Jean-Baptiste Jehannin de Chamblanc

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Jean-Baptiste François Jehannin de Chamblanc
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Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc, né à Dijon en 1722 et mort à Dompierre le est un juriste, conseiller du Parlement de Bourgogne et collectionneur d'objets d'art français.

Naissance et famille

Jean-Baptiste-François Jehannin, seigneur de Chamblanc, naît à Dijon le [1],[2]. Il est le fils d'Antoine Jehannin-Arviset, conseiller au Parlement de Bourgogne, et de Jeanne Mouchevaire, fille du défunt Jean-Baptiste Mouchevaire, trésorier de la chambre des comptes de Dijon[2],[3]. Il a une sœur, Claire Philiberte Jehannin[4]. La première mention de la famille Jehannin remonte à la toute fin du XVe siècle, où elle apparaît comme une famille de marchands fortunés appartenant à la bourgeoisie de Louhans, originaire de Sagy[5]. Elle accède pour la première fois à la profession d'avocat en 1586, lorsque Jean Jehannin, fils de Philibert Jehannin et Pernette Gaillard, abandonne le métier de marchand[6]. Après avoir occupé de nombreuses charges magistrales qui hissent les Jehannin au sommet de la société et consolidé une ascension financière fulgurante tout au long des XVIe et XVIIe siècles, la famille obtient un titre de noblesse en 1689[7]. La famille appartient à ce qu'on appelle la noblesse de robe au siècle des Lumières[8]. Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc est le dernier d'une longue ligné d'avocats et de parlementaires bourgignons, dont le plus connus est son grand-père François-Claude Jehannin, que l'on surnomme « le Papinien de la Bourgogne » par Bernard de La Monnoye[9],[10],[8]. Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc se distingue par ses excentricités ainsi que par son engagement dans la vie culturelle dijonnaise[9],[10].

Le , à trente-deux ans, Jehannin de Chamblanc épouse Catherine Parigot de Santenay, fille de Philibert Parigot de Santenay, conseiller secrétaire du roi à Dole en 1729 et conseiller au Parlement de Metz[11],[8]. De leur union naît un fils, Antoine-Henri, qui meurt cependant en bas âge, seulement deux jours après sa naissance[4],[8]. On lui prête également plusieurs liaisons extraconjugales : il aurait eu pour maîtresse Mademoiselle de Crône, avec qui il entretient une correspondance amoureuse, mais aussi Madame de La Marche, née Berbis, épouse du premier président du Parlement de Bourgogne, ainsi que Mademoiselle Davot, à qui il lègue une montre en or dans son testament[12]. Devenu veuf en 1767, il ne se remarie pas[2],[13].

Parcours personnel et vie adulte

Sa première formation se déroule au collège jésuite des Godrans de Dijon (aujourd’hui la Bibliothèque patrimoniale et d'étude), puis à la faculté de droit[1],[9]. À dix-neuf ans, Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc intègre le Parlement de Bourgogne, où il exerce la charge de conseiller de 1741 à 1761[1],[9]. En 1761, à trente-neuf ans, il renonce à sa carrière de conseiller à la Tournelle, chambre du parlement dijonnais jugeant les procès criminels, après avoir accompli les vingt années réglementaires de magistrature, pour se consacrer pleinement à ses collections et à ses études[1],[9],[8]. Le métier ne semble pas l’avoir satisfait intellectuellement, car dès 1755, il écrit au président Fyot de la Marche: « Nous ne faisons autre métier que de balayer avec nos queues traînantes le parquet poudreux de la Tournelle, où nous nous ennuyons à déchiffrer de vieilles paperasses qui ne valent pas assurément les inscriptions lapidaires[8] ».

