Inhibition latente
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L'inhibition latente, dite aussi effet Lubow (Doré 1984), désigne un concept de psychologie expérimentale décrivant la capacité à filtrer les stimulus en prêtant moins d'attention à ce à quoi on est habitué ; un stimulus familier met plus de temps à acquérir un sens qu'un nouveau stimulus[1]. Lubow et Moore ont les premiers fait usage de l'expression[2].
L'inhibition latente est un processus cognitif inconscient permettant de traiter les stimuli sensoriels.
Un phénomène du même ordre, appelé inhibition rétroactive a été étudié dès la fin du XIXe siècle en psychologie de l'éducation.
L'inhibition est dite « latente » car elle ne se manifeste pas lors des premières expositions au stimulus, mais plutôt dans la phase ultérieure de l'expérience. L'effet apparaît chez toutes les espèces de mammifères qui ont été testées, ce qui suggère des avantages adaptatifs.
Le modèle d'apprentissage développé par la psychologie expérimentale associe un stimulus et une conséquence qui lui est associée. On examine, par exemple, comment un rat peut obtenir de la nourriture en répondant à un stimulus comme une forme peinte.
Lubow et ses collaborateurs ont examiné la différence de comportement de l'animal selon qu'il a été ou non exposé au stimulus avant le début de l'expérience. Dans l'exemple précédent, la différence de comportement entre les rats qui avaient vu, avant l'expérience, la forme peinte, sans aucun rapport avec la nourriture, et ceux pour qui le stimulus a toujours été associé à la récompense.
Ils montrent que l'exposition préalable au stimulus, sans rapport avec sa conséquence, diminue la performance des animaux pour atteindre la récompense ou éviter la punition. Lubow et Moore ont appelé l'effet inhibition, puisque l'exposition préalable au stimulus entrave l'apprentissage, et latente, puisque cette inhibition ne se révèle que lorsque le stimulus est effectivement utilisé dans une nouvelle expérience.
Les psychologues ont proposé plusieurs modèles théoriques pour rendre compte de l'effet. Pour les uns, l'exposition aléatoire au stimulus réduit la capacité de l'associer à un comportement. Cet affaiblissement doit être surmonté pour permettre un nouvel apprentissage (Lubow et Weiner 2010). Pour d'autres, le stimulus se trouve toujours associé, d'abord à rien de particulier, puis à la situation d'apprentissage, et, pendant un temps, le sujet hésite entre les deux associations. De façon alternative, il a été proposé que l'inhibition latente était le résultat d'une défaillance de récupération plutôt que d'un échec d'acquisitions[3].
L'inhibition latente apparaît chez toutes les espèces de mammifères qui ont été testées et dans de nombreux paradigmes d'apprentissage différents, ce qui laisse supposer certains avantages adaptatifs, comme éviter à l'organisme d'associer des stimuli non pertinents avec des événements plus importants.
L'effet Lubow est démontré dans les conditions particulières du laboratoire, où le contexte, identique dans les deux phases de l'expérience, n'apporte aucune information supplémentaire au sujet. Si, au contraire, l'environnement change entre l'exposition préalable au stimulus et l'apprentissage, l'inhibition latente est fortement diminuée.
Conséquences
Selon les principes de la psychologie expérimentale, ces expérimentations mettent en évidence un processus de base de l'interaction avec le milieu, qui s'exerce, de façon plus complexe, dans les situations ordinaires, pour transformer certaines sensations, mais pas toutes, en perceptions[réf. souhaitée].
Le mécanisme d’inhibition latente désigne généralement le tri que notre cerveau effectue dans les influx sensoriels, qui nous rend conscients d'une partie, en enlevant les bruits, images et sensations de fond afin que nous ne soyons pas submergés par toutes ces informations et que nous puissions nous concentrer sur l’essentiel[réf. souhaitée].
La psychologie de l'éducation a constaté un phénomène du même ordre, appelé inhibition rétroactive, qui fait qu'un apprentissage peut perturber l'acquis d'un apprentissage antérieur, ou qu'une nouvelle expérience entraîne une perte de souvenir[4]. La capacité d'inhibition se développe au cours du vieillissement de l'enfant, permettant la concentration et un apprentissage plus rapide[5].
Physiologie
L'hypothèse selon laquelle le processus attentionnel qui produit l'inhibition latente chez les sujets normaux serait dysfonctionnel chez les personnes schizophrènes a considérablement stimulé la recherche chez les humains, ainsi que chez les rats et les souris. De nombreuses données indiquent que les agonistes et les antagonistes à la dopamine modulent l'inhibition latente chez les rats et les humains de condition standard. Les agonistes dopaminergiques tels que les amphétamines abolissent l'inhibition latente, tandis que les antagonistes de la dopamine tels que l'halopéridol et d'autres médicaments anti-psychotiques la potentialisent[6]. En outre, les manipulations des voies dopaminergiques putatives dans le cerveau ont aussi les effets attendus sur l'inhibition latente : l'hippocampe et les lésions septales interfèrent avec le développement de l'inhibition latente, de la même façon que les lésions dans des parties sélectives du noyau accumbens[7]. Concernant les sujets humains, il est évident que les personnes schizophrènes qui ne sont pas sous traitement montrent une réduction de l'inhibition latente par rapport aux personnes schizophrènes sous traitement chronique ou aux sujets standards ; ces deux derniers groupes ne montrant aucune différence dans les quantités d'inhibition latente. Enfin, les sujets symptomatiquement normaux obtenant un score élevé aux questionnaires d'autoévaluation qui mesurent les traits psychotiques ou schizotypiques présentent également une inhibition latente réduite par rapport à ceux qui obtiennent un faible score sur ces échelles[8].