Ivoire Barberini

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DimensionsH. : 34,20 cm. ; L. : 26,80 cm. ; Pr. : 2,80 cm.
InventaireOA 9063[1]
MatériauIvoire
Méthode de fabricationGravure
Ivoire Barberini
Image illustrative de l’article Ivoire Barberini
Ivoire Barberini
Dimensions H. : 34,20 cm. ; L. : 26,80 cm. ; Pr. : 2,80 cm.
Inventaire OA 9063[1]
Matériau Ivoire
Méthode de fabrication Gravure
Période Antiquité tardive
Culture Empire byzantin
Lieu de découverte
Conservation Département des objets d'art, Musée du Louvre, Paris
Fiche descriptive Ivoire Barbérini sur la base Atlas

L’ivoire Barberini est un objet d'art byzantin datant du Haut Moyen Âge. Il est conservé au musée du Louvre à Paris.

C'est un feuillet d'ivoire composé de quatre plaques sculptées dans le style classicisant dit théodosien tardif, représentant le thème de l'empereur triomphateur. L'œuvre est généralement datée de la première moitié du VIe siècle et attribuée à un atelier impérial de Constantinople, tandis que l'empereur figuré est identifié soit à Anastase Ier soit beaucoup plus probablement à Justinien.

Le feuillet est constitué de 4 plaques rectangulaires — il manque celle de droite qui fut remplacée peut-être au XVIe siècle par une planchette portant l'inscription « CONSTANT. N. IMP. CONST. » Les plaques sont ajustées entre elles par des rainures et des réglettes, autour d'une plaque centrale plus grande. L'ensemble constitue le seul feuillet aussi bien préservé dans la catégorie de ces objets profanes officiels encore existants[note 1], qu'on regroupe souvent sous la dénomination de diptyques impériaux. Il mesure 34,2 cm de hauteur pour 26,8 cm de largeur en tout, alors que les dimensions du panneau central sont de 19 cm de hauteur pour 12,5 cm de largeur et 2,5 cm de profondeur. Il est réalisé en ivoire d'éléphant sculpté et rehaussé d'incrustations de pierres précieuses (7 perles subsistent). Il ne porte pas de traces de polychromie, contrairement à ce qui a pu être supposé par certains historiens.

Le revers du feuillet est plat et lisse, sans dépression pour la cire comme on en trouve sur un diptyque consulaire utilisé comme tablette à écrire. Il est toutefois strié de traits gravés ultérieurement sur des inscriptions plus anciennes à l'encre : il s'agit d'une liste de noms (prières pour les morts) parmi lesquels on reconnaît les rois d'Austrasie et des noms surtout latins — d'après l'onomastique, la liste proviendrait d'Auvergne et non de Provence comme on s'y attendrait d'après la localisation du feuillet à l'époque moderne. Les inscriptions dateraient ainsi de fin VIe siècle/début VIIe siècle (sans doute un cadeau de l'empereur Maurice à la reine Brunehilde) et montrent que l'œuvre fut apportée précocement en Gaule. Son histoire postérieure est inconnue jusqu'en 1625 : il est alors offert par Nicolas-Claude Fabri de Peiresc au légat Francesco Barberini à Aix-en-Provence[2], et fait partie de la collection de ce dernier à Rome[3]. Il est acquis par le musée du Louvre en 1899 et appartient depuis à la collection du département des objets d'art (numéro d'inventaire OA 9063).

Il n'est pas certain que le feuillet appartenait à un diptyque, c'est-à-dire qu'il existait un autre ensemble comparable de plaques formant un second feuillet, où aurait pu être représentée par exemple l'impératrice : le poids de ce premier feuillet est déjà trop important pour qu'il puisse être manipulé aisément et remplir une fonction utilitaire. Par ailleurs, il n'y a pas trace de charnière, qui pourrait indiquer une reliure.

Description du décor

Les plaques latérales portent des bordures incisées d'un décor en oves et rais-de-cœur simplifiés, qui laisse la place, autour du feuillet central, à une guirlande de feuilles stylisées comportant au milieu l'emplacement circulaire d'une incrustation aujourd'hui perdue.

Le panneau central

L'empereur triomphant sur le panneau central du feuillet Barberini.

La composition s'ordonne autour de la plaque centrale qui la domine par son motif aussi bien que par sa qualité stylistique. Le motif sculpté représente la figure triomphante d'un empereur monté sur un cheval cabré. L'empereur tient dans la main droite la hampe d'une lance, la pointe fichée en terre, et dans la main gauche les rênes de son cheval. Derrière la lance est visible la figure d'un barbare, identifiable comme tel par sa chevelure et sa barbe broussailleuse, et surtout par ses vêtements : il porte un bonnet recourbé, similaire au bonnet phrygien, indication d'une origine orientale, une tunique à manches longues et des braies. Symbolisant un Perse ou un Scythe, il représente les peuples vaincus par l'empereur : c'est en signe de soumission qu'il touche la lance de la main droite et lève la main gauche.