À l’instar de son oncle Philibert Jehannin de Chamblanc – qu’il fréquente sans doute assidûment –, Jean-Baptiste-François se passionne pour les arts, les lettres et la poésie[14]. En 1752, à seulement trente ans, il est déjà reconnu pour sa vaste culture et son érudition, une notoriété qui l’établit dans la ville de Dijon et même au-delà, auprès de savants, tels que Georges-Louis Leclerc de Buffon ou Antoine-Laurent de Jussieu[8]. La ville de Dijon regorge de bibliothèques savantes et patrimoniales réputées, comme celle du président Bouhier et bien d'autres (Févret de Fontette, Du Thilliot, De Ruffey, Quarré de Quintin, etc.)[8]. Cette notoriété incite Gilles Germain Richard de Ruffey, président de la Chambre des comptes de Bourgogne et ami de Voltaire, à l’inviter à devenir l’un des membres fondateurs d’une société littéraire[9]. Inspirée de celle de Jean Bouhier, président du Parlement de Bourgogne, à laquelle son oncle avait appartenu, cette société réunit Charles de Brosses et son frère, M. de Tournay, l’abbé Espiard de La Borde, Charles-Marie Févret de Fontette (dont la collection d’estampes est aujourd’hui à la Bibliothèque nationale), ainsi que l’abbé Legouz ; tous sont plus ou moins cousins, faisant de ce cercle une véritable « association familiale »[14]. Le président Ruffey écrit à son sujet : « Monsieur de Chamblanc [...], possédait le germe de tous les talents pour lesquels il avait les plus heureuses dispositions ; il effleure toutes les sciences, mais, soit par paresse, soit par inconstance, il n’en approfondit jamais aucune. Il avait la physionomie et l’humeur sombres et affectait en tout la singularité, dans l’intention de se faire remarquer[15]... ». Il consacre toute sa fortune à sa collection et constitue une bibliothèque remarquable par ses volumes enluminés, principalement consacrés aux sciences naturelles et issus de toute l’Europe[9].

Il présente un grand intérêt pour les sciences, une discipline enseignée au collège des Godrans, qui possédait l'un des laboratoires les mieux dotés de France à cette époque[8]. Louis-Gabriel Michaud, auteur du Dictionnaire de biographie universelle ancienne et moderne, paru en 1843, présente Jehannin de Chamblanc comme se livrant « plus exclusivement à l'étude de l'histoire naturelle, composant pour son usage personnel plusieurs traités d'histoire naturelle[16] ». Des Marches parle lui aussi de son intérêt pour les sciences et l'histoire naturelle dans son Histoire du Parlement de Bourgogne de 1733 à 1790[8].

Jehannin de Chamblanc est doué pour les langues : il parle couramment l'anglais (il possède 450 ouvrages en anglais, dont de nombreux romans), l'allemand (plus de 700 titres dans cette langue, traitant principalement des sciences, de la physique et de la botanique) et l'italien (plus de 150 livres de poésie et de théâtre). Il possède également quelques ouvrages en grec et en espagnol[8]. À l'inverse du latin, qu'il a appris au collège, ces langues n'y sont pas enseignées[8]. Il s’intéresse également aux langues régionales et étrangères, comme le groenlandais, le chaldéen, l'hébreu, le huron ou le tibétain, alors considérées comme « exotiques »[8]. Pour cela, il rassemble de nombreux dictionnaires spécialisés, environ 450 selon l'inventaire des saisies révolutionnaires et différents livres de grammaire[8]. Certaines sources rapportent qu’il maîtrise 17 langues et qu’il a traduit un « livre chinois de botanique »[8]. Richard de Ruffey ajoute : « Cependant aimable quand il voulait, ayant l’esprit orné et beaucoup de mémoire, ce qui rend sa conversation fort agréable ; il s’attarde toujours sur des sujets singuliers et sur les choses les moins connues des pays les plus éloignés[15]... ».

Portail de l'hôtel particulier de la famille Chamblanc

Grâce à un patrimoine financier important, attesté par des contrats d’emprunts royaux[17], il se constitue d’importantes collections variées, qu’il expose dans son hôtel particulier situé rue Chanoine à Dijon (actuellement 33 rue Jeannin[9]). Au fil des années, celles-ci s’accroissent tellement qu’il est contraint de transformer son hôtel en y faisant construire deux galeries attenantes[9]. Celles-ci abritent sa bibliothèque et des cabinets spécialisés[9].

Pendant près de quarante ans, Jehannin de Chamblanc amasse, organise et entretient sa collection avec une minutie extrême[3]. Il se défait de sa formation initiale d'avocat pour se créer une réputation de collectionneur et d'érudit particulièrement éclairé dans certains domaines, tels que les sciences naturelles[8]. De 1763, année où il hérite de son patrimoine, jusqu'à 1789, année où il quitte Dijon, Jean-Baptiste-François vend progressivement ses titres et ses biens immobiliers pour se consacrer exclusivement à son intérieur et à ses collections[18].

Mort et héritage

En 1789, malade, Jehannin de Chamblanc part en cure sur les conseils de son médecin[19]. Il commence par prendre les eaux en Auvergne en 1790, avant de se rendre en Suisse en 1792, voulant se rendre à Yverdon[8]. Trop affaibli pour voyager plus loin, il est contraint de s'installer à Dompierre, près de Fribourg[9]. Miné par la maladie, il ne quitte plus Dompierre, où il s’éteint le , sans avoir pu revenir à Dijon[19].

Collections de Jehannin de Chamblanc

Notes et références

Annexes

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