

L’ingérence du gouvernement chinois au Canada prend la forme d'activités d’espionnage, de tentatives d'influence sur les responsables politiques et les fonctionnaires, d'interférence dans les élections, de répression transnationale, ainsi que du contrôle d'individus et d’entreprises ayant des liens avec le gouvernement de la République populaire de Chine ou le Parti communiste chinois (PCC)[1].

Le gouvernement canadien suit les efforts déployés par le gouvernement chinois pour exercer une influence au Canada depuis au moins 1986[2]. Ces opérations d'influence à l'étranger auraient pris une telle ampleur qu'elles constituent une menace sécuritaire alarmante pour les États-Unis, qui ont mené une enquête secrète sur la question dans les années 1990, selon d'anciens responsables des services de renseignement canadiens et américains[3]. Un manuel pédagogique du Département du travail du Front uni du Comité central du Parti communiste chinois mentionnait avec satisfaction que ses candidats préférés avaient été élus à Toronto en 2003 et 2006[4]. En 2026, la Fondation Jamestown a recensé 575 organisations du « Front uni » au Canada[5]. Un rapport publié en par l'Institut de sécurité mondiale de Montréal a documenté des cas de répression transnationale au Canada liés à la Chine, notamment des actes d'intimidation, de surveillance et de harcèlement numérique visant des individus[6].

Scandale de corruption de Trudeau

En 2016, selon des sources journalistiques, Justin Trudeau aurait participé à des événements payants organisés chez des riches Canadiens d'origine chinoise à Toronto et à Vancouver, ce qui a déclenché un scandale politique[7],[8],[9],[10]. Les participants à ces événements, y compris ceux ayant des liens avec le PCC, payaient jusqu'à 1 525 $ par billet pour rencontrer Trudeau. En réponse, le Parti libéral a indiqué que toutes les collectes de fonds du parti respectaient les règles et règlements d'Élections Canada[7],[11].

Fonctionnement des commissariats de police chinois au Canada

Bien qu’il n’y ait pas de présence officielle de la police chinoise sur le sol canadien, plusieurs rapports et allégations ont fait surface concernant la présence de postes de police chinois clandestins au Canada. Parmi ceux-ci figurent des affirmations selon lesquelles des agents des forces de l’ordre chinoises mèneraient des opérations non officielles à l’intérieur des frontières canadiennes, ciblant à la fois les ressortissants chinois et les citoyens canadiens[12],[13].

Des postes de police clandestins chinois auraient été opérationnels à Vancouver, Montréal et Toronto[14]. Ils pourraient servir à intimider, surveiller et contrôler la communauté chinoise au Canada, portant potentiellement atteinte à ses droits et libertés[13],[15]. De plus, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a affirmé que des agents des forces de l'ordre chinoises agissaient sous couvert d'organisations ou d'entreprises de la communauté chinoise au Canada, brouillant davantage la frontière entre le soutien communautaire légitime et une potentielle influence d'un gouvernement étranger[15]. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a décrit ces avant-postes comme des « stations-service » pour les Chinois de l'étranger et a accusé le Canada de « diffamation »[16].

Le Premier ministre Justin Trudeau a réagi aux rapports en en déclarant : « Nous sommes au courant de la présence de postes de police chinois à travers le pays depuis plusieurs mois, et nous veillons à ce que la GRC fasse un suivi et que nos services de renseignement prennent la situation au sérieux. » [16]

En 2023, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) aurait enquêté sur les activités de deux postes de police présumés chinois au Québec : l’un à Montréal et l’autre à Brossard, une ville voisine[17],[18]. La GRC enquête également sur les activités de postes de police présumés chinois à Vancouver et dans la région du Grand Toronto[19],[20].

Alors que les États-Unis ont déjà procédé à des arrestations liées à des postes de police chinois opérant sur leur territoire, aucune fermeture ni arrestation de personnel de ces postes n'a eu lieu au Canada[19]. L'absence d'un registre des agents étrangers, comme c'est le cas aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, est citée comme un obstacle majeur à l'application de la loi contre les postes de police chinois opérant au Canada[21],[22].

Deux associations de la communauté chinoise de la région de Montréal ont annoncé leur intention de poursuivre la GRC si celle-ci ne présente pas d'excuses concernant les accusations selon lesquelles elle hébergerait des postes de police chinois secrets. Elles réclament 2,5 millions de dollars canadiens en dommages et intérêts. Maryse Lapointe, leur avocate, a qualifié ces allégations de fausses et diffamatoires. Mei Chiu, coordonnatrice de la Table ronde du quartier chinois de Montréal, a critiqué l'enquête de la GRC, lui reprochant de ne pas avoir cherché à rencontrer les employés et de s'être contentée d'interroger les membres du conseil d'administration. Les associations affirment avoir perdu des subventions gouvernementales, ce qui les oblige à réduire leurs programmes, notamment les cours de français et le soutien aux victimes de violence conjugale. La GRC a déclaré de façon générale : « Il est important de noter que certaines des activités faisant l'objet de l'enquête de la GRC se déroulent dans des lieux où d'autres services légitimes sont offerts à la communauté sino-canadienne. » [23]

Intimidation des politiciens canadiens

Dans un article publié en 2023 par The Globe and Mail, s'appuyant sur un document de renseignement top secret et une source anonyme relevant de la sécurité nationale, la famille du député conservateur Michael Chong, connu pour son franc-parler, aurait été la cible de harcèlement de la part du gouvernement chinois dans le cadre de l'ingérence de l'État chinois dans la politique canadienne[24],[25],[26]. La campagne contre la famille de M. Chong a débuté en après que celui-ci eut voté en faveur d'une motion de la Chambre des communes condamnant le traitement réservé par la Chine à sa minorité ouïghoure comme génocide[27]. À l'époque, la Chine a sanctionné M. Chong en lui interdisant l'entrée sur son territoire et en interdisant aux citoyens chinois de faire des affaires avec lui[27].

