Intégrale elliptique
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Une intégrale elliptique est une intégrale de la forme où est une fonction rationnelle à deux variables, est une fonction polynomiale de degré 3 ou 4 avec des racines simples et est une constante ; autrement dit où , , et sont des polynômes quelconques.
Adrien-Marie Legendre, qui en a offert la première étude systématique, a montré que des changements de variables adéquats permettent d'exprimer les intégrales elliptiques en fonction de seulement trois formes canoniques[1] appelées intégrale elliptique de première, de deuxième et de troisième espèce où et qui s'écrivent souvent ainsi[4] :
espèce Forme de Legendre Forme de Jacobi 1re 2e 3e
On prendra garde en particulier à ne pas confondre la virgule avec le point-virgule. La notation de l'intégrale elliptique avec un point-virgule ne permet que d'exprimer des intégrales elliptiques où . En utilisant au lieu de , l'ensemble de définition est étendu à , mais de toute façon, on peut toujours se ramener à une forme où . Il est aussi défini[B 1] :
Vocabulaire
On appelle :
- le module elliptique ou excentricité
- le paramètre
- le comodule
- l'angle modulaire
- l'amplitude
- la caractéristique
L'intégrale est dite :
- incomplète si est quelconque
- complète si
Les intégrales elliptiques complètes de 1re, 2e et 3e espèce sont respectivement[5] :
On définit aussi[6] :
On définit[A 2] :
Le "nom elliptique"[traduction souhaitée 1] ou grandeur d'expansion jacobienne est la fonction spéciale :
Graphiques
Historique
L'intégrale est appelée elliptique car des intégrales de cette forme apparaissent lors du calcul du périmètre des ellipses et de la surface des ellipsoïdes. Il existe également des applications de grande envergure en physique. Par exemple :
- Le calcul de la longueur d'un arc de lemniscate de Bernoulli fait appel à une intégrale elliptique de première espèce, celui d'un arc d'ellipse à une intégrale de deuxième espèce ; l'aire d'un ellipsoïde est une combinaison d'intégrales elliptiques de première et de deuxième espèce[7].
- Les intégrales elliptiques interviennent dans de nombreux problèmes de physique mathématique, comme le calcul de la période d'un pendule aux grandes amplitudes et plus généralement les formes d'équilibre ellipsoïdales des corps en rotation autour d'un axe (planètes, étoiles, goutte d'eau, noyau atomique...)[7].
Legendre appelait ces intégrales des fonctions elliptiques. Après les travaux de Niels Abel et de Carl Gustav Jakob Jacobi, en 1827, le nom de fonction elliptique est maintenant réservé aux applications réciproques de ces intégrales ou découlant de ces applications réciproques : les fonctions elliptiques de Jacobi, les fonctions elliptiques de Weierstrass et les fonctions elliptiques d'Abel.
Nombres d'espèces
Adrien-Marie Legendre a montré que des changements de variables permettent de ramener les intégrales de la forme[A 3] aux trois formes canoniques sus-mentionnées.
Décomposition en éléments simples
En effet, on peut décomposer l'intégrande ainsi :
où , , , et sont des polynômes tels que et et . Il reste deux intégrales à calculer.
Réduction du degré des polynômes
Chacune des intégrales du troisième terme peut se ramener à une expression de la forme :
Chacune des intégrales du quatrième terme peut se ramener à une expression de la forme :
Si , , , et sont réels, et si on veut qu'ils le restent, alors si est réel, on peut faire disparaître le quatrième terme du numérateur en posant :
Élimination des puissances impaires du radical
On peut ensuite faire disparaître les puissances impaires sous le radical. Si on écrit :
- Une première méthode est de poser :
- Ainsi, on a :
- Une deuxième méthode qui permet d'avoir (ce qui n'est pas immédiatement le cas avec la première méthode) est de poser :
- Si , , , et sont réels, alors on peut toujours trouver deux réels et qui permettent d'écrire sans puissances impaires de .
Élimination des puissances impaires de la fonction rationnelle
En posant , on a et s'exprime avec des fonctions trigonométriques ou hyperboliques.
De même, se transformera en .
