Jamil Hamoudi
peintre, sculpteur et écrivain irakien (1924-2003)
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Jamil Hamoudi (Bagdad, 1924-2003) est un peintre, sculpteur et écrivain contemporain irakien actif à Bagdad et Paris.
Pionnier de l'art moderne dans son pays, il est reconnu pour son implication dans divers mouvements artistiques irakiens et arabes, notamment le mouvement Hurufiyya, qui a fait le lien entre l'art irakien traditionnel et l'art moderne occidental.
Biographie
Jeunesse et débuts à Bagdad
Jamil Hamoudi naît à Bagdad le [1].
Il débute comme sculpteur autodidacte dans sa ville de naissance, développant un style naturaliste[2]. En 1943, il crée ce qui a été considéré comme la première sculpture irakienne : une figure du philosophe et poète du XIe siècle, Abou al-Alaa al-Maari[3].
Hamoudi participe aux expositions du groupe Une Seule dimension et de la Société iranienne des Amis de l'Art entre 1942 et 1945[4]. À Bagdad, il participe à diverses expositions collectives en 1949, 1950 et 1952[5].
En 1944, il est engagé comme professeur de dessin et d'histoire de l'art dans une école de Bagdad. Parallèlement, il suit des cours à l'École supérieure des Beaux-Arts de Bagdad (en)[4],[5]. En 1945, il cofonde et devient éditeur de la première revue culturelle d'avant-garde en Irak consacrée à l’art et à la littérature, al-fikr al-ḥadīṯ (Pensée moderne), qui a pour but de faire connaître en Irak des auteurs ou figures de l'art moderne occidentaux, comme les écrivains André Gide, Paul Valéry, Jean Cocteau et George Bernard Shaw, l'artiste Henry Moore et le mouvement cubiste[4],[5],[6].
Études et carrière à Paris
Diplômé la même année, il obtient en 1947 une bourse d'État pour se rendre à Paris[7] et étudier la peinture à l'École nationale supérieure des beaux-arts, le dessin à l'Académie Julian et l'histoire de l'art à l'École du Louvre[6]. Il mène des recherches sur l'art et les langues assyro-babyloniennes[8] et expérimente la peinture abstraite à l’aide de caractères arabes, devenant ainsi l’un des pionniers de l’art hurufiyya[9]. Cela l'amène à explorer les possibilités graphiques de la lettre dans l’art[10].
En 1950, il organise sa première exposition individuelle à la galerie Voyelles à Paris puis rentre au pays un temps[4],[6]. Il organise deux ans plus tard l'exposition « L'Ensemble "A" » à l'Institut endoplastique de Paris[11] et présente des compositions abstraites au Salon des réalités nouvelles entre 1949 et 1953, et dont il devient membre en 1959[5],[6]. Durant cette première période parisienne, Jamil Hamoudi édite sa seconde revue en langue française, Ishtar (1958-1962) où il affirme ses intentions dès le sous-titre : « Ishtar, Orient-Occident. Pour une compréhension meilleure entre l’Orient et l’Occident »[6]. Hamoudi est très actif à paris, en intégrant les cercles artistiques et intellectuels parisiens[6].
Carrière à Bagdad
Revenu à Bagdad en 1962, il devient conservateur au Musée national d'Irak en 1966, puis directeur du département des Beaux-Arts au ministère de la Culture et de l'Information en 1973[4],[5],[12]. Il contribue activement à la culture artistique irakienne en participant à divers groupes et associations artistiques et en organisant des expositions pour de jeunes artistes, à une époque où l'Irak ne dispose d'aucune galerie publique[11].
En 1971, il participe à l'exposition du groupe d'artistes Damnation Group[4] et devient membre fondateur du groupe Une Seule dimension, créé par son ami et collègue, l'artiste et intellectuel Shakir Hassan Al Said[13]. Ce groupe vise à utiliser l'art comme moyen de développer une identité visuelle nationale. Jamil définit son utilisation de l'écriture arabe comme une redécouverte du patrimoine irakien, tout en s'inscrivant dans l'art abstrait européen[14]. Hamoudi et les groupes artistiques auxquels il appartient contribuent largement à combler le fossé entre modernité et patrimoine, et à poser les bases de l'art moderne irakien[15].
Dernières années
Jamil Hamoudi retourne à Paris en 1984 et y vit jusqu'en 1990. Après un nouveau retour en Irak, il rentre à Paris, où il meurt en 2003[4].
Œuvre
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Considéré comme l'un des pionniers de l'art moderne en Irak, en innovant en particulier sur l'utilisation des caractères arabes[4], certains historiens de l'art le considèrent comme le « père fondateur » du mouvement Hurufiyya (mouvement lettriste)[16]. Cependant, d'autres chercheurs suggèrent que le mouvement a débuté un peu plus tôt avec l'œuvre de l'artiste irakienne Madiha Omar, qui a exposé des œuvres hurufiyya en 1949 à Washington[17]. Qu'il en soit le fondateur ou qu'il ait simplement contribué à populariser le genre hurufiyya, il ne fait aucun doute qu'il a été une figure de proue de l'art moderne irakien[9]. Il définit son utilisation de l'écriture arabe dans le contexte de la redécouverte de son propre héritage, parallèlement à ses études sur l'art européen. Il souhaite s'accrocher à ses propres valeurs et traditions afin d'éviter d'être submergé par des expériences extérieures à son propre héritage. Il a écrit qu'il n'y avait rien de plus sacré que l'alphabet arabe[18] affirmant que son art était « une forme de prière »[5],[3].
Les premières œuvres de Jamil Hamoudi révèlent l’influence du mouvement cubiste et, plus tard, il s’identifie au mouvement surréaliste[4],[12]. Avec le temps, cependant, il prend ses distances avec les surréalistes, déplorant qu'« une atmosphère sombre et saturnienne émanait de [leurs toiles], dont l'effet était de susciter un sentiment de désespoir chez les êtres humains »[4],[5],[12].
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Finalement, il développe son propre style, puisant son inspiration dans son héritage irakien tout en utilisant des techniques modernes et en adoptant l'abstraction[4]. Ses peintures, aux couleurs vives et aux rythmes répétitifs, font appel à des formes géométriques « quasi spirituelles » telles que des cercles, des triangles et des arcs, souvent agencés en motifs répétitifs, évoquant l'arabesque[4],[19].
Pour la sculpture, il utilise différents supports : le plâtre, la pierre, le bois, le métal, le cuivre, le verre, le marbre, le plexiglas et la céramique[4],[5].
Il signait ses œuvres « Jamil Hamoudi » et y apposait la date en caractères latins[4].
Publications
- Peintures, Sculptures, Dessins de Jamil HAMOUDI un artiste de Bagdad, Paris, Librairie Voyelle, 1950.
Peinture et dessins notables
- Sheytan (Le Diable), 1942, gouache sur papier, 50 × 35 cm
- Composition abstraite, 1950, encre de Chine et aquarelle, 32 × 24 cm
- Huryfieh, 1982, encre sur papier, 70 × 100 cm
- Sourat Abasa, 1982, stylo sur papier, 69 × 69 cm
- Ezkor Rabbak Eza Nasayt (Si jamais tu oublies, invoque Allah), 1985, huile sur toile, 87 × 129 cm (désormais dans la collection de la Fondation Barjeel)[20]
- A Trip to Baghdad, 1996, huile sur toile, 69,5 × 69,5 cm