Jacques Goudstikker

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Jacques Goudstikker (1897–1940) est un marchand d'art et collectionneur néerlandais[1]. Actif à Amsterdam durant l’entre-deux-guerres, il dirige une galerie spécialisée dans la peinture ancienne européenne, notamment néerlandaise et flamande du XVIIe siècle, et contribue à l’introduction de l’art de la Renaissance italienne sur le marché néerlandais.

Décès
(à 42 ans)
Manche (Angleterre)
Nationalité
Néerlandais
Domiciles
Oostermeer: workspace/stables (d), Herengracht 458, Amsterdam (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Jacques Goudstikker
Jacques Goudstikker à Amsterdam, novembre 1938 (photo issue du fonds Spaarnestad / Nationaal Archief)
Biographie
Naissance
Décès
(à 42 ans)
Manche (Angleterre)
Nationalité
Néerlandais
Domiciles
Oostermeer: workspace/stables (d), Herengracht 458, Amsterdam (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Eduard Jacques Goudstikker (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Dési von Halban
Enfant
Edouard von Saher (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Propriétaire de
Galerie Goudstikker (depuis ), Nijenrode (d) (depuis ), Portrait of a Man smoking a pipe (The sense of smell) (d) (jusqu'en ), collection de Jacques Goudstikker (d), A Quack and His Assistant (d), Kitchen Scene (d), Sleeping Smoker with Skull (d), Farm by Moonlight (d), Adam and Eve (d), The Prayer of Tobias and Sarah (d), Wild Strawberries in a Wan Li Bowl (d), Virgin and Child (d), Vue de Dordrecht (d), Landscape with Two Bridges (d), Paysage avec bac (en), The Sacrifice of Iphigenia (d), The Resurrection of Christ (d), View of Nyenrode Castle (d), Achaz Busch (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web
Œuvres principales
Collection de Jacques Goudstikker (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Sa carrière se développe dans un contexte international, en lien avec des collectionneurs, des historiens de l’art et des institutions muséales en Europe et aux États-Unis. Elle s’interrompt brutalement en lors de sa fuite des Pays-Bas à la suite de l’invasion allemande, au cours de laquelle il trouve la mort[1].

La collection constituée par Jacques Goudstikker est en grande partie spoliée pendant l’occupation nazie et fait l’objet, après la Seconde Guerre mondiale, de procédures de restitution devenues emblématiques de l’histoire des spoliations d’œuvres d’art en Europe[1].

Biographie

Jeunesse

Jacques Goudstikker est né à Amsterdam dans une famille de marchands d’art[2]. Son grand-père, Jacob Goudstikker, fonde en 1845, avec son frère Simon, un commerce d’art spécialisé dans les meubles et objets d’art. À partir de 1890, son père, Eduard Goudstikker, réoriente l’activité de la galerie en se concentrant principalement sur les peintures de maîtres hollandais et flamands du XVIIe siècle.

Jacques Goudstikker suit une formation en sciences commerciales à l’École de commerce d’Amsterdam. Entre 1919 et 1921, il étudie l’histoire de l’art aux universités de Leyde et d’Utrecht[2].

Premières activités de marchand d'art

En 1919, à l’âge de 22 ans, Jacques Goudstikker rejoint la galerie familiale à Amsterdam. Alors que son père avait principalement orienté l’activité vers la peinture néerlandaise et flamande du XVIIe siècle, il développe une stratégie plus internationale. Il s’adresse à une clientèle étrangère et introduit auprès des collectionneurs néerlandais des œuvres de maîtres italiens du XVe siècle, en particulier issues des écoles vénitienne et florentine[3], peu représentées sur le marché de l’art aux Pays-Bas avant le début du XXe siècle.

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Francesco Squarcione, La Vierge à l'Enfant (1455)

Un réseau de collectionneurs et d’amateurs d’art italien ancien se constitue alors à Amsterdam et accompagne cette orientation. Jacques Goudstikker adopte également une communication résolument internationale en publiant ses catalogues en français plutôt qu’en néerlandais et en exposant pour la première fois aux Pays-Bas des œuvres de la Renaissance italienne, comme La Vierge à l’Enfant de Francesco Squarcione[2]. Cette ouverture contraste avec le climat artistique national du début du siècle, marqué par une forte valorisation de l’école hollandaise.

Parallèlement, Goudstikker rassemble des œuvres d’artistes néerlandais contemporains, parmi lesquels Jan et Charley Toorop, George Hendrik Breitner et Kees van Dongen[2]. Il acquiert également des œuvres de maîtres néerlandais et flamands lors de ventes aux enchères internationales, notamment à la maison berlinoise Rudolph Lepke. Une partie de ces œuvres provenait de collections privées russes, en particulier celles des familles Romanov et Stroganov, expropriées après la Révolution russe et mises sur le marché international par les autorités soviétiques. Grâce à Jacques Goudstikker, plusieurs industriels et collectionneurs constituent d’importantes collections, ainsi que d’autres amateurs d’art internationaux.