Expression sous une forme trigonométrique
Soit et . On peut toujours avoir :
Forme canonique
Si les racines de sont réelles, c.-à-d. si et sont réels, on devra résoudre une expression de la forme avec , ce qui donnera :
si et si , sinon il restera en plus un terme multipliant . Ainsi, on sera amené à résoudre :
Si les racines de ne sont pas réelles, ne peut pas être exprimé sous la forme [A 2], mais on peut toujours exprimer une intégrale elliptique à l'aide des trois intégrales sus-mentionnées[8][Comment ?].
Autres écritures
Avec des intégrales
Des changements de variable donnent d'autres expressions :
Avec une série de Taylor-MacLaurin
1re espèce
On peut utiliser son développement en série entière, :
où :
- sont les polynômes de Legendre ;
- sont les coefficients binomiaux centraux ;
- sont les coefficients binomiaux ;
- est la double factorielle (en considérant ici que ) ;
- est la factorielle.
Si , en utilisant la transformation gaussienne décroissante, on se ramène dès la première itération à une forme où :
Pour le calcul, il peut être intéressant de faire le lien avec la moyenne arithmético-géométrique[9] :
2e espèce
On a également un développement en série entière, :
Si , en utilisant la transformation de Landen décroissante, on se ramène dès la première itération à une forme où :
Avec des fonctions hypergéométriques
On a[B 2] :
où :
Avec l'algorithme AGM (Moyenne Arithmético-Géométrique)
Avec l'algorithme AGM quadratique
A chaque étape de cet algorithme, et sont respectivement la moyenne arithmétique et la moyenne géométrique de et et comme indiqué ici. Puisque , ne peut pas être calculé ainsi, mais on sait que .
| Valeurs initiales | Équations de récursion | Intégrales elliptiques |
|---|---|---|
Avec l'algorithme AGM quartique
Par substitution de , on a l'algorithme AGM quartique dont la convergence est quartique.
| Valeurs initiales | Équations de récursion | Intégrales elliptiques |
|---|---|---|
Avec des formes symétriques de Carlson
En mathématiques , les formes symétriques de Carlson (de) des intégrales elliptiques sont un petit ensemble canonique d'intégrales elliptiques auquel toutes les autres peuvent être réduites. Elles constituent une alternative moderne aux formes de Legendre. Les formes de Legendre peuvent être exprimées en formes de Carlson et vice versa.
Les intégrales elliptiques de Carlson sont :
Intégrales elliptiques incomplètes
On a, pour et :
| Intégrales elliptiques incomplètes |
|---|
Intégrales elliptiques complètes
| Intégrales elliptiques complètes |
|---|
Avec des intégrales de Bulirsch
Intégrales elliptiques incomplètes
Une représentation alternative des intégrales elliptiques incomplètes sont les intégrales de Bulirsh (de)[10],[B 3].
Une version généralisée a été introduite en 1994 avec un algorithme de calcul efficace[11] :
Les intégrales de Bulirsch ont l'avantage que certaines combinaisons des intégrales elliptiques de Legendre qui se produisent dans la pratique peuvent être représentées par une fonction commune, et ainsi les instabilités numériques et les plages de valeurs indéfinies peuvent être évitées[11] :
Intégrales elliptiques complètes
Les intégrales complètes de Bulirsch sont :
et l'intégrale complète généralisée de Bulirsch[B 3] :
On a[12] :
Combinaisons linéaires d'intégrales complètes de Legendre :
Fonctions elliptiques de Jacobi
Définitions
On appelle fonction amplitude de Jacobi la fonction réciproque de , notée :
Les trois fonctions jacobiennes de base (1827) sont :
la fonction sinus de Jacobi la fonction cosinus de Jacobi la fonction delta de Jacobi
Gudermann (1838), puis Glaisher (1882) introduiront les neuf autres fonctions jacobiennes :
Jacobi a aussi introduit :
- la coamplitude : [C 2]
- la fonction epsilon de Jacobi[B 4] :
- la fonction zn de Jacobi :
- la fonction zeta de Jacobi :
On a aussi[C 3] :
- le gudermannien :
- la fonction correspondant à :
- la fonction correspondant à : .