Dans l'angle inférieur droit, sous le cheval, une femme coiffée de tresses est assise par terre en tailleur : sa robe a glissé et dévoile son sein droit. De la main gauche, elle tient dans un pan de cette robe des fruits, symboles de prospérité. Son bras droit est tendu de façon à soutenir de la main droite le pied droit de l'empereur, en geste de soumission. Il s'agit d'une personnification de la Terre, qui représente à la fois l'aire de domination universelle de l'empereur et surtout la prospérité de son règne, symbolisée par les fruits qu'elle porte et sa poitrine dénudée. Cette personnification est souvent présente dans ce rôle sur les images de l'empereur en majesté ou triomphant : c'est le cas par exemple sur le missorium de Théodose, où Tellus est représentée en exergue, sous la figure de Théodose Ier trônant en majesté ; c'est également le cas sur le relief de la pietas augustorum sur l'arc de Galère, où les Tétrarques sont accompagnés de toute une série de personnifications, dont celles de Gaïa, la Terre[note 2]. Ces personnifications de Tellus/Gaia sont généralement reconnaissables à leur attribut principal qu'est la cornucopia, la corne d'abondance : elle est absente de l'ivoire, mais le pan de la robe de Tellus, rempli de fruits, en reprend la forme et la fonction symbolique.

Solidus de Constantin II, frappé à Héraclée Sintique entre et .

Symétriquement à cette première figure féminine, dans l'angle droit supérieur de la plaque, est représentée une statuette de Victoire ailée, debout sur un globe inscrit du signe de la croix, tenant dans la main gauche une palme, symbole de victoire, et dans la main droite, brisée, certainement une couronne destinée à l'empereur. Ce type de statuette de personnification est également un des motifs obligés de l'iconographie de l'empereur triomphant : on la retrouve sur de nombreuses monnaies (cf. le revers du solidus de Constantin II ci-contre) mais aussi dans la sculpture, par exemple sur la scène du sacrifice sur l'arc de Galère, et également sur certains diptyques consulaires.

L'empereur, les cheveux coupés en bol, ou en archivolte, de telle sorte que la frange dessine un arc de cercle autour de son visage, est coiffé d'une couronne sertie de perles, dont quatre subsistent encore. Les traits du visage, de forme ovale, sont assez lourds, notamment les paupières ou encore le nez, mais donnent un aspect souriant au portrait impérial. L'empereur est revêtu de la tenue militaire du général en chef, fonction dans laquelle il est représenté : il porte sous sa cuirasse une tunique courte, et par-dessus le manteau (paludamentum) dont un pan flotte derrière lui, et qui est retenu à l'épaule par une fibule ronde. Cette dernière était à l'origine sertie d'une pierre précieuse, comme la cuirasse. Il est chaussé de bottes à lacets croisés, ornées d'une tête de lion. Le harnachement du cheval est orné d'une série de médaillons perlés pourvus d'incrustations, aujourd'hui perdues, à l'exception de l'une au centre de la tête.

Le relief de ce motif central est particulièrement accentué : la Victoire, la lance, et dans une moindre mesure les têtes de l'empereur et de sa monture, sont ainsi presque sculptées en ronde-bosse. Le soin apporté au modelé des drapés, et le rendu de certains détails anatomiques, comme les muscles de la jambe de l'empereur, peuvent être qualifiés de classicisants. Ces caractéristiques, ajoutées à la disproportion des figures, volontaire pour souligner la majesté de la personne impériale, rappellent l'art théodosien.

Les panneaux latéraux, inférieur et supérieur

Panneau latéral gauche.

Les plaques latérales sont d'un relief moins élevé, et stylistiquement d'une façon générale, d'un degré de virtuosité moindre. La profondeur maximale du relief du panneau central est ainsi de 28 mm contre 8 à mm seulement pour les panneaux latéraux.

La vue de trois-quarts souligne la différence de relief entre les panneaux du feuillet Barberini.

Le relief occupant la plaque gauche représente un officier supérieur reconnaissable à sa panoplie militaire, comparable à celle de l'empereur : barbu, il porte une cuirasse et le paludamentum, fixé à l'épaule droite par une fibule plus simple. On distingue, fixé à la ceinture, le fourreau perlé de son épée, portée au côté gauche. Il s'avance vers l'empereur en lui présentant une statuette de Victoire sur un socle, tenant un palme et une couronne, en tous points similaire à celle du panneau central. Le personnage évolue dans un décor architectural composé de deux colonnes torses supportant des chapiteaux corinthiens, et d'un dallage — peut-être d'opus sectile — qui évoque la salle d'un palais.

