Japhug

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PaysChine
RégionSichuan
Nombre de locuteursenviron 3000[1]
japhug
kɯrɯ skɤt
Pays Chine
Région Sichuan
Nombre de locuteurs environ 3000[1]
Classification par famille

Le japhug (tibétain : ja phug) est une des langues rgyalrong de l'est (langue qianguique), parlée par environ 3 000 à 4 000 personnes, sur le Xian de Barkam (tibétain : འབར་ཁམས, Wylie : ʼbar khams, pinyin tibétain : Barkam, 马尔康县, mǎěrkāng xiàn), préfecture autonome tibétaine et qiang d'Aba, dans la province du Sichuan, en Chine. Elle est la langue principale des trois xiang (乡) de Gdong-brgyad (龙尔甲, lóngěrjiǎ), Gsar-rdzong (沙尔宗, shāěrzōng) et Da-tshang (大藏, dàzàng).

La variété de kɤmɲɯ (干木鸟, gànmùniǎo), un village de Gdong-brgyad, est présentée. Il y a cependant des divergences importantes entre dialectes du japhug, notamment dans la conjugaison.

Les locuteurs du japhug, comme ceux de toutes les langues rgyalrong, sont classés comme Tibétains par l'administration et sont fermement persuadés de parler un dialecte tibétain, en dépit de la divergence considérable de leur langue avec toutes les formes de tibétain. Cette croyance est due au fait que le japhug contient de nombreux emprunts au tibétain. Ceux-ci sont donc facilement reconnus par les locuteurs des dialectes Amdo par exemple, et les conduit à croire qu'il s'agit d'une langue du même groupe.

D'autre part, il faut considérer que les dialectes tibétains eux-mêmes présentent des divergences importantes empêchant l'intercompréhension, tout spécialement certains dialectes isolés de l'est, parlés non loin de l'aire rgyalrong, tels que le zhongu ou le chosrje.

La langue japhug n'est pas immédiatement menacée et certains enfants l'apprennent encore, mais son avenir à plus long terme est difficile à prévoir, comme c'est le cas pour toutes les langues de la zone tibétaine.

Système phonologique

Consonnes

Comme les autres langues rgyalronguiques, le japhug a un système consonantique très riche comprenant 49 phonèmes consonantiques[1],[2] :

Bilabiales Dentales Rétroflexes Alvéolo-palatales Palatales Vélaires Uvulaires
Occlusives [p][][b][mb] [t][][d][nd] [c][][ɟ][ɲɟ] [k][][g][ŋg] [q][][ɴɢ]
Nasales [m] [n] [ɲ] [ŋ]
Fricatives [s][z] [ʂ] [ɕ][ʑ] [x][ɣ] [χ][ʁ]
Affriquées [ts][tsʰ][dz][ndz] [][tʂʰ][][ndʐ] [][tɕʰ][][ndʑ]
Vibrantes [r]
Latérales [ɬ][l]
semi-voyelles [w] [j]

Dans la notation employée ici, le phonème /w/ est transcrit par certains de ses allophones [β] ou [f].

Le phonème /ʁ/ est réalisé comme une fricative épiglottale sonore en coda ou lorsqu'elle précède une autre consonne.

Les prénasalisées doivent être comptées comme un seul phonème, et ceci pour deux raisons. Premièrement, on trouve un phonème /ɴɢ/ comme dans [ɴɢoɕna] « grosse araignée », mais l'occlusive et la nasale n'apparaissent jamais de façon indépendantes. Deuxièmement, on trouve des groupes du type fricative + prénasalisée sonore comme [ʑmbri] « saule », mais jamais fricative + prénasalisée sourde.

Le japhug présente aussi la particularité de distinguer occlusives palatales de vélaires suivies de -j-; on trouve une paire minimale comme [co] « vallée » et [kio] « faire glisser ». Une opposition existe aussi avec l'affriquée alvéolo-palatale comme dans [tɕoʁtsi] « table » (un emprunt chinois par l'intermédiaire du tibétain).

On compte au moins 339 groupes de consonnes différents en japhug[3], davantage qu'en tibétain ancien ou dans la plupart des langues indo-européennes. Parmi les groupes typologiquement inhabituels, outre ceux du type fricative + prénasalisée mentionnés plus haut, on trouve des groupes dont le premier membre est une semi-voyelle, comme [jla] « hybride de yak et de vache (appelés en tibétain mdzo) ».

