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Isolant topologique

matériau ayant une structure de bande de type isolant mais qui possède des états de surface métalliques From Wikipedia, the free encyclopedia

Un isolant topologique est un type de matériau quantique dont la principale caractéristique est une structure de bande de type isolant, mais qui possède des états de surface métalliques. Ces matériaux sont donc souvent isolants « en volume » et conducteurs en surface. La définition formelle d’un isolant topologique est la suivante : un isolant topologique est un système isolant qui ne peut pas être adiabatiquement déformé en un isolant trivial[1]. Un isolant est dit trivial s’il peut être adiabatiquement déformé à la limite atomique, consistant en un système dont les composantes (par exemple les sites d’un réseau ou les orbitales atomiques) sont indépendantes.

Structure de bande schématique d'un isolant topologique. Le niveau de Fermi est situé dans le gap de l'isolant, et est traversé, sur les bords, par le spectre des états de surface.

Éléments de théorie

Considérons un système quantique infini avec symétries de translation décrit par un hamiltonien . Par le théorème de Bloch, cet hamiltonien admet la décomposition où est la zone de Brillouin, c’est-à-dire l’ensemble (où est le paramètre de maille) des vecteurs d’onde non équivalents. En d'autres mots, le système peut être compris à l’aide d’une infinité d’hamiltoniens de Bloch, un pour chaque vecteur d’onde. Chaque composante d’un vecteur dans la zone de Brillouin peut être décrite comme un point sur un cercle, car . Ainsi la zone de Brillouin correspond à un tore -dimensionnel,Un hamiltonien de Bloch est, dans ce sens, une application d’un tore vers une matrice complexe ( étant la dimension de )[2]. La topologie de ces applications peut être étudiée. L’espace des matrices complexes est topologiquement trivial, mais l’espace des matrices inversibles ne l’est pas. Pour étudier la topologie d’un hamiltonien de Bloch, il faut donc appliquer la restriction , qui est équivalente à considérer les systèmes avec des états quantiques d’énergie non nulle pour toute valeur de . Le zéro de l’énergie étant contrôlé par l’énergie de Fermi, cette exigence est équivalente à considérer des systèmes isolants. Un hamiltonien inversible est, dans ce cas, une application du -tore vers l’espace des matrices inversibles de dimensions à composantes complexes, .

Les hamiltoniens de Bloch isolants peuvent être classifiés par un indice topologique qui caractérise l’application . Dû à sa nature topologique, cet indice ne peut pas être modifié par un changement continu de l’application . Du point de vue mathématique, l’indice topologique est invariant sous homotopie ; du point de vue physique, c’est un invariant adiabatique. En pratique, pour étudier la topologie d’un système, il faut restreindre les matrices encore plus en imposant des symétries (c’est un exemple d’ordre topologique protégé par symétrie). L’indice topologique approprié dépend grandement du nombre de dimensions du système, ainsi que des symétries qui sont imposées. L’ensemble des indices topologiques possibles pour une combinaison de symétries et dimensions a été classifié dans un tableau périodique des isolants et supraconducteurs topologiques entre 2008 et 2010 par Andreas P. Schnyder, Shinsei Ryu, Akira Furusaki et Andreas W. W. Ludwig[3],[4]; puis indépendamment par Alexei Kitaev[5].

Les indices topologiques peuvent correspondre à d’observables physiques. Notamment, l’existence d’un indice topologique est associée à la présence d’états électroniques exponentiellement localisés dans des systèmes finis et semi-infinis. Ce lien entre l’indice topologique, qui est calculé à partir d’un système infini avec symétries de translation; et l’existence d’états de bord dans des systèmes finis, qui n’ont pas la symétrie de translation, est appelée la correspondance cœur-bord[6]. Cette correspondance peut être prouvée par une généralisation du théorème de l’indice d’Atiyah-Singer. Les états de bord sont fortement associés avec les isolants topologiques, tellement qu’il est parfois supposé injustement qu’un système est un isolant topologique du fait qu’il a des états de bord[7],[8]. Néanmoins, il existe des états de bord qui ne sont pas associés à un indice topologique.