Ce personnage est parfois interprété comme un consul, au double titre que la statuette de la victoire et le sac d'or (selon toute probabilité) posé à ses pieds sont des attributs consulaires. Mais s'il peut faire allusion à la sparsio, les largesses consulaires représentées sur d'autres diptyques, comme ceux de Clément (513) et de Justin (540), le sac d'or est plus largement symbolique du butin de guerre, et constitue ainsi la preuve du triomphe impérial. De même, si le césar Gallus tient bien une statuette de victoire comparable, dans la représentation qu'en donne le Calendrier de 354, il y est vêtu en civil et non en militaire. L'officier de l'ivoire Barberini doit donc plutôt représenter un général qui a pris part à la campagne victorieuse célébrée par le relief. Il est naturel de supposer que dans la conception symétrique de ce type d'œuvre le feuillet manquant à droite portait lui aussi la représentation d'un général. L'officier de l'ivoire Barberini pourrait aussi représenter le roi des Francs Clovis Ier[4].

La plaque inférieure constitue une sorte de frise décorée par une double procession de barbares et d'animaux convergeant vers la figure centrale d'une Victoire tournée vers le haut et la figure impériale du feuillet central. La Victoire tient sur son bras gauche un trophée militaire, représenté sous la forme traditionnelle d'un tronc sur lequel est fichée une panoplie. Les barbares vaincus apportent à l'empereur divers dons représentant leur tribut et sont différenciés par leur accoutrement et les bêtes sauvages qui les accompagnent. À gauche, deux personnages barbus appartiennent au même type que le barbare du feuillet central, vêtus d'une tunique courte et portant un bonnet phrygien et des chaussures fermées. L'un tient une couronne, l'autre un récipient cylindrique de contenu inconnu, peut-être un panier d'or, et ils sont précédés d'un lion. Il pourrait s'agir de Perses ou de Scythes.

À droite, les deux barbares sont vêtus très différemment : torses nus, ils portent une coiffe de tissu rehaussée de plumes, une simple étoffe nouée autour de la taille, et des sandales. Le premier porte sur l'épaule une défense d'éléphant et le second un bâton de fonction indéterminée. Ils sont accompagnés par un tigre et un petit éléphant. On y reconnaît des Indiens.

Face N.-O. de la base de l'obélisque de Théodose portant une remise de tribut à l'empereur par les barbares.

Ce motif des barbares rendant hommage à l'empereur est courant sur les bas-reliefs politiques romains et byzantins : c'est celui de l’aurum coronarium, la remise du tribut. Il montre la clémence de l'empereur et souligne le symbolisme de la victoire impériale. Un des deux fragments d'ivoire attribués à un diptyque impérial se trouvant à Milan représente ainsi ce motif, dans une œuvre quelque peu antérieure[5]. On le retrouve à Constantinople par exemple sur la base de la colonne d'Arcadius, dans une composition d'ensemble comparable à celle de l'ivoire Barberini ou sur celle de l'obélisque de Théodose à l'hippodrome (voir ci-contre). Sur ce dernier relief, les barbares, au nombre de dix, sont également divisés en deux groupes convergeant vers la figure centrale de l'empereur, trônant en majesté cette fois, dans la loge impériale, en compagnie des autres augusti : on y retrouve les Perses à gauche, et peut-être des Germains ou des Goths à droite. La Victoire est absente de ce relief, mais elle est bien présente sur la base de la colonne d'Arcadius ainsi que sur une autre base, également perdue, traditionnellement attribuée à la colonne de Constantin : dans les deux cas la Victoire est en position centrale, comme une sorte d'intermédiaire entre les barbares vaincus et la figure de l'empereur, située au-dessus.

La plaque supérieure du feuillet est occupée par deux anges portant une imago clipeata, un grand médaillon où figure un buste du Christ, jeune et imberbe, tenant dans la main gauche un sceptre cruciforme, et faisant de la main droite le signe traditionnel de bénédiction (l'annulaire replié sur le pouce). Les symboles du soleil, à gauche, et de la lune et d'une étoile, à droite, encadrent le buste. Le couple des anges portant l'image du Christ remplace ici l'image antérieure des deux Victoires portant une personnification de Constantinople, qu'on trouve sur la seconde plaque conservée du diptyque impérial de Milan, déjà mentionné : la substitution est loin d'être anodine et implique un changement paradigmatique capital pour la compréhension et la datation de l'objet.

L'œuvre combine d'une part le thème classique de la toute-puissance de l'empereur victorieux, couronné par la Victoire et dont le règne universel est synonyme de paix et de prospérité, et d'autre part celui de la victoire chrétienne apportée par le patronage du Christ bénissant l'empereur. Elle introduit une nouvelle hiérarchie cosmique dans la représentation du triomphe impérial. Il s'agit donc d'une œuvre éminemment politique destinée à servir la propagande impériale. La qualité du travail permet de l'attribuer à un atelier impérial constantinopolitain.

Identification de l'empereur

Notes et références

Voir aussi

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