Lien avec les intégrales elliptiques
L'intégrale elliptique de 1re espèce permet de définir les fonctions elliptiques de Jacobi. Ainsi :
- la fonction am est définie comme réciproque de :
- la fonction sn est définie comme réciproque de :
Le lien avec les fonctions elliptiques de Jacobi s'écrit dans le cas des intégrales elliptiques de deuxième et troisième espèce :
Valeurs, identités et relations
Valeurs intégrales elliptiques singulières
Les valeurs intégrales elliptiques singulières sont ces intégrales elliptiques complètes[13] qui peuvent être représentées comme une combinaison algébrique des valeurs de la fonction gamma de nombres rationnels. Une telle représentation est possible si le module est égal à une valeur d'étoile lambda elliptique d'un nombre rationnel positif.
| Module k | Intégrales elliptiques de 1re espèce | Intégrales elliptiques de 2e espèce |
|---|---|---|
où :
- est la constante de la lemniscate (suite A062539 de l'OEIS)
- est la constante de Gauss (suite A014549 de l'OEIS)
- est la fonction bêta réduite
- est la fonction bêta
- est la fonction gamma
- est la fonction lambda elliptique (de)
- répond au critère suivant :
On a aussi :
où est la réciproque de , soit .
On a enfin :
Les valeurs d'étoile lambda elliptique mentionnées peuvent également être obtenues en résolvant ces formules, qui sont valables pour tout n ∈ ℕ :
Identités particulières
Relations
Intégrales de P3(x)-1/2 et P4(x)-1/2
Ces deux formules servent à intégrer l'inverse des racines carrées des polynômes cubiques et quartiques :
- avec :
Le polynôme quartique sous le radical peut être factorisé en deux polynômes quadratiques. L'intégrale impropre de moins l'infini à plus l'infini de l'inverse de la racine carrée d'un polynôme quartique sans zéros réels peut toujours être représentée comme une intégrale elliptique complète de 1re espèce à partir d'un module algébriquement lié aux coefficients du polynôme quartique.
Par exemple :
Intégrales de (1 - xn)-1/2
Relation avec la fonction bêta
On a, pour n ∈ ℕ :
Cette formule est expliquée dans une version ancienne de l'article fonction gamma de Wikipedia en allemand.
Par exemple, pour n = 3, 4, 6 et 8, on a :
En calculant ces intégrales et en appliquant la formule d'Euler du théorème supplémentaire, les valeurs de la fonction gamma peuvent être déterminées. Les 1re[15] et 3e[16] égalités représentent des exemples de calcul équi-anharmonique. La dérivation de ces intégrales a été traitée notamment par le mathématicien Mark B. Villarino de l'Université du Costa Rica dans son ouvrage Le Module Singulier de Legendre. La deuxième égalité[17],[18] représente un exemple de calcul lemniscatique (l'arc sinus lemniscatique (de)). Pour ces quatre égalités, le module[19] est une valeur elliptique des étoiles lambda provenant de nombres rationnels.
Dérivées, équations différentielles et primitives
Dérivées des intégrales incomplètes et complètes
|
|
|
Équations différentielles
Équations différentielles du 1er ordre
Équations différentielles du 2e ordre
Primitives des intégrales complètes
Primitives de E, K et par rapport à ou
Par exemple :
où :
- est la constante de Catalan (suite A006752 de l'OEIS)
- est l'arc tangente intégral :
Puisque , on a ces formules alternatives :
On a aussi :
On a :
où :
- est l'arc sinus lemniscatique (de) :
Théorèmes d'addition
Soit :
On a alors :
1re espèce
2e espèce
3e espèce
Il faut donc faire attention aux fonctions à valeurs multiples[pourquoi ?][B 6]. Si et , on peut utiliser :
La moyenne arithmétique peut être calculée ainsi :
Transformations
Les transformations de Landen (transformations de Landen, de Gauss et quartique AGM) facilitent les calculs numériques.
On a aussi les transformations réflexives :
Cette transformation change le signe du paramètre, c.-à-d. change un module réel en un module imaginaire et vice-versa. Si cette transformation est appliquée deux fois de suite, le module d'origine est à nouveau créé. Cette transformation a donc un caractère réflexif.