Isolants de Hall

Le type d’isolant topologique le plus connu est l’isolant de Hall, dont l’indice topologique est le nombre de Chern. Ce type d’isolant est isolant dans son volume, tout en étant conducteur sur ses frontières. Les isolants de Hall subissent un effet de Hall quantique entier, sans nécessairement avoir de niveaux de Landau[9]. En deux dimensions, la conductance de Hall, c’est-à-dire la conductance perpendiculaire à la direction dans laquelle le champ électrique est appliqué, est proportionnelle au nombre de Chern. Soit , un hamiltonien d’un système bidimensionnel qui a un gap à l’énergie de Fermi, et un de ces états propres dans la -ième bande. Le nombre de Chern est donné par où la somme est faite sur l’ensemble des bandes occupées. Définissons : cet objet est appelé la connexion de Berry; et son rotationnel est la courbure de Berry. Séparons la zone de Brillouin en deux parties disjointes, et , et dénotons la courbe à la frontière entre et par . Nous allons également dénoter la connexion de Berry dans la région par , et celle dans la région par , de sorte que Cette définition de par parties ne semble pas naturelle à première vue, mais elle est pertinente[10]. Sous changement de jauge, et . Puisque seulement intervient dans l’expression mathématique de , le nombre de Chern est un invariant de jauge. Notamment il est possible qu’une jauge soit choisie dans et une autre dans , dans quel cas et peuvent différer d’une jauge sans affecter d’observables physiques. En général, nous avons donc , où est la différence entre les jauges dans les deux régions. En utilisant le théorème de Stokes, l’expression pour le nombre de Chern peut être écrite commeoù est la jauge évaluée sur le boucle [10]. Premièrement, est quantifié (donc la conductance de Hall aussi), et deuxièmement que sa valeur peut être non nulle uniquement dans le cas où il y a une différence de jauge entre les deux régions, et . Les observables physiques ne peuvent pas dépendre du choix de jauge, le choix de ne peut donc pas être arbitraire: celui-ci est dicté par l’exigence que soit une fonction régulière sur l’ensemble de [11]. Il s’avère qu’un choix de jauge, , ne peut pas être fait sur la zone de Brillouin au complet, et la jauge doit nécessairement être fixée par parties. Pour traiter ce genre de fonctions, les physiciens utilisent le concept de fibrés différentiel. Dans le langage de la géométrie différentielle, est une section d’un fibré non-trivial dont la base est , la fibre est , et la fonction de transition est donnée par ; le choix de est entièrement dicté par la structure différentielle de ce fibré, de sorte que est unique. Le traitement mathématique de la quantification de la conductance de Hall est quasi identique à la quantification des charges électriques en présence d’un monopôle magnétique de Wu-Yang[11]. Dans un certain sens, une conductance de Hall quantifiée correspond à un « monopôle magnétique » dans la zone de Brillouin.

Caractéristiques

La structure électronique de ces matériaux présente une faible largeur de bande interdite (gap séparant l'état de plus haute énergie de la bande de valence, de l'état de plus faible énergie de la bande de conduction) de l'ordre de quelques dixièmes d'eV. Ce gap est donc plus proche de celui d'un semi-conducteur, que caractéristique d'un bon isolant conventionnel (gap de plusieurs eV). C'est dans ce faible gap que sont localisés les états de surface qui assurent la conduction électronique. Les électrons possédant un spin 1/2 et pour des raisons de symétrie par rapport à l'inversion du temps, il existe pour chaque état de Bloch de vecteur d'onde k, un état de même énergie et de spin et vecteur d'onde (-k) opposés (doublet de Kramers). En bordure de zone de Brillouin (k = 0 et k = π/a) ces états de surface sont donc doublement dégénérés.

En dehors de ces points de haute symétrie en bordure de zone, la dégénérescence est levée par le couplage spin-orbite (couplage entre le spin et le mouvement de l'électron, k≠0) et les états présentent une dispersion (E(k)) linéaire en forme de cônes de Dirac, responsable des propriétés électroniques remarquables du matériau. Les porteurs de charges dans ces états de surface sont en particulier protégés des phénomènes de rétrodiffusion, qui doivent nécessairement s'accompagner d'un retournement du spin (à chaque sens de mouvement (k et -k) correspond un spin bien défini). Cette protection topologique (i.e. liée à des raisons de symétrie) de leurs états électroniques rend ces matériaux intéressants pour le développement d'applications en spintronique, opto-électronique ou encore pour le traitement de l'informatique quantique.

Historique expérimental

En 2007, cet état de matière est réalisé pour la première fois en 2D dans un puits quantique de (Hg,Cd)Te[12]. L'antimoniure de bismuth BiSb est le premier isolant topologique 3D à avoir été réalisé[13]. La spectroscopie photoélectronique résolue en angle est l'outil principal qui sert à confirmer l'existence de l'état isolant topologique en 3D.

À la suite de ces deux découvertes, une troisième génération d'isolants topologiques voit le jour. La manipulation dangereuse de certains éléments comme le mercure et l'antimoine encourage plusieurs groupes à rechercher des matériaux plus sûrs et plus faciles à produire comme le Bi2Se3 ou bien le Bi2Te3. Peu après la découverte du BiSb, les états de surface du Bi2Se3 ont été observés. À présent[Quand ?], quelques matériaux candidats[Lesquels ?] voient le jour. Certains alliages de Heusler sont étudiés en théorie. Cependant, la fabrication de ces matériaux freine les chercheurs.

En 2012, un nouvel ordre topologique - dit topologique cristallin - est démontré et observé dans les sels de plomb et d'étain (par ex : SnTe). La structure électronique de l'ordre « topologique cristallin » présente des propriétés originales issues des propriétés de symétrie cristalline, tandis que les états électroniques de surface d'un isolant topologique conventionnel possèdent des propriétés qui résultent de la simple symétrie - T - par inversion du temps[pas clair].

Références

Voir aussi

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