Voyelles

Les japhug compte huit phonèmes vocaliques: /a/, /o/, /u/, /ɤ/, /ɯ/, /y/, /e/ et /i/. La voyelle /y/ n'est attestée que dans un seul mot natif : [qaɟy]« poisson » et ses dérivés, mais se retrouve aussi dans quelques emprunts au chinois.

Phonologie historique

Emprunts tibétains

Les langues rgyalrong sont sous l'influence de différentes variétés de tibétain depuis de nombreux siècles, et environ un quart de l'ensemble du vocabulaire du japhug est emprunté au tibétain. Ces emprunts préservent les groupes de consonnes et les consonnes finales du tibétain ancien, dont la plupart ont été simplifiés dans les dialectes modernes et ne nous sont connus que grâce à l'écriture tibétaine, fort conservatrice.

En particulier, les groupes à quatre consonnes initiales ont disparu dans toutes les formes de tibétain actuel, y compris le balti ou le ladakhi pourtant réputés pour leur archaïsme. En revanche, en japhug on trouve quelques exemples de ces groupes : bsgyur (passé ou futur de sgyur « changer ») est préservé comme [βzɟɯr] en japhug.

Distinguer les emprunts au tibétain des cognats (c'est-à-dire les mots hérités du stade sino-tibétain) est relativement aisé en utilisant la méthodologie développée dans Jacques (2004[1], 2008[2]).

Changements récents

Par rapport aux autres langues rgyalrong, le japhug présente certaines caractéristiques phonétiques. Premièrement, c'est la seule des langues rgyalrong à avoir perdu son système tonal. Il ne reste qu'un système d'accent rudimentaire.

Deuxièmement, la plupart des voyelles en syllabe fermée ont subi une centralisation :

Troisièmement, les anciennes occlusives finales sont devenues des fricatives, à l'exception de -t:

Quatrièmement, les groupes à deux occlusives se sont simplifiés par la lénition de l'une ou des deux occlusives:

Ce changement est partagé partiellement par le showu et le tshobdun.

Cinquièmement, le japhug présente un changement en chaîne dans les voyelles arrondies postérieures en syllabe ouverte:

  • *-u > ɯ
  • *-o > -u

Marquage casuel

Comme les autres langues rgyalrong, le japhug est une à marquage ergatif sur les noms. L'agent des verbes transitifs est marqué par le clitique , probablement emprunté au tibétain gyis (Jacques 2009:129) :

ʁdɤrʑi ɬamu pa-mto
rdorje ergatif Lhamo AOR-voir

Cette marque n'apparaît pas en revanche sur l'actant unique des verbes intransitifs ou sur le patient d'un verbe transitif.

Ordre des mots

Comme dans la majorité des langues de cette région, le japhug est une langue strictement à verbe final. L'agent précède normalement le patient, mais dans la plupart des phrases les arguments peuvent être élidés.

Les adjectifs et les numéraux apparaissent après les noms :

zgo kɯ-mbro
montagne NMLS-haut

« Une haute montagne »

Morphologie nominale

Préfixes possessifs

L'expression de la possessive s'effectue non pas avec des pronoms possessifs, mais avec des préfixes, comparés ici avec les pronoms :

personne préfixe possessif pronom
1sg a- aʑo
1du tɕi- tɕiʑo
1pl ji- iʑo
2sg nɤ- nɤʑo
2du ndʑi- ndʑiʑo
2pl nɯ- nɯʑo
3sg ɯ- ɯʑo
3du ndʑi- ʑɤni
3pl nɯ- ʑara

On remarque que les deuxième et troisièmes personnes du duel et du pluriel sont identiques. Contrairement au rgyalrong de l'est, on n'a pas d'opposition entre nous inclusif et exclusif en japhug. Les préfixes possessifs sont quasiment identiques aux suffixes d'accord des verbes intransitifs.

Possession inaliénable

Le japhug, comme les autres langues rgyalrong, présente une distinction entre possession aliénable et inaliénable. Les noms de parties du corps et de parentés sont tous préfixés de tɯ- ou tɤ-, par exemple: tɯ-jaʁ « main », tɯ-ku « tête ». Lorsqu'un préfixe possessif est ajouté (pour dire « ma main », « ma tête »), ce préfixe tɯ- disparaît: a-jaʁ « ma main », a-ku « ma tête ». Une forme comme a-tɯ-jaʁ est possible, mais cela signifierait alors « une main coupée (de quelqu'un d'autre) qui m'appartient ».

On retrouve une distinction similaire dans les langues algonquiennes.

Morphologie verbale

Notes

Voir aussi

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