Identité de Legendre
On a l'identité de Legendre : , c.-à-d. :
- pour deux modules qui sont des homologues pythagoriciens :
- pour deux modules qui sont des homologues tangentiels :
Ces modules sont homologues car[20] :
Nom elliptique
Nombres de Kotěšovec Kt(n)
Le nom elliptique peut être exprimé à partir des nombres de Kotěšovec Kt(n) ∈ ℕ (suite A005797 de l'OEIS) :
Cette suite n'est pas élémentaire mais de structure elliptique. Le rayon de convergence de cette série de Maclaurin[21] est 1.
| Kt(1) | Kt(2) | Kt(3) | Kt(4) | Kt(5) | Kt(6) | Kt(7) | Kt(8) |
| 1 | 8 | 84 | 992 | 12 514 | 164 688 | 2 232 200 | 30 920 128 |
Nombres de Kneser Kn(n)
À partir de l'identité de Legendre, on a :
et donc :
Finalement, nous avons, pour , la fonction suivante que Adolf Kneser et Robert Fricke ont analysée :
La dérivation de cette équation par rapport à conduit à cette équation montrant la fonction génératrice de la suite de nombres de Kneser (suite A227503 de l'OEIS) :
Par exemple :
Robert Fricke a traité cette fonction avec le carré de l'intégrale K au dénominateur dans son célèbre ouvrage Les fonctions elliptiques et leurs applications et a dérivé cette formule en utilisant l'identité de Legendre. Adolf Kneser a également étudié cette fonction et a présenté, dans son ouvrage Nouvelle étude d’une série à partir de la théorie des fonctions elliptiques, le développement de la série MacLaurin associé, qui contient les coefficients de la suite A227503 de l'OEIS.
La suite de Kneser peut être générée alternativement à l'aide d'une suite de nombres d'Apery :
| Kn(1) | Kn(2) | Kn(3) | Kn(4) | Kn(5) | Kn(6) | Kn(7) | Kn(8) |
| 1 | 13 | 184 | 2 701 | 40 456 | 613 720 | 9 391 936 | 144 644 749 |
Nombres de Schellbach et Schwarz Sc(n)
Le nom elliptique a une définition identique aux définitions déjà évoquées via la suite numérique[22],[23] selon Hermann Schwarz :
Les nombres de Schellbach et Schwarz Sc(n) forme la suite A002103 de l'OEIS[24],[25],[26],[27],[28] :
| Sc(1) | Sc(2) | Sc(3) | Sc(4) | Sc(5) | Sc(6) | Sc(7) | Sc(8) |
| 1 | 2 | 15 | 150 | 1 707 | 20 910 | 268 616 | 3 567 400 |
Le mathématicien Karl Heinrich Schellbach (de) a découvert la suite de nombres entiers qui apparaît dans la série de MacLaurin à partir de la racine quatrième du quotient du nom elliptique (de) divisé par la fonction carrée. Ce scientifique[29] a construit cette suite en détail dans son ouvrage La doctrine des intégrales elliptiques et des fonctions thêta. Concrètement, à la page 60 de cet ouvrage, une synthèse de cette suite y est inscrite. Le mathématicien silésien-allemand Hermann Amandus Schwarz a également écrit cette suite de nombres entiers dans son ouvrage Formules et théorèmes pour l'utilisation des fonctions elliptiques dans le chapitre Calcul de la quantité k aux pages 54 à 56. Cette suite de nombres de Schellbach-Schwarz Sc(n) a également été analysée au XXe siècle par les mathématiciens Karl Theodor Wilhelm Weierstrass et Louis Melville Milne-Thomson. La méthode de génération des nombres de Schellbach suit ce modèle :
Relation avec la fonction thêta jacobienne
Le nom elliptique établit la relation entre la fonction thêta jacobienne et l'intégrale elliptique complète de première espèce :
Calcul de π (par Ramanujan)
Le mathématicien Srinivasa Ramanujan a noté, en 1914, des formules de séries convergeant très rapidement pour le calcul de .
La fonction hypergéométrique généralisée définie par la série hypergéométrique :
vérifie l'équation différentielle :
Pour quelques valeurs de , on a :
Module Formule de Équation différentielle
Les équations obtenues avec et conduisent à des formules de découvertes par Srinivasa Ramanujan, notamment la formule de (informations supplémentaires) la plus connue grâce à laquelle Srinivasa Ramanujan a acquis une renommée mondiale[réf. nécessaire].
Les mathématiciens Borwein, Bailey et Beeler ont successivement écrit les formules les plus importantes de Ramanujan dans leurs travaux et ont également expliqué les recherches de Ramanujan sur les intégrales elliptiques des 1re et 2e espèce ainsi que sur les fonctions hypergéométriques et leurs équations différentielles associées.
Cette procédure a également servi de base à l'algorithme de Chudnovski des mathématiciens David et Gregory Chudnovsky.