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458 Herengracht, Amsterdam (1951)

À la mort de son père en 1924, Jacques Goudstikker prend la direction de l’entreprise familiale. En 1927, il vend le magasin de la Kalverstraat et acquiert un hôtel particulier situé au 458 Herengracht, dans le quartier du Gouden Bocht, orné de plafonds peints par Gérard de Lairesse. En 1931, la société est transformée en société anonyme sous le nom de "Kunsthandel J. Goudstikker N.V.", dont il devient le directeur et principal actionnaire.


Dans le contexte de l’après-Première Guerre mondiale, Amsterdam redevient un centre majeur du commerce international de l’art. Goudstikker s’impose alors comme l’un des marchands d’art les plus actifs de sa génération. Sa galerie présente un accrochage éclectique associant œuvres de l’âge d’or néerlandais, peintures flamandes, allemandes et italiennes des XIVe au XVIIe siècles, ainsi que des sculptures, tapis et objets d’art, dans un esprit inspiré des méthodes muséographiques de Wilhelm von Bode[4]. Les catalogues qu’il publie, particulièrement soignés, participent à cette mise en scène savante des œuvres.

Jacques Goudstikker entretient des liens étroits avec des historiens de l’art et des érudits. Dans l’introduction de son catalogue de 1928, il mentionne la collaboration de Raimond van Marle, auteur de The Development of the Italian Schools of Painting[2]. Plusieurs de ses clients, parmi lesquels Van Beuningen et Thyssen-Bornemisza, participent à cette articulation entre marché de l’art et expertise scientifique.

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Vincent van Gogh, Nature morte avec trois nids d'oiseaux (1885)

En 1923, il contribue à l’organisation d’une exposition de peintures néerlandaises et flamandes à l’Anderson Gallery de New York, comprenant notamment des œuvres de Vincent van Gogh, de Kees van Dongen et une de Piet Mondrian, ainsi qu’un ensemble d’œuvres du XVIIe siècle, dont un paysage boisé de Philips Koninck[2]. L’exposition est organisée sous l’égide de la Chambre de commerce néerlandaise, avec le soutien d’un comité de mécènes issus de la haute société américaine.


Succès des années 1930

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Manoir d’Oostermeer, situé à Ouderkerk-sur-l'Amstel

En 1930, Jacques Goudstikker acquiert le manoir d’Oostermeer, situé à Ouderkerk-sur-l'Amstel, puis, quelques jours plus tard, le château de Nijenrode à Breukelen[1]. Il s’installe à Oostermeer et ouvre le château de Nijenrode à sa clientèle ainsi qu’au public. Par cette initiative, il cherche à élargir l’accès à l’art au-delà des cercles traditionnels de collectionneurs fortunés.

Dans cette optique de diffusion culturelle, le Stedelijk Museum d’Amsterdam met à disposition son étage supérieur en 1934 pour l’exposition Peintures italiennes dans les collections néerlandaises, destinée à faire mieux connaître l’art italien ancien au public néerlandais, qu’il présente personnellement à la reine Wilhelmine[1]. Plus d’une centaine de collectionneurs y prêtent plus de 1 300 œuvres.

Parallèlement à ses activités commerciales, Jacques Goudstikker occupe la fonction de président de la Confédération internationale des négociants en œuvres d’art[2]. À Nijenrode et dans ses environs, il organise plusieurs concerts de bienfaisance, notamment avec l’Orchestre du Concertgebouw, ainsi que de grandes réceptions mondaines. Des artistes de renommée internationale, tels que le violoncelliste Pablo Casals et la soprano Jo Vincent, s’y produisent. Il soutient également diverses institutions culturelles et œuvres caritatives, parmi lesquelles la Stichting Amsterdamsche Opleiding Verpleging voor Kinderen (1928), le Crisis-comité (1932) et l’Association Rembrandt (1933).

À Oostermeer, Goudstikker conçoit de nombreuses expositions thématiques, parmi lesquelles Paysages d’hiver hollandais, et Exposition Princesse Juliana. Il accorde une attention particulière à la scénographie, aménageant des intérieurs complets associant peintures, mobilier, sculptures et tapisseries, afin de créer un cadre cohérent destiné à valoriser les œuvres exposées.

Sur le plan personnel, son épouse Johanna Maria Catharina Braij, qu’il avait épousée à Amsterdam le , décède le . Le couple n’avait pas eu d’enfants. En , veuf depuis six mois, Goudstikker invite la chanteuse viennoise Dési von Halban[1] à se produire lors d’une soirée à Nijenrode. Leur rencontre conduit à leur mariage le . En 1939, naît leur fils, Eduard Joseph.