Dans le cadre d'une opération d'intimidation visant à contraindre Chong à modifier sa position politique, un agent du ministère de la Sécurité d'État a recueilli des renseignements afin de cibler la famille de Chong en Chine[27],[28]. Chong a également révélé qu'un diplomate chinois basé à Toronto, Wei Jo, « était impliqué dans ces opérations d'intimidation »[29]. Chong a accusé le gouvernement fédéral de ne pas l'avoir informé des allégations selon lesquelles Pékin cherchait à intimider sa famille[30],[27].

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré mercredi qu'il savait qu'après les sanctions imposées à Chong par la Chine en 2021, le SCRS fournissait au député des briefings qu'il a qualifiés de « défensifs », mais a affirmé que le SCRS avait dissimulé des informations concernant les menaces proférées par la Chine contre Chong[29],[31]. Cependant, Chong affirme que le document top secret est parvenu au conseiller à la sécurité nationale de Trudeau et au Bureau du Conseil privé[27]. Selon CBC News, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré avoir demandé au SCRS de partager davantage d'informations sur les menaces visant les députés, tout en insistant sur le fait qu'il n'avait appris que cette semaine l'existence de rapports selon lesquels le gouvernement chinois ciblait un député conservateur et sa famille[30],[29].

Le gouvernement Trudeau hésite à expulser Wei Jo, le diplomate chinois impliqué, car cela affecterait ses « intérêts économiques, consulaires et diplomatiques », selon la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, et pourrait entraîner des « représailles »[27],[32]. Chong se dit « stupéfait » par cette réticence et estime qu'elle encouragera la Chine à cibler davantage de Canadiens[27].

Selon M. Chong, d'autres députés canadiens auraient également été pris pour cible par le ministère de la Sécurité d'État, mais leur identité n'a pas été révélée[27]. En , le Ministère des affaires étrangères a déclaré que M. Chong et sa famille avaient été la cible d'une opération de désinformation en ligne menée par le gouvernement chinois[33].

Opérations d'influence sur les médias sociaux

Il est rapporté que la Chine utilise les réseaux sociaux comme WeChat pour influencer l'opinion publique et manipuler le discours politique au sein de la diaspora sino-canadienne[34]. Cela inclut la diffusion d'informations fausses ou trompeuses afin de créer la confusion, semer la discorde ou saper la confiance dans les institutions politiques[35]. En utilisant des bots et de faux comptes, la Chine parvient à amplifier les contenus clivants ou à donner l'illusion d'un soutien populaire à certains discours. Le gouvernement chinois recourt également à la manipulation de l'opinion publique en créant des mouvements populaires apparemment indépendants qui sont en réalité contrôlés ou financés par le gouvernement chinois ou ses alliés. Ces groupes peuvent utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir des discours pro-PCC, discréditer les critiques ou manipuler l'opinion publique[36],[37],[38].

En , un groupe de travail du gouvernement canadien a signalé qu'une campagne coordonnée et soutenue par l'État sur WeChat ciblait Chrystia Freeland[39].

Ingérence dans les élections fédérales de 2019 et 2021

Selon le Service Canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et la Comission sur l'ingérence étrangère du Parlement du Canada, la République populaire de Chine a tenté de s'ingérer dans les élections fédérales canadiennes de 2019 et de 2021 et a menacé des personnalités politiques canadiennes. Fin 2022, la chaîne de télévision Global News a rapporté une tentative présumée de la RPC d'infiltrer le Parlement du Canada en finançant un réseau de candidats se présentant aux élections fédérales canadiennes de 2019.

Début 2023, le journal The Globe and Mail a publié une série d'articles rapportant que la SCRS, dans plusieurs documents classifiés, avait indiqué que le Ministère de la Sécurité d'État (MSS) et le Département du travail du Front uni de la Chine avaient eu recours à des campagnes de désinformation et à des dons non divulgués pour soutenir des candidats de leur choix lors des élection fédérales canadiennes de 2021, dans le but de s'assurer que les libéraux remportent à nouveau la victoire, mais uniquement avec une majorité minoritaire[40]. En , le SCRS a conclu que le gouvernement chinois s'était ingéré dans les élections de 2019 et 2021[39].

En , une enquête officielle menée par la Commission parlementaire sur l'ingérence étrangère a conclu que la Chine s'était ingérée dans ces deux élections[41].

Autres opérations d'influence

Notes et références

Voir aussi

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