Départ des Pays-Bas et décès

Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en , puis l’invasion des Pays-Bas le , Jacques Goudstikker hésite à quitter le pays, alors que nombre de ses amis juifs ont déjà émigré. Il entretient une correspondance suivie avec plusieurs exilés, sans toutefois prendre immédiatement la décision de partir. À l’initiative de son épouse, Dési von Halban, le couple entreprend des démarches pour obtenir des visas pour les États-Unis, qui sont délivrés en [1].

Au début du mois de , Jacques Goudstikker fait expédier une vingtaine de tableaux à destination de Londres à bord du paquebot Simon Bolivar[1]. Le navire heurte cependant une mine maritime en mer du Nord et sombre, entraînant la perte des œuvres. Cet incident retarde la mise en œuvre de son projet d’émigration.

Après le bombardement de Rotterdam, le , Jacques Goudstikker parvient à quitter les Pays-Bas avec son épouse et leur fils à bord du cargo SS Bodegraven[1], l’un des derniers navires à évacuer des civils. Avant son départ, il confie à ses employés restés à Amsterdam sa collection d’environ 1 400 peintures. Le navire atteint Douvres[1] sans encombre, mais les passagers ne sont pas autorisés à débarquer en raison des craintes des autorités britanniques concernant d’éventuelles infiltrations d’agents allemands. Le SS Bodegraven reçoit alors l’ordre de poursuivre sa route vers l’Amérique du Sud.

Dans la nuit du , alors que le navire navigue encore dans la Manche, Jacques Goudstikker se rend sur le pont. Ne le voyant pas revenir, son épouse alerte l’équipage. Les recherches révèlent qu’il est tombé à travers une trappe laissée ouverte dans l’obscurité imposée par le blackout, se tuant sur le coup des suites d’une fracture du crâne[1]. Lors des opérations de secours, un marin est grièvement blessé dans des circonstances similaires. Le navire fait escale à Falmouth afin d’évacuer le membre d’équipage blessé vers un hôpital. Grâce à cette escale, Dési Goudstikker obtient que son mari soit inhumé à Falmouth[1], évitant une sépulture en mer. Elle reprend ensuite la traversée et ne quitte définitivement le navire qu’à Liverpool, avec leur fils Eduard.

La collection Goudstikker

Le goût de Jacques Goudstikker

Le fonds principal de la collection et du stock commercial de Jacques Goudstikker est constitué de peintures de maîtres anciens. S’il se spécialise principalement dans la peinture néerlandaise du XVIIe siècle, il manifeste peu d’intérêt pour l’art baroque italien ou pour la peinture du XVIIIe siècle. Son goût se porte plus spécifiquement sur des artistes au style marqué ou singulier, tels que Lucas Cranach l’Ancien, Marco Zoppo, Francesco Squarcione et plus généralement sur des œuvres jugées inhabituelles ou atypiques[3].

Sa collection comprend notamment des œuvres de peintres néerlandais du Siècle d’or, ainsi que des paysagistes tonals. Plusieurs peintures importantes de Jan van der Heyden sont conservées par Goudstikker au château de Nijenrode. Bien qu’il possède également des natures mortes, comme une œuvre de Jan van Huysum aujourd’hui conservée à la National Gallery de Londres, son intérêt principal demeure centré sur la peinture de figures, qu’il s’agisse de portraitistes, comme Jan Anthonisz van Ravesteyn, ou de peintres de scènes narratives et religieuses, comme Hans Bol et Aert de Gelder[3].

Devenir de la collection

À la mort de Jacques Goudstikker en 1940, la galerie conserve un stock commercial d’environ 1200 œuvres d’art dûment répertoriées. Dans le contexte de l’occupation allemande des Pays-Bas, ce fonds est transféré à Hermann Göring et à l’homme d’affaires allemand Alois Miedl à la suite de transactions conclues avec Arie Albertus ten Broek, détenteur d’une procuration de la galerie[4]. Ces opérations, réalisées sous contrainte et dans un cadre juridique contesté, entraînent la dispersion d’une grande partie de la collection.

Après la Seconde Guerre mondiale, un nombre important d’œuvres issues de la collection Goudstikker entre en possession de l’État néerlandais[4]. Malgré les démarches entreprises par la veuve de Jacques Goudstikker pour obtenir la restitution des œuvres, les négociations avec les autorités néerlandaises s’étendent sur plusieurs décennies. Ce n’est qu’en 2006, après son décès, que le gouvernement des Pays-Bas restitue officiellement 202 peintures aux héritiers Goudstikker.

Afin de financer la poursuite des recherches et des actions juridiques destinées à identifier et récupérer d’autres œuvres spoliées, une partie des œuvres restituées est mise en vente aux enchères en 2007[5],[6],[7].

Parallèlement, certaines œuvres issues de la collection continuent de réapparaître sur le marché de l’art ou dans des collections privées.

Références

Bibliographie

À voir aussi

Liens externes

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